Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac

Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac.

France Loisirs, intégrale Balzac, 1986, tome X, 177 pages + préface 10 pages. Parution d’origine en 1838. Vous pouvez le lire librement sur WikiSource et il existe des éditions poche comme celles de Folio Gallimard (couverture ci-contre), de Flammarion (avec La vieille fille) ou de Garnier (Classiques jaunes).

Genres : littérature française, roman, classique.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui-pelote (pour un autre challenge concernant les classiques) et en octobre 2020, une note de lecture de Gobseck (Pour Les classiques c’est fantastique, Balzac vs Flaubert).

Victurnien n’a pas connu sa mère, morte en couches. Il est élevé par sa tante, Armande, la sœur de son père. Son père, le Marquis d’Esgrignon a été expulsé de ses terres, de son domaine qui a été vendu, écartelé… Mais il ne se résout pas à cette révolution française qui dénigre la noblesse et devient pour certains comme le garant de la Royauté et des valeurs ancestrales (féodales). « Cette admirable ruine avait toute la majesté des grandes choses détruites. » (p. 192-193).

Mais le sieur du Croisier a demandé la main d’Armande d’Esgrignon et le Marquis a refusé (elle est comme une mère pour Victurnien). Du Croisier a alors pris toute la famille d’Esgrignon et leurs amis aristocrates ruinés en grippe et fera tout pour se venger du camouflet. Il surnomme tous ces vieillards le Cabinet des antiques.

Malheureusement, en 1822, le Marquis ne profita pas de la Restauration, sous Louis XVIII. Il n’y a eu aucune restitution de ses biens et aucune indemnisation… Sa famille est comme tant d’autres familles « ruinées sans aucun espoir de retour. » (p. 197). Il est pourtant pratique pour les bourgeois enrichis d’épouser un(e) noble, même ruiné(e), pour le prestige, le nom, la particule. Mais la jalousie, la haine, la vanité et la rivalité n’engendrent rien de bon et « En province surtout les deux partis se prêtèrent réciproquement des horreurs et se calomnièrent honteusement. On commit alors en politique les actions les plus noires pour attirer à soi l’opinion publique […]. » (p. 199).

Ainsi tous les espoirs de « reprendre un nouveau degré de splendeur en la personne de Victurnien, au moment où les nobles spoliés rentreraient dans leurs biens, et même quand ce bel héritier pourrait apparaître à la Cour pour entrer au service du Roi, par suite épouser, comme jadis faisaient les d’Esgrignon […]. » (p. 204). Heureusement le vieux notaire Chesnel, ancien intendant du domaine, est resté fidèle à la famille d’Esgrignon. Il sera bien mal récompensé, le malheureux, parce que, idolâtré par son père et sa tante (mère de substitution), Victurnien est un enfant gâté et capricieux, et bien que beau et bien éduqué, il devient égoïste, impertinent et vaniteux (dommage que les Lumières ne soient pas passées par son éducation…). Bref, Victurnien est un sacré « petit con » et le vieux Chesnel dilapide sa fortune – dûment acquise par un travail rigoureux – pour effacer les frasques et les dettes du jeune homme… « Mais il n’y a jamais rien de bon à attendre des jeunes gens qui avouent leurs fautes, s’en repentent et les recommencent. Les hommes à grands caractères n’avouent leurs fautes qu’à eux-mêmes, ils s’en punissent eux-mêmes. Quant aux faibles ils retombent dans l’ornière, en trouvant le bord trop difficile à côtoyer. » (p. 216). C’est mon passage préféré mais ensuite je me suis ennuyée…

Le Marquis d’Esgrignon envoie Victurnien à Paris pour qu’il s’engage auprès du Roi. Évidemment il faut de l’argent et bien sûr le bon Chesnel est là. « Quand Victurnien fut à quelques lieues de sa ville natale, il n’éprouva pas le moindre regret, il ne pensa plus à son vieux père, qui le chérissait comme dix générations, ni à sa tante dont le dévouement était presque insensé. Il aspirait à Paris avec une violence fatale, il s’y était toujours transporté par la pensée comme dans le monde de la féerie et y avait mis la scène de ses plus beaux rêves. » (p. 236). Il va bien sûr rencontrer de mauvaises personnes qui vont abuser de lui (le pousser au jeu, le pousser à dépenser), de sa naïveté, de sa vanité… Oisif, joueur, dandy, dépensant beaucoup, beaucoup plus que ce qu’il n’a (d’ailleurs, sans Chesnel, il n’a rien), il va devenir l’amant de Diane de Maufrigneuse, une femme mariée et croqueuse de fortune.

Balzac prévient qu’il s’inspire d’un fait réel mais qu’il brouille les pistes en changeant tous les noms et en ne donnant pas le nom de la ville où habite la famille d’Esgrignon (ce qui est rare dans ses récits). « Dans une des moins importantes Préfectures de France, au centre de la ville, au coin d’une rue, est une maison ; mais les noms de cette rue et de cette ville doivent être cachés ici. » (p. 181). Cependant il se trahit quand il parle des ancêtres de l’épouse de du Croisier. « Voulez-vous racheter vos torts en réjouissant vos ancêtres, les intendants des ducs d’Alençon […]. » (p. 302). Une petite ville normande donc. De plus, il change l’histoire pour qu’elle se termine bien ce qui n’est pas le cas pour le jeune homme et la famille qui lui servent de base. Franchement, Victurnien ne mérite pas le subterfuge créé par le vieux Chesnel pour le sortir du merdier dans lequel il s’est fourré et ce happy end… que je ne trouve pas digne de Balzac.

Ce roman est d’abord paru en 1838 sous le titre Les rivalités en province dans le journal politique Le Constitutionnel puis aux éditions Hippolyte Souverain en 1839 dans les Scènes de la vie de province dans le sous-groupe Rivalités qui réunit également La vieille fille (1836) et Illusions perdues (1836-1843).

J’ai bien aimé le premier tiers mais ensuite, comme je le disais plus haut, je me suis ennuyée… Les frasques de Victurnien, son indélicatesse, ses dépenses inconsidérées, son orgueil m’ont réellement lassée… Autant je m’étais attachée à Alexis Alexandrovitch dans Le joueur de Fiodor Dostoïevski, autant ce Victurnien, qui n’a aucune qualité à part d’être beau, m’a énervée… D’habitude, j’aime bien Honoré de Balzac avec ses personnages et ses descriptions de lieux, mais ici je n’y ai pas trouvé mon compte… Quant à lire des histoires de noblesse, autant qu’elles soient nobles ! N’est-il pas ? Je relirai Balzac mais pas tout de suite.

C’est Rachel – du blog Rachel 17, le tricot du bout du monde – qui m’a proposé cette lecture commune pour le 24 février avec 1001 classiques. Je me suis dit pourquoi pas puisque j’aime Balzac et que ça entre dans le challenge 2021, cette année sera classique et dans la thématique de Les classiques c’est fantastique. Aussi pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 29, un livre choisi par un ami) et le Petit Bac 2021 (catégorie Être humain puisque Antiques est utilisé pour les vieillards de la vieille noblesse française ruinée et oubliée).

Les autres participantes à cette LC : Rachel a lu Le Cabinet des antiques, Maggie, Miriam et Claudia Lucia ont lu La maison du Chat-qui-pelote.

30 réflexions sur “Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac

  1. Ah j’avoue qu’il m’a énervée aussi, ce Victurnien… mais je m’y suis retrouvée… cela reste pour moi un bien bon Balzac… je publie bientôt… ouiii… 🙂

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  2. Dommage, le titre donne envie mais effectivement ce que j’aime chez Balzac, c’est qu’après les difficultés que peuvent générer sa lecture, on se retrouve face à une fin qui valait le coup. Là, si ce n’est pas le cas, c’est dommage…

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    • Mais il a plu à d’autres, je pense que c’est moi qui n’ai pas apprécié Victurnien et son comportement, et ce happy end nul…
      Oui, il y a d’autres titres heureusement 🙂 Et aussi d’autres auteurs 😉

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  3. Bon, je ne vais me précipiter sur ce titre, ton ennui me freine. Ce mois-ci, je vais (re)lire La Peau de Chagrin.
    Et je t’encourage à lire Honoré et moi de Titiou Lecoq, c’est un régal!!

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    • Bonne relecture de La peau de chagrin, je l’ai déjà lu et je l’aime beaucoup 🙂 Le problème pour Honoré et moi de Titiou Lecoq, c’est que je ne l’ai pas… En tout cas, merci pour toutes tes visites et commentaires – j’adore ce challenge 🙂

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      • C’est moi qui te remercie!
        Tu me fais faire plein de découvertes et aller vers des horizons vers lesquels je ne me serais peut-être pas dirigée, ou pas de sitôt!

        Jai lu La Peau de Chagrin au collège, il était temps de le relire!
        Ah oui, ce sera difficile de lire Honoré et moi sans avoir le livre 😉 Je te souhaite de pouvoir le trouver alors!

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  4. Oh la la ça fait un bail que je n’ai pas ouvert un Balzac. Un jour qui sait pour ce challenge… c’est ce qui est plaisant d’ailleurs, recroiser de vieilles têtes aussi 🙂

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    • Ah ah, j’aime bien ton expression des « vieilles têtes » 😉 Ce Cabinet des antiques m’a moins plu que d’autres titres de Balzac mais c’est la faute au jeune homme…

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