Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza

Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza.

Actes Sud, collection Lettres hispaniques, septembre 2003, 646 pages, 23,40 €, ISBN 978-2-7427-4452-7. Clara y la Penumbra (2001) est traduit de l’espagnol par Marianne Millon. Je l’ai lu en poche : Babel noir, mars 2019, 656 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-330-11875-4.

Genres : littérature espagnole, roman policier, science-fiction.

José Carlos Somoza naît le 13 novembre 1959 à La Havane mais il ne passe que quelques mois à Cuba car sa famille s’exile (pour des raisons politiques) en Espagne en 1960. Il est donc Espagnol et vit à Madrid. Il étudie la médecine et la psychiatrie ; il est diplômé de psychiatrie et de psychanalyse (je comprends mieux l’étendue du roman !) ; il exerce quelques années puis se consacre à l’écriture. Du même auteur : La caverne des idées (2000-2002), Daphné disparue (2000-2008), La dame n° 13 (2003-2005), La théorie des cordes (2006-2007), La clé de l’abîme (2007-2009), L’appât (2010-2011), Tétraméron. Les contes de Soledad (2012-2015) et Le mystère Croatoan (2015-2018), tous chez Actes Sud. Son dernier roman, L’origine du mal (2018) n’est pas encore paru en français. Plus d’infos sur http://josecarlossomoza.com/ (en espagnol).

L’histoire se déroule en 2006. Lorsque le roman est paru (en 2001 en Espagne et en 2003 en France), le roman parlait donc du futur, un futur proche, et ce roman est, même encore maintenant, de la science-fiction.

2006, Vienne (Autriche). Anneck Hollek, 14 ans, est une des vingt jeunes femmes qui sont des œuvres d’art peintes pour une exposition. « Elle était Défloration, l’une des pièces maîtresses de Bruno Van Tysch, depuis deux ans […]. » (p. 17) Défloration est l’une des vingt « fleurs » de l’expo Blumen mais Annek est retrouvée morte dans la forêt, le corps peint en rouge. Le Hollandais Lothar Bosch et l’Anglaise April Wood de la sécurité de la Fondation Van Tysch vont enquêter avec leur équipe. L’auteur et le lecteur ne suivent pas l’enquête de « Félix Braun, détective de la section des homicides du département des recherches criminelles de la police autrichienne » (p. 51). C’est que l’enquête de Braun se porte sur le côté humain alors que l’enquête de l’équipe de sécurité se porte sur l’œuvre ! « C’était une jeune fille de quatorze ans, mon Dieu. On l’a découpée avec… avec une sorte de scie électrique… et elle était vivante… – Ce n’était pas une jeune fille de quatorze ans, Lothar, précisa Benoît. C’était un tableau dont la valeur était estimée à plus de cinquante millions de dollars comme prix initial. » (p. 88).

2006, Madrid (Espagne). Clara Reyes, 24 ans, est aussi une œuvre d’art, peinte par Alex Bassan, elle est La jeune fille à son miroir, exposée dans une galerie madrilène. Elle rêve de travailler pour Bruno Van Tysch et va, pour sa plus grande joie, être conviée à Amsterdam pour être Suzanne au bain, une des treize œuvres de la nouvelle exposition de Van Tysch qui aura lieu en juillet pour le 400e anniversaire de la naissance de Rembrandt (15 juillet 1606), peintre de la lumière et de l’obscurité, maître du clair-obscur et des contrastes. Cette exposition perdra-t-elle aussi une ou des « œuvres » ? « Attaquera ? N’attaquera pas ? » (p. 476).

Ces corps humains, enfants, adolescents, jeunes adultes, nus, peints de partout y compris tous les orifices sont de l’Art hyperdramatique ou Art HD. Et ces corps ne sont plus considérés comme des humains mais comme du « matériel artistique ». Les professionnels de l’Art hyperdramatique ne parlent donc pas de personnes torturées et tuées mais d’œuvres d’art détruites… Évidemment c’est choquant – surtout lorsqu’il s’agit d’enfants et d’adolescents – et l’auteur montre bien les dérives et déviances possibles du monde de l’art.

« L’art est une priorité absolue. Vous m’excuserez si je ne sais pas mieux m’exprimer, mais je suis convaincu que l’art est prioritaire pour l’Europe. » (p. 321).

« Rien de ce qui nous entoure, rien de tout ce que nous savons ou ignorons, n’est complètement inconnu ni complètement connu.Les extrêmes sont des inventions faciles. C’est comme pour la lumière. L’obscurité totale n’existe pas, pas même pour un aveugle, vous ne saviez pas ? L’obscurité est peuplée de choses : formes, odeurs, pensées… Et observez la lumière de cet après-midi d’été. Diriez-vous qu’elle est pure ? Regardez-la bien. Je ne parle pas que des ombres. Regardez entre les fentes de la lumière. Vous voyez les petits grumeaux de ténèbres ? La lumière est brodée sur une toile très obscure mais c’est difficile à voir. Il faut mûrir. Quand nous mûrissons, nous comprenons enfin que la vérité est un point intermédiaire. C’est comme si nos yeux s’accoutumaient à la vie. Nous comprenons que le jour et la nuit, et peut-être la vie et la mort, ne sont que des degrés d’un même clair-obscur. Nous découvrons que la vérité, la seule qui mérite ce nom, est la pénombre. » (Van Tysch à Clara, p. 421-422).

Ce roman est… terrible ! Qui sait si ce genre d’art insoutenable ne sera pas réalisé un jour ? Après tout, pour faire de l’art et pour gagner de la notoriété et de l’argent aussi, certains sont prêts à tout ! Le personnage de Clara est intéressant, elle pense bien faire, elle croit qu’en tant qu’œuvre elle sera immortelle… Mais il y a une différence entre être modèle pour un peintre (sur toile) et être une œuvre peinte et immobile pendant dix heures par jour. En plus, je n’ai pas l’impression que ces œuvres de corps peints soient belles (elles sont même plutôt monstrueuses), car tout ça n’est que gloire et argent, non ? Je suis d’accord pour dire que les génies ont un petit grain de folie et que c’est bien mais là, c’est plus qu’un petit grain… En tout cas, la lecture de ce roman à la fois SF et policier, est difficile, éprouvante, mais passionnante !

Pour le Challenge de l’été (Espagne), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté SF, anticipation), Petit Bac 2020 (pour la catégorie Prénom avec Clara), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Espagne).

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