Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer.

Quidam, août 2017, 268 pages, 20 €, ISBN 978-2-37491-063-5.

Genre : roman autobiographique.

Erwan Lahrer… Peu d’infos sur lui… Il naît dans le centre de la France (Clermont-Ferrand ?) il y a un peu plus de trente ans. Plus d’infos sur http://www.erwanlarher.com/ et sur sa page FB. Du même auteur : Qu’avez-vous fait de moi ? (Michalon, 2010), Autogenèse (Michalon, 2012), L’abandon du mâle en milieu hostile (Plon, 2013), Entre toutes les femmes (Plon, 2015), Marguerite n’aime pas ses fesses (Quidam, 2016).

Une note de lecture un peu différente pour ce roman atypique.

Un romancier, ça invente « des histoires, des intrigues, des personnages » mais l’auteur était « au mauvais endroit au mauvais moment » (4e de couverture). Je sais que je ne suis pas la seule si, en relation avec le titre, je dis « le livre que je ne voulais pas lire » mais… Une collègue a adoré le roman et me l’a chaudement recommandé et, malgré la petite réticence par rapport au thème (et aussi l’aversion pour cette couverture horrible…), j’ai eu très envie de le lire et j’ai accroché dès le début. En fait, j’avais déjà entendu parler de cet auteur mais je ne l’avais jamais lu, c’est donc mon premier Erwan Lahrer !

Ce roman parle de la soirée concert au Bataclan mais il y a une véritable bande-son dans ce roman ; du rock, du punk. « Tu écoutes du rock, bande-son de ton esprit tourmenté. Tu es cette musique entièrement, elle te constitue, ce que les adultes et la plupart de tes condisciples ne comprennent pas, eux pour qui la musique n’est qu’une distraction, un arrière-plan, un agrément sonore, décoratif. » (p. 14). « Quand arrivent la fusion et le grunge, tu es prêt. » (p. 15). J’ai été élevée dans la culture rock (mais pas que, chanson et classique aussi) et je me suis plus ou moins reconnue car j’écoute du rock depuis toujours, du punk aussi (plutôt à l’adolescence), j’aime la fusion, la musique grunge, et même le métal. Je me sens donc bien dans cette lecture, à ma place même si je n’aurais pas aimé y être !

L’auteur utilise le « tu » en parlant de lui, c’est surprenant et ça interpelle le lecteur. « Tu n’es ni sociologue, ni philosophe, ni penseur ; victime ne te confère aucune légitimité à donner ton avis branlant et ajouré à la télévision ou dans un hebdomadaire. Toutes les paroles ne se valent pas. » (p. 33). Je pense au contraire qu’un écrivain peut tout écrire : la légitimité, c’est d’abord l’éditeur qui la lui donne en publiant son livre, c’est ensuite le libraire en présentant le livre dans ses rayons et c’est enfin le lecteur qui va acheter, offrir, lire voire partager sa lecture. La légitimité est tout simplement dans l’écriture.

De plus, pressé par ses amis, l’auteur se met à écrire mais il ne veut pas délivrer un simple témoignage ou un roman, il veut faire un réel « objet littéraire » ; est-ce pour cela qu’il donne la parole aux terroristes ? Il leur a inventé des prénoms (Iblis, Éfrit, Saala, Shaitan), des vies, c’est un peu spécial mais je comprends : ces gens-là ont eu une enfance, une adolescence, ils ont même peut-être écouté de la musique, avant… D’ailleurs il n’est pas tendre avec eux mais il ne leur en veut pas, ils ont été embrigadés, trompés, abusés. « Rafales, la guerre, les HURLEMENTS, mon incrédulité, mon saisissement, BAM ! BAM ! Je ne vois rien, je n’ose tourner la tête, j’entends BAM ! BAM ! Bouge pas ! BAM ! BAM ! Ta gueule ! BAM ! BAM ! » (p. 67). Carnage… « Tu penses : survivre. Tu dois faire le mort. Inerte. Caillou. Survivre. Tu penses : vivant. Tu penses : chance. Tu penses : pas paralysé. […] Faire le mort. Inerte comme un caillou. Pour survivre. Comme Sigolène. Je suis un caillou. Je suis Sigolène. Je suis un caillou. » (p. 80). Leitmotiv, mantra, volonté de survivre au milieu de tous ces corps. Je vous renvoie moi aussi vers Le caillou de Sigolène Vinson même si je n’ai pas apprécié ce roman… « La peur. L’impuissance. Couché la gueule dans le sang qui poisse vraiment, qui sent vraiment ; et la douleur… » (p. 99).

« Mon pote est allé passé quatre heures en enfer, et il en est revenu. Certains de ses mots m’accrochent, me paralysent, me terrifient, me glacent. » (p. 156). « Je lui dis qu’il va falloir qu’il écrive ce qui vient de se passer, pas forcément pour être publié, mais parce qu’il faut que ça sorte, pour trouver un exutoire, exorciser les bruits, l’odeur, les cris, créer du mouvement dans le récit de ces quatre heures d’immobilité et de silence absolus à taire sa souffrance et à faire le mort. (p. 157). L’auteur ne se considère pas comme un héros, il ne s’attarde même pas sur cette actualité terroriste, il raconte tout simplement à la fois pudiquement et à la fois avec une certaine impudeur (vous comprendrez en lisant le livre), et même avec humour : alors qu’il écrivait Marguerite n’aime pas ses fesses, il est blessé à la fesse, quelle ironie du sort et imaginez comme ses amis l’ont chambré après coup ! Hôpital, rééducation, convalescence, inquiétudes (toute personnelle ! Et où sont ses santiags ?).

En général, je ne suis pas friande des romans autobiographiques mais celui-ci est vraiment différent, au-dessus du lot, il est littéraire, profond, prenant, passionnant ! Et il aide peut-être aussi un peu à comprendre. Mon passage préféré : « Lire et écrire, les deux pôles de ton existence. Tu peux vivre seul. Tu préfères, même. Mais pas sans livres. Pas sans littérature. Pas sans style. » (p. 161). Un état d’esprit qui me convient aussi.

Le petit point faible : la couverture est très moche ! En plus, elles ne sont même pas bleues, ses santiags ! Voilà, j’espère que vous ne serez pas rebutés par cette (affreuse) couverture car le roman est vraiment un ovni littéraire qu’il faut lire et le style de l’auteur est à découvrir aussi. Ainsi je sais que je lirai d’autres romans de lui.

Deux extraits supplémentaires

« C’est quelque chose, la noblesse de l’humain, la solidarité, la fraternité, quand on les autorise à éclore. » (p. 194).

« La littérature n’arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari. » (p. 237).

Une lecture – indispensable – que je mets dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

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15 réflexions sur “Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer

    • Nécessaire, oui, non seulement pour l’auteur mais aussi pour les lecteurs, en plus au niveau littéraire il est vraiment très bien, l’auteur a même casé de l’humour, je pense que c’est naturel chez lui, une résilience extraordinaire 😉

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  1. A_girl_from_earth dit :

    Ah ? Moi j’aime bien cette couverture.^^ Je me suis laissée tentée par ce livre suite à l’enthousiasme bloguesque (enfin, quelques personnes) et parce que ça fait longtemps que je suis curieuse de la plume de cet auteur, et j’étais assez intriguée de ce qu’il avait à dire sur cette horrible tragédie qu’il a vécu de près. Je vois que tu as été conquise toi aussi. Toujours pas lu mais c’est au programme.

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    • Oui, par rapport aux livres témoignages que j’ai déjà pu lire, celui d’Erwan Lahrer est un ovni littéraire 😉 Il faut simplement faire abstraction de la couverture 😛 Bonne lecture Violette et bon weekend 🙂

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  2. Un livre assez troublant dans la forme.
    Je partage ton avis concernant la couverture. Même si elle fait sens par rapport au texte, elle n’est pas très accrocheuse. Dommage.

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        • En fait, j’écoute du rock depuis l’enfance : ce que mes parents écoutaient, les artistes de l’époque, années 60 et 70. Puis j’ai découvert les années 80 qui se sont révélées commerciales mais c’était mon adolescence et quand même des groupes comme Depeche Mode que j’aime toujours, U2 dont je n’ai pas aimé le virage électro plus tard, et bien sûr le punk (une prof m’avait virée de sa classe parce que je portais un T-shirt des Clash !) et le hard-rock (que je n’écoute plus maintenant, ou alors avec parcimonie). Puis j’ai découvert les années 90 avec le grunge et le renouveau du métal alors oui, j’écoute ce genre de musique mais… les chats ne supportent pas, mais alors pas du tout !!! Alors, j’écoute plutôt à mon travail puisque ça fait partie de mon travail (de commander des CD de musique, entre autres, et de les écouter pour connaître le fonds musical afin de conseiller les usagers). Et toi ?

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          • Tu t’occupes du fond musical, quelle chance. Tu dois en découvrir des choses. Je ne te voyais aller écouter du métal chez toi. Une envie d’aller au Hellfest festival alors?
            Tu as des bonnes basses pour que tes chats n’apprécient pas la musique que tu aimes?

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          • Oui, j’achète des CD mais je ne suis pas la responsable de l’espace Musique mais le responsable est super 😉 Je suis curieuse depuis toujours des nouveaux artistes musicaux mais aussi des nouveaux romans et auteurs et éditeurs, des nouvelles revues (enfin, ça dépend du thème), etc. Ce qu’il y a de bien dans une médiathèque (je veux dire par rapport à une bibliothèque), c’est qu’il est possible d’emprunter des livres, des magazines, des CD, des DVD…, je pense qu’à Paris tu es bien servie 😉 Ma chaîne (Samsung) est petite mais de bonne qualité, il me semble, mais j’écoute aussi de la musique sur l’ordi. Même si je n’écoute pas avec le son fort, c’est déplaisant pour les chats… Parfois je leur mets un concert de musique classique sur Arte 😉 Et toi, qu’écoutes-tu plus particulièrement ?

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