Interview de Baptiste Boryczka

Merci à Baptiste Boryczka pour ce portrait

Après avoir lu – et aimé ! – Korzen, le premier roman de Baptiste Boryczka durant l’été 2015, et Café Krilo, le deuxième roman ce printemps, j’ai eu l’idée d’interviewer l’auteur et il a gentiment accepté.

Bonjour Baptiste, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions !

1. Tu vis depuis bientôt 15 ans à Copenhague, au Danemark, qu’est-ce qui t’a attiré dans ce pays ?

Quelques années auparavant, en plein hiver, ma femme et moi avions passé une semaine de vacances dans le pays. Nous avions adoré l’atmosphère si particulière de Copenhague. Ce sont néanmoins des facteurs plus pragmatiques qui nous ont fait choisir le Danemark pour prendre l’air. Pour partir, ma femme devait trouver un échange Erasmus dans son domaine, alors que je devais trouver du travail de mon côté armé de mon mauvais anglais. Le Danemark a été le dénominateur commun. Nous avons donc débarqué sur les côtes de la Baltique durant la canicule de l’été 2003. Nous pensions gouter à la dolce vita danoise quelques mois, mais nous nous y sommes finalement enracinés.

2. Dans tes deux romans, tu t’inspires de la société danoise pour fictionnaliser une Scandinavie – voire une Europe – qui fait trembler ; la part de réel est-elle importante ?

Oui, le réel est bien présent dans mon travail. Les références à ma ville d’adoption sont nombreuses, mais beaucoup des situations, des psychologies et des personnages sont également bien réels. Mes écrits sont des patchworks de ce qu’ont traversé mes proches ou moi-même.

3. Tu as travaillé pour la radio, maintenant tu travailles dans la sécurité informatique et réseaux, comment es-tu arrivé à l’écriture ? Qu’est-ce qui t’a décidé à écrire le premier roman ?

J’ai toujours eu besoin d’expression artistique. Jusqu’à mon émigration, le dessin et surtout la musique me permettaient de manifester mes colères, mes tortures et mes frustrations. Durant mes premières années de vie active, je vivais à un rythme effréné. Intermittent du spectacle, je travaillais pour plusieurs radios en même temps, oubliant parfois de m’accorder des week-ends. De plus, je répétais avec mon groupe et sortais beaucoup. Je ne prenais pas le temps de souffler, de prendre de recul. En arrivant ici, je m’arrêtai de travailler pour la première fois de ma vie. Avoir du temps dans un environnement si calme comparé à l’effervescence parisienne m’a naturellement conduit à l’écriture. Prendre le temps de raconter des histoires en regardant derrière et autour de moi m’a tout de suite fasciné.

4. En rapport à Korzen, pour toi l’exil est-il un déchirement, une perte de ses racines et de ses origines, ou peut-il être positif, et comment ?

Bien sûr, l’exil offre de facto une biculture et de nombreux atouts qui vont avec. Il fait aussi basculer tout doucement dans un flou où l’on ne devient jamais un local, tout en perdant doucement l’attache à son pays d’origine. Comme j’ai de toute façon un problème d’identité que je ne règlerai jamais, cet état grisant me convient parfaitement.

En France, j’aurais voulu être un exilé, mais je n’étais qu’un descendant d’immigrés rincé jusqu’à la moelle par la machine assimilationniste française. Réaliser le fossé culturel avec mes grands-parents m’a d’abord beaucoup frustré. Dès l’adolescence et encore aujourd’hui, j’ai travaillé d’arrache-pied pour combler mes lacunes. Connaître l’histoire, les langues et la culture de mes grands-parents est devenu une obsession, mais on ne devient pas un exilé en restant chez soi.

Mon émigration a par la suite ajouté une nouvelle dimension à mon problème identitaire. Je dois maintenant à mon tour traverser l’épreuve de l’immigration. La superposition de ces deux couches d’exil a brouillé les pistes. Elle me permet aujourd’hui de continuer mon travail pour renouer avec mes origines, de m’assumer pleinement comme Français et de découvrir une société qui m’était complètement étrangère.

5. As-tu une vision aussi pessimiste de l’avenir européen que dans Café Krilo ou est-ce choisi pour faire réagir les lecteurs ?

Non, je crois en nous et je sais que les Européens ont des ressources. Comme beaucoup, je tente à ma petite échelle de réfléchir sur nos incohérences et nos défauts. Dans Café Krilo, j’ai voulu rappeler que rien n’est acquis : droits élémentaires, infrastructures et avancées sociales – nous nous devons de rester vigilants et de ne jamais cesser de se battre.

6. Quels sont tes écrivains et livres préférés, ceux que tu voudrais que tout le monde lise ?

Mon top 5 dans le désordre : Boris Vian, Kundera, Paul Auster, San Antonio et Kerouac.

7. Que lis-tu en ce moment ?

Je ne lis pas de roman en période d’écriture. Je peaufine en ce moment un troisième bouquin et oscille donc entre essais et bandes dessinées.

8. Quel livre t’est récemment tombé des mains ?

« Penser l’Islam » de Michel Onfray.

9. Quel est ton livre coup de cœur en ce moment ?

Côté roman, mon dernier coup de cœur a été « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon. C’est un bouquin très fort et merveilleusement bien pensé. Plus récemment, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire le dernier « arabe du futur » de Riad Sattouf.

Ce serait bien que tu partages avec les lecteurs d’autres choses :

10. Quels sont les artistes musicaux que tu aimes ?

Depuis quelques années, j’écoute beaucoup de musique alternative d’Europe de l’Est : Shantel, Dubioza kolektiv, RotFront, Hanba et Apparatschik, par exemple. Leurs textes et leurs mélodies me parlent beaucoup.

J’ai toujours aimé la musique du monde en général. Les bijoux d’Afrique du Nord que j’ai eu le privilège de découvrir en détail pendant mes années à Beur FM et le flamenco que j’ai étudié à la guitare classique ont une place particulière pour moi. D’une autre part, la musique violente et politique occupe également une place importante dans ma discothèque – qu’elle soit punk, hip-hop ou metal. Au milieu de ces deux courants aux antipodes, la musique alternative a baigné mon adolescence. J’étais un grand fan de la Mano Negra quand les poils ont commencé à apparaître sur mon menton.

11. Les artistes (peintres, dessinateurs…) ?

Malgré une culture proche de celle d’un haricot vert, j’aime beaucoup me balader dans les musées et les expos. Photographie, art moderne ou classique, c’est un vrai plaisir pour moi de découvrir les arts graphiques. La bande dessinée et le street-art sont des domaines que je comprends mieux.

J’aime beaucoup le théâtre également – surtout quand c’est décalé et drôle.

Merci à Baptiste Boryczka pour cette photo de Copenhague

12. Et parle-nous un peu de la gastronomie danoise ?

Les Danois on beaucoup de qualités mais la gastronomie traditionnelle reste peu élaborée. Ces dernières années cependant, la « nouvelle cuisine nordique » a envahi Copenhague avec pas mal de réussites.

13. Et pour finir, un nouveau roman ? Top secret ou tu peux nous donner un thème ?

J’ai toujours 4-5 projets en tête. Le prochain est un roman qui suit le parcours de deux hommes. Ils voyagent vers leurs origines en Pologne sans se croiser, mais ce retour aux sources va dans les deux cas bouleverser leur vie.

Je remercie encore Baptiste Boryczka et j’espère que cela vous aura donné envie de lire ses deux romans. D’ailleurs, Café Krilo circule en tant que livre voyageur, vous pouvez donc vous manifestez pour le recevoir et en parler (sur un blog, sur un réseau…) avant de l’envoyer à un prochain lecteur. 😉

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