L’éveil – stade 1 de Jean-Baptiste de Panafieu

L’éveil – stade 1 de Jean-Baptiste de Panafieu.

Gulf Stream, septembre 2016, 272 pages, 17 €, ISBN 978-2-35488-441-3.

Genre : science-fiction.

Jean-Baptiste de Panafieu naît le 11 juin 1955. Il est agrégé en sciences naturelles, en génétique, biologiste, docteur en océanologie biologique, auteur et documentariste. Plus d’infos sur son site, http://www.jbdepanafieu.fr/.

Mars. Laboratoire Biokitech. Laura Goupil mène des expériences d’ingénierie neurogénétique sur des souris. Son objectif : trouver un remède à Alzheimer et à d’autres affections du cerveau humain. « Laura commençait à espérer que son virus puisse être un jour réellement utile. Mais pour les gens, par pour les souris ! » (p. 39-40). Profitant d’un coup de téléphone, la souris A27, dont la conscience s’est éveillée, s’enfuit. Tout à coup, le petit animal est dans un monde « inondé de lumière […] une pièce comme elle n’en avait jamais vue, d’une taille inimaginable. Un vaste sol vert s’étendait devant ses yeux. Le plafond bleu était immensément lointain. » (p. 11). Mais elle n’en profite pas longtemps car elle est attaquée par un chat qui lui aussi se retrouve éveillé, gisant dans l’herbe elle est mangée par une corneille, un rat et une chienne qui eux aussi se retrouvent éveillés. Ensuite, c’est l’effet boule de neige, la corneille s’accouple et pond des œufs, le rat mord un perroquet et se bat avec ses congénères, etc. Peu à peu, tous les animaux s’éveillent.

Le lecteur suit plus en détail quatre humains et trois animaux. Laura, la scientifique, vit avec son jeune frère, Gabriel, un lycéen et leur chat, Chou-K. Les meilleurs amis de Gabriel sont Clément, chez qui vit la chienne qui a mangé les restes de la souris A27, Cabosse, et Alya chez qui trouve refuge le perroquet gris du Gabon, Coco qui s’est lui-même rebaptisé Montaigne. Plus tard, viendra se rajouter un autre chien, Yéti, amoureux de Cabosse.

Le monde est petit, dit-on, mais l’épizootie va grandir pendant six mois, d’abord dans toute la France puis en Europe et dans le monde grâce aux personnes qui voyagent avec leur animal et aux nombreux moyens de transport. « Le virus s’étendait ainsi autour de la première colonie, comme un arbre qui pousse ses radicelles dans toutes les directions à la recherche d’eau et de sels minéraux. » (p. 71). Mais il ne touche que les animaux à sang chaud, mammifères, oiseaux, pas « les escargots, les vers et les insectes » (p. 77) : je pense que là, l’histoire aurait été un peu trop compliquée !

Malheureusement la plus grosse industrie alimentaire du monde, la WOFF (World Organisation for Food and Feed), américaine, vient de racheter la société française BESTALIM et le patron de la WOFF, Paul Jervson, n’est pas du tout content du virus qui éveille les animaux car cela implique une crise alimentaire et économique que son entreprise ne pourra sûrement pas affronter… Il exige donc que Laura crée un contre-vaccin et ses sbires ne sont pas commodes.

L’auteur montre bien tous les tenants et les aboutissants : d’un côté le monde scientifique qui joue à Dieu soi-disant pour le bien-être de l’humanité, d’un autre côté l’industrie agro-alimentaire et le cynisme de ses dirigeants qui ne pensent qu’à s’enrichir à tout prix, et puis au milieu non seulement les humains (considérés comme de simples consommateurs pas très futés, quoique certains soient différents, proches des animaux ou activistes ou indifférents) mais aussi les animaux qu’ils soient éveillés ou non mais qui tout à coup souffrent encore plus de leurs conditions (animaux maltraités, élevage intensif, mort certaine…). « Comme tout cela est effrayant ! » (p. 139).

Chaque expérience d’éveil se conclut par « Je me suis éveillé (ou éveillée) il y a trois jours. » : bien sûr, cette phrase est répétitive mais c’est pour montrer que pour chaque animal, quel qu’il soit, cet éveil est un événement extraordinaire, un monde inconnu, une nouvelle vie qui peut faire peur. Et que l’éveil se fait petit à petit, semaine après semaine, mois après mois. Mais que vont faire les animaux de cette conscience, de cette intelligence ? Chaque animal va réagir selon son vécu, son expérience (ou son inexpérience) des humains et ses aspirations premières (manger, dormir, jouer, élever les petits, communiquer ou pas, etc.). Alors, anthropomorphisme ? L’auteur est habitué aux animaux, il vit avec, il les observe, les étudie, il a même écrit plusieurs livres sur le monde animal, l’élevage, l’évolution des relations entre les humains et les animaux : je vais donc dire qu’il sait de quoi il parle, et puis il signe une fiction donc totale liberté même si tout est plausible.

J’ai beaucoup aimé le perroquet qui s’instruit de tout, documentaires animaliers, historiques… à la télévision, sur Internet, j’ai l’impression qu’il est le plus curieux, le plus intelligent et… le plus bavard ! D’ailleurs c’est lui qui dit : « Le danger ne vient pas seulement de la WOFF. Je crains aussi que les espoirs et les projets des animaux ne finissent par se révéler contradictoires. Ils sont tellement divers ! Ils n’ont pas les mêmes histoires, ni les mêmes relations avec les humains. Leurs trajectoires risquent de les mener à se dresser les uns contres les autres. Avec l’intelligence, ils ont rejoint les humains dans leurs qualités comme dans leurs défauts. » (p. 108-109).

Évidemment les relations entre les humains et les animaux changent, même pour ceux qui sont les plus difficiles à convaincre. « […] les animaux « éveillés » avaient largement gagné en intelligence et étaient capables de comprendre les humains, voire de communiquer avec eux. Les animaux discutaient aussi entre eux, un fait généralement négligé, peut-être parce qu’il était encore plus dérangeant. En effet, ces conversations strictement animales mettaient en évidence que leur vie ne se réduisait pas à leurs relations avec les humains. » (p. 132).

Vous l’avez compris, j’ai adoré ce premier tome, inventif, parfois drôle et ouvert sur les animaux ; je me sens proche des animaux et j’ai parfois l’impression que mes deux matous sont éveillés, enfin pas au point des animaux de ce roman mais un peu, ils m’écoutent, ils me comprennent, ils communiquent avec moi, à leur manière, je pense que tous ceux qui sont proches de leur chien ou de leur chat peuvent comprendre cet état d’esprit. Pour en revenir au roman, je dirais que l’auteur a pensé à tout et développe aussi bien les côtés scientifique et écologique que éthique et philosophique d’une façon assez pointue (mais quand même abordable !), surtout lorsqu’il donne la parole (et la réflexion) aux animaux, on voit qu’il connaît bien le monde animal et qu’il n’abuse pas de la fiction pour raconter n’importe quoi.

Heureusement que j’ai le tome 2 donc je peux continuer ma lecture sans attendre !

Pour les challenges Jeunesse & young adult (mais il ne fait pas réellement jeunesse, le récit est plutôt mature et complexe) et Littérature de l’imaginaire.

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