Toxique de Samanta Schweblin

Toxique de Samanta Schweblin.

Gallimard, collection Du monde entier, avril 2017, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-07-019781-1. Distancia de rescate (2014) est traduit de l’espagnol par Aurore Touya.

Genres : littérature argentine, premier roman.

Samanta Schweblin naît en 1978 en Argentine. Elle est nouvelliste (Des oiseaux plein la bouche, Seuil, 2013) et Toxique est son premier roman. Elle vit actuellement à Berlin, en Allemagne.

Dans la campagne argentine, près d’un lac, Amanda a loué une maison de vacances avec sa fillette, Nina, et son mari doit les rejoindre plus tard. Amanda fait la connaissance de Carla qui vit là avec son mari, Omar, éleveur de chevaux, et leur fils de neuf ans, David. « Si je te raconte – dit-elle –, tu ne voudras plus qu’il joue avec Nina. » (p. 16). David était un amour jusqu’à ses trois ans, puis il est tombé malade… Carla n’en dit guère plus à Amanda mais un dialogue s’installe entre Amanda et David. Carla est-elle folle ? Nina est-elle en danger ? « En quoi es-tu si différent aujourd’hui du David d’il y a six ans ? Qu’as-tu fait de si terrible pour que ta mère te rejette désormais ? » (p. 38-39). « David n’a rien fait ! – et voilà que je crie, voilà que je suis celle qui semble folle. C’est toi qui nous fais peur, à nous tous, avec ton délire de… » (p. 50).

Quel est le danger ? David ? Carla ? Le lieu en lui-même ? La vieille sorcière de la maison verte ? Autre chose dans l’eau ou dans l’air ? En tout cas, Amanda et Nina, tout comme David il y a six ans, ont bien été contaminées par quelque chose de toxique. Et Amanda n’a pas pu respecter la distance de secours (la distancia de rescate) pour préserver sa fille… Quelle claque ce roman ! Court, d’une grande intensité, presque fiévreux, qui amène son lecteur au bord de la terreur ou de la folie (ou des deux !). Mais, à travers ce roman, Samanta Schweblin dénonce évidemment l’énorme pollution qui empoisonne les terres, l’eau et les êtres vivants (humains et animaux) à cause de tous les produits chimiques de l’agriculture intensive (ici des champs de soja qui sont pourtant si beaux, si verdoyants…).

L’éditeur nous dit : « L’écriture magnétique et obsessionnelle de Samanta Schweblin part à la recherche de ce moment où tout bascule, où les vacances virent au cauchemar, où les relations d’amour condamnent au lieu de sauver. Formidable radiographie de la peur, Toxique est un bref roman à la tension vertigineuse, qui progresse comme une enquête à plusieurs voix vers une terrible vérité. Il cache un secret qui nous effraie autant qu’il nous attire. » Que vous dire de plus ?… Lisez Toxique !

Une lecture pour le Challenge de l’épouvante, Littérature de l’imaginaire, Pumpkin Autumn Challenge (pour le Menu 2 – Creepy, Spooky, Halloween) et le Défi Premier roman.

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Retourner à la mer de Raphaël Haroche

Retourner à la mer de Raphaël Haroche.

Gallimard, collection Blanche, février 2017, 167 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-07-269515-5.

Genre : nouvelles.

Raphaël Haroche, né le 7 novembre 1975 à Paris, publie ici son premier livre, un recueil de 13 nouvelles. Chanteur que j’apprécie énormément depuis 17 ans puisque je l’ai découvert dès l’automne 2000 avec son premier album, Hôtel de l’univers, (cinq ans donc avant Caravane que tout le monde cite en référence) et j’ai immédiatement accroché avec sa voix, magnifique, ses textes, inspirés, ses mélodies, élégantes, et son univers empreint d’une grande sincérité ❤

Yuri – Dans l’Aubrac, Tomek, un employé d’abattoir d’origine polonaise veut sauver un veau et l’offrir à sa fille pour ses 13 ans. Tomek n’est pas un employé violent et cruel envers les animaux, c’est rare ; il aime son épouse, leur fille, et veut aimer cet animal sans défense aux grands yeux tristes. « Voilà, tu seras bien ici, tu es trop joli, tu as de beaux yeux toi, tu me fais penser à quelqu’un. » (p. 17). J’ai déjà parlé de cette nouvelle ici lundi dernier.

L’homme des sables – Une journée dans la vie d’un Berbère, entre la salle de boxe en journée et les concerts où il est vigile la nuit, et son amour pour une strip-teaseuse abîmée par la vie. « Je n’aurais pas dû frapper si fort, il ne faudrait pas savoir ce qu’il y a à l’intérieur des choses. » (p. 25).

Le dernier des pères – Pour la première fois, un père divorcé et son fils de dix ans partent en vacances ensemble en Normandie pour une semaine. Mais le père a bu… « Un petit garçon réservé qui ne parle jamais de ses problèmes. » (p. 33).

La réserve – Un couple mange au restaurant et parle de l’avenir de leurs enfants dans une école privée internationale suisse. « J’ai peur que ce soit un ghetto pour riches qui ne pensent qu’au fric, j’ai peur qu’ils changent et qu’ils deviennent des petits cons. » (p. 53).

L’escalier – C’est l’été et Greg est en colonie mais il doit rejoindre ses parents car son frère est mort. « Il paraît que pour se souvenir d’une chose nouvelle il faut en effacer une autre plus ancienne. […] Je ne voudrais plus rien apprendre de nouveau pour ne rien oublier de mon frère. » (p. 67-68).

L’enfant qui nage – Tous les jours, un jeune adolescent est suivi entre chez lui et le collège. « Je suis trempé de sueur, je nage depuis longtemps, je ne sais pas depuis combien de temps, je suis plongé dans mes pensées. […] J’ai dû faire quelque chose de grave. » (p. 76-77).

Les orques – C’est les vacances ; le narrateur et ses amis, Sacha et Ahmed, sont au bord de la mer lorsqu’un bruit sourd s’amplifie peu à peu. Un tremblement de terre ? « Ce n’était pas le bruit d’une explosion, plutôt celui que ferait un seau qu’on viderait sur le carrelage ou d’une feuille que l’on froisserait, un bruit ordinaire […]. » (p. 82).

La plus belle fille du monde – Le narrateur est ami avec « la plus belle fille du monde » et dès qu’elle l’appelle, il lâche tout pour aller la rejoindre même s’il n’y a rien entre eux et que la belle a des idées très spéciales. « Je ne voulais jamais la contredire parce que la plus belle fille du monde était extrêmement combative et qu’un rien l’énervait. » (p. 89).

Les acacias – Depuis son accident cérébral il y a deux ans, Jean-Pierre vit dans un fauteuil roulant dans cette résidence de Saint-Denis où sa famille ne vient jamais le voir. Il se lie avec Albert, un autre résident seul. « Ils étaient là tous les deux, Jean-Pierre en exil d’un pays où il ne pourrait plus jamais retourner, Albert portant le deuil d’une famille dont il n’avait plus aucun souvenir. » (p. 99).

Quel genre d’ami ferait ça ? – Une courte réflexion sur la mort. « tu es mort […] quel genre d’ami ferait ça ? » (p. 107-108).

Rester au lit – Un homme réfléchit à sa vie, qu’il pense inutile ; malgré les heures supplémentaires, il gagne tout juste de quoi vivre ; et il resterait bien au lit avec son épouse, Sarah, mais en fait il n’arrive pas à dormir… « Je vis au-dessus de mes forces, à crédit. Je me retourne et je me demande à quoi je sers et ce pour quoi je suis fait au juste dans cet univers en expansion, si jamais je sers à quoi que ce soit. » (p. 110).

Lazare – Une journée dans la vie d’un sans abri. « Il y a des signes partout, pour celui qui veut bien voir. » (p. 134).

Retourner à la mer – Le narrateur va à Antibes avec sa mère, c’est peut-être leurs derniers moments ensemble. « Un homme de quarante ans, seul avec sa vieille maman, ce n’est pas si grave mais je ne sais pas pourquoi, j’ai honte comme un écolier. » (p. 144). Et ma phrase préférée : « Je ferme les yeux pour faire disparaître le monde. » (p. 154).

Lorsque je lis un recueil de nouvelles, j’aime bien écrire, pour chaque nouvelle, une phrase qui résume son contenu et relever un extrait représentatif de la nouvelle ou qui m’a marquée. J’espère que vous aurez envie de lire ces nouvelles pleines d’humanité, plutôt tristes mais pas désespérées ! Des petites histoires comme autant d’instants de vie, par touches de tendresse, un simple moment, une nuit blanche, une journée, une rencontre, un regard, un événement inattendu ou la routine silencieuse, l’envie de vivre, de fuir ou de mourir, la vie, l’ennui, la tristesse, la peur, la mort, tout ce qui remplit une vie.

Un excellent recueil de nouvelles (je ne saurais dire laquelle est ma préférée, elles sont toutes bien !) pour La bonne nouvelle du lundi.

Code 93 d’Olivier Norek

Code 93 d’Olivier Norek.

Michel Lafon, collection Thrillers/Polars, avril 2013, 304 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-74991-778-8. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Thriller, octobre 2014, 360 pages, 7,40 €, ISBN 978-2-266-24915-7.

Genre : polar français.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est lieutenant de la Police judiciaire en Seine Saint Denis depuis bientôt 20 ans (en ce moment en disponibilité). Il a travaillé dans l’humanitaire avant sa carrière de policier. Il est aussi romancier et co-scénariste avec Hugues Pagan de Flic tout simplement, un film réalisé en 2015 par Yves Rénier. Plus d’infos sur sa page FB.

« Coste ouvrit un œil. Son portable continuait à vibrer, posé sur l’oreiller qu’il n’utilisait pas. Il plissa les yeux pour lire l’heure, 4 h 30 du matin. Avant même de décrocher, il savait déjà que quelqu’un, quelque part, s’était fait buter. Il n’existait dans la vie de Coste aucune autre raison de se faire réveiller au milieu de la nuit. » (p. 17). Le capitaine Victor Coste, la trentaine, enquête sur la mort de Camille, une droguée de 20 ans que sa mère et son frère refusent de reconnaître à la morgue. Quelques mois plus tard, Bébé, un Black de deux mètres de haut, se réveille à la morgue, puis Franck, un toxico, est retrouvé cramé sur une chaise avec son portable qui sonne dans son estomac toutes les trois heures. Coste n’enquête pas seul, il a une équipe un peu hétéroclite : Ronan Scoglia, Sam (Samuel) Dorfrey, Mathias est muté et remplacé par Johanna De Ritter, tout juste sortie de l’école de police, et puis l’équipe va s’associer avec Marc Farel, un journaliste fouille-merde mais efficace. « Je voulais juste souligner que si les deux affaires ont un rapport, y a un enfoiré qui se fout largement de notre gueule. » (p. 93). « Le pouvoir est une source de tentation difficilement contrôlable. Une carte tricolore et une arme peuvent donner l’impression d’être supérieur, à bien des égards, aux autres et à la loi parfois. » (p. 186).

Ce premier roman d’Olivier Norek, c’est du lourd, du brut de décoffrage, pas de fioritures, en même temps on sent que les mots sont choisis, percutants, que les descriptions du paysage et de la météo, si elles ne paraissent pas indispensables au premier abord, sont importantes : elles plantent une ambiance toute particulière. « Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. » (p. 18). L’auteur ne cherche pas à préserver ses personnages ou les lecteurs, il est direct, franc, et utilise à bon escient un humour noir qui me plaît énormément. Tout est plausible, tout est sûrement vrai car, comme souvent, les auteurs de polars s’inspirent de la société qui les entoure et de faits réels (ici, on est à Bobigny en Seine Saint Denis), d’autant plus qu’Olivier Norek est un policier du 93 ! J’ai dévoré ce roman en une journée (à vrai dire le dimanche du weekend de Pâques, oui je sais, j’ai du retard à publier ma note de lecture…) et je ne pouvais pas le lâcher ! Et je me disais : pourquoi n’ai-je acheté que celui-ci, pourquoi n’ai-je pas acheté les deux autres ? En fait, je ne connaissais pas Olivier Norek mais, au printemps, j’ai vu plusieurs gags sur FB, de Nicolas Lebel (un autre auteur de polars), et ils ont attiré mon attention sur cet auteur que j’ai absolument voulu lire, d’où l’achat de Code 93, que je me suis fait dédicacer aux Quais du polar 2017 : j’ai eu avec Olivier Norek un échange court (il y avait du monde dernière moi) mais bien agréable, un auteur abordable et sympathique, tantôt sérieux tantôt drôle, un auteur authentique qui ne triche pas et qui met toutes ses tripes et son expérience dans ses romans ; j’en veux encore !

D’ailleurs, j’ai depuis lu Territoires, le deuxième tome des enquêtes de Coste et je publierai la note de lecture dès que possible mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il m’a scotchée autant que Code 93 ! Vous voulez du bon – de l’excellent même – polar français ? Lisez Olivier Norek ! Comme moi, vous deviendrez sûrement Norek-addict 😉

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Polar et thriller.

Yuri de Raphaël Haroche

Yuri est la première nouvelle du recueil Retourner à la mer de Raphaël Haroche (Gallimard, février 2017).

Je vous parlerai plus en détail de ce recueil lorsque j’aurai lu les 13 nouvelles mais pour l’instant, je voulais simplement parler de Yuri dans La bonne nouvelle du lundi.

Raphaël… Le chanteur ? Oui, le chanteur ! Que je suis depuis ses débuts car j’aime sa voix, ses textes, ses mélodies, les ambiances de ses chansons, leur profondeur dans une simplicité confondante de tendresse et de sincérité ! Bon, je sais qu’il y en a qui n’aime pas mais peut-être aimeront-ils les nouvelles ?

Je retrouve l’humanité de Raphaël dans cette première nouvelle, Yuri : Dans l’Aubrac, Tomek, un employé d’abattoir d’origine polonaise veut sauver un veau et l’offrir à sa fille pour ses 13 ans. « Voilà, tu seras bien ici, tu es trop joli, tu as de beaux yeux toi, tu me fais penser à quelqu’un. » (p. 17).

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler d’animaux et d’abattoir ? Les liens du sang d’Errol Henrot, L’été des charognes de Simon Johanin lu récemment (ma note de lecture arrive) et Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo qui est dans ma liste à lire. Il y en a sûrement d’autres. Les auteurs se sentent investis et veulent faire ouvrir les yeux sur ce monde intolérable…

Tomek n’est pas un employé violent et cruel envers les animaux, c’est rare ; il aime son épouse, leur fille, et veut aimer cet animal sans défense aux grands yeux tristes qui lui font penser à « quelqu’un ».

J’ai hâte de lire les 12 autres nouvelles de ce recueil, apparemment des tranches de vie, comme j’aime, et je vous en reparle tout bientôt ; bonne semaine 🙂

Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui

Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui.

Feryane, mai 2017, 432 pages, 22 €, ISBN 978-2-36360-424-8. Conversaciones con mi gata (2013) est traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu.

Genre : littérature espagnole.

Eduardo Jáuregui, auteur espagnol, est un psychologue spécialiste de la psychologie positive également professeur d’université.

Sara vit dans une maison avec Joaquín et travaille depuis plus de dix ans dans une petite agence de communication, Buccaneer Design, mais rachetée récemment par un gros groupe, Nat Sciences Inc. Elle a tout pour être heureuse mais, ce matin encore, elle est prise de vertige et elle sait qu’elle n’est pas enceinte. Peu avant de partir au travail, un chat l’effraie sur le moment. « Derrière le carreau se tenait un inoffensif chat au poil court et doré, la queue étroite et l’air plutôt aristocratique. » (p. 15). Plusieurs fois le chat essaie de lui parler mais Sara court au bureau, oublie sa sacoche avec son MacBook dans le métro, arrive en retard à sa réunion très importante et perd connaissance pendant sa présentation (de mémoire et à l’ancienne, sur un tableau, puisqu’elle n’a plus son ordinateur…) de Royal Petroleum ! « Qu’avais-je fait pendant ces presque quarante ans de vie ? Avais-je de quoi me réjouir ? Ou est-ce que j’étais complètement à côté de la plaque ? Pourquoi me réveillai-je tous les matins avec la nausée ? Est-ce ma propre vie qui me donnait envie de vomir ? Qu’aurait dit de moi la journaliste jeune et utopiste que j’avais été autrefois ? Ou était passé ce couple amoureux qui avait débarqué en Angleterre avec le changement de millénaire ? Qu’avais-je envie de faire du temps qui me restait ? Devais-je changer de voie ? » (p. 53). Comme vous le voyez, Sara se pose beaucoup de questions mais elle n’est pas au bout de ses peines car c’est toute sa vie qui va être chamboulée, professionnelle, amoureuse, familiale… Heureusement Sara sera aidée par quelques amis et par Sibylle, la chatte Abyssin douée de parole et de grande sagesse qui va lui faire comprendre beaucoup de choses. « Vous avez un cerveau efficace, c’est sûr, capable des calculs et des raisonnements les plus complexes. Mais pour tout dire, la plupart d’entre vous ne savent pas l’utiliser. Et vous vous retrouvez à tourner et retourner dans votre tête ce qui a eu lieu, ce qui va se passer, ce qui aurait pu ou pourrait arriver, tout ça dans le désordre et l’angoisse. » (p. 104).

Ce roman est d’abord paru aux Presses de la Cité en 2016 mais, que voulez-vous, parfois la bibliothèque n’a le livre disponible qu’en gros caractères et, même si ça me tire un peu les yeux, ces énormes caractères, j’ai craqué sur la couverture et le thème de ce livre qui était une nouveauté ! Et j’ai découvert une jolie histoire, qui m’a encouragée dans ma vie aussi, qui (ça m’a fait sourire) développait des similitudes avec Agir et penser comme un chat de Stéphane Garnier que je venais de lire juste avant (oui, je sais, je suis dans une veine de lectures « chat » !). « Jour après jour s’éveillait peu à peu une partie de moi qui se sentait infiniment libre, puissante, sage, belle ; en un mot : féline. » (p. 368).

Mon passage préféré : « L’esprit humain est un petit singe turbulent qui essayera toujours d’échapper à ton contrôle. Ce n’est pas grave. À chaque fois que tu t’en rends compte, reviens à ta respiration. » (p. 256).

Et puis, sur les livres (les parents de Sara tenaient une librairie) : « J’ai découvert très tôt que les livres permettent de voyager, de vivre des aventures, des romances et des révolutions, de connaître des reines insolentes, des magiciens puissants, des pirates au cœur d’or et même, maintenant que j’y pense, des chats sacrément bavards. » (p. 278), j’adore !

Conversations avec mon chat est un livre qui fait réfléchir sur la vie, le sens qu’on lui donne, les relations qu’on a avec les autres, c’est un roman qui enchante et qui fait du bien, oui, même si vous n’aimez pas particulièrement les chats. C’est une histoire charmante qui réconforte, qui guide, qui aide, alors allez vite le chercher, en librairie ou en bibliothèque, vous ferez une bonne action pour vous-même !

Une excellente lecture pour les challenges Feel good, Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Espagne).

L’homme des bois de Pierric Bailly

L’homme des bois de Pierric Bailly.

P.O.L., février 2017, 160 pages, 10 €, ISBN 978-2-8180-4183-3.

Genre : roman français.

Pierric Bailly naît le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura. Il étudie le cinéma à Montpellier, travaille sur Paris, Grenoble, Nîmes et vit maintenant à Lyon. Du même auteur : Polichinelle (2008), Michael Jackson (2011) et L’étoile du Hautacam (2016) chez P.O.L.

Près de Lons le Saunier, Clairvaux, dans le Jura. « Je ne dors pas dans son lit, je ne porte pas ses habits. Mais je mange dans ses casseroles, je me sers dans sa cave à vin, j’écoute sa musique, ses disques, tous les chanteurs engagés qui ont bercé mon enfance à ses côtés. Je fourre mon nez dans son bordel, je fouille, je trie, je classe, je range, je jette. » (p. 8). « Mon père a été déclaré mort en forêt suite à une chute accidentelle. » (p. 13). Mais que s’est-il vraiment passé ? Le corps n’a été découvert que trois jours après la chute. Le gendarme et le légiste ont deux avis différents… Le narrateur retourne dans la forêt plusieurs fois, sur les traces de son père. « Je reconstituais peu à peu ses derniers instants de vie, sa dernière matinée. » (p. 91) et « Mourir comme ça… J’aimerais bien savoir comment. J’avais besoin de savoir, moi. » (p. 92).

En plus de la mort de son père et de sa quête forestière, tout en pudeur et en nuances, le narrateur raconte ses souvenirs, le Jura de son enfance, la maison de La Frasnée, la vie avec son père, Christian Bailly, à qui il dit adieu dans ce roman, ses amis et son engagement social, le monde rural, les transformations de la région, en particulier au niveau des scieries (les spécialités du Jura sont le bois et le plastique comme la bakélite), les fabricants de jouets en bois ou en plastique, la culture qui s’installe peu à peu (médiathèque, cinéma, festivals…), la famille (son père avait plusieurs frères et sœurs).

Quelques extraits

« J’aime bien les lancer sur leur jeunesse, c’est une amorce assez facile. C’est loin derrière et en même temps ce sont des souvenirs forts, alors ils n’ont pas de gêne à se dévoiler. » (p. 28).

« J’ai grandi dans ce paysage de conte, bercé par ces anecdotes et ces légendes locales, en plus des histoires que me lisait mon père. » (p. 57).

« La vie après sa mort, la vie depuis sa mort. Puisqu’il était parti juste au début. C’est le principe de la mort. » (zut, j’ai oublié de noter le n° de la page… (entre les pages 57 et 70).

« Une vie s’arrête, c’est la fin d’une histoire. Mais la mort engendre une nouvelle histoire, dont le défunt est le déclencheur, et dont il n’a pas connaissance. Alors je lui racontais cette histoire. » (p. 70).

« Je ne mens pas quand je dis que mon père est mort dans un site fabuleux. Un site qu’il connaissait comme sa poche et qu’il n’a jamais cessé d’arpenter. » (p. 115-116).

Je connais un peu le Jura, j’ai visité quelques villes et sites touristiques (Arbois et son vignoble, Baume les Messieurs et les Cascades du Hérisson, Clairvaux les Lacs et ses deux lacs, Dole ville fortifiée, Orchamps et la Saline de Salins les Bains, Poligny capitale du comté…), et je peux dire que c’est un très beau département (surtout quand il fait beau !), avec de très bons fromages (cancoillotte, comté…) et d’excellents vins (Savagnin, vins jaunes, vins de paille…) 😉 Je suis ravie d’avoir lu ce roman, beau, tendre, un peu triste et d’avoir découvert (par hasard !) cet auteur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque trois romans sont déjà parus chez P.O.L, je les note en particulier L’étoile de Hautacam qui m’intrigue plus.

L’homme des bois a reçu le 1er Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017 : il le mérite et je conseille chaleureusement ce roman.

Une très belle lecture qui pour une fois ne rentre dans aucun challenge !

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat

Arrêt non demandé d’Arnaud Modat.

Alma, janvier 2017, 160 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-211-3.

Genres : roman (nouvelles ?), ovni littéraire !

Arnaud Modat naît en 1979 à Douai et vit à Strasbourg. Du même auteur : La fée Amphète (2012) et Comic Strip (2012), deux recueils de nouvelles.

« La mer dans le ventre ». Dans l’école de Sébastien, pas de rédaction à la rentrée pour raconter ses vacances car trop d’enfants ne partent pas l’été… Mais lui veut raconter ses vacances, celles durant lesquelles « une chose [lui] est arrivée » et plus particulièrement cette soirée de juillet 1989 « qui a failli gâcher sa belle jeunesse » (p. 10) parce qu’à onze ans, il est trop grand pour colorier un soleil. Son récit entrecoupé de digressions et de définitions est vraiment drôle. Son père ne s’entend pas avec sa sœur, tante Sylvie, et encore moins avec son mari, Marc, un chasseur, et l’apéro tourne mal… « On m’a dit que c’était rien, que ça allait passer. » (p. 25).

Changement de décor. « Raoul ». Quentin et Aurore attendent leur premier enfant mais ils n’ont plus de sexualité et la sage-femme leur donne un conseil surprenant.

Changement de décor. « Tapage nocturne et neige précoce ». Henry, un écrivain local, dédicace son livre à Castorama. Rentré chez lui, il est sommé par sa compagne d’aller chez les voisins qui font trop de bruit et qui empêche le bébé de dormir mais… le son est vraiment bon !

Changement de décor. « J’existe ». Le Père Noël, enfin plus exactement Michel, un jeune sur-diplômé au chômage, répond à Joan, 5 ans. « Je suis heureux d’apprendre que tu as été bien sage, je te cite « surtout à la fin ». Il faut être sage toute l’année, mon coquin ! Tu ne peux pas te contenter de faire un effort avant les fêtes, afin de t’attirer mes faveurs et faire oublier toutes les saloperies que tu auras pu commettre auparavant. Ça ne marche pas comme ça. » (p. 74) et le reste de la lettre de plusieurs pages est gratiné ! C’est mon chapitre préféré !

Changement de décor. « La dernière nuit du hibou ». Changement de décor. « La fourchette à poisson ». Changement de décor…

En tout, six histoires (et un autoportrait) avec des décors différents et des personnages différents, alors véritable roman (comme c’est écrit en tout petit en haut de la couverture) avec comme lien la vie de l’homme (et de l’acteur) qui doit endosser tour à tour les différents rôles de sa vie (enfance, rencontre, couple, sexualité, père, responsabilité, séparation, solitude, mort) en six épisodes (comme les seconds rôles de Peter Cushing) ou recueil de nouvelles « déguisé » en roman ? Je ne sais pas mais, en tout cas, j’ai beaucoup ri surtout avec la lettre du Père Noël (extrait ci-dessus), humour noir et cynisme garantis ! Lucide, burlesque, un brin trash (la bagarre qui traumatise Sébastien), Arnaud Modat (comparé à Annie Saumont, grande nouvelliste française morte en janvier) a un style vif, un humour grinçant et interpelle joyeusement ses lecteurs. La fin de chaque histoire, c’est en fait comme : que feriez-vous si on vous demandait de descendre d’un train en marche alors que ce n’est pas votre arrêt ? Je suis curieuse de voir ce que fera ce jeune auteur à l’avenir.

Une lecture pour les challenges Défi Premier roman 2017 et Feel good.