La geisha de Yokohama de Charles Haquet

La geisha de Yokohama de Charles Haquet.

JC Lattès – éditions du Masque, collection Labyrinthes, août 2005, 288 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-70243-200-6.

Genres : littérature française, roman policier.

Charles Haquet naît le 8 août 1966 à Caen (Calvados). Il est journaliste (grand reporter à L’Express) et romancier. Il est spécialiste en économie et en politique internationale et il a écrit des reportages sur l’Europe et l’Asie (il voyage beaucoup au Japon). Du même auteur : L’œil du Daruma (2001), Crime au Kabuki (2006), Cargo (2007), Le samouraï d’Urakami (2012), Les Fauves d’Odessa (2014) et Intrigue au Kodokan (2020) pour les romans, plus quelques essais et plusieurs pièces radiophoniques.

Un avant-propos explique la situation du Japon en ce temps d’ouverture à l’Occident : Histoire, situation politique et religieuse. En arrivant au pouvoir, l’empereur Mitsuhito a investi le shintô comme culte officiel. Le bouddhisme zen n’est plus autorisé (40 000 temples sont détruits !) et quelques communautés tentent de survivre. « C’est dans l’une d’elle que commence notre histoire… » (p. 14).

Un monastère à Kanazawa au printemps 1879. Le moine Kodebu, qui est cuisinier, observe les moines en cueillant des feuilles de fougères. « Qu’ils sont drôles ! On dirait des poussins qui sortent de l’œuf. » (p. 20).

Mais un cri retentit et Kodebu voit une bagarre sur le sommet de la tour de la Grande Pagode, pourtant interdite. Une des silhouette attrape l’autre et la jette par-dessus la rambarde devant Kodebu horrifié. Le mort assassiné est Chitose et l’autre fuit… « Un tengû… Mais quel est ce sortilège ? » (p. 24).

Nakamura, le prêtre supérieur, s’entretient avec Kodébu car il y a eu un autre crime, un moine poignardé. « Deux crimes en trois semaines, c’est plus que notre communauté n’en a connu durant cinq siècles. » (p. 33). Kodebu est investit d’une mission ; enquêter ; ça tombe bien , son ami Tosude, un ancien samouraï, errant depuis la mort de son daimyo (son maître), un rônin donc, arrive le lendemain !

Dans le train qui le conduit à Yokohama, Tosude rencontre Fumiko, une apprentie geisha, une maiko donc, en fuite. En fait, elle lui raconte des bobards et il risque sa vie pour elle, il est même arrêté…

Elle est en fait à la poursuite de son amant, Kagano, qui l’a volée et qui s’est enfui.

Les chapitres alternent entre la vie au monastère et les voyages (en parallèle) de Fumiko et de Tosode.

« J’ai vu bien des choses curieuses dans ma vie de guerrier, mais un tengû, ça, jamais, pensa-t-il tout haut. Il regarda autour de lui, légèrement nerveux. Il ne se sentait pas bien dans ce monastère. Un malaise indéfinissable qui ne faisait que croître. Était-ce la muraille d’enceinte qui créait cette sensation d’oppression ? L’ambiance austère ? Ou les moines eux-mêmes… Tosode fronça les sourcils. Son instinct lui commandait de se méfier de cette communauté. » (p. 104-105).

Le lecteur est confronté d’un côté au calme (tout relatif avec ces crimes…) du monastère (qui peut paraître austère effectivement) et de l’autre la vie de plaisir dans les okiyas (maisons de thé avec geishas). Il y a un peu de violence et même des yakuzas.

Mon passage préféré est un dialogue entre Jochô, le moine archiviste, et Tosode. « Vous voulez écrire une phrase à la surface de l’eau. Mais les lettres à peine tracées se fondent déjà dans le courant… Vous vivez dans un monde d’illusions, Tosode San. Il faut s’en détacher pour trouver la Voie. – La Voie ? – Oui, ricana le vieux sage. Cette Voie que certaines personnes cherchent au loin toute leur vie, alors qu’ils pourraient la trouver devant leur porte… – Mais que… – Gardez-vous simplement d’aimer ou de haïr et tout deviendra lumineux. […] – Le conflit entre le pour et le contre, voilà la maladie de l’esprit, repris Jochô. Croyez-moi, monsieur le samurai, il n’y a pas de bien et de mal, pas de bons ou de mauvais événements. Tout ce qui a été accompli, oubliez-le sans regrets. Tout ce qui n’est pas encore arrivé, laissez-le survenir sans plus y songer. Alors vous trouverez la quiétude. – Il faut se forcer à ne pas agir… – Ne vous forcez pas, Tosode San. Laissez votre nature vous submerger. N’intervenez pas. Vous n’y parviendrez pas en pensant, vous n’y parviendrez pas ne ne pensant pas. Le samurai était plus habitué aux coups de sabre qu’aux traits d’esprit. Aussi les paroles de Jochô lui semblèrent-elles particulièrement obscures.++ » (p. 206-207).

Il est dommage que je n’aie pas lu le premier tome de cette histoire, L’œil du Daruma, paru en 2001, tome dans lequel Kodebu et Tosode se rencontrent sûrement et, en tout cas, mènent une première enquête pour savoir qui a tué le daimyo de Tosode. Je ne me rappelle plus si j’ai acheté ce roman (en général je fais attention si c’est une série) ou si quelqu’un me l’a offert. Peut-être que j’aurai l’occasion de lire L’œil du Daruma et les tomes suivants, Le samouraï d’Urakami (2012) et Intrigue au Kodokan (2020). Car cette plongée dans le Japon de la fin du XIXe siècle est passionnante même si l’enquête est plutôt simple (mais pas simplette).

Il reste peu de jours pour Un mois au Japon, qui heureusement a continué en mai, et j’ai encore au moins deux billets à publier avant dimanche… Je mets cette agréable lecture aussi dans le challenge Polar et thriller 2019-2020.

14 réflexions sur “La geisha de Yokohama de Charles Haquet

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