La puissance des mouches de Lydie Salvayre

La puissance des mouches de Lydie Salvayre.

Seuil, collection Cadre rouge, août 1995, 176 pages, 14,70 €, ISBN 978-2-02101-525-6.

Genres : littérature française, roman.

Lydie Salvayre naît Lydie Arjona le 5 septembre 1948 à Autainville (Loir-et-Cher) dans une famille espagnole (père andalou, mère catalane, réfugiés en France). Elle étudie à Toulouse, les lettres d’abord puis la médecine et devient psychiatre mais elle écrit, publie dans des revues littéraires ainsi que ses premiers romans et gagnent des prix littéraires. Bien que je connaisse cette autrice de nom, je ne l’ai jamais lue et c’est le passionnant entretien dans Le cahier des livres n° 1 en octobre dernier qui m’a donné envie de lire un de ses romans. Parmi ceux qui étaient disponibles à la bibliothèque, j’ai choisi La puissance des mouches, son 4e roman. Elle en a publié 20 autres depuis, plus du théâtre et un scénario.

Le narrateur, 48 ans, est guide au musée de Port-Royal. Il est adepte de Pascal et développe les mêmes idées contre la vanité à l’attachement humain. Traumatisé par la mort de sa mère, il juge son père coupable de cette mort. Mais c’est lui qui est devant un juge au moment où débute ce roman. Pourquoi est-il mesquin et violent avec son épouse alors qu’il s’est juré de ne pas être comme son père ? « Je vous parle, monsieur le juge, comme vous me l’avez demandé, avec une entière liberté. » (p. 15).

Le narrateur voue un culte irraisonné à Pascal. « Pourquoi Blaise Pascal ? Mais parce qu’il a changé ma vie […]. Il a changé toute ma vie. Et ma mémoire, à sa lecture, a commencé à vivre. » (p. 25-26). Est-ce qu’il a des circonstances atténuantes avec le fait que son père battait son épouse et leurs enfants, lui et sa sœur ? Et sombre-t-il dans la folie en comparant systématiquement sa mère avec Pascal ? « Maman et Pascal se ressemblent jusque dans leur façon de penser. » (p. 33).

Les mouches qui sont puissantes dans le titre ont une place que le lecteur comprend à la lecture. « J’ai horreur des confidences. La plupart du temps, elles sentent mauvais et attirent les mouches. Et j’ai horreur des mouches. » (p. 62).

En tout cas, le narrateur se définit devant le juge « d’un naturel peureux et [qui] n’ose affronter l’ennemi face à face. » (p. 71) alors qu’est-ce qui l’a conduit là ?

Mon passage préféré. « Chaque jour, en lisant, je découvre le bonheur de penser. Car lire, c’est penser. Car lire, c’est délire. » (p. 118).

Bien qu’il parle d’autres personnages et qu’il s’adresse à un juge ou à l’infirmier de la prison, le narrateur est le seul personnage à intervenir, dans un monologue fait de questions, de réponses et parfois de souvenirs plus ou moins douloureux. Lydie Salvayre étant psychiatre, elle retranscrit parfaitement le passé et les idées du personnage, tout ce qui l’a conduit peu à peu à devenir l’homme exécrable qu’il est, le meurtrier qu’il est devenu, tout l’y poussait, indéniablement. C’est rythmé, il y a même un certain suspense mais, à aucun moment, la haine du narrateur n’est orientée vers le lecteur (qui pour lui n’existe pas), elle est orientée vers son père, vers sa femme, vers ses collègues au musée, vers les touristes ignares qu’il ne supporte plus, vers les chiens aussi, et sûrement contre lui-même car il s’en veut d’être comme il est mais il ne peut pas s’en empêcher…

J’ai l’impression que Lydie Salvayre a créé son personnage comme si elle était peintre, je ne l’ai pas apprécié cet homme, il est détestable, ignoble, mais qu’est-ce qu’il est bien dépeint, une sacrée création littéraire !

Avez-vous un autre roman de Lydie Salvayre à me conseiller ?

Je mets cette lecture dans Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 16, un livre de moins de 200 pages) et Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Mouches).

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16 réflexions sur “La puissance des mouches de Lydie Salvayre

  1. aifelle dit :

    J’ai adoré tous ses premiers livres (La déclaration – La compagnie des spectres…). J’ai lu cette semaine une courte nouvelle qui est parue récemment (publiée auparavant dans un recueil), « Familles » qui m’a rappelé le ton des premiers livres. D’une férocité ! mais tellement juste. Je l’avais un peu abandonnée et j’ai repris avec « Pas pleurer » que j’ai beaucoup aimé.

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  2. Je ne l’ai jamais lue mais je ne sais plus où je l’ai écoutée parler de ses romans, de sa vie et de l’écriture et j’ai beaucoup aimé la manière dont elle analyse (maintenant que je sais qu’elle a une formation de psychiatre tout s’explique) ces pensées, les faits, ses idées 🙂

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  3. A_girl_from_earth dit :

    Je comptais poursuivre mon exploration des œuvres de Lydie Salvayre après ma découverte de rester debout. Peut-être avec celui-ci, tiens !

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