Bartleby le scribe de José-Luis Munuera

Bartleby le scribe de José-Luis Munuera.

Dargaud, Hors collection, février 2021, 72 pages, 15,99 €, ISBN 978-2-50508-618-5.

Genres : bande dessinée espagnole, adaptation d’un classique états-unien.

José-Luis Munuera naît le 21 avril 1972 à Lorca dans la région de Murcie (Espagne). Il étudie les Beaux-Arts à Grenade. Il est fan d’Astérix, de Spirou et Fantasio et aime le dessin humoristique. Du même auteur : Les Potamoks avec Joann Sfar, Merlin avec Joann Sfar puis Jean-David Morvan, Sir Pyle S. Culape avec Jean-David Morvan, Nävis avec Jean-David Morvan et Philippe Buchet, Spirou et Fantasio avec Jean-David Morvan, Les Campbell, Zorglub… Il est scénariste et dessinateur. Son blog n’est plus mis à jour depuis octobre 2007.

Cette bande dessinée sera en librairie le 19 février et je remercie NetGalley et Dargaud de m’avoir permis de la lire en avant-première.

Wall Street, New York City, fin du XIXe siècle (extrait, p. 28, ci-contre). Dans cette ville de murs de plus en plus hauts, les humains, semblants tout petits, vaquent à leurs occupations et travaillent. Bartleby est embauché en renfort de Turkey et Nippers dans un office notarial et son patron en est content. « Au début, Bartleby réalisait un nombre considérable d’écritures. Il semblait insatiable comme s’il avait été longtemps affamé de copies. Il les avalait l’une après l’autre, travaillant jour et nuit, sans relâche. » (p. 22).

Mais, lorsque le notaire lui demande de collationner et vérifier les copies, Bartleby répond « Je préférerais ne pas le faire. » (p. 24) et comme le patron insiste, Bartleby insiste aussi « Je préférerais pas. » (p. 25 et suivantes). Le jeune homme travailleur, appliqué, soigneux qui refuse de sortir du cadre de son travail devient « une menace » (p. 30) cependant le notaire fait avec car il reste satisfait de son travail.

Pourtant, un dimanche, en allant à son bureau, le notaire se rend compte que Bartleby s’y est enfermé. « Ma parole ! Cet homme mange, dort et s’habille dans mon étude ! Il vit ici ! » (p. 37). Et le notaire se pose des questions. « Dans quelle misère, dans quel isolement vit Bartleby, unique spectateur de sa propre solitude ? Qui est Bartleby ? Qu’est Bartleby ? » (p. 38). La situation devient surréaliste. Plus surprenant, Bartleby décide du jour au lendemain de ne plus travailler ! Le notaire, pourtant patient, est alors contraint de le renvoyer mais Bartleby refuse de partir, en fait il ne préférerait pas !

Bartleby le scribe, l’énigmatique, est une profonde réflexion sur la conscience, le devoir et la possibilité de « la désobéissance civile » (p. 45), de la fuite possible en tant que lutte contre l’État et le capitalisme. Les dessins de Munuera sont vertigineux et l’humain ne peut que chercher sa place dans cette immensité qui le dépasse, son utilité dans une nouvelle société moderne en pleine expansion.

Bartleby a été adapté plusieurs fois au cinéma, au théâtre et a inspiré des artistes (au cinéma et en littérature), des sociologues et des philosophes. Cette bande dessinée est une très belle adaptation de Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall Street (1853) de Herman Melville (1819-1891) que je vais lire en mars pour une lecture commune avec Noctenbule (j’ai hâte maintenant !).

« I would prefer not to » dans la version originale, « je préférerais ne pas », comme une parole positive mais avec une possible négation… Je vous laisse compulser ce qu’en ont pensé les philosophes du XXe siècle, Deleuze et Derrida en tête.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, 2021, cette année sera classique et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

77 réflexions sur “Bartleby le scribe de José-Luis Munuera

  1. Je suis bien tentée. Je ne connaissais pas la nouvelle.
    J’aime beaucoup cette expression « i would prefer not to… » Elle sonne tellement mieux qu’en français !

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  2. Je viens d’aller commenter chez Eimelle qui en parle cette semaine ( je suis en retard sur mes commentaires 😁)

    Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais ça m’intrigue ! De Melville je ne connaissais que Moby Dick 😉

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  3. Oh je suis très intriguée! De Melville, je connais et j’aime Moby Dick (sans avoir jamais lu le roman original, seulement des adaptations, mais je suis fascinée). Bref, j’aime ce que tu en dis et la thématique.

    Cette tournure de phrase négative pour affirmer me renvoie à un roman d’Amélie Nothomb (Ni d’Eve ni d’Adam si je me souviens bien) dans lequel elle expliquait qu’au Japon on pouvait formuler une phrase négative pour donner une réponse positive. A cause de cette ambiguïté, elle s’était retrouvée dans une position inconfortable.

    Merci pour la découverte et ta participation!

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    • Moby Dick est trop violent pour moi, torturer et tuer des baleines c’est trop pour moi mais je te renvoie au magnifique Histoire d’une baleine blanche de Luis Sepúlveda et à La guérilla des animaux de Camille Brunel 🙂
      Quant à Bartleby de Herman Melville, la lecture commune est pour le 15 mars, si tu as envie de le lire avec nous 😉
      J’ai lu plusieurs titres d’Amélie Nothomb mais pas celui-ci, peut-être un jour 😉 En tout cas, c’est vrai, les Japonais n’aiment pas dire non (le mot « iié » existe pourtant) alors ils font parfois des phrases pas évidentes à comprendre 😛

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      • En tant que presque végane, le traitement infligé aux animaux, à quelque niveau que ce soit, me révulse et je n’aime pas lire/voir sur cela. Moby Dick me fascine par le combat que l’Homme livre contre lui-même, en incarnant le Mal qu’il pense combattre… Et en exerçant son « pouvoir », sa « domination » sur ceux qu’Il considère comme inférieurs ou juste utilitaires: les animaux. Cela me renvoie à une interview d’Alice Ferney à la parution de son livre « Le règne du vivant » (qu’il me faut encore lire).
        M’intéressent aussi les nombreuses références religieuses, que je ne maîtrise pas du tout.

        Merci pour la proposition de LC, cela fait trop court pour moi. Je n’ai pas le livre et tant d’autres à lire. Mais je note les références, merci!

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        • Merci pour ce beau commentaire, Blandine, je comprends c’est court pour le 15 mars… Je note Le règne du vivant d’Alice Ferney, je l’avais vu passer mais je l’avais oublié… Je ne suis pas vegan, je mange du miel (tous les jours), des produits laitiers (je préfère les yaourts brebis ou chèvre), des œufs (de temps en temps) et si je suis invitée (ce qui n’est pas le cas en ce moment) je peux être flexitarienne (mais pas pour n’importe quoi, et je me rends compte que si je mange un peu de poulet ou de porc pour faire plaisir j’ai ensuite du mal à digérer…). Bon weekend 🙂

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