La hache d’or de Fang Yuan et Yang Yongqing

La hache d’or de Fang Yuan et Yang Yongqing.

Éditions en langues étrangères est une maison d’éditions chinoise, basée à Beijing, qui publie depuis 1952 des œuvres chinoises dans plus de 40 langues (dont le français) pour faire découvrir la littérature chinoise. 30 pages.

Genres : littérature chinoise, conte illustré, fantastique.

Fang Yuan est un auteur chinois.

Yang Yongqqing est un illustrateur chinois (1928-2011). Quelques œuvres sur Artnet.

Petit Suo est orphelin depuis l’âge de 5 ans. Il vit donc avec son frère aîné et son épouse.

Petit Suo a maintenant 12 ans et il travaille beaucoup : chercher l’eau, couper le bois, faire fonctionner la meule, décortiquer le riz…

Mais un jour, en passant sur une passerelle avec le bois, sa hache tombe dans la rivière dont le courant est très fort. Alors que Petit Suo est en larmes, un vieil homme le console et plonge dans la rivière pour récupérer sa hache.

Est-ce une hache en argent ? Non, répond Petit Suo. Une hache en or ? Non, répond Petit Suo. Le soir, comme Petit Suo rentre tard, il raconte son histoire et le frère aîné est bien intéressé par la hache en or !

Dans ce conte chinois, Petit Suo est le symbole de l’honnêteté avec un album joliment illustré.

Pour les challenges Contes et légendes #3, Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour la hache) et Les textes courts.

Un bon chanteur mort de Dominique A

Un bon chanteur mort de Dominique A.

La machine à cailloux, collection Carré, septembre 2008, 80 pages, 10 €, ISBN 978-2-916734-04-0.

La collection Carré « invite les musiciens à réfléchir et à écrire sur la création et son processus ».

Genres : littérature française, essai.

Dominique A… Ah, j’adore le chanteur, ses textes, ses musiques, sa voix, sa gentillesse et son humour (je l’ai rencontré une fois). Dominique Ané naît le 6 octobre 1968 à Provins (Seine et Marne). Il est auteur, compositeur et interprète. Selon Wikipédia, il est « considéré comme l’un des fondateurs de la « nouvelle scène française », au début des années 1990 ». Le livre sur son site officiel.

« Mille raisons font que j’écris des chansons. » (p. 5).

Dans ce petit livre, Dominique A parle de l’écriture, de l’excitation quand vient l’idée, de l’état d’esprit lors de l’écriture et après l’écriture, les mots, la musique, la « tension à l’intérieur de la chanson » (p. 27). Il raconte aussi des anecdotes et des souvenirs. Enfant, malgré sa timidité, il « chante à voix haute les chansons des chanteurs qu’aiment [ses] parents » (p. 10) : Jacques Brel, Georges Brassens, Léo Ferré, Jean Ferrat… « je choisis la musique mais je ne le sais pas encore » (p. 25). Il parle bien sûr de la musique qu’il écoute, de l’évolution de la musique principalement dans les années 80 durant son adolescence (pop music, rock, new wave, punk…) – ben, tiens, c’était également mon adolescence ! – mais aussi de livres et de bandes dessinées.

« Un rien suffit à faire naître une chanson : un son, un accord, une programmation mambo ou fox-trot que je n’ai pas encore utilisée. J’aime le son pauvre que ça produit, son absence de clinquant, en rapport avec le détachement de la voix, que je veux blanche et sèche, sans pathos, sans interprétation, sans effet flatteur de réverbération. » (p. 32). Voilà, c’est ça que j’aime dans la voix, dans les musiques et les chansons de Dominique A ! La simplicité, le dépouillement quasiment, l’effet brut « et ce qui en résulte peut être intense et beau » (p. 42) : tout à fait, ses textes sont très beaux, sa musique est très belle, et je ressens toujours une grande intensité, une grande émotion à l’écoute de ses chansons qu’elles soient minimalistes, romantiques, intimes (ou même morbides pour certaines) mais toujours avec une ambiance rock. D’ailleurs, je vous mets une petite sélection ci-dessous ; écoutez Dominique A !

Le pourquoi du titre ? « Andreï Siniavski, un auteur russe, a dit un jour de son compatriote Varlam Chalamov : « Il écrit comme s’il était mort » (il faut être russe pour sortir un truc pareil). » (p. 57). J’adore !

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 49 : un livre écrit par une célébrité), le Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif, alors il y a le choix entre bon et mort), le Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Le courage des oiseaux (Un disque sourd, autoproduit, 1991)

Le Twenty-Two Bar (La mémoire neuve, 1995) en duo avec Françoiz Breut (une artiste que j’aime beaucoup aussi)

Je t’ai toujours aimé (Auguri, 2001)

Le temps qui passe sans moi (La fragilité, 2018)

Et le dernier single en date, Wagons de porcelaine (Vie étrange, 2020)

East Asia Digital Library Collection

East Asia Digital Library (EADL), c’est la Bibliothèque Numérique d’Asie de l’Est. En effet, la National Diet Library (Japon) et la National Library of Korea (Corée) ont créé conjointement ce portail culturel unique et libre de droits.

Un beau rapprochement entre les deux pays, pour partager à la consultation des documents et archives (par ordre chronologique ou par sujet) en japonais, en coréen, en chinois (les deux pays utilisant par le passé le chinois) et… en anglais. Histoire, faune et flore, médecine, bouddhisme, correspondances, Arts (dessins, peintures, calligraphies), romans, etc., de précieux documents qui datent d’entre 500 et 2000.

Allez vite consulter les collections coréenne et japonaise sur l’EADL !

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá.

Urban Comics, collection Indies, septembre 2014, 72 pages, 15 €, ISBN 978-2-36577-541-0. Traduit du portugais par Marie-Hélène Torres.

Genres : bande dessinée brésilienne, comics, adaptation d’un classique brésilien.

Fábio Moon (dessinateur) et Gabriel Bá (scénariste) sont des frères jumeaux nés le 5 juin 1976 à São Paulo au Brésil. Il sont connus pour Daytripper, bande dessinée (en 10 volumes parus entre 2009 et 2010) qui a reçu le Prix Eisner de la meilleure mini-série en 2010 et le Prix Harvey de la meilleure histoire en 2011. J’ai déjà parlé de Gabriel Bá pour Umbrella Academy 1 (d’ailleurs il faut que je lise les deux autres tomes).

Lorsque j’ai emprunté L’aliéniste de J.M. Machado de Assis, j’ai aussi emprunté la bande dessinée – que j’avais repérée chez Antigone – parce que j’étais curieuse de lire le texte puis de voir la mise en images.

Je ne vous refais pas un résumé, l’histoire est la même.

« La science est mon unique emploi. Itaguaï est mon univers. » (Simon Bacamarte, p. 7). C’est que, à Itaguaï, les fous inoffensifs vivaient libres et les fous furieux étaient enfermés chez eux jusqu’à ce qu’ils meurent. L’objectif de Simon Bacamarte était donc de les soigner.

Les personnages sont bien dessinés, l’aliéniste Simon Bacamarte, son épouse, Dona Evarista, son ami l’apothicaire, Crispin Soares, le père Lopes, les malades… L’asile, la Maison Verte, est beau aussi, et immense, même si, dans la bande dessinée, la maison est plus jaune que verte. Mais j’ai aimé ce jaune (identique à ce que vous voyez sur la couverture), je l’ai trouvé très… brésilien ! En tout cas, ça m’a plu de voir les gens si bien dessinés, tous différents, et de voir la révolte et l’évolution de l’histoire en images.

« Si un homme donnait cours à son imagination ou même s’il songeait à dire le plus petit mensonge, on le mettait immédiatement à la Maison Verte. Tout était folie. Les passionnés d’énigmes, les auteurs de charades, d’anagrammes, les médisants, les curieux de la vie d’autrui, ceux qui ne pensaient qu’à la débauche, les contrôleurs municipaux, personne n’échappait aux émissaires de l’aliéniste. S’il respectait les fiancées, il n’épargnait pas les galantes, disant que les premières cédaient à une impulsion naturelle et les secondes à un vice. Qu’un homme soit avare ou généreux, il allait quand même à la Maison Verte ; d’où l’allégation qu’il n’y avait pas de règle pour la pleine santé mentale. » (p. 53).

Alors, êtes vous gens de raison ou déments ? Mais, attention à la lucidité, elle est signe de folie, de désordre mental… Eh oui, personne n’est parfait !

Pour La BD de la semaine et les challenges 2021, cette année sera classique, BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 60, un livre qui a deux auteurs), Mois Amérique latine, Projet Ombre 2021 et Les textes courts. D’autres BD de la semaines chez Noukette.

Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac

Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac.

France Loisirs, intégrale Balzac, 1986, tome X, 177 pages + préface 10 pages. Parution d’origine en 1838. Vous pouvez le lire librement sur WikiSource et il existe des éditions poche comme celles de Folio Gallimard (couverture ci-contre), de Flammarion (avec La vieille fille) ou de Garnier (Classiques jaunes).

Genres : littérature française, roman, classique.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui-pelote (pour un autre challenge concernant les classiques) et en octobre 2020, une note de lecture de Gobseck (Pour Les classiques c’est fantastique, Balzac vs Flaubert).

Victurnien n’a pas connu sa mère, morte en couches. Il est élevé par sa tante, Armande, la sœur de son père. Son père, le Marquis d’Esgrignon a été expulsé de ses terres, de son domaine qui a été vendu, écartelé… Mais il ne se résout pas à cette révolution française qui dénigre la noblesse et devient pour certains comme le garant de la Royauté et des valeurs ancestrales (féodales). « Cette admirable ruine avait toute la majesté des grandes choses détruites. » (p. 192-193).

Mais le sieur du Croisier a demandé la main d’Armande d’Esgrignon et le Marquis a refusé (elle est comme une mère pour Victurnien). Du Croisier a alors pris toute la famille d’Esgrignon et leurs amis aristocrates ruinés en grippe et fera tout pour se venger du camouflet. Il surnomme tous ces vieillards le Cabinet des antiques.

Malheureusement, en 1822, le Marquis ne profita pas de la Restauration, sous Louis XVIII. Il n’y a eu aucune restitution de ses biens et aucune indemnisation… Sa famille est comme tant d’autres familles « ruinées sans aucun espoir de retour. » (p. 197). Il est pourtant pratique pour les bourgeois enrichis d’épouser un(e) noble, même ruiné(e), pour le prestige, le nom, la particule. Mais la jalousie, la haine, la vanité et la rivalité n’engendrent rien de bon et « En province surtout les deux partis se prêtèrent réciproquement des horreurs et se calomnièrent honteusement. On commit alors en politique les actions les plus noires pour attirer à soi l’opinion publique […]. » (p. 199).

Ainsi tous les espoirs de « reprendre un nouveau degré de splendeur en la personne de Victurnien, au moment où les nobles spoliés rentreraient dans leurs biens, et même quand ce bel héritier pourrait apparaître à la Cour pour entrer au service du Roi, par suite épouser, comme jadis faisaient les d’Esgrignon […]. » (p. 204). Heureusement le vieux notaire Chesnel, ancien intendant du domaine, est resté fidèle à la famille d’Esgrignon. Il sera bien mal récompensé, le malheureux, parce que, idolâtré par son père et sa tante (mère de substitution), Victurnien est un enfant gâté et capricieux, et bien que beau et bien éduqué, il devient égoïste, impertinent et vaniteux (dommage que les Lumières ne soient pas passées par son éducation…). Bref, Victurnien est un sacré « petit con » et le vieux Chesnel dilapide sa fortune – dûment acquise par un travail rigoureux – pour effacer les frasques et les dettes du jeune homme… « Mais il n’y a jamais rien de bon à attendre des jeunes gens qui avouent leurs fautes, s’en repentent et les recommencent. Les hommes à grands caractères n’avouent leurs fautes qu’à eux-mêmes, ils s’en punissent eux-mêmes. Quant aux faibles ils retombent dans l’ornière, en trouvant le bord trop difficile à côtoyer. » (p. 216). C’est mon passage préféré mais ensuite je me suis ennuyée…

Le Marquis d’Esgrignon envoie Victurnien à Paris pour qu’il s’engage auprès du Roi. Évidemment il faut de l’argent et bien sûr le bon Chesnel est là. « Quand Victurnien fut à quelques lieues de sa ville natale, il n’éprouva pas le moindre regret, il ne pensa plus à son vieux père, qui le chérissait comme dix générations, ni à sa tante dont le dévouement était presque insensé. Il aspirait à Paris avec une violence fatale, il s’y était toujours transporté par la pensée comme dans le monde de la féerie et y avait mis la scène de ses plus beaux rêves. » (p. 236). Il va bien sûr rencontrer de mauvaises personnes qui vont abuser de lui (le pousser au jeu, le pousser à dépenser), de sa naïveté, de sa vanité… Oisif, joueur, dandy, dépensant beaucoup, beaucoup plus que ce qu’il n’a (d’ailleurs, sans Chesnel, il n’a rien), il va devenir l’amant de Diane de Maufrigneuse, une femme mariée et croqueuse de fortune.

Balzac prévient qu’il s’inspire d’un fait réel mais qu’il brouille les pistes en changeant tous les noms et en ne donnant pas le nom de la ville où habite la famille d’Esgrignon (ce qui est rare dans ses récits). « Dans une des moins importantes Préfectures de France, au centre de la ville, au coin d’une rue, est une maison ; mais les noms de cette rue et de cette ville doivent être cachés ici. » (p. 181). Cependant il se trahit quand il parle des ancêtres de l’épouse de du Croisier. « Voulez-vous racheter vos torts en réjouissant vos ancêtres, les intendants des ducs d’Alençon […]. » (p. 302). Une petite ville normande donc. De plus, il change l’histoire pour qu’elle se termine bien ce qui n’est pas le cas pour le jeune homme et la famille qui lui servent de base. Franchement, Victurnien ne mérite pas le subterfuge créé par le vieux Chesnel pour le sortir du merdier dans lequel il s’est fourré et ce happy end… que je ne trouve pas digne de Balzac.

Ce roman est d’abord paru en 1838 sous le titre Les rivalités en province dans le journal politique Le Constitutionnel puis aux éditions Hippolyte Souverain en 1839 dans les Scènes de la vie de province dans le sous-groupe Rivalités qui réunit également La vieille fille (1836) et Illusions perdues (1836-1843).

J’ai bien aimé le premier tiers mais ensuite, comme je le disais plus haut, je me suis ennuyée… Les frasques de Victurnien, son indélicatesse, ses dépenses inconsidérées, son orgueil m’ont réellement lassée… Autant je m’étais attachée à Alexis Alexandrovitch dans Le joueur de Fiodor Dostoïevski, autant ce Victurnien, qui n’a aucune qualité à part d’être beau, m’a énervée… D’habitude, j’aime bien Honoré de Balzac avec ses personnages et ses descriptions de lieux, mais ici je n’y ai pas trouvé mon compte… Quant à lire des histoires de noblesse, autant qu’elles soient nobles ! N’est-il pas ? Je relirai Balzac mais pas tout de suite.

C’est Rachel – du blog Rachel 17, le tricot du bout du monde – qui m’a proposé cette lecture commune pour le 24 février avec 1001 classiques. Je me suis dit pourquoi pas puisque j’aime Balzac et que ça entre dans le challenge 2021, cette année sera classique et dans la thématique de Les classiques c’est fantastique. Aussi pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 29, un livre choisi par un ami) et le Petit Bac 2021 (catégorie Être humain puisque Antiques est utilisé pour les vieillards de la vieille noblesse française ruinée et oubliée).

Les autres participantes à cette LC : Rachel a lu Le Cabinet des antiques, Maggie et Claudia Lucia ont lu La maison du Chat-qui-pelote.

L’aliéniste de J.M. Machado de Assis

L’aliéniste de J.M. Machado de Assis.

Métailié, collection Suites, janvier 1984, réédition mars 2005, 98 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-86424-534-5. O Alienista (1881) est traduit du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli.

Genres : littérature brésilienne, novella, classique.

Joaquim Maria Machado de Assis est né le 21 juin 1839 à Rio de Janeiro (Brésil). Ses parents étaient pauvres mais travaillaient dans un domaine appartenant à une aristocrate. Il a appris à lire, à écrire, et même le français, l’anglais, l’allemand, le grec ancien et est devenu typographe dès l’âge de 13 ans. Puis il est entré au Ministère de l’Agriculture et, passionné de littérature, a fondé (avec avec Joaquim Maria et Manuel de Oliveira Lima) l’Academia Brasileira de Letras en juillet 1897 (sur le modèle de l’Académie française). Journaliste, romancier, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire et poète, il décrivait parfaitement les évolutions du Brésil à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle (abolition de l’esclavage, proclamation de la république, bouleversements sociaux, progrès scientifique et technique…). Il est considéré comme le plus grand auteur brésilien et une petite info : passionné par le jeu d’échecs, il fit partie des cercles précurseurs du jeu d’échecs au Brésil (première référence à ce jeu dans la nouvelle Questão de Vaidade soit Question de vanité en 1864, fréquentation d’un club d’échecs dès 1868, premier problème d’échecs d’un auteur brésilien, Machado, publié en 1877 et premier tournoi d’échecs organisé au Brésil en 1880). Il est mort le 29 septembre 1908 à Rio de Janeiro laissant une bibliothèque de quelques 1400 ouvrages.

« Un médecin fonde un asile pour les fous dans la ville et fait le diagnostic de toutes les manifestations d’anormalité mentale qu’il observe. Peu à peu l’asile se remplit, bientôt il abrite la population presque tout entière, jusqu’à ce que l’aliéniste, en conséquence, sente que la vérité réside dans le contraire de sa théorie. Il fait alors relâcher les internés et enfermer la petite minorité de personnes équilibrées, parce que, en tant qu’exceptions, c’est elles qui sont réellement anormales. Puis il les libère. N’y aurait-il pas un seul homme normal ? […] » (préface de Pierre Brunel, p. 5). Voilà le postulat de départ de ce récit. Qu’est la normalité ? Qu’est la maladie mentale ? Le médecin a-t-il toujours raison ? Interrogeons-nous avec Machado !

Simon Bacamarte (Simão Bacamarte en portugais) a étudié en Europe, il est aliéniste diplômé. Il revient dans son Brésil natal, dans la petite ville d’Itaguaï, et y installe un asile, la Maison Verte (Casa Verde en portugais). Le conseil municipal et une partie de la population le suivent (sauf le père Lopes qui pense que vouloir enfermer les fous est un symptôme de démence) car il est bon de se « débarrasser » des fous, des monomaniaques, des illuminés, des violents. D’ailleurs le premier chapitre s’intitule « Où il est raconté comment Itaguaï s’enrichit d’une maison de fous » donc cet asile est un enrichissement pour la petite ville et « L’inauguration eut lieu en grande pompe […]. » (p. 29).

Le brave aliéniste espère « découvrir enfin la cause du phénomène et le remède universel » (p. 30), ainsi il pense « faire là œuvre utile pour l’humanité. » (p. 30). L’apothicaire Crispim Soares, avec qui l’aliéniste est ami pense même que cette œuvre est « Utile et excellente » (p. 30). L’aliéniste s’attelle « à une vaste classification de ses pensionnaires » (p. 33) [vous remarquerez l’utilisation du possessif] et devient même lyrique, « Donc il s’agit d’une expérience, mais une expérience qui va changer la face de la terre. Jusqu’ici, la folie, objet de mes travaux, était une île perdue dans l’océan de la raison. J’en viens à soupçonner qu’il s’agit d’un continent. » (p. 40).

Mais que faire si, au bout de quelques mois, pratiquement tout le monde est enfermé ? « La Maison Verte est une prison privée » (p. 51) déclara un médecin et même « Bastille de la raison humaine » (p. 59) selon un poète local. « La terreur s’accentua. […] La terreur positivement. » (p. 55). Une rébellion s’installe et ses membres sont de plus en plus nombreux. « À mort le docteur Bacamarte ! À mort le Tyran ! » (p. 61). Cette révolte menée par les canjicas serait-elle une allégorie politique et du pouvoir ? C’est qu’il y a eut un changement de gouvernement au conseil municipal et « Onze morts et vingt-cinq blessés » (p. 74).

Même l’épouse de Simon Bacamarte, Dona Evarista de Costa e Mascarenhas, est internée soi-disant pour démence ! Mais « la science est la science » (p. 46), n’est-ce pas ? Même si l’aliéniste décide subitement de « réexaminer les fondements de sa théorie concernant les affections cérébrales […]. » (p. 82). Et donc le lecteur sera bien surpris du retournement de situation !

Les premiers titres de Machado sont classés par les spécialistes en romantisme puis, après 1880, en réalisme (personne ne sait ce qu’il s’est réellement passé pour que le « nouveau Machado » soit si différent et l’auteur est toujours resté discret). L’aliéniste paru en 1881 est donc dans la deuxième partie de ses textes, en réalisme. En tout cas, il existe un débat : est-ce un court roman ou une longue nouvelle ? De mon côté, je dirais que L’aliéniste est effectivement un texte réaliste empli d’absurde et d’humour (voire d’ironie), qu’il est résolument moderne dans sa façon d’analyser l’âme humaine alors qu’il a été écrit il y a 140 ans, et qu’il m’a beaucoup plu, c’est pourquoi je lirai d’autres titres de J.M. Machado de Assis (si vous en avez un particulièrement à me conseiller ?).

En tout cas, lorsque j’ai choisi ce titre pour le Mois Amérique latine, je ne savais pas qu’il était paru en 1881 ! Il entre donc dans le challenge 2021, cette année sera classique, ainsi que dans le Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Demain, l’adaptation en bande dessinée, L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá, scénariste et dessinateur de bandes dessinées, frères jumeaux nés à São Paulo au Brésil.

Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans

Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans.

Hachette, collection Magasin des petits enfants, 1874, 26 pages.

Genres : littérature enfantine illustrée, conte.

Walter Crane naît le 15 août 1845 à Liverpool (Angleterre). Il étudie avec le graveur William James Linton (1859-1862) et devient peintre, illustrateur, artiste, membre du mouvement artistique des Arts & Crafts, mais aussi écrivain et socialiste (ami avec John Ruskin et William Morris, entre autres). Il meurt le 14 mars 1915 à Horsham dans le Sussex (Angleterre).

Edmund Evans naît le 23 février 1826 à Southwark à Londres (Angleterre). Peintre, illustrateur, imprimeur et graveur, il développe une technique en provenance d’Asie sur bois en couleurs et devient un incontournable au XIXe siècle. Ainsi il travaille pour des classiques de littérature d’enfance et de jeunesse. Il meurt à Ventnor sur l’île de Wight le 21 août 1905.

Village de Fière-Garde. Le père est mort à la guerre, la mère de chagrin et la fillette, Louise, est orpheline. Les gens du village prennent soin de celle qu’ils surnomment Liseron parce que « le liseron est une plante agréable à voir, courageuse, contente de vivre, qui grimpe le long des haies quand elle peut, qui rampe à terre quand il le faut, qui fleurit partout, même entre deux pavés, même en plein soleil, et qui réjouit les gens par sa jolie couleur et son parfum délicat d’amande amère. » (p. 4) et, en échange, elle garde leurs brebis.

On est après 1515 puisque le Comte de Fière-Garde, blessé à la bataille de Marignan (septembre 1515), est mort quelques années après. La Comtesse de Fière-Garde qui était en Italie pour le soigner vient de rentrer au village et, entendant Liseron chanter, elle questionne la bergère. Celle-ci répond qu’elle aimerait des souliers pour ne plus entrer pieds nus dans la maison du Seigneur le dimanche et qu’elle aimerait savoir lire pour connaître les noms de toutes les choses qu’elle ne connaît pas. « On m’a dit qu’on trouve tout dans les livres. » (p. 12).

D’abord, merci à Katell de Chatperlipopette pour l’info sur FB et à Gallica-BnF pour ce conte, Le Liseron.

Ensuite, deux infos importantes. 1. Magasin des petits enfants est une « nouvelle collection de contes avec un texte imprimé en gros caractères et de nombreuses illustrations en chromolithographie ». 2. La chromolithographie est un procédé d’impression lithographique en couleurs datant de 1837 (impression couleur par couleur, jusqu’à 16 couleurs différentes, donc j’imagine qu’il fallait un passage par couleur).

Louise, la petite bergère orpheline, devient une belle jeune femme, instruite, aimante et comme une fille pour la comtesse dont le fils unique est au service du Roi. Ah, les orphelin(e)s dans la littérature des XIXe et XXe siècles, et les bergères et les princes dans les contes, c’est du pain béni ! Si le conte est français, les deux illustrateurs, très célèbres, sont Anglais et de l’époque victorienne (1837-1901) donc voici cette lecture dans A year in England et le thème de février (époque victorienne) honoré.

Mais aussi dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 32, un livre dont le titre comprend le nom d’une fleur), Les classiques c’est fantastique (pour l’histoire d’amour entre la bergère et le capitaine de Fière-Garde), Contes et légendes #3, Jeunesse et Young Adult #10, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez

Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez.

Grasset, décembre 1981, 210 pages, 16 €, ISBN 978-2-24626-741-6. Réédition Grasset, collection Les cahiers rouges, avril 2002, 200 pages, 7,05 €, ISBN 978-2-24626-744-7. Crónica de una muerte anunciada (1981) est traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Couffon. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, novembre 1987 (réédition n° 32, octobre 2019), 128 pages, 5,70 €, ISBN 978-2-25304-397-3.

Genres : littérature colombienne, roman (polar).

Gabriel García Márquez naît le 6 mars 1927 à Aracataca en Colombie. Journaliste, critique cinématographique, militant politique, romancier, nouvelliste, conteur, scénariste de films ,essayiste, il est considéré comme un des plus grands auteurs sud-américains du XXe siècle, à la fois dans le réalisme et dans le merveilleux, dans le dramatique et l’humoristique, dans l’historique et le satirique. Il étudie le Droit à l’université de Bogota mais se passionne pour la littérature, en particulier l’œuvre de Franz Kafka mais aussi mais aussi de William Faulkner, James Joyce, Virginia Woolf, et devient journaliste. En 1955 et 1956, il est correspondant en Europe y compris en Europe de l’Est, puis il revient sur le continent américain (Cuba, États-Unis, Mexique). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1982. Ses plus grands romans sont Cent ans de solitude (Cien años de soledad, 1967), Chronique d’une mort annoncée (Crónica de una muerte anunciada, 1981), L’amour aux temps du choléra (El amor en los tiempos del cólera, 1985) et il était temps que j’en lise un ! Il meurt le 17 avril 2014 à Mexico. Le roman Chronique d’une mort annoncée a été adapté au cinéma par Francesco Rosi (réalisateur italien) en 1987.

Santiago Nasar, 21 ans, a été « éventré comme un cochon » (p. 10) devant chez lui un lundi matin de février, le jour où l’évêque arrivait par bateau. « Santiago Nasar était gai, pacifique, et, de surcroît, il était homme de cœur. » (p. 13). Pedro et Pablo Vicario, des frères jumeaux de 24 ans, l’attendaient avec leurs couteaux alors que tout le village avait célébré la veille un mariage.

Vingt-sept ans après, le narrateur (l’auteur lui-même ?) revient au village et mène l’enquête, interrogeant les gens, Placida Linero, la mère de Santiago (pauvre vieille femme qui, après la mort de son mari, n’avait plus que son fils unique), Victoria Guzman, la cuisinière, et Divina Flor, sa fille alors adolescente, Clotilde Armenta, la patronne du débit de lait près de l’église où Pedro et Pablo s’étaient endormis, Margot, la sœur du narrateur, Dionisio Iguaran, le docteur, Faustino Santos, le boucher chez qui les frères ont aiguisé leurs couteaux, le père Carmen Amador qui a pratiqué l’autopsie « en l’absence du docteur Dionisio Iguaran » (p. 73), et les jumeaux Vicario eux-mêmes.

La mort avait été largement annoncée par Pedro et Pablo Vicario mais les habitants ont-ils cru à des « rodomontades d’ivrognes » (p. 18) ou espéraient-ils que Santiago Nasar, jeune homme aisé suite à son héritage et d’origine arabe par son père, soit tué ? « La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu’on allait tuer Santiago Nasar. » (p. 24). C’est que « la belle Angela Vicario, qui s’était mariée la veille, avait été restituée à ses parents par son époux qui avait découvert qu’elle n’était pas vierge. » (p. 26). L’époux, c’est Bayardo San Roman, arrivé au village six mois avant, un trentenaire charmant mais bizarre. « Personne ne sut jamais ce qui l’avait amené chez nous. » (p. 30). Mais Angela Vicario, 20 ans, issue d’une famille modeste, ne voulait pas l’épouser. « Il était trop homme pour moi. » (p. 37).

Bayardo San Roman a donc dit qu’Angela Vicario n’était plus vierge mais était-ce vrai ? Angela Vicario, répudiée, battue par sa mère, interrogée par ses frères, Pedro et Pablo, a lâché le nom de Santiago Nasar mais n’était-ce pas un mensonge ? « Personnellement, je conservais un souvenir très vague de la fête avant ma décision de la reconstituer à partir des bribes éparpillées dans les souvenirs d’autrui. » (p. 45).

Alors, « homicide en état de légitime défense de l’honneur » (p. 51) ? C’est en tout cas ce qui est ressorti de cette histoire tragique. Les jumeaux se sont rendus, reconnaissant avoir tué sciemment, mais se sentant innocents et n’éprouvant aucun repentir. En tout cas, « Jamais mort ne fut davantage annoncée. » (p. 53). Le fait d’annoncer le crime qu’ils allaient commettre, était-ce pour se persuader l’un l’autre de le commettre ou pour que les gens les en empêchent ? Malheureusement tout le monde avait beaucoup bu durant la noce et peut-être que les gens n’avaient pas les idées bien claires…

« Mais la plupart de ceux qui auraient pu faire quelque chose pour empêcher le crime et qui se dérobèrent se consolèrent en invoquant le préjugé selon lequel les affaires d’honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seul accès les maîtres du drame. » (p. 95-96). Les autres ont quitté le village ou sont subitement tombés malades. « Douze jours après le crime, ce fut un village d’écorchés vifs que le juge découvrit. » (p. 96).

Jusqu’à maintenant, il me semble que je n’avais lu que quelques nouvelles et contes de Gabriel García Márquez. Je suis donc ravie d’avoir lu et aimé ce roman construit comme un polar (même s’il n’est pas classé en roman policier) et je relirai cet auteur assurément.

Excellente lecture pour le Mois Amérique latine que je mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 57, un livre conseillé par un libraire), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif pour annoncée) et Polar et thriller 2020-2021.

Les mystères de Paris d’Eugène Sue en animation

C’est France3 Paris Île de France qui propose Les mystères de Paris d’Eugène Sue en 40 épisodes d’animation 2D d’environ 3 minutes chacun (voire un peu plus ce qui fait dans les 3 heures l’intégrale) réalisés par Véronique Puybaret et Matthieu Dubois en 2020.

Pas envie ou pas le temps de (re)lire Les mystères de Paris ? Profitez-en pour regarder cette série animée ! Mais avant quelques mots sur l’auteur bien sûr.

Eugène Sue naît Marie-Joseph Sue le 26 janvier 1804 à Paris. Son père est médecin et chirurgien sous Napoléon 1er (sa marraine est Joséphine de Beauharnais). Il étudie au Lycée Condorcet et entre comme apprenti à la Maison militaire du roi. Il vit un temps à Madrid puis devient chirurgien de la Marine tout en écrivant. Selon Francis Lacassin, Eugène Sue est l’auteur « de sept romans exotiques et maritimes, onze romans de mœurs, dix romans historiques, quinze autres romans sociaux (dont une série intitulée Les sept péchés capitaux), deux recueils de nouvelles, huit ouvrages politiques, dix-neuf œuvres théâtrales (comédie, vaudeville, drame) et six ouvrages divers. » (source Wikipédia). Parmi les plus connus, Atar-Gull (1831), Les mystères de Paris (1842-1843), Le Juif errant (1844-1845). Il meurt le 3 août 1857 à Annecy le Vieux (Haute-Savoie mais qui faisait alors partie du Royaume de Sardaigne). Plusieurs de ses œuvres sont disponibles librement sur WikiSource.

Paris, Île de la Cité, hiver 1838-1839. Des petites ruelles sombres et miséreuses près de Notre-Dame. Rodolphe invite Fleur de Marie, une orpheline, et Le Chourineur, un ancien bagnard, au Lapin Bleu tenu par L’Ogresse. Il cherche le jeune Germain qui a disparu et qui est le fils de sa gouvernante, Madame Georges. Mais arrivent deux méchants, le Maître d’école, un évadé du bagne, et La Chouette (Fleur de Marie s’enfuit) puis Sarah McGregor (Rodolphe s’enfuit). Des personnages hauts en couleurs, les bas-fonds de Paris et un suspense insoutenable à la fin de chaque épisode (Sue serait l’inventeur du cliff-hanger).

C’est super bien réalisé et raconté (sur un ton résolument moderne mais qui ne dénature pas le récit d’Eugène Sue). Les dessins en noir et blanc (avec des gravures d’époque) sont très beaux. Et en plus c’est drôle car il y a régulièrement des anachronismes. Par exemple, dans le premier épisode, Le Chourineur est débardeur sur les quais, mais non pas le tee-shirt sans manches ! Et dans l’épisode 7, Sarah consulte le Gotha sur une tablette et parmi les célibataires les plus en vue, il y a Brad (Pitt) ! D’ailleurs, prêts pour une soirée chez l’Ambassadeur, vous savez avec les fameux chocolats ? L’aristocratie d’un côté, une extrême pauvreté de l’autre, voici le Paris de la première moitié du XIXe siècle (Sue est un précurseur de Zola), avec quelques incursions à la campagne (vous savez le bled du 9-5 !). Ah, et n’oubliez pas de faire un selfie en sortant de prison, et à la fin, veuillez acheter le roman ou quelques goodies, à votr’ bon cœur M’ssieurs Dames ! Eh bien, ça m’a donné envie de relire Les mystères de Paris que j’avais lus à l’adolescence (mais peut-être dans une édition épurée pour la jeunesse). Mes personnages préférés sont Rodolphe, Clémence et Rigolette.

Je vais mettre ce billet dans les challenges 2021, cette année sera classique (puisque les adaptations sont acceptées) et Les classiques c’est fantastique (ça convient pour les deux thèmes de février, premièrement je me suis emballée pour ces mystères et ces rebondissements, deuxièmement il y a des histoires d’amour en particulier Germain et Rigolette, Nicolas Martial et La Louve, et bien sûr Rodolphe et Clémence, il y en a d’autres mais qui se terminent moins bien).

La bande annonce