La valise de Sergueï Dovlatov

La valise de Sergueï Dovlatov.

La Baconnière, avril 2021, 176 pages, 14 €, ISBN 978-2-88960-045-8. Chemodan Чемодан (1986) est traduit du russe par Jacques Michaut-Paternò et la traduction a été révisée par Annick Morard.

Genres : littérature russe (soviétique), nouvelles, humour.

Sergueï Donatovitch Dovlatov (Сергей Донатович Довлатов) naît le 3 septembre 1941 à Oufa en Bachkirie (Union soviétique) d’une mère arménienne et d’un père russe aux origines juives. Déplacée pendant la guerre en Bachkirie, la famille retourne à Léningrad (Saint-Pétersbourg) après 1945. Dovlatov étudie le finnois à l’université, fait son service militaire (une nouvelle du recueil La valise en parle) puis devient journaliste. Il est aussi romancier et nouvelliste. Il quitte l’Union soviétique en 1979 et passe par l’Italie avant de rejoindre son épouse et leur fille à New York (une nouvelle du recueil La valise en parle) où il meurt le 24 août 1990. Parmi ses titres, Le livre invisible. Le journal invisible (1977), Le compromis (1981), La Zone. Souvenirs d’un gardien de camp (1982), Le domaine Pouchkine (1983), Le colonel dit que je t’aime (1983), L’étrangère (1986), La filiale (1990).

Alors que je lisais pas mal de littérature russe dans les années 80 et 90, je ne connais pas cet auteur mais je me rends compte qu’il est traduit en français depuis quelques années seulement (années 2000 aux éditions du Rocher et années 2010 à La Baconnière).

Le narrateur a 36 ans et il quitte la Russie, enfin l’Union soviétique. « Chaque partant a droit à trois valises. » (p. 7). Seulement ? Mais finalement une seule valise lui suffit. Après avoir vendu, donné, jeté, sa vie tient dans une valise ! Heureusement ses manuscrits étaient « depuis longtemps envoyés clandestinement à l’Ouest » (p. 8). La valise ficelée voyage donc à Rome en Italie où elle est glissée sous le lit pendant trois mois puis à New York aux États-Unis où elle finit, toujours non ouverte, au fond d’un placard. C’est quatre ans plus tard que le narrateur l’ouvre. « J’examinais la valise vide. Karl Marx au fond. Brodsky sur le couvercle. Et entre les deux, une vie foutue, inestimable, unique… » (p. 9). Remarquez que, même s’il considère sa vie comme foutue, elle lui est toutefois inestimable et unique. « C’est alors que les souvenirs, comme on dit, refirent surface. » (p. 10), ces souvenirs étant liés aux huit objets sortis de la valise.

Les chaussettes finlandaises en crêpe – Lorsqu’il était étudiant à Leningrad, Assia (une étudiante étrangère) est tombée amoureuse de lui et lui a présenté des amis. Parmi eux, Fred Kolesnikov qui fait des trafics. Et voici notre narrateur embarqué embarqué dans une histoire avec deux Finlandaises et leurs chaussettes à « soixante kopecks la paire » (p. 20).

Les chaussures du maire – Voici ce que répondait l’historien Karamzine lorsqu’on lui demandait « En deux mots, que se passe-t-il en Russie : On vole. » (p. 27). Eh bien, les « solides chaussures soviétiques destinées à l’exportation » (p. 28), le narrateur les a volées au maire. Il explique dans quelles circonstances et, au passage, vous apprendrez tout sur la confection d’une sculpture monumentale en marbre. Vous en préféreriez une de Lénine ou de Lomonossov ?

Un costume croisé tout à fait convenable – Lorsqu’il était journaliste, le narrateur devait assister à des obsèques et rédiger des articles « de portée sociale » (p. 44) mais, comme il est toujours mal habillé, son directeur lui reproche de compromettre l’intégrité du journal. « La rédaction n’a qu’à m’acheter une veste. Mieux encore, un costume. Pour ce qui est de la cravate, c’est d’accord, je l’achèterai moi-même. » (p. 44). Il fallait oser, n’est-ce pas ? Et il obtient son « complet croisé, sobre, de marque est-allemande » (p. 54).

Le ceinturon d’officier – « Durant l’été 1963, dans le sud de la République des Komis » (p. 61), le narrateur fait son service militaire en tant que surveillant de camp. Il doit accompagner (à pieds) un zek (un prisonnier) du baraquement 14 « qui est devenu fou » (p. 62) à l’asile de Iosser. Mais, avec Tchouriline, son collègue, ils s’arrêtent pour boire et il y a… un incident. « On entendit un bruit sourd, un craquement de bois mort… le pistolet tomba à terre. » (p. 68). En tout cas, le narrateur est blessé à la tête, au bras et il récupère ce ceinturon orné d’une boucle en laiton.

La veste de Fernand Léger – Nikolaï et Nina Tcherkassov, connus dans le monde du théâtre sont amis avec les parents du narrateur (les parents de l’auteur travaillent tous deux au théâtre en tant que metteur en scène et actrice). Leur fils Andreï naît en mars 1941 et le narrateur en septembre 1941. C’est l’histoire « d’un prince et d’un miséreux » (p. 79). Andreï (Andriouchka) et le narrateur grandissent ensemble et deviennent amis. « Nous courions dans le jardin, mangions des groseilles, jouions au ping-pong, attrapions des scarabées. […] nous allions à la plage […] jouions avec la pâte à modeler sous la véranda. » (p. 82). Lorsqu’il est adulte, Nina Tcherkassov lui offre une vieille veste ayant appartenu au peintre Fernand Léger.

La chemise en popeline – L’auteur se souvient de la rencontre avec Elena Borissovna, une « des agitateurs politiques qui passaient de maison en maison, histoire de persuader les gens d’aller voter le plus tôt possible » (p. 96) mais lui ne se presse pas et même parfois ne va pas voter. Finalement, ce jour-là, aucun des deux jeunes gens n’a voté ! « Nous avons derrière nous vingt ans de mariage. Vingt ans d’isolement réciproque et d’indifférence à l’égard de la vie. » (p. 102) et une fille, Katia. Ici, j’ai remarqué une faute : « nous attaquâme » (p. 99).

La chapka – Un jour que le narrateur arrive à la rédaction du journal qui l’emploie, ses collègues lui apprennent que Raïssa, leur dactylo, s’est empoisonnée. « Non mais Raïssa, quoi ! Une fille jeune, en pleine santé ! » (p. 113). Ensuite son cousin l’emmène à l’hôtel Sovietskaïa pour rejoindre Sofa, Rita et Galina Pavlovna qui réalisent un film documentaire mais après une chute – « le sol était-il glissant ? Ou mon centre de gravité trop haut ? » (p. 117) – le narrateur se retrouve aux urgences de la rue Gogol et il repart avec la chapka qui était à son cousin Boria, enfin pas tout à fait !

Les gants d’automobiliste – Alors que le narrateur représente le journal Le Constructeur de turbines, il est abordé par Ioura Schlippenbach qui décide que sa carrure et son 1m94 conviennent pour le rôle principal de son film amateur de dix minutes. Voici le journaliste embarqué dans un rôle d’acteur, déguisé et maquillé ! « Qu’est-ce que je dois dire ? – Ce qui te vient à l’esprit. Les mots n’ont pas d’importance. L’important c’est la mimique, les gestes… » (p. 139). Il lui restera ces gants d’automobiliste.

Dans ces huit nouvelles, le narrateur est bien sûr un alter ego de l’auteur mais il y mélange réalité et fiction. J’ai aimé les souvenirs de l’auteur, sa façon de les raconter (avec des éléments fictifs tout à fait plausibles), ses digressions et surtout son humour (les auteurs russes (soviétiques) n’étant pas particulièrement réputés pour leur humour ! À part quelques-uns comme Dovlatov ou Bokov). Il y a 8 pages d’illustrations en noir et blanc, ma préférée est celle page 78 (Le ceinturon d’officier).

Les romans et les nouvelles de Sergueï Dovlatov n’ont pas été publiés en Union soviétique (que ses articles journalistiques). C’est seulement en 1989 (moins d’un an avant sa mort) que le magazine littéraire, Zvezda, publie un de ses textes grâce à un de ses amis, Andreï Arev (1940-…) qui est présent dans le recueil La valise. Zvezda (Звезда́ signifie étoile) est un magazine littéraire fondé en janvier 1924 à Saint-Pétersbourg et qui existe toujours, d’ailleurs si vous lisez le russe voici le lien vers le site officiel.

Dovlatov (Довлатов), un film biographique réalisé par Alexeï Alexeïevitch Guerman (1976-…) est récompensé à Berlin (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique pour les costumes et les décors, à la Berlinale de février 2018) et à Moscou (Aigle d’or de la meilleure actrice dans un second rôle pour Svetlana Khodtchenkova, 17e cérémonie des Aigles d’or en janvier 2019) et il est présenté à Paris (16e Semaine du nouveau cinéma russe en novembre 2018). J’aimerais le voir un jour.

Une exceptionnelle lecture que je mets dans Challenge de l’été #2 (Russie), Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour Valise), Les textes courts (le livre compte 176 pages mais chaque nouvelle contient dans les 20 pages en moyenne) et Voisins Voisines 2021 (Russie).

Je mets aussi La valise dans le Mois américain. Pourquoi ? Parce que Sergueï Dovlatov a émigré à New York et c’est en y ouvrant sa valise que les souvenirs de ces huit nouvelles lui sont revenus, nouvelles écrites donc à New York, qui n’auraient pas été publiées en Union soviétique mais qui ont été publiées sans problème aux États-Unis, parce que les exilés d’Europe de l’Est (Russes ou autres), c’est ça aussi l’Amérique.

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng.

Decrescenzo, juin 2021, 200 pages, 18 €, ISBN 978-2-367-27103-3. Mongsil eonni 몽실 언니 (1984, 1990, 2007, 2012) est traduit du coréen par PARK Mihwi et Jean-Claude de Crescenzo. Illustrations en couleurs de LEE Chul-soo.

Genres : littérature sud-coréenne, roman jeunesse, Histoire.

KWON Jung-saeng 권정생 naît le 10 septembre 1937 à Tôkyô, donc au Japon mais dans une famille coréenne qui retourne en Corée en 1946. Sa famille est très pauvre et l’adolescent doit travailler au lieu d’aller à l’école. Mais en 1967, il travaille comme gardien dans une église à Andong et publie son premier livre jeunesse en 1969, La crotte du chien (Gang-ajittong), ou Popo du chiot (Paquet, 2006). En 1971 et en 1973, il remporte des concours littéraires pour respectivement L’ombre de l’agneau, Ttallangi (Agiyang-ui geurimja, Ttallang-i) et Maman et la veste de coton (Mumyeong jeogori-wa eomma), carrière lancée avec succès. Il meurt le 17 mai 2007.

LEE Chul-soo naît en 1984, il est illustrateur. Vous pouvez voir ses œuvres sur la collection de Davidson Galleries.

Petit rappel historique. Le Japon occupa la Corée de 1910 à 1945 mais, « La Deuxième guerre mondiale terminée, le Japon défait, la Corée fut libérée du gouvernement colonial japonais. La Libération mit le pays entier en effervescence et la Corée vécut une période d’excitation, comme si elle espérait se débarrasser à coup sûr, une bonne fois pour toutes, de la tristesse accumulée en trente-cinq ans d’occupation. […] les Coréens survivants revinrent dans leur patrie. En dépit de leur espoir, ils ne découvrirent que misère et indifférence à leur sort. Rentrés les mains vides dans un pays dévasté […] en réalité, on les nommait ‘les mendiants du Japon’ […]. » (p. 11).

La famille de Mongsil, installée dans le village de Salgang, fait partie des « compatriotes rentrés au pays » (p. 11). Le père, Jeong, gagne difficilement sa vie, la mère, Milyang, mendie. Mais le petit frère, Jong-ho, meurt et, au printemps 1947, Milyang décide de fuir avec Mongsil (qui a 6 ans) dans un village de montagne, Daet-gol, et de vivre avec un autre homme. « Embarrassée, Mongsil sentit une vague d’émotions la submerger […]. » (p. 15). Mongsil a donc un beau-père, Kim, une grand-mère et vit dans une jolie maison avec de quoi manger chaque jour mais elle est triste pour son père parti loin chercher du travail…

Jeong Mongsil devient dont Kim Mongsil. Mais, en mai de l’année suivante, Milyang accouche d’un garçon prénommé Yeong-deuk qui devient le favori et Mongsil est alors négligée voire traitée comme la servante. « Mongsil éprouvait le plus souvent une peur chronique et une fatigue permanente. » (p. 22-23). D’ailleurs, après une chute (son beau-père l’a poussée), Mongsil a un problème au genou gauche et reste boiteuse… « Pourtant, elle était heureuse de pouvoir marcher de nouveau. Elle reprit les tâches ménagères. Malgré son handicap, elle passait ses journées à faire la vaisselle, à laver le linge et à s’occuper de toutes sortes de menues tâches. » (p. 29).

Et encore une année après, elle repart avec une tante qui est venue la chercher mais elle doit laisser Yeong-deuk, son petit frère qui a un an, et Soon-deok, sa meilleure amie. La tante amène Mongsil à Norusil où le père, Jeong, vit et travaille comme valet de ferme. Mongsil se fait une nouvelle amie, Nam-joo, et peut apprendre à lire et à écrire. Son père se remarie avec Bukchon mais Mongsil n’arrive pas à l’aimer. « Sa mère et Yeong-deuk lui manquaient toujours plus cruellement. » (p. 43). De plus des Coréens, des partisans communistes, descendent de la montagne et volent les habitants des villages de Norusil, Cachibawi-gol et Samgori.

Le soir, pendant que les hommes surveillent, Mongsil et Bukchon qui se sont rapprochées, vont apprendre à l’école. « Notre pays est divisé en deux. Nous devons nous poser des questions sur la stupidité de cette situation : est-ce que le Sud et le Nord se disputent avec leurs propres idées et leurs propres arguments ? Ou bien les deux parties du pays ne sont-elles pas manipulées par les idées des autres pays ? Quand on est ignorant de la réalité, on se laisse facilement duper. Si on ne veut pas le regretter par la suite, il faut d’abord enrichir ses connaissances. » (l’instituteur Choe, p. 54).

Cependant Jeong est mobilisé (la guerre entre le Sud et le Nord a commencé le 25 juin 1950, elle durera trois ans). Bukchon, fragile, accouche d’une petite fille, Nan-nam, et rend l’âme. « Cette nuit-là, les chars de combat de l’Armée populaire communiste apparurent sur la grande route récemment construite. » (p. 70). Mongsil a 9 ans et doit s’occuper de sa petite sœur mais « Mongsil faisait preuve de courage dans l’adversité et l’affrontait avec ténacité. » (p. 105).

Plusieurs fois édité en Corée du Sud, ce roman destiné à la jeunesse est toutefois éprouvant tant les épreuves traversées par Mongsil (et d’autres enfants) sont difficiles. La famille maltraitante, la pauvreté, les enfants qui travaillent, la guerre, le deuil, plusieurs thèmes sont abordés à tel point que ça peut paraître trop mais je pense que tout ça s’est passé tel quel dans de nombreuses familles…

Pour le Challenge coréen #2 bien sûr, Jeunesse young adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Mongsil). En ce qui concerne Lire en thème : le thème de septembre est ‘une histoire qui se passe dans le milieu scolaire’ (lorsque Mongsil peut enfin aller à l’école, elle apprend à lire, à écrire et elle est même bonne élève), 1er thème secondaire = un enfant/ado sur la couverture (Mongsil), 2e thème secondaire = une histoire vraie/un témoignage (l’auteur s’est inspiré de ce qu’il a vécu enfant – ainsi que ce qu’on vécu de nombreux enfants – lorsque la famille quittait le Japon pour revenir en Corée avec en plus la guerre de Corée).

Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le Petit Prince de Joann Sfar d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince de Joann Sfar d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry.

Gallimard, collection Fétiche, septembre 2008, 112 pages, 21 €, ISBN 978-2-07060-339-8, couleurs de Brigitte Findakly. C’est cette édition que j’ai lue mais il existe une nouvelle version en noir et blanc, Gallimard, collection Fétiche, novembre 2011, 112 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-07064-288-5.

Genres : bande dessinée française, adaptation d’une œuvre littéraire.

Antoine de Saint-Exupéry naît le 29 juin 1900 à Lyon dans une famille de la noblesse. Il étudie les beaux-arts et l’architecture. Il est pilote d’avion (en 1922) et écrivain avec Courrier sud (1929) et Vol de nuit (1931), deux romans bien sûr inspirés de son expérience d’aviateur de l’Aéropostale. Il voyage beaucoup et devient journaliste. Mais, en 1939, c’est la guerre et il sert dans l’Armée de l’air mais malheureusement son avion se crashe en mer le 31 juillet 1944 (avion formellement identifié au large de Marseille en septembre 2003). Cependant, Le Petit Prince, écrit à New York en 1943, paraît aux États-Unis la même année, puis en France en 1946.

Joann Sfar naît le 28 août 1971 à Nice. Il étudie la philosophie (Université Nice Sophia Antipolis) puis les beaux-arts (École nationale supérieure des beaux-arts de Paris). Il est auteur (bandes dessinées, romans), illustrateur et réalisateur. Je suis fan de sa série Le chat du rabbin (10 tomes entre 2002 et 2020) et j’ai également lu les Donjon réalisés avec Lewis Trondheim mais il faudrait que je lise d’autres titres comme Petit Vampire ou Sardine de l’espace. Plus d’infos sur sa page FB.

Brigitte Findakly naît en 1959 à Mossoul en Irak d’un père irakien et d’une mère française. Elle est coloriste (et scénariste) de bandes dessinées, en particulier pour Lewis Trondheim, son mari (Lapinot), pour Joann Sfar (Le chat du rabbin) et pour Manu Larcenet (Le retour à la terre), que des bandes dessinées excellentes ! Elle travaille aussi pour des journaux jeunesse comme Journal de Mickey, Pif et Spirou.

Après L’étranger de Jacques Ferrandez d’après l’œuvre d’Albert Camus présenté hier pour Les classiques c’est fantastique #2 (le thème d’août est de l’écrit à l’écran en passant par les cases), je propose Le Petit Prince de Joann Sfar chez le même éditeur et dans la même collection. Je vous avoue que je ne suis pas fan du Petit Prince de Saint-Exupéry (je le trouve mièvre et répétitif) mais peut-être que ça passera mieux en bande dessinée ?

Alors qu’il doit réparer son avion, Saint-Exupéry rêve du Petit Prince. Il vient d’une autre planète et il voudrait un mouton mais pas trop gros parce que sa planète est toute petite. Il a besoin du mouton pour manger les pousses de baobab avant que ces arbres ne deviennent trop gros et détruisent sa planète. Mais, et si le mouton mangeait sa fleur ? Une fleur unique… mais orgueilleuse et colérique, c’est pourquoi le Petit Prince décide de partir et de visiter les autres planètes.

Il rencontre un roi qui règne (sur qui, sur quoi ?), un vaniteux qui se congratule, un ivrogne qui boit pour oublier la honte qu’il a de boire, un businessman qui compte les étoiles pour les posséder, un allumeur de réverbère qui applique la consigne d’éteindre puis d’allumer, un géographe qui écrit des gros livres, mais chacun est seul sur sa planète. « Décidément, elles sont bien bizarres, les grandes personnes. » (p. 55). Et le Petit Prince, il n’est pas bizarre ?

Cependant le géographe lui conseille de visiter « la planète Terre. Elle a une bonne réputation. » (p. 71). Mais le Petit Prince ne rencontre personne à part un serpent et une fleur car il est dans un désert d’Afrique. Puis il rencontre un renard – un ami ? – et celui-ci, bien que pas apprivoisé, engage la conversation. « Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. » (p. 81) et il lui délivre son secret (phrases très célèbres) : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » (p. 85) mais que voit le cœur ? Rien en fait ! Ce sont les yeux qui voient et qui envoient des signaux au cerveau… Je veux bien rêver et imaginer mais… je me méfie des réactions dues uniquement à l’émotion.

Bon, Saint-Exupéry réussit au bout de plusieurs jours à réparer son avion mais ce Petit Prince, est-ce un rêve ? « Je ne te quitterai pas. » (p. 101).

J’ai bien aimé les dessins de Sfar (les couleurs aussi) et l’humour décalé (« Il me les broute avec son mouton, celui-là », p. 9) mais je ne suis toujours pas convaincue par cette histoire de Petit Prince… La bande dessinée de Sfar est pourtant jolie et poétique… Elle a reçu le Prix Lire de la meilleure BD de l’année 2008 et le Prix Essentiel Jeunesse à Angoulême en 2009. Désolée pour les fans irréductibles mais il faut croire que la magie n’opère pas sur moi ! Mais je comprends que Joann Sfar, en tant qu’artiste et que philosophe, ait voulu adapter cette œuvre littéraire.

En plus de Les classiques c’est fantastique #2, je mets cette BD dans 2021, cette année sera classique, BD, Challenge de l’été #2 (Sahara, Maroc), Des histoires et des bulles (catégorie 20, une BD récompensée) et À la découverte de l’Afrique (Sahara, Maroc).

L’étranger de Jacques Ferrandez d’après l’œuvre d’Albert Camus

L’étranger de Jacques Ferrandez d’après l’œuvre d’Albert Camus.

Gallimard, collection Fétiche, avril 2013, 136 pages, 19 €, ISBN 978-2-07064-518-3.

Genres : bande dessinée française, adaptation d’une œuvre littéraire.

Albert Camus naît le 7 novembre 1913 en Algérie, dans une famille pauvre en partie bordelaise en partie ardéchoise. Il perd son père en octobre 1914 (dans la bataille de la Marne) et sa mère, en partie sourde, ne sait ni lire ni écrire. Heureusement, il y a des rencontres : Gustave Acault, un oncle anarchiste et voltairien, Louis Germain, un instituteur avisé et dévoué (le discours du prix Nobel lui fut dédié), Jean Grenier, écrivain et philosophe, Edmond Charlot, éditeur, André Malraux, écrivain et homme politique, etc. Deux jours après l’explosion de la bombe à Hiroshima (août 1945), il est le seul intellectuel occidental à dénoncer l’usage de la bombe atomique (éditorial publié dans Combat). Mort le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture, Albert Camus laisse une œuvre conséquente, avec ses théories sur l’absurde (le bonheur n’est-il pas tout simplement de vivre sa vie malgré son absurdité ?), sur la révolte intelligente et ses limites (la fin ne justifie pas les moyens), avec des essais (le premier date de 1936), des pièces dont Les Justes (1949), des romans dont les célèbres L’étranger (1942), La peste (1947), La chute (1956), quelques nouvelles, ses correspondances, plusieurs préfaces et des articles. Il existe une Société des études camusiennes qui édite la revue Présence d’Albert Camus.

Jacques Ferrandez naît le 12 décembre 1955 à Alger dans une famille d’origine espagnole qui quitte l’Algérie 3 mois après (sa naissance) pour s’installer à Nice (France). Il étudie les Arts décoratifs, il est auteur, dessinateur et débute sa carrière en 1978 (magazines, adaptations d’œuvres littéraires, bandes dessinées). Il aime l’Histoire, les romans noirs et le jazz (il est contrebassiste). Parmi ses titres, Les enquêtes du commissaire Raffini (4 tomes entre 1980 et 1988), Carnets d’Orient (10 tomes entre 1987 et 2009), entre autres.

Alger. Meursault est employé de bureau. Lorsqu’un télégramme lui apprend que sa mère est décédée, il se rend à « l’asile de vieillards de Marengo, à 80 km d’Alger » (p. 6). Il fait très chaud mais, après avoir veillé sa mère, il accepte une tasse de café au lait proposée par le concierge, un Parisien. De retour à Alger, il revoit Marie Cardona et ils vont au cinéma voir Le Schpountz avec Fernandel avec la fameuse réplique sur plusieurs tons « Tout condamné à mort aura la tête tranchée » (p. 28-29). Puis son voisin, Raymond Sintès, qui veut se venger de sa petite amie qui abuse de sa gentillesse (hum, hum…), lui demande d’écrire une lettre pour lui et de menus services… Le patron de Meursault a « l’intention d’installer un bureau à Paris pour traiter sur place directement avec les grandes compagnies » (p. 53) et propose le poste au jeune homme mais ça lui est égal, il ne veut pas changer de vie.

Alors qu’il est à la plage avec Marie et des amis, deux Arabes dont parmi eux le frère de la jeune femme que Raymond Sintès moleste, les attaquent. « Attention, il a un couteau ! » (p. 65). Plus tard, Meursault tire avec le pistolet que Sintès lui a confié. Il est jeté en prison. « Qu’est-ce que tu as fait ? – J’ai tué un Arabe. » (p. 76).

Le juge est horrifié par son manque d’empathie et son refus de demander pardon à Dieu. « Aujourd’hui, le gardien m’a dit que j’étais là depuis cinq mois… Je l’ai cru, mais je n’ai pas compris. » (p. 93). Malgré les témoins de la défense, le procès est à charge contre Meursault… C’est son caractère, son comportement qui est jugé, le fait qu’il parle peu, qu’il ait mis sa mère dans un asile (car il n’avait pas les moyens de s’occuper d’elle et de la faire soigner), qu’il ne croit pas en Dieu, qu’il ait des relations avec une jeune femme avant le mariage, etc. plus que le fait d’avoir tué un homme. Il est finalement condamné à mort. « J’écoute mon cœur. Je ne peux imaginer que ce bruit qui m’accompagne depuis si longtemps puisse cesser. » (p. 122).

Jacques Ferrandez s’empare de cette histoire poignante d’Albert Camus et en fait une superbe (et respectueuse) bande dessinée, aux couleurs chaudes et lumineuses, avec des personnages et des décors parfaitement imaginés. Meursault est jugé et condamné pour son côté insensible mais un homme est mort… Albert Camus voulait (dé)montrer l’absurdité de ces deux événements. Je rajouterai d’anciennes chroniques de lectures d’Albert Camus plus tard. En attendant, je vous invite à (re)lire cet auteur sincère et intègre.

Une lecture pour Les classiques c’est fantastique #2 (le thème d’août est de l’écrit à l’écran en passant par les cases) que je mets aussi dans 2021, cette année sera classique, BD, Challenge de l’été #2 (Algérie), Des histoires et des bulles (catégorie 3, un roman graphique) et À la découverte de l’Afrique (Algérie).

Les autres classiques chez Moka.

Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam

Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam.

Seuil, collection Cadre vert, février 2015, 288 pages, 21 €, ISBN 978-2-02-108372-9. Season of the Rainbirds (1993) est traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli.

Genres : roman anglo-pakistanais, premier roman.

Nadeem Aslam naît le 11 juin 1966 à Gujranwala (Pakistan). Il est adolescent lorsque sa première nouvelle (écrite en ourdou) est publiée dans un journal pakistanais. Mais, avec le coup d’État militaire, sa famille s’exile dans le Yorkshire en Angleterre en 1980. Il étudie la biochimie à l’université de Manchester mais abandonne pour l’écriture. Son premier roman, Season of the Rainbirds, paraît en 1993 et reçoit deux prix littéraires. Ses autres romans sont La cité des amants perdus (2006), La vaine attente (2009), Le jardin de l’aveugle (2013), Le sang et le pardon (2018).

C’est la panique au village : un coup de feu a été entendu et le juge Anwar est mort. Azhar, commissaire divisionnaire, voisin et ami du juge, va mener l’enquête mais… Petit problème, les hommes qui sont venus le matin prévenir Azhar ont vu une femme chez lui, Elizabeth Massih, une chrétienne (scandale pour la communauté !). Évidemment les deux imams (il y a deux mosquées concurrentes) s’en mêlent. En attendant, est-ce un cambriolage qui a mal tourné ou autre chose ? « Il était juge, et corrompu jusqu’à la moelle. Et, en plus, dans la politique jusqu’au cou. Ça pourrait être n’importe qui. » (p. 58).

Deux événements importants : des sacs de courriers perdus dans un accident de train il y a dix-neuf ans réapparaissent et un journaliste de la capitale vient faire un article sur la mort du juge avec un photographe (or les dessins et photographies sont interdits).

Maulana Hafeez, un des deux imams, est intrusif, il entre chez Mansoor et son épouse parce qu’ils ont une télévision alors que cinéma et télévisions sont interdits… « J’espère sincèrement que tu réfléchiras à mes paroles, dit-il à Mansoor qui le raccompagnait à la porte. Mon rôle consiste simplement à prévenir les gens des dangers qu’il y a à s’écarter du droit chemin. » (p. 75).

Par rapport au titre, il y a plusieurs oiseaux dans ce roman. Les pigeons sur le toit sont impurs, le perroquet dans sa cage est impur (dixit Maulana Hafeez) et l’aigle martial de la patrouille s’est échappé après avoir brisé sa chaîne mais c’est en fait le papiha ou koyal (oiseau migrateur de la famille du coucou) qui crie pour annoncer la mousson.

Au village, tout le monde est impacté par le meurtre du juge, principalement Gul-Kalam le veilleur de nuit (chrétien) qui est accusé, mais aussi Nabi le coiffeur, Zafri le boucher, les femmes aussi, évidemment. En plus, un missile a été tiré, « ce serait le fils du Premier ministre qui a été pendu » (p. 252), l’état d’urgence a donc été proclamé à Lahore ; au village tout est trempé par la pluie parce que c’est la mousson et le bureau de poste du village est fermé puisque le receveur de la poste (qui a distribué les lettres perdues il y a dix-neuf ans) s’est enfui après la distribution pressentant le danger…

Le glossaire en fin de volume me dérange car ce n’est pas évident d’aller à chaque fois consulter la définition d’un mot totalement inconnu à la fin, je préfère les notes en bas de page…

Ce que je retiendrai : « Après la Partition, les hindous avaient émigré en Inde, et les musulmans, qui avaient fait le trajet inverse pour les remplacer et s’installer dans leur nouvelle patrie, avaient détruit nombre des sanctuaires de leurs prédécesseurs. » (p. 27). Combien de trésors historiques et architecturaux dynamités ?…

Mon passage préféré : « – Pourquoi est-ce que vous autres journalistes êtes toujours en quête d’insolite ? demanda Azhar en levant les épaules. Pourquoi ne pas écrire sur les choses de tous les jours ? – Le quotidien, c’est l’affaire du romancier, dit Saif Aziz en faisant tournoyer son parapluie au-dessus de leur tête. Le journaliste, lui, a pour tâche de traiter de l’extraordinaire. » (p. 177).

Ce roman n’est pas à proprement parlé un roman policier mais il y a une enquête pour découvrir qui a tué le juge Anwar, enquête qui n’avance pas et le vieux chrétien est le coupable idéal… L’auteur en profite plutôt pour aligner une sacrée galerie de personnages, tous écrasés par la religion et les interdits. Sacrée ambiance ! Ce roman se déroule dans les années 80 mais est-ce que les choses ont changé depuis ?

Je suis très contente d’avoir lu ce premier roman de Nadeem Aslam (paru plusieurs années après son écriture et sa parution en Angleterre) dans le cadre de la lecture commune du challenge Les étapes indiennes pour la fête nationale du Pakistan le 14 août. Il paraît que ses romans suivants sont encore meilleurs alors j’en lirai d’autres à l’occasion.

Ce roman entre aussi dans le Challenge de l’été #2 puisqu’il emmène ses lecteurs au Pakistan et dans Polar et thriller 2021-2022.

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Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves.

Les impressions nouvelles, Hors collection, septembre 2005, 104 pages, 28 €, ISBN 978-2-87449-000-8.

Genres : bande dessinée, dessins de presse, classique.

Ouvrage collectif avec David B, Igort, Jean-Philippe Bramanti, Dylan Horrocks, Craig Thompson, Katsuhiro Otomo, Peter Maresca, Gilles Ciment, Marc-Antoine Mathieu, Miguelanxo Prado, Lorenzo Mattotti, Mœbius, Art Spiegelman, Serge Tisseron, Jacques Samson, François Schuiten, Thierry Smolderen, Pierre Sterckx, Frédéric Boilet, Thierry Groensteen, Benoît Peeters, Pierre Fresnault-Deruelle, Jean-Marie Apostolidès.

Winsor McCay naît le 26 septembre soit en 1867 (au Canada, selon les archives de recensement), soit en 1869 (ce qui est inscrit sur sa tombe) soit en 1871 à Spring Lake dans le Michigan (aux États-Unis, ce qu’il déclarait). Il étudie en tout cas l’Art à Chicago (Illinois) et à l’Université d’Eastern Michigan. Il est doué pour le dessin et particulièrement pour les perspectives architecturales. Il meurt le 26 juillet 1934 à Brooklyn (New York, États-Unis). Ses œuvres les plus connues sont Le petit Sammy éternue (1904-1906), Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester (1904-1913), Little Nemo in Slumberland (1905-1914) et des films d’animation comme Little Nemo (1911) et Gertie le dinosaure (1909).

Little Nemo naît en couleurs le 15 octobre 1905 « dans le supplément du dimanche d’un des plus fameux quotidiens américains, le New York Herald. » (p. 5, préface de Benoît Peeters). Winsor McCay est un précurseur non seulement de la bande dessinée mais aussi de l’animation.

Nemo et son petit cheval de la nuit, Semnus, explorent le monde des rêves, « le paysage intérieur des rêves » dit Art Spiegelman (p. 6) qui considère que McCay a créé un chef-d’œuvre méconnu. Le dernier Little Nemo paraît en 1927 puis il est oublié jusque dans les années 70…

Cette bande dessinée d’hommage pour le centenaire (1905-2005) mélange des dessins de presse de McCay (en VO) en noir et blanc ou en couleurs, des planches hommages de dessinateurs illustres (voir leurs noms ci-dessus), il y a une biographie et des infos très intéressantes par Thierry Smolderen (p. 9-17) et des photos d’archives.

« Je rêvais encore ! J’aimerais dormir. Sans presque jamais me réveiller. » (planche de Jean-Philippe Bramanti, p. 8).

Parmi mes hommages préférés, celui de David B. « Je dois noter tous ces rêves avant de les oublier. » (p. 19), le strip géant de François Schuiten, le dessin pleine page de Moebius et celui de Miguelanxo Prado.

Il y a même des poèmes (de Jan Baetens, p. 43). Et Igort a réalisé une grande fresque dépliante, un strip géant de 4 pages.

Chacun, dans son style, dans son univers, a rendu hommage à McCay et à Little Nemo que je ne connaissais que de noms.

En fin de volume, « Autres Nemos, autres rêves » par Peter Maresca avec Billy Make Believe de H.E. Homan, Danny Dreamer de Clare Briggs, Drowsy Dick’s Dime Novel Dream de Charles Reese, Bad Dream Bill ou Happy Hooligan que je ne connais pas mais qui sont soit des pionniers soit des imitations (dont McCay ne s’offusque d’ailleurs pas).

« Il aurait fallu deux vies à Winsor McCay : celle qu’il vécut pour accomplir son immense œuvre de dessinateur de presse, une autre pour se consacrer pleinement à l’art dont il a bâti presque seul les fondations : le cinéma d’animation. » (Gilles Ciment, p. 82).

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves est une très belle bande dessinée à la fois hommage, historique, biographique et une anthologie est parue pour le centenaire : Little Nemo in Slumberland – So many splendid Sundays chez Sunday Press.

Pour le challenge Des histoires et des bulles, la catégorie 27 demande un recueil de dessins de presse et j’avais pensé à Mana Neyestani mais j’ai déjà rédigé un billet à l’été 2015 alors j’ai choisi Little Nemo.

Je mets également cette lecture enrichissante dans 2021 cette année sera classique, BD, La BD de la semaine (cependant en pause estivale).

Fantômes et samouraïs d’OKAMOTO Kidô

Fantômes et samouraïs – Hanshichi mène l’enquête à Edo d’OKAMOTO Kidô.

Philippe Picquier, avril 2004, 416 pages, 21 €, ISBN 978-2-87730-715-4. Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳 (1917-1937) est traduit du japonais par Karine Chesneau. Je l’ai lu en poche : Picquier poche, n° 298, collection L’Asie en noir, septembre 2007, 464 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-87730-964-6.

Genres : littérature japonaise, nouvelles policières.

OKAMOTO Kidô (岡本 綺堂) est le nom de plume d’Okamoto Keiji (岡本 敬二), né le 15 octobre 1872 à Tôkyô. Son père, samouraï, travaille avec la légation britannique. Ses parents et sa sœur aînée se passionnent pour le kabuki (théâtre japonais traditionnel) et Okamoto les suit lorsqu’il est plus âgé. Entre le kabuki, les histoires de fantômes britanniques, la découverte de la poésie chinoise mais aussi de Shakespeare et de Sherlock Holmes et le voici paré pour devenir dramaturge et romancier ! Mais il rédige aussi, dès 1890, des comptes-rendus de représentations théâtrales pour le Tôkyô Nichi Nichi Shimbun et le Mainichi Shimbun (deux journaux quotidiens japonais) et devient reporter pour le Chûô Shimbun. Ses deux pièces les plus connues sont Histoire du fabricant de masques (Shuzenji monogatari 修善寺物語) et Histoire d’un plat brisé à Banchô (Banchô Sarayashiki 番町皿屋敷) et ses nouvelles policières, regroupées sous le titre L’étrange affaire de l’inspecteur Hanshichi (Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳), sont publiées en feuilleton entre 1917 et 1937. Il meurt le 1er mars 1939 à Meguro (Tôkyô).

Le thème de mai pour Les classiques c’est fantastique #2 est voyage alors je vous emmène à Edo (ancien nom de Tôkyô) à deux périodes différentes, Edo et Meiji (explications plus bas), à savoir qu’à cette époque Edo était plutôt constituée de plusieurs villages qui sont devenus les quartiers de Tôkyô. J’espère que vous prendrez plaisir à cette visite d’Edo et de ses villages à travers ces nouvelles policières dont certaines ont plus d’un siècle. Kidô Okamoto est un des précurseurs de la littérature policière japonaise et il développe un genre spécifique, le torimonochô, littérature policière historique avec traditionnel japonais (fantômes…) et modernité (influence occidentale).

L’esprit d’Ofumi – Le narrateur entend parler de l’affaire d’Ofumi lorsqu’il a 12 ans mais ni son père ni son oncle ne veulent lui en parler parce qu’un samouraï donc « un guerrier se doit de ne pas croire aux êtres surnaturels » (p. 7). Ce n’est que deux ans plus tard qu’oncle K. (un autre oncle) lui en parle. « Ce genre de soirée convient parfaitement pour une histoire de fantômes. Tu n’es pas froussard, toi ? Je l’étais. Mais fasciné par tout ce qui fait peur, j’adorais écouter, oreilles grandes ouvertes et muscles tendus, toutes sortes de récits fantastique. » (p. 10). Toutes les nuits Omichi et sa fille de 3 ans, Oharu, voient une femme mouillée et blafarde en rêve, Ofumi, mais le mari, Obata, samouraï, refuse d’y croire. Le frère d’Omichi, Matsumura, décide d’enquêter. Oncle K., voisin des Obata, cadet oisif, 20 ans, propose son aide et c’est comme ça qu’il rencontre l’enquêteur Hanshichi. « Hanshichi était un personnage influent dans la corporation des enquêteurs. Mais pour quelqu’un exerçant ce genre de métier, il surprenait par son caractère d’un natif d’Edo, simple, ouvert et d’une rare intégrité ; jamais on n’avait entendu médire de lui ou laissé entendre qu’il se servait de son autorité d’agent du gouvernement pour se montrer dur envers les faibles. En un mot, il faisait preuve de compréhension envers tous. » (p. 26-27). « Beaucoup d’enquêtes allaient encore exciter mon imagination, car ces énigmes n’étaient qu’un jeu d’enfant pour Hanshichi qui les résolvait avec une grande facilité. Il était un peu le Sherlock Holmes de l’époque Edo. ». Cette histoire se déroule vers 1885, c’est-à-dire durant l’ère Meiji (1868-1912) qui fait entrer le Japon dans la modernité mais Hanshichi a commencé sa carrière à la fin de l’ère d’Edo (l’ère précédente, 1600-1868). Dix ans après (1895 donc, parce qu’il dit que la guerre sino-japonaise se termine), l’oncle K est mort et le narrateur, jeune journaliste, devient proche de Hanshichi à la retraite (il a plus de 70 ans). Les histoires qui suivent sont les enquêtes que Hanshichi raconte.

J’ai été un peu longue pour cette première enquête, histoire de présenter les personnages et la période mais je vais faire plus court pour les enquêtes suivantes.

La lanterne en pierre – Hanshichi raconte comment il est entré parmi les agents du gouvernement en devenant, à 19 ans (en 1842), le subordonné de l’enquêteur Kichigorô. Après avoir été prié au temple de Kannon, Okiku, 18 ans, a disparu et Seijirô, un des commis de la boutique, s’inquiète. « […] tous ne faisaient que soupirer, le visage décomposé et lugubre, incapables d’apporter à Hanshichi la moindre suggestion concernant la cachette de la jeune fille. » (p. 49). Et le lendemain, la mère d’Okiku est tuée… Cette énigme est la première enquête de Hanshichi qui est rapidement devenu chef enquêteur.

La mort de Kanpei – En décembre 1859, une « affaire a fait beaucoup de bruit à l’époque. Et elle m’a un peu cassé la tête. » (p. 78). C’est Okume, la sœur de Hanshichi, qui lui demande d’aider sa collègue, Moji Kiyo. Lors d’un spectacle de kabuki, Kakutarô, un jeune acteur qui jouait le rôle du samouraï Hayano Kanpei, faisant seppuku, est vraiment mort. Ce qui est amusant, c’est que Hanshichi fait semblant d’être ivre pour mener cette enquête.

À l’étage de la maison de bains – « Comme jusqu’à présent je ne t’ai conté que des réussites, aujourd’hui je vais te narrer l’une des erreurs que j’ai faites. Quand j’y repense, l’histoire était franchement ridicule. » (p. 112). Printemps 1863. Kumazô, un indic de Hanshichi tient une maison de bains et il trouve bizarre que, depuis près de deux mois, deux samouraïs viennent tous les jours après avoir déposé leurs sabres à l’étage (comme le veut le règlement). Seraient-ils de faux samouraïs ?

Le professeur-monstre – Juillet 1855. Mizuki Kameju, une professeur de danse, est morte. Elle était surnommée le professeur-monstre. « Mizuki Kameju était une femme sophistiquée dans le style des citadines, qui ne faisait pas son âge malgré ses quarante-huit ans. » (p. 148). Sa fille adoptive, Kameyo, qui devait prendre la relève avait la santé fragile et elle est morte d’épuisement à l’âge de 18 ans il y a un an. Les deux morts seraient-elles liées ?

Le mystère de la cloche d’incendie – « Il va sans dire que sonner la cloche d’incendie sans motif et perturber la ville du shôgunat et de sa cour était considéré comme un crime grave. » (p. 181). Mais, en plus de la cloche qui sonne toute seule, l’agression d’une femme, un kimono d’enfant qui marche seul, les gens prennent peur, « on en vint à penser que ce n’était probablement par l’œuvre d’un humain. » (p. 187).

La dame de compagnie – Août 1863. Ochô qui sert à la boutique de thé avec sa mère a disparu mais elle n’a pas d’amoureux. Okame, sa mère, et Hanshichi craignent un enlèvement. Dix jours après, Ochô est de retour mais elle est de nouveau enlevée. « Et cette fois, elle n’est pas rentrée ? Non, répondit Okame dont le visage s’assombrit. » (p. 226).

L’étang de la Ceinture-voleuse – Cet étang n’existe plus mais « C’est à une mystérieuse légende que l’étang de la Ceinture-voleuse doit son nom. » (p. 243). Mars 1859, « une ceinture de femme a été aperçue à la surface de l’eau, ce fut la panique générale. » (p. 244). Or la ceinture appartenait à Omiyo, 18 ans, qui est morte étranglée. En même temps, Senjirô, un jeune commerçant de 24 ans a disparu… Les deux affaires seraient-elles liées ?

La fonte des neiges au printemps – Janvier 1865. Alors qu’il neige, Hanshichi croise Tokuju, un masseur aveugle, mais celui-ci n’aime pas travailler au pavillon du Tatsuise car, bien que non-voyant, il trouve cette maison lugubre. « Comment dire, je ne peux pas vous expliquer, murmura Tokuju en se renfrognant. » (p. 280). Une terrible histoire d’amour…

Hiroshige et la loutre – Janvier 1858. Le corps d’une fillette inconnue de 3 ou 4 ans gît sur le toit de la maison d’une riche famille à Asakusa… « Quand une affaire de cette importance se produisait dans la demeure d’un grand samouraï, elle pouvait être réglée dans la plus grande discrétion sans être rendue publique. » (p. 309). La fillette n’a sûrement pas été enlevée par un tengu qui l’aurait laissée tomber ! Hanshichi raconte une deuxième histoire, septembre 1947, une histoire de loutre.

La demeure Belles-de-jour – Novembre 1956. Chaque année, les « fils des vassaux directs du shôgun » (p. 342) qui ont 12 ou 13 ans participent à un « examen de lecture à haute voix des classiques chinois à l’académie confucianiste Gakumonjo d’Ochanomizu » (p. 342) mais le jeune Sugino Daizaburô, 13 ans, fils unique, a disparu. Aurait-il été « enlevé par les esprits divins » (p. 350) ou par un renard ?

Chats en rébellion – Un jour, l’auteur arrive chez Hanshichi et il y a un chaton. Hanshichi se rappelle d’une histoire de chats en septembre 1862. Omaki, une veille femme de 70 ans a une « passion dévorante pour les chats » (p. 376), elle en avait une vingtaine, adultes et chatons, et, même si elles les nourrissaient très bien, ils volaient dans les cuisines des voisins… Les voisins sont très en colère et se débarrassent des chats.

La fille de la déesse Benten – Mars 1854. Alors qu’il adécidé de se rendre à la fête Sanja au sanctuaire shintô d’Asakusa, Rihei, un prêteur sur gages, vient consulter Hanshichi parce que Tokujirô, 16 ans, un des apprentis de son patron est subitement mort accusant Okono, une jeune femme du quartier, de l’avoir tué. Cette Okono, bientôt 30 ans, est toujours célibataire et surnommé « Benten Musume, la fille de la déesse du Bonheur » (p. 407). Dans cette histoire, on croise Osen, l’épouse de Hanshichi.

La nuit de la fête de la montagne – Mai 1862, Hanshichi se rend à Hakone (ah que j’ai aimé ce beau site !) avec un jeune collègue, Takichi, mais un double meurtre a lieu à l’auberge. « Takichi expliqua que les deux marchands de Sunpu qui logeaient ensemble au premier étage, à l’arrière de l’auberge, avaient été assassinés et qu’on leur avait dérobé leur argent. » (p. 443). Le serviteur d’un jeune samouraï serait impliqué.

Les enquêtes sont délivrées dans le désordre, au fur et à mesure des rencontres – prévues ou fortuites – entre Hanshichi et l’auteur, et des souvenirs de Hanshichi. Hanshichi est entré dans la police lorsqu’il avait 19 ans, en 1842 (c’était l’ère d’Edo). La plus ancienne enquête qu’il raconte dans ce recueil date de 1842 et la plus récente de 1865. Mais Hanshichi et l’auteur se sont rencontrés une première fois en 1885 puis en 1895 et ensuite régulièrement soit chez le vieil homme soit à l’extérieur (durant l’ère Meiji donc). Le lecteur a ainsi un large panorama de la fin de l’ère d’Edo (1600-1868) et du début de l’ère Meiji (1868-1912), entre 1842 et 1865. Idéal pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de mai étant voyage.

Chaque fois qu’on pense qu’il y a du surnaturel dans une histoire, Hanshichi prouve le contraire par la logique car il a une façon de pensée similaire à celle de Sherlock Holmes. En moins poussée mais on voit bien que l’auteur a été inspiré par le personnage anglais. En tout cas, le narrateur présente souvent les histoires comme du théâtre kabuki en particulier pour les décors et les détails.

Un bon point : les notes sont en bas de page (je préfère ça que être obligée d’aller à chaque fois en fin de volume).

Un deuxième tome, Fantômes et kimonos – Hanshichi mène l’enquête à Edo, est paru chez Philippe Picquier en mai 2006 et… je l’ai aussi en poche sur mes étagères, une future lecture donc !

En plus de Les classiques c’est fantastique #2 cité plus haut, je mets cette chouette lecture dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 2e billet), Hanami Book Challenge (menu 1 Au temps des traditions, sous-menu 1 Pour la gloire de l’empereur), Polar et thriller 2020-2021, Projet Ombre 2021 et Les textes courts (recueil de 14 nouvelles) et bien sûr Un mois au Japon (qui a continué en mai).

Ah ! La belle journée ! d’Elena Pavlovna Gertik

Ah ! La belle journée ! d’Elena Pavlovna Gertik.

Flammarion, Albums du Père Castor, 1934, 30 pages (numérique), réédition en 2012.

Genre : album illustré franco-russe.

Elena Pavlovna Gertik naît le 18 février 1897 à Saint-Pétersbourg en Russie. Fuyant la révolution bolchevique, elle arrive en France en 1923. Elle est dessinatrice et travaille régulièrement avec d’autres autrices et illustratrices comme Rose Celli (1895-1982), Lida (1899-1955), Marguerite Reynier (1881-1950) et Nathalie Parain (1897-1958). Elle meurt accidentellement le 2 avril 1937 à Paris.

Françoise et Jacques se préparent pour promener Boum, leur chien, avec maman. Le collier, la balle, tout est prêt. Ils croisent une marchande de ballons et se dirigent vers le bois où il y a un jardin zoologique. Des ours, des pélicans… Puis ils vont dans la prairie pour pique-niquer. Et passent ensuite l’après-midi au parc pour enfants où Jacques fait une promenade à dos d’âne pendant que Françoise et maman assistent à un spectacle de Guignol. Et, après un dernier tour de manège, il faut rentrer car papa doit les attendre. Ah, quelle belle journée !

Cet album illustré – dans les tons pastels – propose non seulement une histoire (toute simple mais agréable) mais aussi du coloriage, c’est-à-dire de terminer les images inachevées, ceci avec quatre crayons de couleurs (rose, bleu, jaune, marron) qui peuvent créer chacun « cinq tons différents (très clair, clair, moyen, foncé, très foncé) » ainsi que des mélanges (il y a des conseils en introduction, par exemple marron puis bleu donnent du gris).

Ce genre d’albums existent-ils encore de nos jours ? En tout cas, c’était idéal pour que les enfants deviennent à la fois lecteurs et artistes.

J’aimerais lire Album magique dessiné avec Nathalie Parain et qui développe le principe du Bolchtchebine kartinki ou images magiques (ce sont deux feuilles transparentes qui se superposent, en général une bleue et une rouge, et qui montrent une image différente), vous connaissez ?

Je mets cette lecture dans 2021, cette année sera classique, Challenge Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources, avec des histoires qui se déroulent en pleine campagne, dans la forêt), Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts.

La légende de Songoku (4 tomes) d’Osamu Tezuka

La légende de Songoku (4 tomes) d’Osamu Tezuka.

Delcourt, collection Akata seinen, 8,99 € chaque tome. Boku no Songoku (1952) est traduit du japonais par Tetsuya Yano et adapté par Patrick Honoré.

Genres : manga, seinen, Histoire, fantastique.

TEZUKA Osamu (手塚 治虫) naît le 3 novembre 1928 à Toyonaka (préfecture d’Ôsaka, Japon). Il étudie la médecine à l’université d’Ôsaka mais il découvre les dessins animés en particulier ceux de Walt Disney et devient mangaka, scénariste et réalisateur. Il connaît le succès avec La nouvelle île au trésor (1947). Suivront Le roi Léo (1950), Astro Boy (1952), Princesse Saphir ((1953), Phénix l’oiseau de feu (1956) et tant d’autres titres (dont la majorité sont adaptés en animation). Je ne peux pas tous les citer mais l’œuvre est colossale (de 1947 à 1988), touche à tous les genres et reçoit de nombreux prix y compris posthumes. Il meurt le 9 février 1989 à Tôkyô.

Tome 1, Delcourt, février 2007, 320 pages, ISBN 978-2-75600-730-4.

Tout commence avec la création du monde, selon le bouddhisme, c’est-à-dire quatre continents (un à chaque point cardinal), une montagne avec le rocher « du mont des fruits et des fleurs » qui se transforme en œuf et la naissance d’un singe doré. Il mène une vie triste et solitaire jusqu’à ce qu’il devienne (à l’insu de son plein gré) le Roi des singes. « Ah, bonne vie et bonne demeure ! Que je vive longtemps et que ce bonheur dure toujours… » (p. 22). Mais trompé par son valet jaloux qui voulait devenir roi et sous l’emprise d’un sortilège, il se retrouve dans le monde éthéré des mages au Mont des esprits où il devient, Songoku, un disciple studieux. Le plus assidu même, c’est pourquoi, au bout de sept ans, il reçoit les Arcanettes du chaton (on est loin des Arcanes du tigre !). « Tu n’es pas encore prêt pour les Grandes Arcanes. Mais tu pourras déjà maîtriser soixante-douze techniques du Ciel et de la Terre ainsi que du Yin et du Yang mais retiens bien ceci, disciple : l’art du mage ne doit pas te servir à frimer. Si tu t’en sers dans un but mesquin, il te manquera toujours trois poils sur le caillou ! » (p. 39). Mais Songoku est un singe facétieux et bagarreur alors Sakyamuni « le Bouddha qui habite au paradis occidental » (p. 67) l’enferme pour cinq cents ans sous une montagne. Un jour, un bonze en route pour l’Inde passe par le Mont des cinq éléments, c’est « Sanzô Hôshi, archibonze de l’empire Tang » (p. 79) qu’attendait impatiemment Songoku et le voici libéré et en route pour d’étonnantes aventures avec une jeune dragonne qui servira de monture au bonze, un cochon gourmand (euh, goinfre serait plus approprié) et un kappa (bonze des sables). Le talent et l’humour de Tezuka (il y a des anachronismes amusants par rapport au roman dont le manga est adapté et des clins d’œil aux lecteurs) font de cette série un des chefs-d’œuvre du maître qui apparaît d’ailleurs page 109. Ma phrase préférée est « Abandonne tes désirs ! Plus tu en as et moins ce que tu désires se réalisera. » (p. 169). En fin de volume, une postface avec des informations précieuses et des clés de compréhension.

Tome 2, Delcourt, mai 2007, 320 pages, ISBN 978-2-75600-731-1.

Songoku, Sanzô le bonze, Dragonette, Cho Hakkai le cochon et Sagojô le kappa continuent leur long voyage pour recevoir les soûtras sacrés en Inde. Mais un bateau pris par erreur (ou par la force du destin) les conduit au Japon où ils sont confrontés à un chat maléfique. « Je ne te lâcherai plus maintenant. Tu devrais savoir que le chat est un animal très obstiné ! Miaaou! » (p. 81). Ils rencontrent aussi de vilains oni (un genre de yôkai du folklore japonais) et Momotarô, clin d’œil à un enfant héros du folklore japonais. Lorsqu’ils arrivent en Chine, c’est la sécheresse et tous les bonzes sont arrêtés pour travailler. Sanzô n’y échappe pas. « Songoku, apprends que la vraie victoire, c’est de savoir pardonner à son ennemi ! » (maître Kannon-le-tout-puissant, p. 169). Et d’autres aventures trépidantes. En fin de volume, des clés de compréhension (c’est vrai que je ne connaissais pas certaines légendes).

Tome 3, Delcourt, septembre 2007, 288 pages, ISBN 978-2-75600-732-8.

« Chers lecteurs, cela fait déjà trois ans que Sanzô, l’éminent bonze de l’empire Tang, est parti pour les Indes afin d’y recevoir les soûtras sacrés du grand Bouddha… En chemin, il a sauvé Songoku, cloué sous le mont des cinq éléments, puis a accueilli Cho Hakkai, Sagojô et Dragonette comme nouveaux disciples. Grâce à leurs précieux services, il a pu ainsi se tirer sain et sauf de multiples traquenards et continuer son voyage. Mais nos amis ne sont pas au bout de leurs peines, et Bouddha seul sait les fabuleuses aventures qui les attendent encore avant d’arriver à destination… » (p. 6-7). Il faut dire que Sanzô est habitué aux arrestations et aux enlèvements ! Quant à Cho Hakkai, il risque d’être mangé à plusieurs reprises durant cette périlleuse aventure… Heureusement l’équipe arrive au complet aux portes de l’Inde. Il y a même une histoire (un rêve ?) avec Tezuka (p. 165 et suivantes). Et, en fin de volume, toujours des clés de compréhension.

Tome 4, Delcourt, janvier 2008, 288 pages, ISBN 978-2-75600-733-5.

L’Inde ! Mais nos amis doivent traverser l’Himalaya, enneigé et dangereux. Puis le fleuve Brahmapoutre. Je ne peux en dire trop, je ne veux pas divulgâcher… Mais il y a des clins d’œil à Tezuka (fleurs, cases noires…) et l’auteur profite bien de cette série pour raconter des légendes indiennes, chinoises et japonaises, ce qui réunit parfaitement ces trois grands pays touchés par le bouddhisme. Et toujours des clés de compréhension en fin de volume. À noter la Légende du Serpent blanc, issue du folklore chinois, et que j’ai évoquée récemment [ici].

Suivez les aventures du bonze Sanzô, inspirées de Pérégrination vers l’Ouest (ou Voyage vers l’Occident selon les traductions) du Chinois Wu Cheng’En (XVIe siècle) et bourrées de références. C’est dépaysant, c’est drôle, c’est effrayant, c’est enrichissant ! Tezuka s’approprie parfaitement la légende de Songoku (le titre japonais Boku no Songoku signifie en fait Mon Songoku), le Roi-Singe, et délivre une série courte (4 tomes) qui plaira assurément aussi bien aux jeunes qu’aux adultes curieux. Parce qu’à travers ces personnages que tout oppose, Tezuka aborde les valeurs humanistes que l’on aime, l’entraide, la solidarité, l’amitié avec de l’aventure, de l’action et de l’humour, du pur Tezuka en fait !

Une belle relecture (série déjà lue il y a 12-13 ans) pour Un mois au Japon (qui continue en mai) La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 11, une adaptation littéraire, voir le paragraphe ci-dessus) mais aussi 2021, cette année sera classique (série parue au Japon en 1952 et inspirée d’un récit du XVIe siècle), Contes et légendes #3, Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et bien sûr Les étapes indiennes #2. De plus, le tome 4 dont la couverture est rouge entre dans Lire en thème de mai (et pour le 1er thème secondaire, il y a des monstres, démons, sorcières). Plus de BD de la semaine chez Noukette.