Le village de l’Allemand de Boualem Sansal

Le village de l’Allemand ou le journal des frères Schiller de Boualem Sansal est un roman « basé sur une histoire authentique » paru chez Gallimard dans la collection Blanche en janvier 2008 (264 pages, 22 €, ISBN 978-2-07-078685-5).

Genre : littérature algérienne.

Boualem Sansal naît le 15 octobre 1949 à Theniet El Had, un petit village de montagne au nord de l’Algérie. Il vit à Boumerdès (près d’Alger) ; il est auteur. Son premier roman, Le serment des barbares en 1999, reçoit le prix du premier roman et le prix des Tropiques. Paraissent ensuite L’enfant fou de l’arbre creux (2000, prix Michel Dard), Dis-moi le paradis (2003) et Harraga (2005). Le village de l’Allemand est son cinquième roman mais il a également publié des livres techniques (il est ingénieur et économiste), des recueils de nouvelles et des essais. Ce livre m’a tellement plu que ça m’a donné envie de lire les autres. Sont parus depuis : Rue Darwin (2011) et 2084, la fin du monde (2015).

Rachel (Rachid Helmut) et Malrich (Malek Ulrich) sont deux frères, nés d’une mère algérienne et d’un père allemand, qui vivent en France. Rachel a étudié, est devenu un monsieur, a un travail bien rémunéré, un pavillon de banlieue, et surtout une épouse et la vie devant lui. Malrich, plus jeune, préfère traîner avec ses copains qu’étudier. Lorsqu’en 1994, leurs parents sont assassinés par des intégristes dans le village de Aïn Deb, Rachel part se recueillir sur leur tombe et découvre ce que leur père a caché durant des années : c’était un ancien officier nazi qui a tué des milliers de Juifs et a fui après la guerre pour trouver refuge en Algérie où il a épousé leur mère. L’univers de Malrich s’écroule, il part en Allemagne, en Turquie, en Égypte sur les traces de cet homme pour lequel il ne peut pas y avoir de pardon. Mais il sombre au fur et à mesure qu’il découvre l’horreur de l’extermination (la rencontre avec une vieille dame à Birkenau est très émouvante, p. 246 à 250) et après son retour à Paris, il n’est plus le même, ne supporte plus de vivre et se suicide dans son garage avec les gaz d’échappement de sa voiture. Rachel laisse à son cadet un journal, que l’adolescent lit avec le lecteur et auquel il répond en tenant lui aussi un journal où il mêle interrogations, soif de vérité, lucidité, rejet des bonimenteurs qui sont de plus en plus présents dans la cité. Malrich compare même la cité à un camp de concentration où « il ne manque que les chambres à gaz et les fours pour passer à l’extermination de masse » (p. 256 et 257).

Le passage que j’ai trouvé le plus beau : « J’ai lu et relu les livres de ces revenants devenus illustres, Charlotte Delbo, Elie Wiesel, Jorge Semprun, Primo Levi, je n’ai pas trouvé un mot de haine, l’ombre d’une envie de vengeance, pas la moindre expression de colère. Ils ont simplement raconté leur quotidien avec tout le détail dont ils étaient capables, et cet art qui est le leur, ils ont dit ce que leurs yeux ont vu, ce que leurs oreilles ont entendu, ce que leur nez a senti, ce que leurs mains ont touché, ce que leurs dos et leurs pieds ont porté de fatigue et de souffrance. » (journal de Rachel, p. 242).

La conclusion que Rachel écrit avant de se donner la mort en victime expiatoire est magnifique : « C’est ainsi que je veux répondre à la question de Primo Levi, Si c’est un homme. Oui, quelle que soit sa déchéance, la victime est un homme, et quelle que soit son ignominie, le bourreau est aussi un homme ».

Ce très beau roman a reçu quatre prix littéraires en 2008 : Grand Prix RTL-Lire, Grand Prix SGDL du roman, Prix Louis-Guilloux et Prix Nessim Habif ; prix grandement mérités !

Pour le Défi littéraire de Madame lit, juin est le mois de la littérature algérienne et je voulais présenter 2084, la fin du monde de Boualem Sansal (mon auteur algérien préféré) mais je n’ai pas retrouvé le roman et ma note de lecture au brouillon dans tout ce fatras ! Eh oui, les livres ne sont pas encore rangés : mes nouvelles bibliothèques n’arrivant pas avant fin juillet… Je publie donc Le journal de l’Allemand en attendant et vous aurez 2084 plus tard. Je mets aussi cette lecture dans À la découverte de l’Afrique (Algérie) et le Challenge de l’été (je serais ravie si cette note de lecture pouvait vous inciter à lire cet auteur !).

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