Les marrons de Louis-Timagène Houat

marronshouatLes marrons de Louis-Timagène Houat.

L’arbre vengeur, collection L’alambic, février 2011, 139 pages, 10 €, ISBN 978-2-916-1417-1.

Genres : littérature réunionnaise, premier roman.

Louis-Timagène Houat (1809-1890) est un artiste, un médecin qui s’est intéressé à l’homéopathie et un homme de lettres, il a une bonne connaissance de la littérature de son temps et on le dit inspiré par Bug-Jargal de Victor Hugo (1826) et Georges d’Alexandre Dumas (1843). Du même auteur : Un proscrit de l’île de Bourbon à Paris (1838), un récit autobiographique.

un-mois-un-editeur« Assez, frères, assez d’être esclaves ! Il est temps d’avoir notre cœur ! Il est temps de secouer la chaîne, de nous venger en hommes ! À la révolte ! Parcourons les ateliers ! Soulevons-les tous à la fois ! Éclatons comme un ouragan sur l’île !, Oui, vengeons-nous ! Incendions ces champs tous fertilisés de nos douleurs ! Abattons ces demeures enrichies de notre esclavage ! Que leurs débris couvrent la terre, et que cette terre imbibée de nos sueurs soit engraissée par le sang de ceux qui nous tourmentent ! » (p. 38).

AfriqueLogo-OstinatoEnlevés à leurs familles en Afrique, vendus et embarqués sur des bateaux vers des destinations qui leur étaient inconnues : c’était le triste sort des esclaves… Les marrons est une histoire dramatique où règnent la haine, les préjugés et l’envie de révolte ; y a-t-il un espoir ?

« Mais l’union de Frême et de Marie ne pouvait guère rester longtemps secrète. Bientôt le bruit courut dans tout le pays qu’un nègre, qui de plus était esclave, avait épousé une fille blanche. » La qualification d’esclave donné à Frême était fausse, car étant de l’atelier colonial, il ne pouvait être considéré comme tel, d’après même les lois et les ordonnances abolitives de la traite. » (p. 90).

ChallengeClassiquesPereGoriotQuatre ans avant l’abolition de l’esclavage, le roman de Louis-Timagène Houat de l’île Bourbon (la Réunion) fut publié en 1844. Les marrons est le premier roman réunionnais, il fut oublié et redécouvert en 1980. Éric Dussert le publie dans la collection L’alambic avec une préface instructive. Les marrons ne sont pas systématiquement des Noirs : « cimarrón » signifie en espagnol « vivant sur les cimes », les marrons sont des esclaves échappés vivant sur les hauteurs de l’île de façon autonome, il y a aussi des Blancs ; « marron » est devenu « nègre marron » ou « negmarron ».

Une lecture qui fait réfléchir pour le challenge Un mois, un éditeur que je mets aussi dans À la découverte de l’Afrique (le père de l’auteur était un bambara de Guinée), Classiques et Défi Premier roman.

Natsume Sôseki

sosekinatsumeDans un mois, le 9 février 2017, ce sera les 150 ans de la naissance de Natsume Sôseki (et le 9 décembre 2017, ce sera les 101 ans de sa mort).

Natsume Sôseki 夏目 漱石 est un écrivain japonais né le 9 février 1867 à Edo (ancien nom de Tôkyô). Il vit durant l’ère Meiji (1868-1912) et connaît le début de l’ère Taishô (1912-1926). Il étudie la littérature chinoise, puis l’architecture, l’anglais et la littérature anglaise. Il écrit des haïkus (poèmes), des articles de journaux et, en 1888, il prend comme nom de plume Sôseki (qui est en fait son prénom). Il enseigne, écrit (des romans, des nouvelles) et voyage (en Angleterre puis en Mandchourie et en Corée). Malheureusement il est très malade et meurt le 9 décembre 1916 à Tôkyô. Mais son œuvre reste et je vous propose, en son honneur, de faire du mois de février le Mois Natsume Sôseki.

tempsbotchantaniguchiIl suffira de lire un seul livre de Natsume Sôseki pour honorer le challenge ; mais plus de lectures sont les bienvenues ! Ci-dessous, vous trouverez les titres de Natsume Sôseki (source : Wikipédia) et vous pouvez aussi lire (un ou plusieurs tomes de) la série de manga Au temps de Botchan 坊っちゃんの時代 (Botchan no jidai) de Jirô Taniguchi 谷口 ジロー qui raconte la vie de Natsume Sôseki et l’ère Meiji.

1899 : Copeaux de bois, extraits de Bokusetsu-roku, œuvre en kanbun (chinois classique littéraire).

sosekichat1905 : Je suis un chat (Wagahai wa neko de aru – 吾輩は猫である), traduit par Jean Cholley, Paris, Gallimard, 1978.

1906 : Botchan (坊っちゃん) ou Le jeune homme, traduit par Hélène Morita, Paris, Le Serpent à plumes, 1993.

1906 : Oreiller d’herbes (Kusamakura – 草枕), traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1987.

1906 : Le 210e jour (二百十日) traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1990.

sosekibotchan1907 : Le mineur (Kôfu – 坑夫), traduit par Hélène Morita avec Shizuko Bugnard, Paris, Le Serpent à plumes, 2000.

1907 : Rafales d’automne (Nowaki – 野分), traduit par Élisabeth Suetsugu, Paris, Philippe Picquier, 2015.

1908 : Dix rêves (夢十夜), traduit par Alain Rocher, in Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, Paris, Gallimard, 1986.

1909 : Petits contes de printemps (Eijitsu shôhin – 永日小品), traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 1999.

sosekisanshiro1909 : Sanshirô (三四郎), traduit par Jean-Pierre Liogier, Paris, Philippe Picquier, 1990.

1909 : Et puis (Sorekara – それから), traduit par Hélène Morita avec la collaboration de Yôko Miyamoto, Paris, Le Serpent à plumes, 2004.

1910 : La porte (Mon – 門), traduit par Raymond Martinie (Paris, Éditions Rieder, 1928, prix Langlois 1928 de l’Académie française), traduction plus récente par Corinne Atlan, Arles, Philippe Picquier, 1992.

1910-1911 : Choses dont je me souviens (Omoidasukoto nado – 思い出す事など), traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 2000.

1911 : La civilisation japonaise moderne (Gendai Nihon no Kaika – 現代日本の開化), dans Cent ans de pensée au Japon – Tome 1.

1911 : Haltes en Mandchourie et en Corée, précédé de Textes londoniens, traduit par Olivier Jamet et Élisabeth Suetsugu, Paris, La Quinzaine littéraire-Louis Vuitton, 1997.

sosekiautomne1907-1912 : Une journée de début d’automne, traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 2012.

1912 : À l’équinoxe et au-delà (Higansugi made 彼岸過迄), traduit par Hélène Morita, Paris, Le Serpent à plumes, 1995.

1913 : Le voyageur (Kôjin – 行人) ou L’homme qui va, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1991.

1907-1914 : Conférences sur le Japon de l’ère Meiji, traduit par Olivier Jamet, Paris, Hermann, 2013.

sosekipauvrecoeur1914 : Le pauvre cœur des hommes (Kokoro – こころ), traduit par Horiguchi Daigaku et Georges Bonneau, Paris, Institut international de coopération intellectuelle, 1939.

1914 : Mon individualisme (Watashi no kojinshugi – 私の個人主義), suivi de Quelques lettres aux amis, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 2003.

1915 : À travers la vitre (Garasudo no naka – 硝子戸の中), Paris, Rivages, 1993.

1915 : Les herbes du chemin (Michikusa – 道草), traduit par Élisabeth Suetsugu, Paris, Philippe Picquier, 1992.

1916 : Clair-obscur, inachevé (Meian – 明暗), traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1989.

Alors qui en est ?

1. PatiVore avec Les herbes du chemin (je voulais lire aussi Je suis un chat mais ce roman est maudit avec moi : deux fois je l’ai commencé et n’ai pas pu le continuer et maintenant, je ne l’ai pas retrouvé car il est soit dans un carton soit dans une pile de livres pas rangés…). Et l’hommage à Jirô Taniguchi.

2. Sharon de Des livres et Sharon avec …

3. Cat de Chroniques aiguës avec Le goût en héritage et La porte.

4. Martine de Les lectures de Martine avec …

5. Antoine de Corboland78 et Le bouquineur avec Je suis un chat, Une journée de début d’automne (articles publiés en 2012) et Et puis.

6. Ingrid de Book’ing, les lectures d’Ingannmic avec Oreiller d’herbes.

7. Karine de Mon coin lecture avec Botchan.

8. Marjorie de Chroniques littéraires avec Rafales d’automne.

9. Nounours36 de BookManiac avec Botchan.

10. Bidib de Ma petite médiathèque avec Je suis un chat de Tirol Cobato (manga adapté du roman de Sôseki).

11. Lee Rony de Lire au nid avec Je suis un chat (article publié en 2013), Oreiller d’herbesBotchan et Le voyageur.

Merci aux 10 membres qui ont rejoint le groupe FB sur Natsume Sôseki et aux blogueurs qui ont lu au moins un livre (ou plus !) de Sôseki (leurs liens sont ci-dessus). La palme revient à Lee Rony, dernier inscrit, qui a publié trois notes de lecture en février 2017 (plus une recyclée) : bravo !

Le Jeudi Poésie avec Asphodèle #1

jeudipoesie-presentationAbandonné depuis le mois de mai, le Jeudi Poésie revient depuis octobre chez Asphodèle et je me rends compte que je n’ai pas participé à des ateliers d’écriture depuis… longtemps ! Et que ça me manque d’écrire ! Alors, le jeudi sur mon blog, c’est plutôt musée – avec Le jeudi, c’est musée – mais je n’arrive pas à m’y tenir toutes les semaines… Pourtant j’ai la matière ! Donc je me dis pourquoi pas poésie de temps en temps ?

Il existe deux jolis logos. Le premier est un oiseau couronné (d’Ana Rosa) à utiliser pour les participants qui veulent présenter un poème ou un(e) poète. Le deuxième, explicite, représente des crayons en bois pour ceux qui participent en écrivant un poème. Je pense que je participerai tantôt à l’un tantôt à l’autre, et pourquoi pas aux deux avec un poème ou un poète qui m’aurait inspirée mon propre poème. En tout cas, je suis plus dans le poème court (genre haïku), j’espère que ça ne vous dérange pas.

jeudipoesie-participationPour ma première participation au Jeudi Poésie, je présente un poème d’Oscar Wilde car je suis un mooc Oscar Wilde, écrivain et penseur du langage. Et je choisis Le jardin des Tuileries car le professeur du mooc a bien insisté sur la francophilie et l’amour de la France de l’auteur irlandais. J’espère que vous l’apprécierez car je trouve ce poème rafraîchissant, joyeux, et à l’approche de l’hiver, beaucoup d’entre vous rêvent peut-être de fleurs printanières !

Le jardin des Tuileries (poème extrait de La maison de la courtisane, 1919)

Cet air d’hiver est vif et froid, et vif et froid est ce soleil d’hiver, mais autour de ma chaise, les enfants courent : on dirait de menues choses en or qui dansent.

Parfois aux abords du kiosque bariolé, des soldats en miniature se promènent fièrement, allongent le pas. Parfois ce sont des brigands aux yeux bleus qui se cachent dans les fourrés dépouillés des massifs.

Et d’autres fois, pendant que la vieille bonne s’absorbe dans son volume, ils se risquent à traverser le square, et lancent leurs flottilles de papier parmi les gros tritons de bronze verdi qui se contorsionnent.

Puis ils font semblant de fuir en un vol rapide, et puis ils se lancent, bande turbulente, et s’aidant de leurs petites mains tour à tour, ils grimpent à l’arbre noir, effeuillé.

Ah ! cruel arbre, si j’étais vous, et si des enfants grimpaient sur moi, rien que pour eux, je ferais jaillir de tout mon corps, en dépit de l’hiver, des fleurs printanières, des blanches, des bleues.

Source : Paris Info (cliquez sur la photo)

Oscar Wilde et le chinois

Quel rapport entre Oscal Wilde et le chinois ? Sûrement aucun… si ce n’est moi ! En effet, je me suis inscrite à deux Mooc (cours universitaires en ligne).

Le premier est Oscar Wilde, écrivain et penseur du langage [lien vers la présentation du cours] ; il est dispensé par Pascal Aquien, professeur de littérature anglaise à la Sorbonne. C’est le premier mooc que je suis sur edX. J’ai déjà visionné la première semaine (y compris les vidéos supplémentaires) et j’ai appris beaucoup de choses sur la vie et l’œuvre d’Oscar Wilde (qu’évidemment je veux relire !).

Le deuxième est Kit de contact en langue chinoise [lien vers la présentation du cours] ; il est dispensé par Joël Bellassen (chercheur, auteur) et Jue Wang-Zsilas (professeur de chinois, docteur en science du langage) avec l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). C’est le quatrième mooc que je suis sur FUN (France Université Numérique). Il commence aujourd’hui mais je le débuterai soit jeudi soir soit ce weekend. Mon objectif est de m’initier au chinois (mandarin) et de me rendre compte des différences avec le japonais (que je n’ai pas pratiqué depuis… plus de sept ans).

En coup de vent… /23

ExploitsQuickFlupke1Dernier jour du mois d’avril et je me rends compte que je n’ai pas honoré certains challenges… Pour ma défense, j’étais alitée – à cause de mon dos – pendant une grosse partie du mois et je n’arrivais pas bien à me concentrer pour lire ou faire quoi que ce soit… Mais j’ai un peu lu quand même ! Alors rapidement :

Pour le mois belge, j’ai lu Les exploits de Quick & Flupke (ça se prononce comment exactement ?) de Hergé, une intégrale parue chez Casterman en novembre 2007 dans une édition en noir en blanc (deux recueils de 120 pages et 144 pages). ExploitsQuickFlupke2Quick et Flupke sont des garnements pas méchants qui veulent bien faire (la plupart du temps) mais ils n’ont pas de chance et… ils sont quand même un peu bêtes ! Mes « exploits » préférés sont Politesse pages 80-81 du premier recueil et L’oiseau rare page 57 du deuxième recueil. Hergé apparaît de temps en temps et il y a de nombreux clins d’œil : j’en ai sûrement raté mais j’ai aperçu l’album Tintin en Amérique, ainsi qu’un chien qui ressemble à Milou et des policiers qui ressemblent aux Dupondt. C’est amusant mais c’est vraiment d’une autre époque ! Imaginez : les gags de ces deux recueils étaient publiés dans le journal Le Petit Vingtième entre 1930 et 1935.

DesertsAmourRimbaudPour le challenge Classiques, j’ai relu des poèmes de Rimbaud (1854-1891) et je voudrais simplement attirer votre attention sur les poèmes en prose comme Les déserts de l’amour (fragments) dans lesquels le poète se souvient de son enfance et de son besoin d’amour. Et puis il y a aussi ce court poème en prose, Ouvriers, dans lequel l’auteur raconte avec simplicité l’histoire d’un couple qui ne gagne pas bien sa vie et qui veut quitter son pays en quête d’un monde meilleur : toujours d’actualité, n’est-ce pas ?

OhLaVacheDuchovnyPour le challenge Un genre par mois, le genre choisi par Iluze pour avril est fantasy ou aventure et j’ai lu Oh la vache ! de David Duchovny paru aux éditions Grasset en janvier 2016. Une aventure amusante – mais qui fait réfléchir – avec des jeux de mots, des animaux, un poil de religion et de fantastique ! Ma note de lecture sera en ligne tout bientôt, d’accord ?Bougie1an

Voilà, je vous souhaite un bon weekend et demain le blog fêtera sa première année !

Le post-scriptum d’Émile Augier

Post-Scriptum-AugierLe post-scriptum d’Émile Augier.

Une comédie en prose en un acte.

Genre : théâtre.

(Guillaume Victor) Émile Augier naît le 17 septembre 1820 à Valence (Drôme). Son grand-père, (Charles Antoine) Guillaume Pigault de l’Épinoy, dit Pigault-Lebrun (1753-1835), est romancier et dramaturge. Son père, (Joseph) Victor Augier (1792-1858), est avocat, journaliste et écrivain. Émile Augier étudie le Droit à Paris où sa famille s’installe. Mais en parallèle, il écrit des pièces de théâtre. En 1844, la Comédie-Française refuse sa première comédie dramatique en deux actes, La ciguë, qui est un succès à l’Odéon, et en 1857, il est élu à l’Académie française (fauteuil 1). Il est aussi poète, bibliothécaire et homme politique. Il meurt le 25 octobre 1889 à Croissy sur Seine (Yvelines). Retrouvez son théâtre complet sur WikiSource dont Le post-scriptum dans le tome 5.

À Paris. De nos jours (c’est-à-dire, en 1869, lorsque la pièce fut écrite). Monsieur de Lancy rend une visité inopinée à sa voisine, Madame de Verlière, veuve depuis quatorze mois, pour lui annoncer le congé de son bail. Curieuse, Madame de Verlière souhaite savoir pourquoi et Monsieur de Lancy se met à lui raconter sa vie. « Je ne vous ennuie pas trop ? – Jamais trop mon ami. » (p. 208). En fait, il désire prendre épouse : un mariage de raison. Quant à Madame de Verlière, elle attend quelqu’un – Monsieur de Mauléon – et souhaite se remarier. Chacun va faire son examen de conscience avant de prendre une décision. « Je vous conseille de m’épouser. – Ce n’est pas ce que je vous demande. – C’est pourtant tout ce que je peux vous dire. » (p. 233).

ChallengeClassiquesProustMes répliques préférées : « Je vous ai tout dit. – Tout ? Il n’y a pas de post-scriptum ? Les femmes en ont toujours un. » (p. 234). Et effectivement, il y a un post-scriptum ! Milieu bourgeois et quiproquo (du genre vaudeville) sont contés avec réalisme et humour car Émile Augier est un fin observateur de la société de la deuxième moitié du XIXe siècle. Je lirais bien à l’occasion L’habit vert, un vaudeville en prose en un acte qu’Émile Augier a écrit en 1849 avec Alfred de Musset.

UnGenreParMoisL’art de faire d’une pierre deux coups : il me fallait un classique pour Un classique par mois et un classique ou un théâtre pour Un genre par mois. Voici donc un théâtre classique qui entre dans les deux challenges !

La Mandragore de Jean Lorrain

MandragoreLorrainUne petite lecture qui change de la rentrée littéraire. 😉

La Mandragore de Jean Lorrain.

Édouard Pelletan éditeur, 1899, 60 pages, 33 illustrations en couleur de Marcel Pille. Réédition en 2005 aux éditions Le chat rouge [lien] dans la collection La Merveille.

Genre : conte.

Jean Lorrain – de son vrai nom Paul Alexandre Martin Duval – naît le 9 août 1855 à Fécamp en Normandie. Écrivain de la Belle-Époque, il est considéré comme scandaleux et décadent et porte fièrement son surnom L’Enfilanthrope. Son œuvre contient des poèmes, des romans, des contes, des nouvelles, des pièces de théâtre et des récits de voyage. Il meurt le 30 juin 1906 à Paris.

MandragoreAu royaume de Thuringe. La reine Godelive a accouché d’une grenouille et c’est la consternation. « […] des bouches cousues et des regards navrés qui en disaient long » (p. 9). Le roi Luitprand fut vraiment mécontent. Pourtant, cinq ans plus tôt, est né « un beau petit prince » (p. 12) mais Rotterick est cruel et vicieux… Le roi ordonna la mort de la monstruosité qui venait de naître. La reine ne s’en remit jamais et resta désormais dans sa chambre, languissante, angoissée, craignant que le roi la répudie. Elle se mit à faire des rêves horribles, voyant la grenouille vivante, des marécages et de la mandragore. « Et la reine s’éveillait, tout baignée de sueur froide » (p. 25). Honte, obsession, exil et remariage du roi la poussent vers les sciences occultes. « Et la solitude de la pauvre reine était grande. » (p. 34).

La Mandragore est disponible en ligne sur Gallica [lien] avec la réédition de 1903. C’est l’histoire violente et cruelle de la princesse Ranaïde (rana signifie grenouille en latin). Un conte qui dénonce l’orgueil (en la personne du roi), la cruauté (du prince) et qui plonge la reine – et le lecteur – dans la folie. Aucun d’eux n’a droit au bonheur et l’auteur se reconnaît sûrement en chacun d’eux, lui qui ne croyait pas au bonheur ! Par contre, il était passionné par les contes et le merveilleux. Voici ce qu’il écrit dans Princesses d’ivoire et d’ivresse, un recueil de contes paru en 1902 : « Ces contes de fées, qu’on a remplacés aujourd’hui par des livres de voyages et de découvertes scientifiques, ces merveilleuses histoires qui parlaient au cœur à travers l’imagination et préparaient à la pitié par d’ingénieux motifs de compassion pour de chimériques princesses, dans quelle atmosphère de féerie et de rêve, dans quel ravissement de petite âme éblouie et frémissante ont-elles bercé les premières années de ma vie ! Et comme je plains au fond de moi les enfants de cette génération, qui lisent du Jules Verne au lieu de Perrault, et du Flammarion au lieu d’Andersen ! Les pratiques familles de ces bambins-là ne savent pas quelle jeunesse elles préparent à tous ces futurs chevaucheurs de bicyclettes. Il n’est pas au monde une émotion un peu délicate qui ne repose sur l’amour du merveilleux. » Le bonheur non mais le merveilleux oui !