La sonate oubliée de Christiana Moreau

La sonate oubliée de Christiana Moreau.

Préludes, janvier 2017, 255 pages, 15,60 €, ISBN 978-2-25310-781-1.

Genres : littérature belge, premier roman, roman historique.

Christiana Moreau est peintre, sculptrice en terre cuite et La sonate oubliée est son premier roman. Plus d’infos sur son blog, Journal d’atelier, et sur son site d’artiste.

D’un côté, notre époque avec Lionella Petrella, une adolescente belge qui vit à Seraing. « Mon professeur de violoncelle m’a inscrite au concours Arpèges… Un concours prestigieux qui s’adresse aux meilleurs étudiants, avec un jury très exigeant, des musiciens de haut niveau… » (p. 15). « Je ne veux pas d’un morceau que tout le monde joue, c’est du réchauffé, c’est banal ! » (p. 25).

Sur une brocante, Kevin son meilleur (et seul) ami, trouve un coffret en métal avec un cahier, une partition musicale « sonata per violoncello » et une « médaille en cuivre ou en bronze à forme bizarre, ou plutôt une demi-médaille, comme si quelqu’un s’était amusé à la scier. » (p. 28) et achète le tout pour… 5 € ! « On dirait du Vivaldi… Une sonate de Vivaldi que je ne connais pas… Il faut que je déchiffre, que je travaille. Je pourrais jouer peut-être jouer cette sonate pour le concours ! Je suis sûre que je serais la seule à l’interpréter ! » (p. 33).

De l’autre côté, Venise au XVIIIe siècle avec le journal d’Ada, née le 5 décembre 1705 et abandonnée à la Pietà. « Au commencement du monde, le silence. Puis vient l’harmonie, source de la musique. » (p. 39). En 1723, Ada est l’élève de Vivaldi, surnommé le prêtre roux, qui lui commande un violoncelle chez son luthier, Matteo Goffriller. « On me remit un violoncelle si précieux, si cher que j’osais à peine le toucher. » (p. 41). Lors d’une rare sortie de la Pietà, Ada rencontre le comte Charles Sétil de Fays, un jeune Liégeois, tombé sous son charme musical, et s’éprend de lui.

Avec Lionella, le langage est moderne, actuel alors qu’avec Ada, le langage est plus soigné pour correspondre à son époque. Ce n’est pas un tour de force mais c’est à signaler car le roman est bien construit et joliment mené !

« Elles étaient unies par une passion commune. » (p. 50). La passion de la musique, du violoncelle, l’âme de la musique, du violoncelle. Mais, au XVIIIe siècle, les filles n’ont pas le droit de jouer et de chanter en public, elles sont donc « dissimulées derrière une grille de fer » (p. 61).

Kevin est différent : élevé par une mère ouvrière, un frère aîné fainéant et violent, il aime la musique classique et l’Art.

Ce roman est à la fois un roman (historique) contemporain avec le passé ouvrier de Seraing, ville extrêmement polluée (ainsi que la Meuse qui la traverse) par la sidérurgie, les produits chimiques, les métaux lourds, les pesticides… En plus il y a une centrale nucléaire ! Christiana Moreaux connaît bien cette ville puisqu’elle y est née, qu’elle y a grandit et qu’elle y vit.

Et un roman historique car le lecteur apprend énormément de choses non seulement sur la musique et le violoncelle mais aussi sur Venise, son Carnaval (qui durait plusieurs mois), les masques, les chansons des bâteliers…

Quelques extraits

« Qui étais-je pour prétendre à la composition ? A-t-on jamais vu une pauvre orpheline se monter la tête avec autant de suffisance ? Quelle vanité s’était emparée de moi, petite chose insignifiante à la charge de la charité de la république de Venise ? » (p. 127).

« Personne ne se souviendra que je suis passée sur cette terre comme un souffle de vent léger. Mon histoire, consignée dans ces pages, est tout ce qui restera de moi. » (p. 165).

« Cette histoire vieille de presque trois cents ans lui chavirait le cœur. C’était comme si une amie intime se perdait dans le chagrin, et qu’elle ne pouvait rien pour elle. » (p. 185).

« C’est pour mes grands-parents que cela fut sûrement le plus difficile ; quitter le soleil de leur Italie natale pour s’enfermer dans la morosité de ce quartier d’émigrés dont les notables belges ne voulaient plus… » (p. 208).

J’ai reçu ce beau roman dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je remercie Nelly B. de me l’avoir envoyé. Il entre aussi dans les challenges Défi Premier roman 2017, Un genre par mois 2017 (en mars, c’est historique), Voisins Voisines 2017 (Belgique) et Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo.

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