Pays provisoire de Fanny Tonnelier

Pays provisoire de Fanny Tonnelier.

Alma, octobre 2017, 252 pages, 18 €, ISBN 978-2-36279-245-8.

Genre : roman français.

Fanny Tonnelier, née en 1948, publie ici son premier roman.

« Cette nuit-là, Amélie ne se coucha pas. […] Elle était triste, cafardeuse, et n’arrivait pas à dormir. […] Et puis la ville qu’elle avait découverte sept ans plus tôt n’était plus la même. […] Manifestations, meetings politiques, défilés étaient le lot quotidien des habitants qui se terraient chez eux. Les denrées de base manquaient cruellement et le peuple avait faim. Les journaux ne paraissaient plus et les rumeurs allaient bon train, amplifiant l’inquiétude et la peur. » (p. 9). Amélie Servoz ne s’intéresse pas à la politique mais, anéantie par le saccage de sa boutique, elle comprend qu’elle doit quitter Saint-Pétersbourg, qu’elle doit fuir ce pays dans lequel elle vit depuis sept ans. « […] elle n’arrivait pas à accepter la destruction de son outil de travail, cela la mettait en colère et elle en voulait à tous ces révolutionnaires qui cassaient et brûlaient pour supprimer les privilèges des classes supérieures et soi-disant créer l’égalité. En tout cas, elle reconnaissait que sa vraie richesse résidait dans son sens créatif, son imagination et ses mains. » (p. 59). Femme libre et indépendante, Amélie est venue seule en Russie pour reprendre l’atelier et la boutique de chapeaux de Clémence Tairraz qui partait à la retraite. Durant le voyage de retour en France, qu’elle fait avec son amie Joséphine, une Jurassienne, Amélie raconte ses parents, Jeanne et Émile, Savoyards, jeunes mariés, montés à Paris et embauchés chez un plumassier dans le quartier de Saint-Antoine, elle se rappelle son enfance, ses débuts chez le plumassier puis chez une grande modiste, Adrienne Blanc, son apprentissage, etc. Le voyage est long et inconfortable mais riche en rencontres !

J’ai remarqué un gros travail de documentation, des références littéraires russes et françaises, dans ce beau roman dans lequel les langues et les littératures (françaises et russes) occupent une grande place. Par exemple, le cocher, Dimitri, est important dans la vie et le travail d’Amélie : il m’a fait penser aux nombreux cochers présents chez Anton Tchekhov en particulier Iona de la nouvelle Tristesse (1886) ; et le quartier Saint-Antoine à Paris m’a fait penser aux petits artisans et commerçants du Faubourg Saint-Antoine d’Honoré de Balzac.

Je ne savais pas que les gardes rouges étaient positionnés jusqu’en Finlande et à la frontière suédoise ! J’ai donc appris deux ou trois choses au niveau historique. J’ai aussi découvert les métiers de plumassier et de modiste de l’intérieur et ce fut passionnant.

Le passage qui m’a le plus marquée : « […] Saint-Pétersbourg n’échappait pas à la règle. On avait l’impression que la capitale perdait petit à petit son sang et son énergie. De ville vivante et gaie, elle se transformait en ville triste et morte. La vie mondaine et culturelle n’était plus réservée qu’à un petit cercle de gens indifférents à ce qui se passait sur le front. » (p. 171).

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6 réflexions sur “Pays provisoire de Fanny Tonnelier

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