Magus of the Library (tomes 1 à 4) de Mitsu Izumi

Magus of the Library de Mitsu Izumi.

Ki-oon, collection Kizuna, 7,90 € chaque tome. 圕の大魔術師 (Toshokan no Daimajutsushi) est traduit du japonais par Géraldine Oudin.

Genres : manga, seinen, fantastique, fantasy.

Mitsu Izumi naît le 7 février 1989 à Kanagawa au Japon. Elle est mangaka depuis 2011 et travaille principalement pour Kôdansha et Shûeisha. Ses autres titres sont Ano Hana et 7th Garden. Plus d’infos sur son Twitter.

Tome 1 = Ki-oon, mars 2019, 242 pages, ISBN 979-10-327-0467-7.

« Protéger les livres… c’est tout simplement… protéger le monde ! ». Shio est différent des autres habitants du village d’Amun. Il a les yeux verts, des cheveux aux reflets dorés, des oreilles longues et pointues ce qui lui vaut le surnom Oreilles pointues. Il vit dans la montagne avec sa sœur aînée, Tifa, qui se tue à la tâche mais ils sont très pauvres. Le garçon adore lire mais le bibliothécaire le considère comme un potentiel voleur et le met dehors à chaque fois qu’il le voit… Ses rêves, rencontrer un héros qui l’emmènerait dans ses aventures comme Shagrazat le pirate ou vivre à Afshak la capitale des livres où officient les kahunas, les « spécialistes du savoir ». J’aime beaucoup son meilleur ami, Kukuo, un genre de mini lion licorne.

Ce premier tome est la promesse d’une belle aventure mais surtout une ode aux livres et à la lecture. « Un nouveau livre, c’est une porte sur l’inconnu. » et « Les récits ont parfois un grand impact sur la vie de leurs lecteurs… c’est un pouvoir extraordinaire ! ».

Tome 2 = Ki-oon, juin 2019, 256 pages, ISBN 979-10-327-0468-4.

On en apprend un peu plus sur Shio Fumis, c’est un sang mêlé, il parle parfaitement le lakota et le huron… « Quand un nouveau monde s’ouvre à toi… Ce serait dommage de s’en éloigner par ignorance. » En aidant Chaku, il emmène la fillette vers la lecture et la tolérance. Ce deuxième tome est le voyage de Shio entre Amun et Afshak. C’est un grand plaisir de voir les files d’attente devant les librairies d’Itsamunah. « Les enfants qui lisent beaucoup n’ont pas peur de la différence. » D’ailleurs, sang mêlé se prononce comme fraternité pour les kahunas.

Après ce long périple parsemé d’embûches, c’est le moment de l’examen pour devenir apprenti à la bibliothèque d’Afshak. « Les candidats doivent démontrer leur maîtrise du vocabulaire spécifique à chaque domaine. Et, dans cette première épreuve, leur capacité à traiter un volume record d’informations en un temps très limité. Pour réussir, ils doivent rester concentrés pendant trois jours. C’est à eux de choisir une stratégie pour y parvenir. »

Tome 3 = Ki-oon, octobre 2019, 304 pages, ISBN 979-10-327-0493-6.

Sur le continent Atolatonan, une guerre ethnique a eu lieu il y a moins de cent ans et les problèmes sont encore visibles entre les différents peuples. De son côté Shio continue le concours. « Rien n’est encore joué !! Renoncer maintenant… ce serait trahir toutes les personnes qui m’ont soutenu jusqu’à présent !! La solution à un problème est toujours à portée de main… ».

J’ai bien aimé la vieille toute marrante, mais c’est un tome plus épais, sombre et intense. Un huis-clos dans la bibliothèque d’Afshak, Shio et les autres candidats étant sous une forte pression. C’est que, chaque année, plus de huit cents candidats se présentent et seulement les meilleurs deviennent apprentis.

Tome 4 = Ki-oon, novembre 2020, 232 pages, ISBN 979-10-327-0660-2.

Apprenti ! « La bibliothèque centrale d’Afshak est le quartier général des livres… Un millier de kahunas et près de quatre cents kohkuas (assistants des kahunas) s’y affairent. Pendant un an, les lauréats du concours vont apprendre leur futur métier avant de devenir kahunas à part entière. « Nous n’avons qu’une seule et unique mission… Non pas en tant que dirigeants mais en temps que protecteurs… C’est de veiller sur les livres… et rien d’autre ! »

Quelle belle série ! Les dessins sont grandioses et l’histoire superbe. Je vais attendre la suite avec impatience ! Grâce à son amour de la lecture et à son travail acharné pour l’examen, Shio va pouvoir accéder à son rêve de toujours et il va découvrir l’humour, l’amitié, la solidarité et des peuples différents mais aussi un ennemi…

Au Japon, la série est pré-publiée dans le mensuel Good! Afternoon (dès novembre 2017) puis éditée en volume par Kôdansha (dès avril 2018). Le 4e tome est paru en juin 2020 et, depuis, les fans sont dans l’attente de la suite. J’avais oublié de dire que j’ai repéré cette série chez Karine qui m’a donné très envie de la lire 😉

Lu durant le Read-a-thon du challenge Un mois au Japon, je mets cette lecture également dans La BD de la semaine et les challenges BD et Des histoires et des bulles (catégorie 26, une série) mais aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Le petit loup de papier de Céline Person et Francesca Dafne Vignaga

Le petit loup de papier de Céline Person et Francesca Dafne Vignaga.

Circonflexe, collection Albums, octobre 2018, 32 pages, 15 €, ISBN 978-2-87833-970-3.

Genre : album illustré franco-italien.

Céline Person, née à Nantes, est l’autrice. Elle travaille pour la jeunesse (pour des revues et plusieurs maisons d’éditions).

Francesca Dafne Vignaga, Italienne, est illustratrice et peintre. Elle aime ses chiens, la cuisine et le jardinage. Plus d’infos sur son blog (en italien).

Une fillette dessine un loup sur une feuille de papier qu’elle met sur le frigo avant de partir à l’école. Mais alors que les chatons de la maison s’amusent ensemble, le loup de papier s’ennuie et décide de partir à l’aventure : il découvre le quartier, la route et sa circulation, le parc où vivent un écureuil et un hérisson. Tous trouvent le loup « très beau » et « très élancé » mais léger sur son papier. C’est vrai qu’il y a maintenant plus de vent et le loup de papier doit se mettre à l’abri.

Que voici un très bel album illustré, poétique, tendre et drôle. Ce petit loup se sent abandonné alors il part à l’aventure et attire la sympathie du lecteur, en particulier du jeune lecteur qui va découvrir que la solitude peut déboucher sur la découverte.

Pour le challenge Jeunesse Young Adult #10, le Mois italien et Les textes courts.

Le dernier loup de László Krasznahorkai

Le dernier loup de László Krasznahorkai.

Cambourakis, collection Irodalom, septembre 2019, 80 pages, 15 €, ISBN 978-2-36624-442-7. Az utols ó farkas (2009) est traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Genres : littérature hongroise, roman court (novella).

László Krasznahorkai naît le 5 janvier 1954 à Gyula (sud-est de la Hongrie). Il étudie le Latin, le Droit puis la Littérature (thèse sur Sándor Márai) et commence à écrire. Il est écrivain (nouvelles, romans, essais, scénarios) et reçoit plusieurs prix littéraires. Du même auteur : Tango de Satan (Gallimard, 2000), Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau (2003), La mélancolie de la résistance (Gallimard, 2006), Guerre et guerre (Cambourakis, 2013) et Seiobo est descendue sur Terre (Cambourakis, 2018). Plus d’infos sur son site officiel (en anglais).

Pour une fois, je vais mettre le résumé de l’éditeur. « Lorsqu’il reçoit, de la part d’une énigmatique fondation, une invitation à se rendre en Estrémadure afin d’écrire sur cette région en plein essor, l’ancien professeur de philosophie est persuadé qu’il s’agit d’une erreur. Pourquoi s’adresserait-on à lui, qui a renoncé à la pensée et à l’enseignement depuis des années ? Qui plus est pour aller dans cette région reculée d’Espagne ? C’est pourtant le récit de ce voyage (qu’il a donc effectué) et de l’enquête autour du dernier loup dans laquelle il s’est trouvé plongé, qu’il relate dans un bar berlinois… Le dernier loup est certainement la première novella où Krasznahorkai déploie une phrase unique sur un si long nombre de pages. Au-delà de l’impressionnante prouesse stylistique, cette phrase tout en circularités temporelles sert une réflexion subtile sur les liens entre l’homme et la nature, opérant dans le même temps une véritable entreprise d’envoûtement du lecteur qui se retrouve happé par ce récit, ne pouvant se extraire qu’au point final. »

Gloups, une phrase unique sur près de 80 pages ! Vais-je être happée ?

Au café Sparschwein, tenu par un barman hongrois, l’homme boit sa Sternburger et rit, ça doit être une erreur, « il repoussa la lettre » (p. 10), pourtant elle vient bien de cette Fondation à Madrid, mais il n’est plus professeur, il n’est plus « cet homme d’autrefois » (p. 11), mais il a besoin d’argent, va-t-il accepter ?, « c’est un vrai cauchemar » (p. 12), l’Estrémadure…, va-t-il s’y rendre ?, d’ailleurs c’est quoi cette région ?, c’est où ?, « l’Estrémadure est la partie aujourd’hui espagnole de l’ancienne Lusitanie, c’est une région limitrophe au Portugal, située au-dessus de l’Andalousie et en dessous de la Castille-et-Léon, et c’est de cette région que sont issus les conquistadors, ça alors ! » (p. 14-15), l’Estrémadure…, comment pourrait-il écrire ses pensées, son ressenti, lui qui ne pense plus, « penser à quoi ? puisque la pensée était finie » (p. 20), sur quoi va-t-il bien pouvoir écrire ?, sur les travailleurs saisonniers arabes de Navalmoral de la Mata, sur le dernier loup qui aurait péri « au sud du fleuve Duero en 1983 » (p. 23) ?, mais il n’a pas envie d’écrire et il n’ose pas le dire aux membres de la Fondation qui l’ont si bien accueilli et qui sont si gentils avec lui (et qui paient tous ses frais et une belle somme), pourtant le voyage est merveilleux, c’est que « l’Estrémadure possédait un charme particulier […], la nature était magnifique […], tout spécialement la dehesa, ce paysage très légèrement ondoyant planté de chênes verts » (p. 34), puis l’ancien professeur et sa traductrice ont rendez-vous avec José Miguel, un spécialiste des loups, dans un restaurant d’Albuquerque, « une petite ville-fantôme perchée au sommet d’une immense montagne en forme de cône qui se dressait au beau milieu d’une plaine » (p. 46), quant aux loups, ah !, il y a « quelque chose de merveilleux dans leur caractère » (p. 59), José Miguel va leur raconter une histoire émouvante, tragique, l’histoire non pas du dernier loup mais des derniers loups…

Alors, ai-je été happée ? Oui ! J’ai lu ce livre d’une traite, comme si j’étais au bar avec l’homme et le barman, comme si j’avais écouté cette histoire au lieu de la lire. Cet auteur hongrois est vraiment incroyable ; j’ai eu quelques questions restées sans réponses après la lecture de Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau mais ici, le genre est totalement différent, c’est impressionnant, de précision et d’émotion.

Les « liens entre l’homme et la nature » dit l’éditeur, je dirais les liens entre les humains et la pensée, entre les humains et la philosophie, entre les humains et le progrès (sensé lutter contre la misère), et oui bien sûr entre les humains et la nature, nature qu’on détruit et animaux qu’on assassine sans se poser de question et souvent en toute impunité… Ce récit est bouleversant.

Ma « phrase » préférée, ou plutôt mon extrait de phrase préféré puisque le texte est une longue phrase ininterrompue : « l’amour des animaux est le seul amour qui ne déçoive jamais » (p. 60). Qui est, comme moi, d’accord avec cette phrase ?

Une très belle lecture que je mets dans Challenge Cottagecore (catégorie 2, retour aux sources, puisque l’Estrémadure est une région hors du monde, isolée, sauvage, montagneuse), Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, ici l’Espagne, 3e billet), Mois espagnol (l’auteur est Hongrois mais son texte se déroule dans une région espagnole peu connue), Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Loup), Projet Ombre 2021, Les textes courts et Voisins Voisines 2021 (Hongrie).

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda.

Métailié, collection Suites, mai 2012, 126 pages, 7 €, ISBN 978-2-86424-878-1. Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar (1996) est traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié.

Genres : littérature chilienne, novella.

Luis Sepúlveda naît le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) mais grandit dans le quartier ouvrier de Santiago. Il pratique le football puis se lance en littérature. Étudiant, il soutient le gouvernement de Salvador Allende et il est emprisonné sous la dictature du général Augusto Pinochet en tant qu’opposant politique. Libéré, il est exilé en Suède mais va voyager en Amérique du sud (Équateur, Pérou, Colombie et Nicaragua) avant de s’installer en Europe (Allemagne puis Espagne). Militant à la Fédération internationale des droits de l’homme et à Greenpeace, il voyage régulièrement (Amérique du Sud, Afrique) et écrit (pour les adultes et pour la jeunesse). Il meurt le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

En mai 2017, j’avais lu L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, un recueil de très bonnes nouvelles, plutôt politiques, en poche. Après avoir lu Histoire d’une baleine blanche en février pour le Mois Amérique latine, j’avais très envie de relire encore cet auteur chilien. Je profite donc du Mois espagnol et sud américain.

Hambourg, Allemagne. Zorbas est un « chat grand noir et gros » (p. 17). La famille chez qui il vit depuis cinq ans part en vacances pour deux mois (un ami viendra le nourrir et nettoyer sa litière). « Deux mois pour se prélasser dans les fauteuils, sur les lits, ou sortir sur le balcon, grimper sur les toits, aller jusqu’aux branches du vieux marronnier et descendre le long de son tronc jusqu’à la cour, où il retrouvait les chats du quartier. Il n’allait pas s’ennuyer. Pas du tout. » (p. 22).

En plongeant pour attraper un hareng, Kengah, la mouette argentée, a été touchée par « la peste noire » (p. 23), c’est-à-dire une nappe de pétrole lâchée par un pétrolier qui nettoie illégalement son réservoir et, après maints efforts, s’étant arraché les plumes qu’elle n’arrivait pas à nettoyer, arrive à voler tant bien que mal. Elle atterrit sur le balcon où Zorbas prend le soleil. « C’était mon dernier vol, croassa la mouette d’une voix presque inaudible, et elle ferma les yeux. (p. 30). Avant de mourir, Kengah fait promettre à Zorbas trois choses : de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas promet et court chercher de l’aide mais Kengah a pondu l’œuf et a rendu l’âme.

Je dois vous dire que Sepúlveda est un géant, il m’arrache des larmes, saloperie de pétrole ! L’intensité dramatique augmente mais Sepúlveda fait de l’humour avec les chats Secrétario, Colonello et Jesaitout que Zorbas a consultés. Quand ils arrivent sur le balcon, c’est trop tard pour Kengah, mais les quatre chats découvrent « l’œuf blanc taché de bleu » (p. 51) et enterrent la mouette sous le marronnier. Le code d’honneur des chats du port dit que la promesse d’un chat est la promesse de tous les chats. Pendant vingt jours, les chats étudient et Zorbas tient chaud à l’œuf tout contre son ventre jusqu’à ce que la coquille se craquelle. « Maman ! Maman ! cria le poussin qui avait quitté son œuf. » (p. 65). Zorbas, Secrétario, Colonello et Jesaitout s’attellent à nourrir l’oisillon et, après que le chat de mar, Vent-debout ait certifié que c’était une oiselle, ils décident de l’appeler Afortunata car elle « a eu la chance, la fortune de tomber sous notre protection » (p. 84). Afortunada grandit bien mais les chats se demandent toujours comment lui apprendre à voler… « Si on suit les instructions techniques et si on respecte les lois de l’aérodynamique, on peut voler. N’oubliez pas que tout est dans l’encyclopédie, affirma Jesaitout. » (p. 100).

Aussitôt acheté, aussitôt lu et chroniqué. Quel roman magnifique, d’une grande poésie ! Il parle d’animaux, d’humains et de leur folie avec le pétrole (s’il n’y avait que ça !), d’écologie, d’amitié, d’honneur, d’entraide. Un si court roman, tellement émouvant, tendre et puissant, qui parle de tant de choses… Le courage de cette mouette, l’amour de ce chat, la persévérance de cet oisillon et l’amitié des autres chats, un pur bonheur. Ce livre est un trésor comme Histoire d’une baleine blanche, un message engagé que les humains ne doivent pas ignorer. Si je peux, je reverrai avec plaisir le film d’animation, La mouette et le chat, qui lui est Italien.

Je mets ce coup de cœur dans Challenge lecture 2021 (catégorie, 13, un livre dont le titre comprend le nom d’un animal, 3e billet), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Mois espagnol et sud américain, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Mouette et Chat) et Projet Ombre 2021 (novella).

Big Girls de Jason Howard

Big Girls de Jason Howard.

404 éditions, collection 404 comics, avril 2021, 144 pages, 15,99 €, 979-1-03240-441-6. Lu en numérique, 295 pages (numéros 1 à 6), voir ci-contre en bas à gauche, 11,99 €, ISBN 979-1-03240-487-4. Big Girls (2020) est traduit de l’américain par Jason Howard himself et Fonografiks.

Genres : bande dessinée états-unienne, comics, science-fiction.

Jason Howard est un auteur et dessinateur de comics de Holt dans le Michigan. Du même auteur : The Astounding Wolf-Man avec Robert Kirkman au scénario (2007-2010) et Trees avec Warren Ellis au scénario (2014-2020). Pour Big Girls, il est – pour la première fois – seul au scénario et au dessin. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie NetGalley et 404 éditions que je voulais découvrir.

Une erreur… Personne n’a très bien compris laquelle… Le jargon scientifique… « Mais toutes les personnes qui l’employaient sont mortes à cause de l’erreur quelle qu’ait été l’intention originelle […]. » (p. 15). Les mâles se transforment à cause d’un méga-organisme et deviennent des « mecs géants, affreux et monstrueux » (p. 53), surtout ils détruisent et ils dévorent les humains. Ils deviennent des Jacks.

Il y a un endroit où l’humanité survit, c’est la Réserve. Ember, Apex et Devon sont les Big Girls, elles sont la Barrière qui protège la Réserve. Elles aident Tannik, le marshall supérieur du Cube (le centre de commande de la Réserve) à éliminer les Jacks. Mais Ember ne supporte plus de tuer, même des monstres…

Martin Martinez cache Alan, son fils de 3 ans qui est un géant pas encore transformé en Jack mais Alan est tué par le marshall et Martin rejoint Joanna alias Gulliver dans les Terres brisées. Joanna pense que « Les Jacks ne sont pas nécessairement des tueurs sans âme. » (p. 105) et elle veut tuer les Big Girls. Pour cela, elle a toute une armée de Jacks. « L’humanité a besoin de protecteurs. Mais pas que ce soit l’une d’entre vous. » (p. 253).

Avec les flashbacks, le lecteur comprend peu à peu ce qui s’est passé et quels liens les personnages ont (ou avaient). C’est foisonnant, violent (à ne pas mettre entre toutes les mains) et c’est super bien fait. Inspiré par Godzilla, ce comics est considéré comme un kaijû stories, kaijû signifiant bête étrange ou mystérieuse en japonais (l’auteur est sûrement influencé par le kaijû eiga, le cinéma japonais avec une bête monstrueuse dont Godzilla est une des plus connues).

Apparemment Big Girls est un phénomène dans la publication de comics. Je l’ai déjà dit, j’en lis peu, j’ai un problème avec les couleurs criardes… Mais celui-ci est une réussite tant au niveau des dessins que de l’histoire. Après le « the end ? », j’espère qu’il y aura une suite ! Les dernières pages sont des dessins bonus pleine page.

Une lecture pour La BD de la semaine et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 39, un livre dont le titre est dans une langue étrangère, 2e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 25, un comics), Jeunesse Young Adult #10 (préconisation à partir de 16 ans) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’impossible dimanche de Marek Hłasko

L’impossible dimanche (le huitième jour de la semaine) de Marek Hłasko.

Cynara (*), septembre 1988, 128 pages, ISBN 2-87722-001-X. (* il n’y a pas de lien car cette maison d’éditions a fermé en décembre 1993). Śliczna dziewczyna (Ósmy dzień tygodnia) (1957) est traduit du polonais par Anna Posner.

Genres : littérature polonaise, premier roman.

Marek Jakub Hłasko naît le 13 (ou 14) janvier 1934 à Varsovie (Pologne). Il est écrivain et scénariste. Il commence à écrire des nouvelles en 1951 et devient correspondant pour Trybuna Ludu (journal du Parti communiste polonais) mais il quitte la Pologne pour la France et voyage en Allemagne, en Israël et aux États-Unis. Il écrit des contes, des romans et des scénarios pour le cinéma. Il se donne la mort le 14 juin 1969 à Wiesbaden (Allemagne). Du même auteur : Le dos tourné (1964), La mort du deuxième chien (1965), La belle jeunesse (1966), Converti à Jaffa (1966), entre autres.

Varsovie, 1956. Agnès et Pierre s’aiment mais ils n’ont nulle part où consommer leur amour. La vie ne devait pas être facile… « On entendait le hurlement des locomotives, du côté de la gare de l’Est ; l’air humide était pénible à respirer ; ce n’était que visages en sueur et yeux cernés. » (p. 11). C’est jeudi, tout le monde attend dimanche. Agnès pour retrouver Pierre. Son père, Stefan, pour aller à la pêche. Son frère, Grégoire, pour que son amie vienne, si elle vient… En attendant, il picole. « C’est le XXe siècle, Agnès : Yseult vit dans un bordel et Tristan se soûle au bistrot du coin avec les souteneurs. » (p. 32).

« Les gens, dit-il. Les maudites (*), stupides gens, qui n’en ont jamais assez de leur petit enfer individuel et qui doivent toujours se mêler de celui des autres. » (p. 36). (* Je ne sais pas pourquoi maudites est au féminin pour gens, mais plus loin dans le roman, c’est de nouveau le cas, « Malheureuse nation ! Malheureuses gens ! » p. 100). Quant à Pierre, il essaie d’oublier les « mauvais moments du passé […]. Mais c’est dur d’oublier, je te le dis, Agnès. Il existe de ces histoires qu’il est sans doute impossible d’oublier. » (p. 46-47).

Les vieux sont désabusés, les jeunes sont désabusés… Tout est encore trop vif dans les mémoires, la guerre, les camps… « Nous sommes tous fatigués. Il y a deux choses en Pologne qui unissent les gens : la vodka et la fatigue. » (p. 75). Les individus ont été broyés et avilis par l’État, ils n’arrivent plus à avoir de vie personnelle, d’intimité, de liberté individuelle et ils vivent comme s’il n’y avait pas d’avenir pour eux.

L’intensité dramatique augmente au fur et à mesure des pages d’autant plus que le dimanche tant attendu, il pleut… « Mais pourquoi justement le dimanche ? demanda son père sur un ton désolé. Pourquoi est-ce qu’il doit pleuvoir le dimanche ? – C’est une manœuvre des communistes. Pour qu’il soit plus difficile d’aller à l’église. » (p. 98). J’aime ce genre d’humour un peu absurde mais ce roman reste tragique.

Marek Hłasko est un grand nom de la littérature polonaise de la deuxième moitié du XXe siècle et je ne le connaissais pas avant de le repérer sur le blog de Goran. Il (pas Goran, Marek Hłasko) aurait pu être acteur comme James Dean ou chanteur comme Jim Morrison mais il était Polonais et écrivain, j’écris ça parce qu’il est mort jeune (35 ans, overdose d’alcool et de barbituriques) et qu’il fut une idole dans le monde littéraire (il est considéré comme le Kerouac polonais). J’ai l’impression qu’il mélange son vécu et son ressenti avec la fiction. C’est un auteur que je suis contente d’avoir découvert en tout cas mais je ne sais pas si je pourrai lire d’autres titres (car il n’y a rien d’autre dans les médiathèques…).

J’ai lu cet auteur pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 5, un livre d’un auteur polonais) et je le mets également dans 2021 cette année sera classique (année de parution, 1957).

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang.

Fleuve, collection Outre Fleuve, mai 2018, 368 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-26511-786-0. Gudu Shenchu (2016) est traduit du chinois par Michel Vallet. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Science-fiction, mai 2019, 384 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26629-267-2.

Genres : littérature chinoise, science-fiction, nouvelles.

Hao JINGFANG naît le 27 juillet 1984 à Tianjin (nord-est de la Chine). Elle étudie la physique à l’université Tsinghua de Beijing puis l’économie et la gestion. Elle est autrice de science-fiction (romans, nouvelles) et d’un essai sur la culture. L’insondable profondeur de la solitude est son premier livre traduit en français et la nouvelle Pékin Origami 北京折叠, 2015) reçoit le Prix Hugo en 2016 (premier auteur chinois à recevoir ce prix). Vous comprenez le chinois ? Vous pouvez alors suivre son activité sur son blog officiel.

J’ai lu ce recueil de nouvelles fin novembre 2020 et ma note de lecture attend depuis… Pourquoi ? Parce qu’il y a 11 nouvelles – dont certaines en plusieurs parties – et que je m’étais mise en tête de parler de toutes les nouvelles ! J’imagine bien le billet de 4 ou 5 pages alors je vais faire plus court (j’ai pris trop de notes en fait).

Dans une introduction, Hao Jingfang explique que les nouvelles ont été écrites entre 2010 et 2016 et que celle de Pékin Origami a été conçue « comme la première partie d’un roman » (p. 5) mais le projet n’est pas encore finalisé.

Pékin Origami (en 5 parties) – Lao Dao, 43 ans, célibataire, employé au centre de traitement des ordures, vit à Pékin. La ville est divisée en trois espaces qui vivent en alternance grâce à un basculement genre pliage (d’où origami). Lao Daol vit dans le troisième espace (celui où habitent les plus pauvres) mais il est investi d’une mission. « Je n’ai pas le temps de m’expliquer. Je dois me rendre dans le premier espace. Dites-moi comment. » (p. 10). Cette nouvelle parle de la surpopulation et de l’aliénation selon le statut social.

Au centre de la postérité – Ah Jui, 22 ans, violoniste, mariée à Chen Jun, arrive à la Royal Academy of Music à Londres. Elle veut passer un master de composition. « Ah Jiu n’était pas douée pour l’interprétation mais pour la composition. Elle en était sûre, et tous les professeurs qu’elle avait eu depuis son enfance le reconnaissaient. […] Elle aimait la composition musicale au point d’en faire son langage. » (p. 65). Mais durant sa troisième année d’études, la Terre est envahie par des « hommes d’acier », des extraterrestres venant d’une « planète lointaine ». Une nouvelle qui plaide pour la culture, plus importante que tout.

Le chant des cordes (5 parties) – Pendant le concert de la Symphonie n°2 de Mahler, Résurrection, une explosion fait fuir le public. Nous retrouvons les « hommes d’acier », ces extraterrestres qui s’en prennent à la Terre sauf « les villes anciennes [et] les lieux liés à l’art » (p. 94). Et s’il était possible de détruire la Lune, sur laquelle les extraterrestres ont établi leur base, avec la musique (oscillations, résonance…) ? Plusieurs musiciens et scientifiques se réfugient à Shangri-la. Comme la nouvelle précédente, cette nouvelle est une réflexion sur la liberté et la domination.

Le dernier des braves (3 parties) – Sijie47, poursuivi par des drones, se réfugie dans ce qu’il pense être l’entrepôt d’un supermarché mais c’est en fait un dépôt de munitions surveillé par Pannuo 32, un vieil inoffensif. Inoffensif, vraiment ? Cette nouvelle développe le clonage et la désobéissance.

Le théâtre de l’univers – Glasgow, hiver 2099. C’est l’ère du Céphalocène, « l’ère du partage des cerveaux » (p. 167). Elaine rencontre un musicien de rue ce qui devenu très rare. Elle qui déplore la disparition des rituels et des fêtes qui marquaient la civilisation est ravie. « […] qu’est-ce qui l’a poussée [l’humanité] à abandonner son agressivité pour se sociabiliser ? Les fêtes. » (p. 173). Mais A n’est pas qu’un simple chanteur de rue… Cette nouvelle met en parallèle passé et futur.

Question de vie ou de mort (2 parties) – Un Pékinois rentre tranquillement chez lui lorsqu’il est heurté par une Maserati. Il se réveille dans une ville inconnue où tout est gris. « Il ne savait toujours pas s’il était mort. » (p. 184). L’ambiance de cette histoire est particulière, elle délivre un message philosophique différent mais elle est angoissante.

Le palais Epang (13 parties + 3 épilogues) – Alors qu’Ah Da disperse les cendres de ses parents dans la mer, il s’endort sur le petit bateau et se retrouve devant une île inconnue. « [une] plage, une petite montagne et une végétation luxuriante […] une pierre dressée, presque masquée, au bord d’un bosquet. » (p. 230). Il découvre une grotte avec « des statues similaires aux soldats en terre cuite de Xi’an » (p. 232). Il ramène la statue de l’empereur Qin Shi Huang (ancienne de deux mille ans) chez lui. Celui-ci lui propose de participer au concours de reconstruction du palais d’Epang. Prenons-nous nous-mêmes des décisions ou sommes-nous influencés par ce et ceux qui nous entourent ? « Fleuves et montagnes changent, seul le pouvoir est éternel ! » (p. 278). Et si le passé était lié au présent et inversement ? C’est étrange parce que c’est ce qui est (en partie) développé dans le roman La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron que j’ai lu récemment.

L’envol de Cérès (3 parties) – Sur Cérès, les enfants de l’école primaire Anya attendent le bibliothécaire, Monsieur Ronning, avec impatience. Celui-ci arrive de Mars à bord d’un vaisseau. De l’importance de la lecture (même si les livres sont dématérialisés) et de l’imagination. Mais « les sentiments n’ont pas leur place dans le déroulement de l’histoire humaine. » (p. 317) parce que Mars a besoin de l’eau de Cérès… de toute l’eau de Cérès. Cette nouvelle entre dans le Challenge de la planète Mars car les humains vivent sur Terre (où c’est apparemment le chaos), sur Cérès et sur Mars (qui est une des 3 parties de la nouvelle). D’ailleurs, voici un extrait. « Vu à haute altitude, l’hémisphère Nord de Mars semble constitué d’une vaste mer azur aux vagues magnifiques qui s’étend sur des milliers de kilomètres. À mesure que l’on se rapproche du sol, cette vaste mer se fragmente en d’innombrables parcelles, lacs de tailles diverses entrecroisés de fleuves. […] Ce sont des toits, les toits des villes. Les toits de Mars sont recouverts d’immenses panneaux solaires de silicium. » (p. 303-304).

La clinique dans la montagne – Han Zhi s’est perdu dans le parc qui est maintenant fermé. Son épouse, Andun, va s’inquiéter d’autant plus qu’il devait acheter deux biberons pour leur bébé, Xiao Peng. Han Zhi a 32 ans, il est maître de conférences à l’université mais son beau-père aimerait qu’il gagne plus d’argent. Ce n’était pas une dispute mais « Han Zhi était sorti de la maison et avait pris un bus direct pour la banlieue. » (p. 331). Ses pas le conduisent en fait à la clinique de la montagne où vit son ami, Lu Xing. Et ça va changer sa vie ! En bien ou en mal, ça…

La chambre des malades – Qi Na et Han Jie travaillent dans un hôpital. « Dis-moi, quel sens y a-t-il à continuer à vivre quand on en arrive là ? » (p. 367). Exaspéré par son ami, Ah Paul, qui ne lui donne pas de nouvelles et passe son temps à surfer sur les réseaux sociaux, Qi Na décide d’essayer les électrodes des malades… Les dangers du repli sur soi et des réseaux sociaux trop présents dans les vies humaines.

Le procrastinateur – Ah Chou doit rendre un projet de recherche le lendemain matin mais il n’arrive pas à le rédiger… Ses camarades de chambre ne peuvent pas l’aider mais « Ah Yan sourit jusqu’aux oreilles : Je t’avais bien dit de t’y mettre plus tôt, et que les articles étaient long à résumer. » (p. 376) et « Ah Dan rampa hors du lit : […] C’est encore quand je m’y mets au dernier moment que le résultat est le meilleur […] . » (p. 377). Syndrome chinois, travailler, toujours, et toujours plus ?

Un bon recueil de nouvelles de science-fiction par une jeune Chinoise (déjà la science-fiction a été interdite en Chine pendant longtemps donc la science-fiction chinoise débute mais le fait que l’autrice soit une femme, récompensée en plus, est rare). Ci-dessus, j’ai écrit bon et pas excellent parce que je pense que les nouvelles sont de qualité inégale, premièrement j’aurais aimé m’attacher plus aux personnages et deuxièmement, avec plusieurs parties, certaines nouvelles sont trop longues… (ou la traduction pas très bonne…). Toutefois, pour découvrir les problèmes de la société chinoise, et de l’humanité en général (parce que c’est l’humain qui est toujours mis en avant), c’est un bon recueil de nouvelles qui amène le lecteur à réfléchir non seulement sur le présent mais aussi sur le futur parce que vraiment beaucoup de thèmes sont abordés (il y en a ainsi pour tous les goûts).

Un recueil que je mets dans Challenge de la planète Mars (pour la nouvelle L’envol de Cérès), Challenge lecture 2021 (catégorie 19, un recueil de nouvelles, 2e billet), Littérature de l’imaginaire #9, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

L’énigme de la porte Rashomon de I.J. Parker

L’énigme de la porte Rashomon – Une enquête de Sugawara Akitata de I.J. Parker.

Belfond, février 2007, 456 pages, épuisé, ISBN 978-2-71444-224-6. En poche chez 10/18, avril 2008, 512 pages, épuisé, ISBN 978-2-26404-637-6. Rashomon Gate (2002) est traduit de l’américain par Mélanie Blanc-Jouveaux.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, sur le Japon.

I.J. Parker naît en 1936 à Munich en Allemagne. Elle étudie d’abord à l’Université de Munich puis se rend aux États-Unis où elle passe une maîtrise à l’Université du Texas (1962) et un doctorat à l’Université du Nouveau-Mexique (1971). Elle épouse Anthony R. Parker et devient Américaine. Elle enseigne les langues étrangères à l’Université Norfolk de Virginie puis se consacre à l’écriture. Puisqu’elle est spécialiste de l’histoire et de la culture japonaises, elle crée l’enquêteur Akitada Sugarawa en 1997 dans la nouvelle Instruments of Murder publiée dans Alfred Hitchcock’s Mystery Magazine (Prix Shamus). L’énigme de la porte de Rashomon paraît en 2002, suivront L’énigme du paravent des enfers (2003), L’énigme du dragon-tempête (2005, qui serait en fait le tome 1), L’énigme de la flèche noire (2006), L’énigme du second prince (2007), Le sabre du condamné (2009) et 14 autres titres (2010-2019) non traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel.

Kyôto, XIe siècle. Orphelin de père, Sugiwara Akitada, 30 ans, est clerc de justice confirmé au ministère de la Justice où il s’ennuie. Il vit avec sa mère, ses deux jeunes sœurs et ses deux serviteurs : Seimei, 60 ans, le vieux serviteur de la famille Sugiwara, devenu scribe et intendant est son secrétaire particulier, et Tora, 20 ans, est son jeune serviteur touche à tout.

Alors qu’un corps décapité a été retrouvé à la porte Rashomon, Hirata, l’ancien professeur de Droit d’Akitada, lui demande de résoudre une énigme de chantage. Voici donc Akitada qui retourne à l’université mais en tant que maître de conférences. Akitada est proche de ce professeur chez qui il a vécu et il est attiré par sa fille unique, Tamako, 22 ans.

Voilà pour les personnages principaux et il y aura bien sûr les autres professeurs et les étudiants de l’université.

« Quoiqu’elle fût une simple couverture destinée à faciliter ses allées et venues dans l’enceinte de l’université, sa mission d’enseignement avait pris des proportions inquiétantes, car Akitada jugeait impossible de duper des jeunes gens brillants s’il ne se montrait pas à la hauteur de sa tâche. » (p. 38).

Akitada découvre une université différente de celle qu’il a fréquentée des années auparavant. Moins de subventions, pauvreté, mauvaise nourriture malgré les efforts du cuisinier, étudiants obligés de travailler, dissensions entre professeurs… « Les professeurs sont-ils toujours aussi hostiles les uns envers les autres, ou bien toutes ces chamailleries sont-elles dues à ce qui s’est passé au printemps dernier ? » (p. 99).

De plus, depuis la mort de son grand-père, le jeune seigneur Minamoto Sadamu, 11 ans, a été laissé ici par un certain seigneur Sakanoue mais celui-ci « s’était débarrassé du garçon au plus vite, sans même respecter un délai convenable » (p. 83) d’autant plus qu’il a épousé la sœur (15 ans) et quitté le domaine seigneurial…

Alors que tout le monde se rend à la fête du printemps, Akitada trouve dans le parc une jeune fille assassinée, celle-là même qui prenait un cours de luth avec le professeur Sato. Le capitaine de police Kobe mène l’enquête mais n’a pas les mêmes idées qu’Akitada. Un étudiant est arrêté, Nagai Hiroshi, surnommé Lapin. Puis, après la fête de Kamo, c’est le professeur Oe qui est retrouvé égorgé. « Rashomon connaissait des temps difficiles. À présent, rarement gardée, elle était devenue le repaire des vagabonds, des voleurs en tout genre et des rebuts des provinces. La nuit, comme les gens ordinaires évitaient soigneusement l’endroit, il était le refuge idéal des criminels. » (p. 307-308).

Akitada va résoudre quatre meurtres, celui du prince Yoakira, le grand-père du jeune Sadamu, un de ses élèves, celui d’Omaki, la jeune fille qui étudiait le luth, celui du professeur Oe et celui du professeur Hirata. Pour cela il va être aidé par Seimei (tout ce qui est administratif) et par Tora (sur le terrain). C’est parfois un peu long mais I.J. Parker maîtrise bien ses connaissances sur le Japon féodal du XIe siècle et le lecteur apprend beaucoup de choses.

Deux bémols. Les Japonais utilisent le nom de famille alors que l’autrice utilise leur prénom (c’est pourquoi j’ai utilisé également les prénoms dans ma note de lecture) et qu’elle écrit avec une mentalité plus américaine que japonaise. J’ai été surprise que ce tome, annoncé comme un premier tome, soit en fait le deuxième puisqu’il y a plusieurs références aux événements qui se sont précédemment déroulés dans L’énigme du dragon-tempête.

Mais les personnages et les descriptions sont agréables donc à découvrir pour ceux qui aiment les romans historiques policiers et le Japon ! Malheureusement les autres titres sont majoritairement épuisés chez Belfond et il n’y a que trois titres encore disponibles chez 10/18

Lu durant la Semaine à mille pages pour Un mois au Japon, je mets ce roman dans Hanami Book Challenge (menu 1, Au temps des traditions, sous-menu 1, Pour la gloire de l’empereur), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour la célèbre Porte Rashomon) et Polar et thriller 2020-2021.

Mémoires du masque (3 tomes) de Kim Jung-Han

Mémoires du masque de Kim Jung-Han.

Asuka (il n’y a plus de lien car la maison d’éditions a vécu de 2004 à 2009). La série (2004) est traduite du coréen par Chung Jin.

Genres : bande dessinée coréenne, manwha, policier, fantastique.

Kim Jeong-Han ou Kim Jung-Han (김정한) naît le 8 novembre 1970 en Corée du Sud. Il est manwhaga depuis 1993.

Tome 1, septembre 2004, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-027-7. Renversée par un camion, In-Hae s’en sort avec « une lésion cérébrale infime et quelques ecchymoses » (p. 12) donc elle retourne au lycée le lendemain mais, depuis l’accident, elle fait des cauchemars et les filles dont elle rêve sont atrocement assassinées : Jung Da-Bin dans une baignoire, Sun-Young dans les couloirs du lycée… Et Kim Sang-Hyun, un lycéen, lui apprend qu’il se sent menacé et que son amie Mi-Jung a disparu. L’enquête n’avance pas d’autant plus que l’inspecteur Lee (pourtant le meilleur) est remplacé par une profileuse coréenne mais qui a vécu et étudié aux États-Unis, Lee Chae-Yeon. « Les tuer pour les tuer, ça ne colle pas… Il y a sûrement une raison. » (p. 160).

Tome 2, janvier 2005, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-025-5. Sang-Hyun et In-Hae enquêtent de leur côté car elle peut voir le meurtrier. « Que je le veuille ou non, ma vie dépend de toi… Je vais te protéger quoiqu’il arrive. Alors, ne crains rien. » (p. 14). Je ne peux rien dire de plus sans vus dévoiler l’intrigue…

Tome 3, juillet 2005, 176 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-037-4. Tout s’accélère et… Rhaaa, je n’ai pas la suite, je pensais que c’était une trilogie ! J’ai trouvé la trace d’un tome 4 mais en coréen et je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français, rhaaa… !

Mémoires du masque est une très bonne série policière – tant au niveau des dessins que du scénario – avec un côté fantastique voire horreur mais je crains de ne jamais connaître la fin…

Je sais que c’est encore Un mois au Japon mais je voulais honorer le Challenge coréen #2 ! Je mets aussi dans La BD de la semaine et BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 58, un livre qui est dans votre PAL depuis longtemps, les trois y sont depuis leurs achats à leurs dates de parution), Des histoires et des bulles (catégorie 37, un manga non japonais, franga, manhua, manwha…) et Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique horreur). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai.

Cambourakis, collection Irodalum, septembre 2010, 192 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-91658-954-1. Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó (2003) est traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. C’est l’édition que j’ai lue mais il est paru en poche : Actes sud Babel, n° 1466, mai 2017, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-330-07818-8.

Genres : littérature hongroise, roman sur le Japon, fantastique.

László Krasznahorkai naît le 5 janvier 1954 à Gyula (sud-est de la Hongrie). Il étudie le Latin, le Droit puis la Littérature (thèse sur Sándor Márai) et commence à écrire. Il est écrivain (nouvelles, romans, essais, scénarios) et reçoit plusieurs prix littéraires. Du même auteur : Tango de Satan (Gallimard, 2000), La mélancolie de la résistance (Gallimard, 2006), Guerre et guerre (Cambourakis, 2013), Seiobo est descendue sur Terre (Cambourakis, 2018) et Le dernier loup (Cambourakis, 2019). Si vous comprenez le hongrois, vous pouvez visiter son site officiel (en fait, je plaisante, son site est en anglais !).

Un homme sort de la gare et déambule dans Fukuine, un petit quartier du sud-est de Kyôto. C’est un matin ensoleillé mais « l’endroit était désert » (p. 10). Il longe un mur qui ne lui permet pas de voir de l’autre côté même si ça grimpe. « La porte ne se trouvait pas là où il l’avait imaginée, à peine eut-il le temps de s’en rendre compte qu’il se trouvait à l’intérieur, il était impossible de saisir comment on entrait, on y était, voilà tout […]. » (p. 14).

Cet homme est le petit-fils du prince Genji et il est en fait dans un immense monastère, sûrement Enryaku-ji sur le mont Hiei qui surplombe Kyôto (et pas le Kinkaku-ji, le Pavillon d’or, comme j’ai pu le voir dans deux ou trois billets, et qui n’est pas en montagne). « Il se dit en lui-même : que Bouddha, dans sa grande miséricorde, m’éclaire et m’oriente dans ma quête. » (p. 43). « Il se dit en lui-même : que Bouddha, dans sa grande miséricorde, me dise si cette quête a un sens. » (p. 44).

Une phrase qui explique le titre sans rien dévoiler du roman : le site de ce monastère « répondait pleinement aux quatre grandes prescriptions : être protégé au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau […]. » (p. 68-69).

Ce roman atypique est, en 50 chapitres, un labyrinthe comme le labyrinthe des ruelles de Kyôto avec ses petites maisons, sa végétation (magnolia, ginkgo…) et ses portes (Chûmon, Nandaimon…). Au fur et à mesure que le petit-fils du prince Genji avance dans le monastère, le lecteur découvre les bâtiments, la végétation, les œuvres en bois de hinoki… C’est que ce livre est construit sur le modèle de Cent beaux jardins, un livre illustré qui « était tombé par hasard entre ses mains, il l’avait feuilleté et fut immédiatement captivé […]. » (p. 108). Son jardin préféré est le centième et il rêve un jour de le voir en vrai. Mais le livre disparaît mystérieusement de la bibliothèque du prince !

Je me pose des questions. Le petit-fils du prince Genji a lu pour la première fois ce beau livre durant la dernière décennie de la période Tokugawa (1603-1868) donc entre 1860 et 1868. Et les jardins ont été cherchés mais « il était extrêmement difficile, voire impossible, d’identifier la ville, la localité, ou la région » (p. 109) alors « le petit-fils du prince décide de tout stopper » (p. 110) sous la dynastie Meiji (1868-1912). Un peu d’histoire ferroviaire : le premier train japonais relie Tôkyô à Yokohama en 1872 et la ligne pour Kyôto ne voit pas le jour avant 1877. Donc le lecteur peut imaginer que cette histoire se déroule dans la seconde moitié du XIXe siècle. Or, lorsqu’il attend son train à la gare de Keihan, le petit-fils du prince Genji observe « un employé des chemins de fer […] cloîtré dans son local de service, l’œil rivé sur le tableau signalétique électronique du trafic ferroviaire » (p. 20). Alors le petit-fils du prince Genji serait-il immortel jusqu’à ce qu’il retrouve son livre bien-aimé et qu’il voit son jardin préféré ? Ou serait-il un fantôme ?

J’avoue que je n’ai pas réellement accroché… D’habitude je ne suis pas hermétique aux textes japonais mais ici c’est un auteur hongrois (j’ai déjà lu de la littérature hongroise bien sûr mais je connais peu) et je ne sais pas quoi penser… Je suis certainement moins emballée que Rachel qui m’a fait découvrir ce titre et cet auteur en début de mois… C’est vrai que l’écriture est belle, toute en poésie et l’ambiance, les descriptions m’ont plu mais je n’ai pas percuté pour l’histoire du petit-fils du prince Genji… Peut-être que ce n’était pas le moment pour moi de lire ce roman… En tout cas, je peux saluer les connaissances de l’auteur sur le Japon, sur Kyôto en particulier.

En même temps que ce livre, j’ai emprunté Le dernier loup également paru chez Cambourakis mais plus récemment (2019), plus court (80 pages) et sur un autre thème et je le lirai parce que cet auteur hongrois m’intrigue tout de même !

En attendant, je place Au nord par une montagne… dans Un Mois au Japon et Hanami Book Challenge pour le menu Au temps des traditions et le sous-menu Le temps abandonné (ce roman est fait pour ce menu !) et aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 38, un livre sur le thème du voyage, pour ce voyage à Kyôto, 3e billet), Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour nord, sud, ouest, est) et Voisins Voisines 2021 (Hongrie).