Pacifique de Stéphanie Hochet

Pacifique de Stéphanie Hochet.

Rivages, mars 2020, 112 pages, 17 €, ISBN 978-2-7436-4992-0.

Genres : littérature française, roman.

Stéphanie Hochet naît en mars 1975 à Paris. Elle étudie le théâtre élisabéthain puis enseigne en Grande-Bretagne. Autrice depuis 2001, elle tient des chroniques (Magazine des livres, BSC News, Muze qui n’existe plus mais que j’aimais beaucoup, Libération, Lire…) et anime des ateliers d’écriture. Du même auteur : Éloge du chat (2014), Un roman anglais (2015), Éloge voluptueux du chat (2018) entre autres. Plus d’infos sur son blog.

« Je noue le hachimaki aux couleurs de notre Japon éternel autour de mon casque. J’effectue ce geste avec lenteur et solennité, sans pensées, sans émotions. Le froid dans mes veines, le temps s’est arrêté, je suis une fleur de cerisier poussée par le vent. » (p. 11). Voici le début de ce très beau roman ou comment parler de la guerre de façon imagée et poétique ! 27 avril 1945. Le soldat Kaneda Isao, 21 ans, a concrétisé son rêve de « piloter au sein de l’armée du Japon » (p. 18).

Isao a été élevé par sa grand-mère maternelle, Yumiko, issue d’une famille de samouraïs. Grâce à l’enseignement qu’il a reçu, vous allez tout comprendre sur l’esprit et l’honneur japonais : yamato, bushido, seppuku, kenjutsu (art martial noble)… Avec le professeur Mizu, 20 ans, l’enfant Isao étudie le latin, le grec, le japonais, l’anglais, les mathématiques et découvre Shakespeare en même temps que le théâtre nô. Il va pratiquer le kendô. Isao sort très peu et n’a pas d’amis alors sa grand-mère lui offre un lapin, ce qui apporte un peu d’amour dans la vie assez martiale d’Isao.

J’aimerais m’attarder sur le lapin, Usagi (ce qui signifie tout simplement lapin en japonais) avec trois extraits que je trouve magnifiques. « Ébahissement devant l’animal blanc et brun, ramassé en une boule d’où émergent deux oreilles élégantes comme de fines feuilles de bananier. Je caresse durant des heures son pelage d’une infinie douceur, et cette joie éveille chez moi un amour jamais éprouvé. Enfouissant mon visage dans la fourrure de l’être frêle, je m’enivre de son odeur de foin, de sa chaleur de mammifère. Sous mes baisers, l’animal grince des dents de bonheur et cette tendresse partagée devient une source de réconfort inespéré. J’aime ce corps vibrant sous mes mains, accessible, chérissable, intensément présent. » (p. 39-40). « Usagi court autour de mes jambes, sa fourrure soyeuse frôle ma peau. Je caresse le rectangle de poils entre les yeux. Il s’immobilise, attentif à mon geste, grince des dents de plaisir […]. Si son corps trapu rend sa démarche pataude, il est capable d’accélérations phénoménales. Il m’évoque une créature mi-céleste, mi-terrienne, méconnue des hommes. » (p. 45). « Grand-mère me voit caresser le crâne d’Usagi, me pencher sur son museau, l’embrasser pendant des heures. » (p. 55).

Lorsqu’il a 16 ans, « Isao-san, je suis fière de toi. Tu accompliras de grandes choses. Je t’ai donné l’éducation que j’aurais aimé transmettre à un fils. Pense à moi et deviens un homme valeureux. » (la grand-mère, p. 60-61). Il y a une fierté devant l’endoctrinement patriotique depuis le plus jeune âge. Et Isao retourne chez ses parents pour intégrer le lycée puis l’école militaire de pilotage Yokaren (hikô yokâ renshûsei) : il a 17 ans et il est plus triste de quitter Usagi que sa famille. « Après avoir serré dans mes bras mes parents et mon frère, j’embrasse une dernière fois Usagi que je dois laisser derrière moi. C’est la séparation la plus difficile, la plus intime, la plus silencieuse. Le lapin pourra-t-il vivre sans moi ? La question me tourmente. » (p. 71).

Mais ne vous fiez pas à toute cette tendresse, ce roman est un roman sur la guerre dans le Pacifique, sur les kamikaze (de kami, dieux, et kaze, vent) et sur l’abnégation militaire. « Nous sommes appelés des « fleurs de cerisier ». […] Nous deviendrons des végétaux délicats, des corolles époustouflantes […]. Nous deviendrons l’image même de la fragilité qui vit le temps d’un soupir et meurt avec légèreté. » (p. 81).

Que dire devant une telle beauté ? Mais le soldat Kaneda va être pris de questionnement, de doute, d’angoisse…

Contrairement à Le ballet des retardataires de Maïa Aboueleze (note de lecture publiée hier) qui ne m’avait pas convaincue, Pacifique m’a énormément plu et m’a transportée au Japon dans le Pacifique en temps de guerre. Je fais le parallèle entre les deux parce que ce sont deux livres sur le Japon écrit par deux Françaises.

Pour les challenges Animaux du monde #3 (pour Usagi le lapin) et Petit Bac 2020 (catégorie Lieu pour l’océan Pacifique).

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 15.

8 réflexions sur “Pacifique de Stéphanie Hochet

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