Le Quartier américain de Jabbour Douaihy

QuartierAmericainLe Quartier américain de Jabbour Douaihy.

Actes Sud / Sindbad [lien], collection Mondes arabes, et L’Orient des livres [lien], septembre 2015, 178 pages, 19,80 €, ISBN 978-2-330-05308-6. Hay al-Amerikân (2015) est traduit de l’arabe par Stéphanie Dujols.

Genres : littérature libanaise, roman historique.

Jabbour Douaihy naît en 1949 à Zghorta dans le nord du Liban. Il est professeur de littérature française à l’Université de Tripoli et journaliste pour L’Orient littéraire (*). Entre 2006 et 2008, il a tenu un blog [lien]. D’autres romans aux éditions Actes Sud : Fountain Motel (2009), Pluie de juin (2010) et Saint-Georges regardait ailleurs (2013). Et Équinoxe d’automne (Presses du Mirail, 2000).

Abdel-Rahmân Bakri, surnommé Le Pendu, vit avec son épouse dans une vieille maison du Quartier américain. Leurs cinq enfants étant partis, ils louent l’étage à la famille de Bilâl et Intissâr Mohsen. Bilâl a un passé trouble et s’absente souvent alors Intissâr travaille comme bonne dans la maison d’Abdel-Karim Bey, revenu subitement de France : il est le fils de la famille Azzâm chez qui sa mère travaillait et qu’elle connaît depuis l’enfance. Mais Intissâr est inquiète car son fils aîné, Ismaïl, a disparu depuis deux semaines et, le soir, quand elle rentre, elle a peur car « depuis quelque temps, il y a de plus en plus de gens venus d’ailleurs, dont elle ne connaît pas les visages. Ils vivent dans des maisons abandonnées et errent dans les rues la nuit. » (p. 28). Peu à peu, le passé de Bilâl Mohsen se dessine : il a 24 ans, il est au chômage et il est désœuvré. Celui d’Abdel-Karim Azzâm aussi : fils unique, surprotégé, éduqué dans une école de Frères (chrétiens) alors qu’il est le petit-fils du mufti des musulmans, il aime la poésie mais a hérité de la mélancolie familiale alors, après des attentats, il est envoyé en France pour étudier… ou travailler selon ce qu’il trouvera. Ismaïl, le fils aîné de Bilâl va être rattrapé par ces événements du passé.

Le Quartier américain, comme son nom l’indique était autrefois habité par des Américains mais, après leur départ, il a été abandonné aux populations pauvres. « Le Quartier américain ressemblait désormais à une exposition permanente et bariolée. » (p. 80). Jolie phrase pour dire qu’il est maintenant décrépit et que les maisons tombent en ruines. Les politiques et les journalistes peuvent d’ailleurs surenchérir « sur la misère croissante des vieux quartiers de la ville, et sur le lien que l’on peut établir entre cette misère, la violence et le développement des mouvements fondamentalistes. » (p. 29). C’est sûr que le lecteur ressent immédiatement l’omniprésence de dieu dans la vie des Libanais : « en implorant le bon Dieu de leur venir en aide » (p. 10), « Dieu veuille que la journée nous apporte de bonnes nouvelles… » (p. 11), « Remets-t’en au bon Dieu, femme… » (p. 14), « Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu ! » (p. 52), etc.

Mon chapitre préféré est le 4e : à Paris, Abdel-Karim Azzâm rencontre Valeria Dombrovska, une ballerine serbe. Ils vivent une belle histoire mais le chagrin d’amour le fera rentrer au Liban. À son retour, il se rend compte que la vie a vraiment changé : déjà ses parents sont morts et la maison est vide, ensuite les écoles des missionnaires sont fermées et il n’y a plus de chrétiens, de nombreux prédicateurs appellent au jihad, les femmes portent un niqab noir, les choses hérétiques comme l’alcool et la musique occidentale sont interdites (Abdel-Karim écoute frénétiquement de l’opéra), le jeûne est obligatoire et les jeunes embrigadés sont envoyés au combat, à la mort… Les gens disent d’ailleurs des jeunes qui partent au jihad qu’ils se sont « fondus dans la nature » (p. 133). Ainsi, les personnages, la ville et le passé de certaines personnes sont extrêmement bien décrits, c’est d’ailleurs très beau, poétique et d’un grand intérêt, mais tout le reste est dit en allégories, en non-dits. J’ai été déçue par le 6e et dernier chapitre, je l’ai trouvé confus, pas au niveau de l’histoire mais au niveau du récit : l’auteur avait besoin d’une pirouette soit pour rester politiquement correct soit pour délivrer une happy end… Mais je suis d’accord avec l’éditeur, Le Quartier américain est un roman « riche et concis où rien n’est superflu », je l’ai dévoré en deux fois tellement il est passionnant et enrichissant, et je lirai assurément d’autres livres de Jabbour Douaihy !RentreeLitteraire2015

(*) L’Orient littéraire [lien] est le supplément littéraire mensuel du journal libanais L’Orient – Le Jour [lien], ces deux journaux étant disponibles en ligne en français. Je consulte régulièrement L’Orient littéraire car sa lecture permet de découvrir des auteurs du monde arabe et leurs écrits ainsi que des avis différents sur les écrivains français et francophones.RaconteMoiLAsie

Ce roman entre dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2015 et Raconte-moi l’Asie.

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6 réflexions sur “Le Quartier américain de Jabbour Douaihy

  1. A_girl_from_earth dit :

    Une jolie pépite que tu sembles nous avoir dénichée là ! Les thématiques m’intéressent et je n’ai pas grand-chose au rayon libanais sur mes étagères, je note !

    J'aime

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