Propriété privée de Julia Deck

Propriété privée de Julia Deck.

Les éditions de Minuit, septembre 2019, 176 pages, 16 €, ISBN 978-2-70734-578-3.

Genre : littérature française.

Julia Deck naît en 1974 à Paris. Elle étudie les Lettres à la Sorbonne puis travaille dans la communication avant de se consacrer à l’écriture et d’étudier la psychologie. Avant Propriété privée : Viviane Élisabeth Fauville (Minuit, 2012, Prix du premier roman de l’université d’Artois 2013), Le triangle d’hiver (Minuit, 2014), Le procès Péchiney, in En procès (Inculte, 2016, collectif) et Sigma (Minuit, 2017).

Après trente ans de vie commune, un couple parisien rêve de devenir propriétaire et de vivre dans une maison écologique. Ça tombe bien, un projet démarre dans un écoquartier ; il faut bien attendre un peu que tout soit construit (environ trois ans) mais c’est exactement ce que ce couple veut ! Lui, c’est Charles Caradec, un professeur universitaire un peu en errance à cause de ses problèmes : il souffre de troubles compulsifs pour ne pas employer les « termes de maniaco-dépression, de névrose obsessionnelle (p. 40) ; elle, c’est Eva Caradec, urbaniste, elle travaille pour la ville de Paris sur de gros projets de réaménagement urbain : c’est elle la narratrice.

Les deux-trois premiers mois dans leur maison, tout va bien… Arrivent les Taupin avec leurs deux ados, les Lemoine qui sont tous deux kinés et qui ont eux aussi deux ados, etc. Mais c’est sans compter avec les Lecoq qui emménagent dans la maison mitoyenne avec leur bébé ! Arnaud Lecoq est taciturne et fort peu aimable ; Annabelle Lecoq est une catastrophe ambulante… Dès le jour de leur aménagement, elle vient faire chauffer le biberon du bébé dans leur micro-ondes (30 secondes et pas une de plus !) ; elle utilise leur paillasson car elle n’a pas encore retrouvé le leur… Elle est sans gêne, elle glousse tout le temps, elle espionne ; elle est sournoise pense Eva qui n’ose rien dire. « Les mots m’ont encore échappé. » (p. 27). Au bout de six mois, Charles, d’habitude très calme, n’en peut plus et propose de tuer leur gros chat roux pour se venger d’eux. Et puis, un jour, alors que Charles et Eva se sont disputés… « […] j’ai entendu un gloussement. D’abord j’ai cru que je l’avais inventé […]. Un second rire très net s’est fait entendre. […] Mon cœur s’est rétracté d’horreur. J’ai compris que je n’avais plus le droit de crier, qu’il faudrait ravaler ma rage jusque dans notre abri le plus intime parce que rien de ce qui se déroulerait ici ne demeurerait caché. Surtout j’ai compris que j’allais mordre la poussière. » (p. 39).

Durant l’hiver, un dysfonctionnement dans le chauffage écologique (pourtant si bien pensé par des professionnels grassement payés !) leur fait comprendre que cette maison n’est pas le paradis dont ils ont rêvé, d’autant plus que les travaux pour installer le gaz ne démarreront qu’au printemps suivant… Mais au printemps, les travaux traînent et les Lecoq organisent des barbecues (odeurs, fumée, bruits, déchets dans leur jardin). « J’ai claqué la fenêtre. Soudain je n’en pouvais plus de cette banlieue verdoyante où l’on suffoquait. » (p. 65). La guerre sera-t-elle déclarée entre les deux couples ?

On a tous connu des gens qui ne doutent de rien, qui sont envahissants, désagréables, bruyants, sans gêne… Ou alors, on en a entendu parler par des proches qui étaient à bout de nerfs. Parce que tous ces détails mis bout à bout, c’est réellement usant. Moi qui ai eu des voisins bruyants, très bruyants (cris, musique toute la nuit, etc.), j’ai compati avec Eva et Charles. Le ton de Julia Deck est mordant, sarcastique et les chapitres sont courts ce qui donne envie de lire très vite jusqu’au bout ! De plus, je n’avais jamais lu Julia Deck avant mais j’ai « fait sa connaissance » dans l’émission de rentrée de La grande librairie le 4 septembre 2019 (lien de la vidéo qu’il n’est pas possible de déposer ici) et sa façon de parler de son roman m’a donné très envie de le lire. C’est presque un roman policier, c’est en tout cas une satire de la bourgeoisie moderne, une jolie surprise pour moi (qui me donne envie de lire d’autres titres de Julia Deck) mais je n’en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir les joies de la Propriété privée.

J’ai un point commun avec Eva : je n’aime pas les vide-greniers, « déballage d’objets inutiles » (p. 70).

Une agréable lecture que je mets dans le challenge 1 % Rentrée littéraire 2019.

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