Sur un air de fado de Nicolas Barral

Sur un air de fado de Nicolas Barral.

Dargaud, Hors collection, janvier 2021, 160 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-20507-959-3.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Nicolas Barral naît le 22 décembre 1966 à Paris. Il étudie la philosophie et les mathématiques avant d’entrer à l’école d’Arts plastiques d’Angoulême. Il dessine pour OK Podium puis pour Fluide Glacial. Son premier projet de bande dessinée voit le jour en 1995. Suivent les séries Les ailes de plomb (3 tomes), Baker Street (5 tomes), Les aventures de Philip et Francis (3 tomes), Dieu n’a pas réponse à tout (2 tomes), Mon pépé est un fantôme (4 tomes), Nestor Burma (3 tomes) et un roman graphique, Les cobayes.

Portugal, août 1968. Au Fort d’Esturil, un vieil homme lit le journal. En une, la Déclaration de Bratislava. Mais en s’asseyant, il tombe et se blesse à la tête. Ce vieil homme, c’est le président Salazar, 79 ans. « L’hémorragie cérébrale a été traitée. » (p. 20). Le lecteur suit le docteur Fernando Pais. Le soir, après une rude journée de travail, il va boire un verre avec son ami Horácio Antunes et écouter du fado.

Flashback. 1958. Fernando et Horácio sont étudiants à l’université de Lisbonne, Fernando en médecine et Horácio en littérature. Ils y rencontrent Marisa qui distribue des tracts communistes. « Pour la démocratie ! Pour la liberté d’association ! […] Fernando, reviens ! T’es dingue ! C’est une communiste ! […] T’en fais pas, p’tite tête ! C’est pas contagieux ! » (p. 29). C’est après une réunion d’étudiants où Marisa les a invités que Horácio les conduit tous au Dragao de Alfama, un bar à fado encore ouvert pour boire un coup. Mais pendant que le groupe discute, boit et chante, Patricio Branco se fait tabasser dehors par des agents de la PIDE, la Polícia internacional e de defesa do Estado (en français, la Police internationale et de défense de l’État).

Les tons sont dans les bleus, jaunes, orangés et j’ai l’impression que ça représente bien le Portugal (je n’y suis jamais allée mais ça renforce l’idée d’un pays ensoleillé en bord de mer).

1968. Alors qu’il lit la dernière nouvelle de Horácio, L’enfant et la baleine, « recalée au comité de censure » (p.46), Fernando rêve de la baleine et du galopin qu’il a croisé récemment devant le siège de la PIDE. Durant le rêve, les tons sont alors gris bleus. Voyager sur le dos de la baleine, les oiseaux qui volent, rêve de liberté. Pendant ce temps-là, c’est la guerre en Angola (après celle en Guinée-Bissau). Et Fernando revoit le jeune garçon farceur, il s’appelle João Magalhẽs et vit dans une famille pauvre.

Par petites touches, le lecteur apprend des choses sur le Portugal, endoctrinement des enfants, politique dictatoriale, répression policière, opération Perroquet, résistance… « Écoutez, je suis loin d’approuver les méthodes employées par le régime. Mais je me suis juré, il y a dix ans, de ne plus me retrouver mêlé à la politique. » (p. 112). Plus la lecture avance, plus l’action se densifie, jusqu’à l’horreur. En tout cas, au Portugal, il y a un proverbe : « O último a sair que apague a luz [Le dernier qui s’en va éteint la lumière] et, bien sûr, tout se termine avec un fado.

5 ans de travail, c’est énorme ! C’est la première fois que Nicolas Barral travaille en solo, à la fois au scénario et au dessin. Pour une très belle bande dessinée inspirée de Pereira prétend d’Antonio Tabucchi, un roman historique italien paru en 1994 sur le Portugal et l’époque de Salazar avant la seconde guerre mondiale.

Je remercie NetGalley et Dargaud de m’avoir permis de lire cette bande dessinée. Le Portugal est un proche pays européen mais je ne connais pas vraiment son histoire et cette période sombre. J’ai été estomaquée parce que c’est violent, c’est triste, et en même temps Sur un air de fado est empli de tendresse pour les personnages (enfin, pour certains, pas pour les miliciens) et de poésie.

Pour La BD de la semaine et les challenges Animaux du monde #3 (pour la baleine et le chat blanc de Fernando, il y a aussi un chien de rue et des oiseaux), BD et Challenge lecture 2021 (catégorie 59, le titre comporte cinq mots mais ça pouvait aussi entrer dans la catégorie 31).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

24 réflexions sur “Sur un air de fado de Nicolas Barral

  1. Je vais y retrouver l’histoire de mes racines, que j’aime explorer dès que l’occasion m’en est donnée. Si je la trouve en librairie, je l’achète cet après-midi.

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    • Oh, j’espère que tu l’as trouvée en librairie 🙂 Bonne lecture 🙂 J’ai appris des choses parce que le nom Salazar me disait vaguement quelque chose mais en fait je ne savais rien 😉

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