Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo.

NiL, janvier 2020, 216 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-37891-061-7. Palsip yi nyeon saeng Kim Jiyeong (2016) est traduit du sud-coréen par Kyungran CHOI et Pierre Bisiou.

Genres : littérature sud-coréenne, premier roman.

Cho Nam-joo naît en 1978 en Corée du Sud. Elle est scénariste pour la télévision et Kim Jiyoung, née en 1982 est son premier roman.

Séoul, Corée du Sud. Kim Jiyoung a 35 ans ; elle est mariée depuis 3 ans à Jeong Dahyeon, 38 ans, qui travaille dans une grande entreprise de high tech et le couple a une fillette d’un an, Jeong Jiwon. Jiyoung travaillait dans une société de communication mais elle a arrêté de travailler pour s’occuper de Jiwon.

Automne 2015. Jiyoung a des comportements bizarres : elle parle comme sa mère, elle dort avec Jiwon en suçant son pouce puis elle déclare être Cha Seungyeon, une des amies du couple, décédée il y a un an… Elle parle et agit comme la morte et, surtout, elle sait des choses que seuls Daehyeon et Seugyeon savaient ! « Jeong Dahyeon s’est figé. Cela remontait à presque vingt ans. Une après-midi d’été, le soleil dardait ses rayons sur le stade qu’aucune ombre ne protégeait. Il ne se souvenait pas pourquoi il s’était trouvé là mais il avait croisé Cha Seungyeon qui, tout à trac, lui avait déclaré qu’elle l’aimait bien. Qu’elle l’aimait bien et qu’elle l’aimait tout court. Elle transpirait, bégayait, ses lèvres tremblaient. » (p. 14-15). Et il y a d’autres alertes…Que se passe-t-il ?

Flashback. Enfance de Jiyoung avec Kim Eunyeong, sa sœur aînée, et leur petit frère. Les deux filles vivent des injustices car les garçons sont prioritaires et sont toujours mieux traités que les filles : les filles souvent n’étudient pas, elles vont à l’usine pour payer les études de leurs frères, plus âgés ou plus jeunes, même s’ils sont moins doués pour étudier. École primaire, collège, premières règles, lycée… « Les filles, presque inconsciemment, entassaient petit à petit au fond de leur cœur la désillusion et la peur des hommes. » (p. 73). Heureusement Jiyoung et sa sœur, nouvelle génération de filles, ont pu faire les études qui les intéressaient.

Un truc bizarre. « […] en 2001, […] Kim Jiyoung eut vingt ans […] » (p. 81) mais si elle est née en 1982, en 2001, elle n’aurait eu que 19 ans, à moins que les 9 mois de grossesse compte dans l’âge de l’enfant comme au Japon ?

J’ai dévoré ce très beau roman, féminin, féministe, universel ! Un premier roman, en plus, très réussi. Les femmes sud-coréennes (et pas que) sont victimes de sexisme, de dénigrement, de violence ; elles doivent être au service de leurs parents, de leurs frères, puis de leur patron lorsqu’elles travaillent, et enfin de leur mari et leurs enfants. Quelle vie !… Cho Nam-joo s’est inspirée de tout ce qu’elle a trouvé comme témoignages et interviews pour rédiger cette somme littéraire passionnante sur les conditions peu avantageuses des femmes. Le message est clair, fort, mais pas vindicatif, ni violent. Si j’ai bien compris, un film adapté de ce roman est sorti au cinéma en Corée du Sud en 2019, peut-être verrons-nous ce film en France ?

Bien que des lois d’égalité hommes-femmes existent, la société sud-coréenne (et bien d’autres dans le monde, c’est pourquoi je pense que ce roman est universel) dénigre toujours la femme et la condition féminine. D’ailleurs mon passage préféré est : « Tel était le dilemme : en appliquant les lois vous passiez pour une profiteuse, en renonçant vous nuisiez aux conditions de travail d’autres collègues. » (p. 164).

Une lecture coup de poing, coup de cœur pour le Challenge coréen, le Challenge de l’été (Corée du Sud) et le Petit Bac 2020 (catégorie Prénom pour Jiyoung, j’ai lu que c’est un des prénoms féminins les plus donnés en 1982).

29 réflexions sur “Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

    • C’est vrai qu’on connaît moins de choses sur la Corée que sur le Japon ou la Chine mais ça fait des années que je lis de la littérature coréenne (pas toujours facile d’accès), des manwhas (bandes dessinées coréennes qui se lisent dans le sens occidental), que je regarde des films coréens (j’adore le cinéma coréen, l’intimiste et le polar) et j’ai aussi vu quelques dramas (feuilletons télévisés coréens), ah et aussi j’ai de la musique coréenne pas commerciale (des CD achetés sur un site asiatique), voilà, c’est mieux que rien même si ça reste peu de choses…

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  1. Sur la petite interrogation quant à l’âge : en effet, les neuf mois de grossesse sont compris, mais c’est même un peu plus complexe que ça. En fait, en Corée, on ne se base pas sur « l’âge à la date de l’anniversaire », mais l’âge selon l’année. L’anniversaire est plus symbolique, par tradition. Par exemple : j’ai 22 ans en âge occidental, en âge coréen j’ai 23, mais dès la nouvelle année même si le 1er janvier n’est pas ma date d’anniv, j’aurais 24 pour eux, tout simplement parce que c’est l’année qui rentre en jeu. Donc en 2021, pour le Corée, mon âge est +2, ce qui nous perd énormément en Occident, surtout qu’iels fêtent en plus leur anniversaire lunaire, alors on a l’impression qu’iels prennent deux ans en une seule année à cause de cet écart, mais non. (Je ne sais pas si c’est clair, comme c’est… assez dur à saisir ici.)
    Pour rebondir sur un des commentaires, en effet, le hangeul est très simple à apprendre ! Celui qui a créé cet alphabet disait a priori que si on l’apprenait en moins d’1h, alors on était considéré comme intelligent.e, m’enfin, pour ce que ça veut dire, mais en 1h souvent (voire moins, enfin après je ne peux que me baser sur mon apprentissage) c’est plié. ^^
    SInon j’aime beaucoup ton avis ! Ca avait été une lecture passionnante. Les ouvrages féministes sont très rares là-bas, ça ne fait pas longtemps qu’il y a une insurrection à ce niveau, encore une fois on remercie la vague me too. Mais il y a encore plus à déconstruire qu’en France, les mouvements féministes coréens comme Escape the corset (diktats de beauté) et « 4 non » (je crois que c’est le nom, avec refus de relation amoureuse, de mariage, d’enfants, et un autre mais je ne sais plus.) le montrent bien !

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  2. tiphanya dit :

    Je suis en train de lire quasiment toutes tes articles de la catégorie Corée car je connais très peu la littérature de ce pays et que j’aimerais bien lire au moins une autrice coréenne cette année. J’ai noté celui-ci (et l’abécédaire mais qui me semble plus dur à trouver). Un roman féministe alors que je veux mettre pour année sous le thème des femmes, ça me semble pas mal du tout !

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    • Eh bien, Tiphanya, merci de lire tous mes billets coréens (!) et ravie que tu aies choisi ce roman, je t’en souhaite une agréable lecture et je viendrai lire ta chronique lorsque tu la publieras. Bonne découverte de la Corée (je te conseille aussi le cinéma coréen que je trouve génial, aussi bien le cinéma intimiste que les films policiers) et bonne fin d’année 🙂

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