L’ombre du vide de Park Ynhui

OmbreVide-ParkYnhuiL’ombre du vide de Park Ynhui.

L’atelier des cahiers [lien], collection Littératures, décembre 2012, 174 pages, 10 €, ISBN 979-10-91555-06-7. Poèmes traduits du coréen par Benjamin Joineau et traduction revue par l’auteur.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Park Ynhui 박인희 (de son nom de plume Park Yeemun 박이문) naît le 26 février 1930 en Corée (au sud). Il étudie la littérature française à l’Université de Séoul et, après un voyage de dix mois en France (1957-1958) qui le ravit, il décide d’étudier la littérature à la Sorbonne (1961-1965). Puis il étudie à la Southern California University (États-Unis) et devient – à l’âge de 23 ans – professeur à Boston d’abord puis au Japon et en Allemagne ensuite. En 1993, il retourne en Corée où il est professeur, philosophe, essayiste et poète.

OmbreVide1L’ombre du vide 공백의 그림자 (Gongbaek-eui geurimja) est une anthologie de poèmes parus à Séoul dans quatre recueils entre 1979 et 1989. Ces poèmes sont illustrés avec finesse par Alain Bert. Pour Park Ynhui, tout est prétexte à écrire de la poésie : les saisons, un souvenir, un voyage, quelque chose d’aperçu, un chien, la nature… L’auteur développe ainsi de nombreux thèmes parmi lesquels la neige, l’ombre, le vide qui reviennent régulièrement mais aussi la guerre et la paix, la liberté, la pensée, la langue et le sens des mots, l’ordre et le désordre, la spiritualité, l’amour, les êtres vivants, l’animalité (la bestialité) des humains, la mort… Et derrière tous ces thèmes, dans tous ces poèmes, on devine à la fois le poète et le philosophe.

Pour chaque recueil, j’ai choisi un poème. Pour les trois premiers recueils, le choix s’est porté tout naturellement sur un des poèmes. Recueil 1 : La rivière Charles sous la neige (1979) = poème 7. Entre les langues (p. 22). Recueil 2 : Le rêve du papillon (1981) = poème 16. Boîte aux lettres vide (p. 39). Recueil 3 : L’ombre des choses invisibles (1987) = poème 40. Stèle (p. 81).

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Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Pour le recueil 4 : Échos du vide (1989), j’ai hésité entre trois ! Poème 64. L’oiseau de la montagne et la stèle (p. 116), poème 65. Là-bas (p. 117) et poème 69. Les étoiles du langage (p. 121).

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Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Certains poèmes sont très émouvants, comme ceux pages 90-91-96-97-103-104-106, dans lesquels l’auteur décrit des cimetières, des stèles : que reste-t-il de l’Histoire ? Des grands hommes, des poètes ? De ceux qu’on a aimé (il parle de sa mère) ? Des ruines… Mais aussi des textes, des pensées, des idées !

OmbreVide2Dans la postface, N’écoutez pas la voix d’un cochon, un texte en trois parties (L’interrogation, Un cochon, L’homme) écrit peu avant son départ de Paris pour les États-Unis et publié dans la Nouvelle revue française en 1967, l’auteur se livre encore plus et partage ses interrogations sur la civilisation, sur l’existence. « Je crie dans le silence : quoi faire, que faire, et pourquoi faire ? » (p. 140). L’auteur, tout juste diplômé et jeune philosophe déraciné, se questionne sur l’avilissement de l’espèce humaine, sur sa recherche avide de savoir et de connaissance : « la lumière de l’esprit, la puissance de la pensée et du savoir, cette joie d’illumination de voir clair en tout. » (p. 144). Cette extraordinaire volonté de connaître et de comprendre l’esprit occidental, la raison occidentale, est touchante : un jeune Coréen curieux de tout, assoiffé d’apprendre, en admiration devant « la puissance concrétisée de Paris » (p. 148) qui, pour lui, symbolise l’histoire, l’architecture, la littérature, la pensée et la philosophie venues des « Anciens » (les philosophes grecs et romains). Mais, finalement, la pensée occidentale qu’il a apprise : « elle est une expérience vécue » (p. 152) et la pensée coréenne qui vit en lui : « un grain de raison qui s’allume, s’éclaire dans la tête, dans mon âme » (p. 169) se complètent dans un esprit de composition et d’analyse totalement novateur et enrichissant qui emplit le lecteur qu’il soit Coréen ou Occidental.

« […] je ne suis qu’un imbécile, qu’un sale cochon ! Et justement puisqu’il faut mourir, il faut coûte que coûte vivre jusqu’au bout. » (p. 159). Alors vivons, étudions, lisons, pensons… !CoreeLogo7

Une note de lecture pour le Challenge coréen. Et merci à Benjamin et à L’atelier des cahiers. Ce livre – qui est arrivé de Séoul – est destiné à voyager chez les autres participants du challenge. J’en parle en fin de semaine.

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