Le silence de Don DeLillo

Le silence de Don DeLillo.

Actes Sud, collection Lettres anglo-américaines, avril 2021, 112 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-330-14930-7. The Silence (octobre 2020) est traduit de l’américain par Sabrina Duncan.

Genres : littérature états-unienne, roman, science-fiction.

Don DeLillo (de son nom complet Donald Richard DeLillo) naît le 20 novembre 1936 dans le Bronx à New York (États-Unis). Il étudie les arts de la communication à l’Université jésuite Fordham à New York puis travaille dans la publicité. Il est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Son premier roman, Americana, paraît en 1971. Ses romans et un recueil de nouvelles traduits en français sont tous publiés chez Actes Sud depuis 1986 mais je n’avais jamais lu cet auteur (ou alors j’ai oublié mais avec son style ça m’étonnerait). Il est considéré comme un des écrivains états-uniens contemporains (associé au courant post-moderne) les plus influents.

2022. Dans un avion en provenance de France, Jim Kripps et son épouse, Tessa Berens, rentrent aux États-Unis. Tessa écrit les souvenirs de leur voyage dans un carnet pendant que Jim s’entraîne à prononcer en français (heure à Paris, heure à Londres, température à l’extérieur, altitude, vitesse, heure à l’arrivée…). « Tu notes le jour où il a plu dans ton livre de souvenirs. Le jour où il a plu, immortalisé. Tout l’enjeu des vacances c’est de les vivre sur le mode de l’exception. C’est toi qui me l’as dit. De garder en tête les temps forts, les moments et les heures mémorables. Les longues promenades, les bons repas, les bars à vins, la vie nocturne. » (p. 20). Mais, tout à coup, il y a des secousses violentes et l’avion n’atterrit pas à Newark…

Au même moment, à New York, Diane Lucas, son mari Max Stenner et un ami, Martin Dekker (professeur universitaire, ancien élève de Diane, et spécialiste d’Einstein), attendent Jim et Tessa pour regarder « le dernier match de la saison de football américain » (p. 25). Mais leurs amis n’arrivent pas, leur avion aurait-il été retardé ?

Pendant la pub avant le coup d’envoi, les images tremblent, il n’y a plus de son, puis l’écran devient noir. Télévisions, téléphones, ordinateurs, plus rien ne fonctionne, ni chez Diane et Max, ni chez leurs voisins (qu’ils découvrent d’ailleurs). Y aurait-il une centrale électrique en panne ? Un piratage informatique ? Le phénomène est-il local ou mondial ? Et combien de temps cela va-t-il durer ? Tous se posent des questions mais personne n’a de réponse.

« Et si tout ça était une espèce de songe vivant ? – Qu’on a rendu plus ou moins réel […]. – Et si nous n’étions pas ce que nous croyons être ? Et si le monde que nous connaissons était en train d’être complètement remanié pendant que nous sommes debout à regarder ou assis à discuter ? » (p. 80). Incroyable ! Je n’ai pas encore lu L’anomalie d’Hervé Le Tellier mais j’ai l’impression (de ce que j’en ai lu et entendu) que ce roman traite plus ou moins du même thème : un avion entre Paris et New York avec quelque chose qui se passe durant le vol et le même genre de questionnements. Je vais le lire bientôt, je verrai bien.

Ce roman est court et il peut être angoissant car aucune réponse n’est apportée à ce soudain black-out. Mais je visualise très bien Max en train de boire une bière et de grignoter des cochonneries en regardant un écran noir (et en imaginant un match avec ses souvenirs de matchs précédents) pendant que Diane et Martin discutent (enfin chacun dans son truc). Bien sûr, ce roman nous questionne durement, que ferions-nous si nous n’avions plus d’électricité, plus de contacts (télévisions, radios, numériques) ? Et si cela dure ? Nos sociétés, nos vies s’effondreraient-elles ? Dans le silence… Un roman surprenant mais j’aurais voulu en savoir plus. Pas pour combler le silence mais pour comprendre ce qu’il s’est passé et savoir comment ça se termine mais peut-être que, si ça arrive un jour en vrai, nous n’en saurons pas plus et je pense que nous ne sommes (nous ne serons) pas prêts… Mais je lirai à l’occasion d’autres titres de Don DeLillo (si vous en avez un à me conseiller ?).

Une lecture atypique que je mets dans Challenge de l’été (Tour du monde) #2 (États-Unis), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7 (anticipation).

24 réflexions sur “Le silence de Don DeLillo

  1. Je viens de le lire et chroniquer… Mon premier également DeLillo et moi aussi je vais continuer à le découvrir. Pour L’anomalie différent une dystopie différente dans le fond et le traitement… J’ai de loin préféré Le silence 😉

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  2. Oh j’ai un DeLillo dans ma PAL, c’est un auteur que je veux connaître… un jour… oui ce court roman fait penser un peu à Ravage de Barjavel… cela me donne encore plus envie… 😉

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  3. Je suis très curieuse de ce roman car j’aime De Lillo. Difficile de conseiller ses titres, très divers, et parfois très particuliers. J’ai personnellement beaucoup aimé Outremonde, mais c’est très dense (et un gros pavé). Cosmopolis est très bien aussi, plus court, et facile à lire, par rapport à certains autres de ses titres.

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    • Merci Ingannmic, j’ai eu Outremonde entre les mains, un pavé effectivement, mais je l’ai donné à un lecteur; je verrai si la bibliothèque a Cosmopolis en rayon ; j’espère que tu liras Le silence et qu’il te plaira autant qu’à moi ; bon weekend 🙂

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