La conspiration des médiocres d’Ernesto Mallo

La conspiration des médiocres d’Ernesto Mallo.

Rivages, collection Rivages noir, avril 2018, 202 pages, 18 €, ISBN 978-2-7436-4350-8. La conspiración de los mediocres (2015) est traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton.

Genres : littérature argentine, roman policier.

Ernesto Mallo naît le 16 août 1948 à La Plata près de Buenos Aires (Argentine). Né dans une famille très pauvre, il ne peut pas aller à l’école et enchaîne les petits boulots avant de découvrir le théâtre dans les années 70 puis l’écriture dans les années 2000. Il est dramaturge, journaliste et écrivain. Plus d’infos (en espagnol) sur le site officiel de l’auteur (inaccessible…).

Première moitié des années 70, Buenos Aires, Argentine. Rolf Bölle, un Allemand, ancien nazi, est retrouvé mort dans son fauteuil avec une mise en scène de suicide. « Il n’y a maintenant plus aucune théorie, plus de Dieu, de souvenirs, de sensations, de pardons, d’oublis, de monde. Le jour s’éteint. » (p. 15). Le commissaire adjoint Venancio Ismael Lascano, surnommé Perro (le chien) car il flaire tout, comprend que c’est un meurtre. Mais, comme c’est un policier intègre, il est tenu à l’écart de certaines affaires de la « Federica » (surnom de la police fédérale argentine). Pour l’affaire Böll, ses supérieurs lui refilent un assistant, Miguel Siddi, « aspirant officier, récemment promu, vingt ans, barbe de trois jours, de grand yeux » (p. 21), surnommé Tuerca à cause de sa passion pour les voitures et les courses de rallye. Au départ, Perro est mécontent mais, finalement, les deux hommes s’entendent bien et Perro est ravi de la nouvelle voiture, une Falcon verte 3.6. « Il y a quelque chose de franchement séduisant dans une voiture neuve, surtout quand on a conduit une ruine les quatre dernières années. » (p. 23). Perro contacte Marisa Frauberg, professeur universitaire qui parle six langues dont l’allemand et qui pourra traduire le carnet qu’il a trouvé chez Böll. « Les nazis étaient obsédés par le contrôle, tout devait être inventorié, catalogué, enregistré, même nous, dit-il en relevant la manche de sa chemise […]. (p. 91). Cette enquête et la rencontre de Perro avec Marisa vont bouleverser la vie de Perro et le destin du pays !

J’ai d’emblée aimé le personnage de Perro puis celui de Tuerca. Mais, en ce qui concerne les autres policiers, ouah, c’est du lourd ! On ne sait pas à qui se fier, à qui faire confiance… Tout est pourri, jusqu’aux étages supérieurs ! Et donc, Ernesto Mallo réussit son coup, une enquête difficile et une vision peu réjouissante de l’Argentine des années 70. Une étude fine et poussée sous forme de fiction, quoi de mieux pour comprendre ce pays dans lequel de nombreux nazis se sont enfuis après guerre. J’ai repéré qu’il y a trois tomes parus précédemment : L’aiguille dans la botte de foin (2009), Un voyou argentin (2012), Les hommes t’ont fait du mal (2014) et je les lirai, c’est sûr.

Mon passage préféré : « Elle ressent au fond d’elle un vide angoissant […]. Elle comprend que les idées et les mots sales de Böll l’ont atteinte. […] Elle se dit que ces gens […] sont des personnes médiocres, sans éclat, sans aucun talent, soumis et qu’on n’a au aucun mal à convaincre. Ils étaient les crève-la-dalle de l’après 14-18, ceux-là même qui se nourrissaient dans les poubelles, et dont la privation de nourriture leur avait ôté toute morale. Ces hommes qui en étaient arrivés à considérer d’autres êtres humains comme des aliments envisageables. Et, une fois qu’ils ont été plongés au plus profond de leur misère, est apparu un dément venu leur annoncer qu’ils étaient la race supérieure. Et ils l’ont cru. Et il a montré du doigt les responsables de tous leurs maux. Et ils l’ont cru. Et on leur a donné des uniformes clinquants, et des grosses bottes, des ceinturons austères et des symboles qui faisaient froid dans le dos, pour que tous les craignent. Et ils les ont portés. Et on leur a donné des défilés, des étendards et des drapeaux. Et on a mis dans leurs mains des triques, des pistolets, des fusils et des mitrailleuses. Et on leur a demandé d’être rapides, efficaces et cruels. Et ils l’ont été. Et on les a invités au banquet, à prendre part à la fête, aux mises en scène monumentales où le leader convainquait les foules que le monde était à eux et qu’ils n’avaient plus qu’à se servir. » (p. 150-151).

Une excellente lecture pour le Mois espagnol et sud-américain (que je suis contente d’honorer même si je ne publie que ce billet mais j’aimerais quand même (re)voir un film) que je mets également dans le challenge Polar et thriller 2018-2019.

7 réflexions sur “La conspiration des médiocres d’Ernesto Mallo

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