Gobseck d’Honoré de Balzac

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique !, le thème d’octobre est Balzac vs Flaubert. Il est possible de lire soit l’un des auteurs soit les deux, trois possibilités donc. Ayant chez moi l’intégrale de Balzac et l’intégrale de Flaubert, j’ai décidé de lire un titre de chacun mais ces deux titres ne pouvaient pas être trop longs sinon je n’aurais pas eu le temps et de les lire et de rédiger les billets. J’ai choisi un des trois contes, Un cœur simple de Gustave Flaubert (ma note de lecture est publiée d’hier) et Gobseck d’Honoré de Balzac.

Gobseck d’Honoré de Balzac

in Scènes de la vie privée de La Comédie humaine. Vous pouvez lire librement Gobseck sur Wikisource. Il existe quelques versions papier comme celles de Flammarion, Folio classique ou Nathan, entre 100 et 150 pages, dans les 5 €.

Genres : littérature française, nouvelle.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui pelote (pour un autre challenge concernant les classiques).

Balzac écrit Gobseck en 1830 ; cette nouvelle est publiée en mars 1830 dans le journal La Mode en une ébauche ayant pour titre L’usurier puis en août 1830 dans le journal Le voleur avant d’être publiée fin 1830 sous le titre Les dangers de l’inconduite. Republiée en 1835 sous le titre Papa Gobseck, elle devient définitivement Gobseck en 1842 lors de la première édition de La Comédie humaine.

Hiver, fin 1829. Salon de la vicomtesse de Grandlieu qui converse avec un ami, maître Derville, jeune avocat : sa fille Camille de Grandlieu, 17 ans, est amoureuse d’Ernest de Restaud, le fils d’Anastasie de Restaud née Goriot, et cela ne lui plaît pas du tout car la mère du jeune homme est dépensière et a un amant. Mais Ernest de Restaud héritera de la fortune familiale, explique Derville.

Un extrait de la description de l’usurier par Derville (Jean-Esther Van Gobseck était un de ses voisins) : « Saisirez-vous bien cette figure pâle et blafarde […] face lunaire, elle ressemblait à du vermeil dédoré ? Les cheveux de mon usurier étaient plats, soigneusement peignés et d’un gris cendré. Les traits de son visage impassible […] paraissaient avoir été coulés en bronze. Jaunes comme ceux d’une fouine, ses petits yeux n’avaient presque point de cils et craignaient la lumière […]. Son nez pointu était si grêlé dans le bout que vous l’eussiez comparé à une vrille. Il avait les lèvres minces […]. Cet homme parlait bas, d’un ton doux, et ne s’emportait jamais. Son âge était un problème : on ne pouvait pas savoir s’il était vieux avant le temps, ou s’il avait ménagé sa jeunesse afin qu’elle lui servît toujours. Tout était propre et râpé dans sa chambre […]. » (p. 147-148). Balzac exagère pour faire rire ses contemporains ; de mon côté j’ai du mal à imaginer cet homme…

Mais Gobseck a des avis bien à lui : « Le bonheur consiste alors dans l’exercice de nos facultés appliquées à des réalités. Hors ces deux préceptes, tout est faux. Mes principes ont variés comme ceux des hommes, j’en ai dû changer à chaque latitude. Ce que l’Europe admire, l’Asie le punit. Ce qui est un vice à Paris, est une nécessité quand on a passé les Açores. Rien n’est fixe ici bas, il n’y existe que des conventions qui se modifient suivant les climats. Pour qui s’est jeté forcément dans tous les moules sociaux, les convictions et les morales ne sont plus que des mots sans valeur. Reste en nous le seul sentiment vrai que la nature y ait mis : l’instinct de notre conservation. » (p. 153). Gobseck a-t-il raison ? En partie raison ? Tort ? Ce serait un beau sujet de philosophie auquel je ne vais pas m’atteler ici et maintenant.

En tout cas, Derville a toute une histoire à raconter mais au final, « À qui toutes ces richesses iront-elles ?… » (p. 210).

Dans Gobseck, Balzac crée un nouveau personnage encore inconnu, celui de l’usurier, et critique fortement son avarice. Le personnage de Gobseck réapparaît dans d’autres titres de La Comédie humaine sous forme d’évocation ; ainsi que maître Derville, le jeune avocat, ami de madame de Grandlieu en tant qu’homme de robe honnête : Le colonel Chabert, César Birotteau, Une ténébreuse affaire, Le père Goriot, Splendeurs et misères des courtisanes entre autres.

Balzac est à fond dans le détail, le réalisme et il durcit même le trait pour délivrer une trame dramatique à la limite de la violence. C’est qu’il veut faire comprendre les écueils de la vie aux jeunes femmes de bonnes familles afin qu’elles ne se perdent pas (soit elles-mêmes soit avec de mauvais hommes qui dilapideraient leur honneur et leur fortune). La nouvelle a d’ailleurs porté le titre Les dangers de l’inconduite avant d’être rebaptisée Gobseck dans les Scènes de la vie privée de La Comédie humaine. Gobseck est considéré comme le premier chef-d’œuvre de Balzac ; c’est en écrivant cette histoire que l’auteur a cette idée (qu’il qualifie de géniale) de faire circuler ses personnages dans La Comédie humaine avec le talent que le lecteur connaît et apprécie.

Il est surprenant de constater que ce titre de Balzac est adapté au cinéma uniquement par les Russes (époque soviétique) : Гобсек, deux fois même ! La première fois par Konstantin Eggert en 1936 et ensuite par Alexandre Orlov en 1987. Mais je n’ai vu aucun de ces films.

En plus du challenge Les classiques c’est fantastique, je mets cette lecture dans Cette année, je (re)lis des classiques #3.

10 réflexions sur “Gobseck d’Honoré de Balzac

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