Le Maître bonsaï d’Antoine Buéno

MaitreBonsaiLe Maître bonsaï d’Antoine Buéno.

Albin Michel [lien], mars 2014, 175 pages, 15 €, ISBN 978-2-226-25600-3. Il est possible de lire les 10 premières pages sur le site de l’éditeur.

Genres : roman, étrange (fantastique).

Antoine Buéno est né en 1982 à Boulogne-Billancourt (Hauts de Seine en Île de France). Chroniqueur (télé et radio), professeur de littérature (à l’Institut d’études politiques de Paris), fondateur d’un label (Plume et Plomb) et d’un prix littéraire (Prix du Style), il est l’auteur de romans, d’essais et d’une pièce de théâtre. Il est même humoriste ! Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

« Je suis un Maître bonsaï. Je crée des bonsaïs et je les vends. » (p. 11). « Je crée et je surveille. Tout le temps. Je contrains et je maintiens la contrainte. » (p. 12). « Créer un bonsaï, c’est contraindre un arbre à ne pas grandir et le maintenir en vie dans cet état. Parce que c’est dans cet état qu’il est une œuvre d’art. Hors du temps. Hors du cours naturel du temps. (p. 13). Ces trois extraits pour vous donner une idée du ton de ce roman, spécial, atypique, et j’aurais pu relever d’autres phrases. L’auteur répète plusieurs fois « Je suis un Maître bonsaï », il répète des mots comme « contraintes », « beauté », comme s’il les scandait : ça m’a un peu fait penser à du slam. Il faut comprendre que, pour le Maître bonsaï, tout doit être dans « l’ordre du règne animal ». Mais, un jour, une jeune femme entre dans le magasin, il ne lui parle pas (il ne parle jamais, il travaille, il écoute les bonsaïs), elle se met en colère et perd connaissance, là au milieu des bonsaïs qu’elle observait. « Je m’approche d’elle. Elle semble endormie. » (p. 27). Pour se faire pardonner, la jeune femme revient : « J’aime cet endroit. Et j’ai envie de vous voir, même si vous êtes un vieux fou… » (p. 42).

Cette rencontre entre le maître bonsaï et l’étudiante, révoltée de ce que les humains font subir à la Terre, va transformer leur vie et le Maître bonsaï va commencer à se rappeler des choses. Des choses de sa vie d’avant, de son pays, de sa langue natale. Alors, oui, il y a un passage difficile (page 38, il se rappelle des enfants qui torturent un chat en riant) mais le livre est vraiment très beau, mystérieux, d’une grande poésie, un « conte initiatique » nous prévient l’éditeur sur la 4e de couverture. Le maître bonsaï et la jeune femme vont se parler, ou plutôt ils vont parler, chacun de leur côté ; lui veut lui enseigner comment s’occuper des bonsaïs, elle veut lui faire réaliser que la Terre souffre, qu’il faut arrêter toute cette folie. « C’est un dialogue de sourds. » (p. 52). Mais ils vont en fin de compte se rejoindre, se comprendre. « […] maintenant les souvenirs fondent sur moi. Comme un essaim de guêpes. Parce qu’ils attendaient tous, massés. Derrière une digue. Mais la digue a cédé. L’arbre a fait céder la digue. » (p. 150).

LA phrase

« L’art du Maître bonsaï, ce n’est pas la vie, c’est le Beau. La vie est moins importante que le Beau. » (p. 72). Êtes-vous d’accord avec cette phrase ? Moi, non ! Je pense que la vie est plus importante parce qu’elle est de la Nature et que le beau est aléatoire : il dépend de trop de choses, d’idées, de valeurs différentes selon les cultures, les époques et les goûts de chacun. D’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi on faisait subir ce sort à des arbres bonsaïs pour en faire des miniatures ! Ces contraintes, ces meurtrissures ne sont pas naturelles, elles sont une torture (peut-être y a-t-il un parallèle avec la torture sur le chat, sur un être vivant ?).

Faites comme moi, entrez chez ce Maître bonsaï, découvrez son art même s’il vous perturbe ou que vous ne le comprenez pas et vous ne serez pas déçus par cette lecture étrange, envoûtante, qui vous fera réfléchir sur le devenir de l’espèce humaine et de la planète ! J’ai beaucoup aimé le conte du samouraï Tomotada et du cerisier en fleurs et le conte du peintre Imato. Le Maître bonsaï, un roman original, atypique, étrange, dérangeant, inquiétant et donc tellement intéressant à découvrir ! C’est le premier roman que je lis d’Antoine Buéno mais sûrement pas le dernier. Et vous ?

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2 réflexions sur “Le Maître bonsaï d’Antoine Buéno

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