Ivoire de Niels Labuzan

Ivoire de Niels Labuzan.

JC Lattès, janvier 2019, 350 pages (et pas 250 comme c’est écrit un peu partout, y compris sur le site de l’éditeur !), 18 €, ISBN 978-2-7096-6149-2.

Genre : littérature française.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris. D’après ce que j’ai lu, il se rend au Botswana en 2017 pour observer les animaux et rencontrer ceux qui les protègent. Du même auteur : Cartographie de l’oubli (son premier roman paru en 2016).

Botswana, Afrique australe. Des braconniers dans la Garamba, ils tuent pour l’ivoire. « La matriarche tombe. […] Le reste du troupeau se disperse. Les plus jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur mémoire aura des trous qui ne seront jamais remplis. » (p. 10). Putain, mais qu’on leur coupe les couilles à ces pourris pour qu’ils ne se reproduisent pas ! Et puis la tête aussi puisque c’est ce qu’ils font aux éléphants pour leur dérober leurs défenses ! Ah, mais c’est vrai que ces barbares, eux, n’ont rien de précieux, ils ne pensent pas, ne réfléchissent pas, seul l’appât du gain immédiat les intéresse, quelques dollars… Saloperies d’humains de merde ! Euh, suis-je toujours une personne non-violente ? 😛 « Les braconniers s’aventuraient de plus en plus loin et ce n’était pas bon signe. Pour ces hommes, Erin n’avait aucune pitié. Elle était d’accord avec la règle qui s’appliquait ici : tirer pour tuer. » (p. 14). Ah, je vois que des mesures sont prises !

Le lecteur va suivre Erin, une Anglaise qui s’occupe de ce parc au Botswana depuis cinq ans ; son plus proche collaborateur, Bojosi, un ancien pisteur devenu ranger, et son épouse Lebani ; Seretse, un enfant du pays qui a pu étudier, s’élever jusqu’au Ministère de l’Environnement et qui est motivé ; et à distance Simon, un scientifique qu’Erin a connu lors de ses études d’éthologie à Paris.

Les éléphants sont des animaux magnifiques, majestueux, qu’il faut protéger. « Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe […]. Personne ne l’expliquait vraiment, mais ces animaux arrivaient à communiquer entre eux sur de très longues distances, s’échangeant l’information que sur cette terre ils pourraient vivre en paix. Sur tout le continent, on voyait d’ailleurs des troupeaux se mettre en mouvement pour tenter de la rejoindre. » (p. 33). N’est-ce pas merveilleux ? Que feront les humains lorsque ces animaux auront totalement disparu ? Lorsqu’il n’y aura plus d’animaux sauvages ? (et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense…). C’est une des réflexions du puissant roman de Niels Labuzan.

« Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’ivoire, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours. » (p. 72). Que c’est lamentable, ces croyances stupides et inutiles… !

Ivoire parle plus particulièrement des éléphants et du trafic d’ivoire mais il est aussi question des rhinocéros et de leur corne qui contient de la kératine. Je n’ai jamais eu d’objets ni en ivoire ni en corne (et je n’en ai jamais vu dans ma famille, enfant et adolescente) et ça me réconforte, je ne participe pas à ce trafic immonde, interdit depuis 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) : l’auteur explique bien ça dans un chapitre pages 72 à 78, eh oui, ce roman est un peu documentaire aussi et je pense que c’est nécessaire.

Ivoire parle aussi un peu des chasses privées (par exemple avec des lions) et malheureusement, « Plus la mort est tragique, plus l’animal se débat, lutte, saigne, refuse de mourir, plus les pourboires sont importants. » (p. 194). Quelle ignominie, c’est révoltant et ce n’est à nouveau pas glorieux pour les humains, enfin je veux dire les barbares qui ont du fric et portent des armes à feu !

Vous l’avez compris, ce roman, aussi magnifique et majestueux que les éléphants dont il parle, raconte l’horreur pour moi mais, au-delà de mon avis personnel, le style de l’auteur est génial, fondu (je n’avais pas envie de dire fluide), magique quand il décrit les animaux et leurs lieux de vie. Protégeons ces animaux ! Protégeons leurs lieux de vie ! Arrêtons les braconniers, les contrebandiers, les revendeurs (la majorité d’entre eux sont en Asie et plutôt en Chine) ! La vie de ces animaux est plus importante (primordiale !) que l’argent (des bouts de papier !) ou que des superstitions débiles ! Je dirais même plus que la vie de ces animaux est plus importante que les humains car que feront les humains lorsqu’il n’y aura plus ni flore ni faune ni eau potable ni air respirable ?

Pour conclure, encore un dernier extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

Monsieur Labuzan, merci pour ce roman magistral, il ressemble à un très bon roman d’aventures (voire un thriller) et il est riche tant au niveau littéraire que documentaire, avec une remarquable sensibilité et une écriture d’une très belle qualité ; j’ai été en colère (pas contre vous), j’ai pleuré, mais j’ai aussi été charmée et envahie de toutes sortes d’images et d’émotions, je me suis sentie pourtant triste et impuissante alors j’espère que cette humble note de lecture attirera pas mal de lecteurs vers votre roman et vers la condition des éléphants (et des autres animaux pourchassés) pour une réelle prise de conscience et pourquoi pas des vocations comme celle d’Erin (même si elle en paie le prix…). Mais reste-t-il une lueur d’espoir ?

J’ai maintenant très envie de lire le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, que j’ai – il attend sur une étagère – donc c’est parfait !

Je voulais signaler que le groupe 68 premières fois (je n’ai plus participé l’année dernière et cette année, je manquais de temps et je voulais lire d’autres livres que des premiers romans, mais je continue de suivre de loin en loin) a rajouté quelques 2e romans dans sa sélection (depuis septembre 2018) et qu’il y a Ivoire dans la sélection du 1er trimestre 2019 (lien ci-dessus).

Une lecture coup de poing coup de cœur de la Rentrée littéraire janvier 2019 que je mets dans À la découverte de l’Afrique (un challenge ancien que j’honore de temps en temps).

2 réflexions sur “Ivoire de Niels Labuzan

  1. Je ne connaissais pas ce roman, mais je le note parce que c’est le genre de sujet dont il faut parler, parler et parler pour que cette horreur prenne fin ou que du moins, les gens soient informés. Je sens que la lecture va être parfois difficile mais je note le titre d’autant que la manière dont tu évoques la plume de l’auteur donne envie d’aller plus loin. Merci pour cette découverte livresque !

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    • Effectivement, la lecture est parfois difficile (massacres d’éléphants et d’autres choses) alors je sors ma boîte de mouchoirs… Cette lecture est nécessaire pour que les gens sachent et comprennent… Je remets cet extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

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