Requiem pour une apache de Gilles Marchand

Requiem pour une apache de Gilles Marchand.

Aux forges de Vulcain, août 2020, 414 pages, 20 €, ISBN 978-2-37305-090-5.

Genres : littérature française, roman.

Gilles Marchand naît en 1976 à Bordeaux. Il est musicien, auteur et éditeur. Depuis 2010, il publie des nouvelles aux éditions Antidata. Ses précédents titres aux Forges de Vulcain : deux romans, Une bouche sans personne (2016), Un funambule sur le sable (2017) et un recueil de nouvelles, Des mirages plein les poches (2018).

« Jolene. C’est nous qui avions choisi son surnom. […] Jolene. Un prénom d’ailleurs pour une inconnue venue d’ailleurs. » (p. 13).

Jolene n’a pas d’amis, elle n’a pas aimé ni le collège ni le lycée. Après la mort de son père, peintre de la Tour Eiffel, sa mère vit avec Albert et Jolene est partie, un peu poussée par sa mère… Après avoir galéré, elle devient caissière dans un supermarché et, un soir, elle est entrée dans cet hôtel près de son travail pour boire un coup. C’est là que le narrateur, Wild Elo, un chanteur à succès devenu ringard, l’a rencontrée. « Tous les soirs, elle passait nous voir. Elle n’était plus une habituée, elle était l’une des nôtres. Nous avions même fini par l’appeler Jolene devant elle, ce qui l’avait fait sourire la première fois. » (p. 68).

Il y a une belle brochette de personnages parmi les habitants des 13 chambres de l’hôtel tenu par Jésus et l’auteur exprime beaucoup d’humanité envers eux. « Chanteur ringard, anciens taulards, idiot du village ou bête de foire, nous avions tous franchi depuis longtemps notre point de rupture et nous y étions habitués. Jolene était encore dans l’étape de la colère, cette colère qui nous avait un jour habités. Cette colère que nous avions oubliée […]. » (p. 125).

Que faire de tous ces gens invisibles qui n’existent pour personne ? « Jolene a réussi à créer un nous avec des gens qui n’étaient jamais parvenus à être un je. » (p. 171).

Ce roman se déroule dans les années 70 même s’il semble un peu intemporel. « C’était une période sensationnelle. » (p. 277). Il y a une ambiance spéciale (que je n’arrive pas bien à décrire) et des moments surréalistes comme avec Gérard, le vieux résistant oublié dans le grenier depuis 30 ans !

Mon passage préféré. Un extrait sur Bonnie et Clyde, le couple d’anciens voleurs qui occupaient une chambre. « Ils avaient vécu au milieu des livres, à travers la littérature française, russe et anglaise. Quelques détours par l’Amérique du Sud et l’Italie. Jolene était effarée. Elle commençait à comprendre que nous étions tous égaux face à la littérature, à condition de prendre le risque de s’y perdre. Les livres ne font pas le distinguo entre les grands et les petits, les beaux et les moches. On lui avait fait croire que c’était un art difficile, qu’elle n’avait pas les armes ou qu’elle était trop bête pour lire des livres. On ne lui avait pas laissé le temps d’apprivoiser la littérature. Elle avait passé sa scolarité à craindre les livres comme s’il s’était agi d’un animal vaguement dangereux, ou tout au moins très intimidant. Elle ne s’en sentait pas digne parce qu’elle ne comprenait pas tout. » (p. 361-362).

C’est aujourd’hui que paraît ce beau roman reçu fin juillet et lu durant le week-end du 25-26 juillet. Je remercie les éditions Aux forges de Vulcain parce que j’ai vu de nombreuses fois cet auteur sur des blogs mais je ne l’avais encore jamais lu et ce fut une belle découverte. Il a un style d’une grande richesse, poétique et humaniste, et ses personnages, bien que considérés comme « invisibles », inadaptés à la société, ont une réelle épaisseur et sont attachants.

Un auteur à découvrir et je verrai pour lire ses précédents titres qui m’avaient déjà attirée lorsque je les avais vus sur les blogs.

Pour le challenge 1 % rentrée littéraire 2020.

10 réflexions sur “Requiem pour une apache de Gilles Marchand

  1. J’avais rencontré Gilles Marchand pour la sortie d’un précédent livre et j’avais beaucoup aimé sa simplicité et la légèreté de son écriture.
    Ce nouveau livre a l’air très bien aussi.

    J'aime

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