Fils du feu de Guy Boley

filsfeuFils du feu de Guy Boley.

Grasset, août 2016, 157 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-246-86211-6.

Genre : premier roman.

Guy Boley, né en 1952, a exercé plusieurs métiers sur les chantiers, en usine, ou dans le monde artistique avant de livrer son premier roman, Fils du feu.

L’éditeur dit : « Nés sous les feux de la forge où s’attelle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaîté renaît ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, Fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister. Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse. » Vous l’aurez compris, ce roman est un roman sur le deuil mais pas que.

68premièresfois2016Des martèlements, des souffles, des escarbilles, de la limaille, des barres de feu chauffées à blanc, à rouge, de la fumée, des odeurs, des silences malgré le bruit assourdissant, de la sueur et un petit garçon de 5 ans assis un peu plus loin : il écoute, il observe, il admire. On est dans les années 50 (durant les Trente Glorieuses), dans la ville où Victor Hugo est né donc Besançon (en Franche-Comté) ; Papa et Jacky sont « ferronniers d’art » (p. 16). L’enfant a une grande sœur, déjà partie de la maison, et un petit frère, Norbert, mort très jeune. « C’est cela, en vérité, que, devenu adulte, une fois ma vocation balbutiée, reniée et puis enfin choisie, j’ai toujours peint : un père assis sur son trône de roi, une flèche dans une main, Norbert mon petit frère assis dans l’autre. Un père en gloire que couve du regard un enfant en majesté. Je n’ai jamais peint que cela. » (p. 30).

weekend1000-2016Norbert et Jacky ont un prénom, les autres personnages non. Le père, en deuil, se réfugie dans son travail, il martèle et martèle encore, jusqu’à ce que les artisans soient dépassés par l’industriel. La mère s’enfonce dans la folie et vit comme si Norbert était encore là après l’enterrement. « Maman me dit : quand le drap de ton petit frère sera sec, on le dépendra, on le repassera, on le parfumera, on le posera sur le cercueil. On l’enterrera avec. » (p. 75). Et l’enfant, le narrateur, comment vit-il ? Comment va-t-il se construire ? Avec ce petit frère absent mais tellement présent ! « Puisque tout n’était que brillance et tout dans l’apparence. Puisqu’il fallait briller. Briller de l’extérieur, pourrir de l’intérieur. Briller en société, mourir de l’intérieur. » (p. 35). De plus, l’enfant voit le monde se transformer, le progrès, le tout plastique, les automobiles de plus en plus nombreuses, les gadgets… Et la mère fait toujours comme si Norbert était vivant mais le narrateur tout enfant qu’il est reste lucide : « Et puis la vie reprit son cours. Ce n’est qu’une expression bien sûr : la vie ne pouvait pas reprendre son cours puisque son cours ne s’était jamais arrêté ; la vie ne s’arrête que pour celui qui meurt. » (p. 95).

LettreAuteurDevenu adulte, le narrateur vit dans une maison à Arles et il peint ; il peint pour vivre, pour exorciser ses démons, pour se retrouver ! « Je suis heureux, ou plutôt libéré ; je sais à présent que je n’emporterai rien de mon passé, rien de mon enfance. Rien de cette maison. » (p. 136). Fils du feu est un roman douloureux, avec des descriptions fines et ciselées, non seulement sur le deuil et la difficulté de (sur)vivre mais aussi sur la force, la résilience et la volonté d’être soi et de vivre pour soi. Un livre peut-être difficile de premier abord mais tellement important tant au niveau littéraire qu’humain.

rentreelitteraire2016J’ai vu plusieurs clins d’œil à des tableaux comme les lavandières, l’origine du monde, la forge de Vulcain mais il y en a sûrement d’autres, je ne suis pas assez calée pour les avoir tous devinés !

Je n’ai pas aimé : le passage avec la grand-mère et les grenouilles (p. 52-55) ; quelle horreur !

DefiPremierRoman2016J’ai reçu ce premier roman dans le cadre des 68 premières fois 2016 (je remercie Plume nacrée de me l’avoir envoyé avec deux jolis marques-pages). Je l’ai lu durant le Weekend à 1000 #16 mais j’ai attendu de publier ma note de lecture aujourd’hui pour la session 38 de Une lettre pour un auteur. Je le mets aussi dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2016 et Défi Premier roman 2016.

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