L’impôt d’Ivan Bounine

Impot-BounineL’impôt d’Ivan Bounine.

La Bibiothèque russe et slave [lien], 43 pages. Худая трава (1913) est traduit du russe par Zinovy Lvovsky.

Genres : littérature russe, nouvelle.

Ivan Alexeïevitch Bounine (Иван Алексеевич Бунин) naît le 22 octobre 1870 à Voronej (une ville située à près de 500 km au sud-est de Moscou) dans une famille de l’ancienne noblesse et de poètes. Le jeune Bounine reçoit une excellente éducation et il commence à écrire – et à être publié – à 17 ans. Romancier, nouvelliste, poète et traducteur en russe de poésie (du français et de l’anglais), il est élu à l’Académie impériale de Russie, reçoit le Prix Pouchkine de l’Académie des sciences de Russie, voyage beaucoup (Asie, Moyen-Orient, Europe) et fuit la Russie bolchévique en 1918. Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1933. Il meurt le 8 novembre 1953 à Paris.

IvanBounine

Ivan Bounine en 1901 (domaine public, cliquez sur l’image pour le site source)

Carème de la Saint-Pierre. Ce soir, les ouvriers font la fête. Mais Averki, après trente ans de travail acharné, est malade et ne participe pas vraiment. « […] il mangeait sans souffler mot, l’air absent. Il avait atteint cet âge où les moujiks sages et tranquilles, qui ont derrière eux toute une vie de labeur, commencent à entendre mal, à parler peu et à accepter de bon gré tout ce qu’on leur raconte, bien qu’ils aient leurs opinions personnelles sur ce qui se passe dans le monde. » (p. 3). Après le repas, il se couche au-dessus de la cheminée et se met à rêver. « Si Dieu me guérit, j’irai à Kieff, à Zadonsk, au désert d’Optine, pensait Averki dans une demi-conscience. Ça serait une vraie vie, une vie propre, facile, tandis que, maintenant, je ne sais même pas pourquoi j’existe… » (p. 7). Il reste là jusqu’au lendemain, que son épouse vienne le chercher et le ramène chez eux. Lorsque, enfin, sa fille, son gendre et sa petite-fille viennent le voir, Averki a « une mine épouvantable » (p. 22). Il se résigne à mourir. « […] puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement, il faut se résigner à payer cet impôt à Dieu… » (p. 31). Mais la mort ne vient pas tout de suite et Averki se rend compte que « Ses souvenirs étaient insignifiants, pauvres, monotones. » (p. 32).

Averki s’interroge sur le sens de la vie, lui qui a trimé toute sa vie et qui n’a pu profiter de rien, à part quelques petits plaisirs dont il ne se souvient même plus. D’ailleurs, il ne se souvient plus de grand chose, plus de son père, plus de sa mère… Et puis sa fille est jeune et belle, elle veut vivre, s’amuser. Voilà, Averki a fait son temps, il en est bien conscient, c’est cruel mais que peut-il faire de plus ? « La tristesse et la conscience de son isolement sur cette terre s’emparèrent alors du vieillard. » (p. 25). L’impôt est une triste histoire, tragique, pessimiste même… Mais les descriptions réalistes (je dirais même plus, tous les petits détails) des personnages, de la nature, du temps qu’il fait, de la vie rurale et l’analyse des rêves du pauvre vieux Averki en font une lecture agréable et enrichissante : j’ai vraiment eu la sensation d’y être, Bounine est un auteur comme je les aime, qui fait ressentir l’âme russe.

AlleesSombresBounineConsidéré comme l’un des plus grands écrivains de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle, Bounine est toutefois moins connu que ses contemporains (Gorki, Tchekhov, Tolstoï avec qui il entretient une correspondance) et, depuis plus de dix ans, Andreï Makine, auteur russe vivant en France, s’attache à faire connaître son œuvre. Bounine écrit L’impôt en 1913 et la Revue hebdomadaire (44e année, tome X) le publie en 1935. Parmi les titres d’Ivan Bounine : Le village (son premier roman, 1910), La vie d’Arséniev (le roman considéré comme son chef-d’œuvre, 1930-1933), plusieurs nouvelles parmi lesquelles : Au hameau (1892), Les pommes d’Antonov (1900), Zakhar Vorobiev (1912), le recueil Les allées sombres (1946), etc., de nombreux poèmes et quelques récits autobiographiques et journaux. Alors que son œuvre fut interdite dans la Russie stalinienne, il existe, depuis 2005, un Prix Bounine décerné par plusieurs organismes universitaires et littéraires russes.

ChallengeClassiquesDonQuichotteUne première lecture pour le Challenge Classiques 2016 (Un classique par mois) organisé par le Pr. Platypus.

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4 réflexions sur “L’impôt d’Ivan Bounine

    • Tu fais bien, Michaël, Ivan Bounine est un très bon auteur, injustement méconnu (en fait, j’ai lu que, comme il dénonçait le communisme, les intellectuels français et européens ne l’appréciaient guère…). Et bon weekend à toi aussi 🙂

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