Terminus de Tom Sweterlitsch

Terminus de Tom Sweterlitsch.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 448 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-226-43993-2. The Gone World (2018) est traduit de l’américain par Michel Pagel.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, science-fiction.

Tom Sweterlitsch étudie la littérature et la théorie culturelle à l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie) où il vit avec sa famille. Il travaille comme bibliothécaire puis écrit un premier roman, Tomorrow and Tomorrow qui devrait être porté à l’écran par Matt Ross. Terminus est son deuxième roman et sera lui aussi porté à l’écran mais par Neill Blomkamp (très bonne idée, j’ai beaucoup aimé District 9 et Elysium !). Une interview de l’auteur est disponible sur le site de l’éditeur [lien].

Shannon Moss, 27 ans, est une agent spéciale du NCIS (Naval Criminal Investigation Service). Elle est dans un programme ultra-secret créé au début des années 1980 : des agents temporels explorent des futurs potentiels et ont vu que la fin de toute vie sur Terre serait au XXVIIe siècle. Mais, après une mission qui l’envoie en 2199, Shannon se voit pendue la tête en bas… Elle est récupérée par une équipe mais elle souffre d’hypothermie, de graves brûlures, d’amnésie et elle perd une jambe. Elle est de plus contaminée par des NET, des particules : « – Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ces NET ? Qu’est-ce qu’il y a en moi ? […] – On ne sait pas d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent, répondit son instructeur. Elles ne veulent peut-être rien du tout. On les appelle nanoparticules à effet tunnel, et on les pense extra-dimensionnelles – jaillies du Trou Blanc, le deuxième soleil que vous avez vu. À un point de notre futur, elles provoquent l’événement que nous appelons le Terminus. » (p. 18). Mais, à chaque visite dans un futur potentiel, les agents racontent que la date du Terminus avance et ce de plus en plus rapidement.

1997. Shannon est appelée en pleine nuit car Patrick Mursult, 48 ans, un Navy Seal, a massacré sa famille (son épouse, leur fils, leur fille) à Cricketwood Court à Canonsbourg. Or, c’est là que Shannon a grandi et la maison était celle de la famille de son amie d’enfance, Courtney Gimm, assassinée à l’âge de 16 ans. Marian, 17 ans, la fille aînée de Mursult, a disparu. Shannon est envoyée dans le futur (en 2015-2016) à bord du Colombe Grise pour découvrir des informations et essayer de sauver Shannon. C’est que Mursult a été agent temporel pour les missions du Zodiaque mais le vaisseau sur lequel il servait, l’USS Balance a disparu dans les Eaux Profondes, comme huit vaisseaux sur les douze envoyés. Comment Mursult a-t-il pu revenir sur Terre et fonder une famille ? Et est-il raisonnable de ramener de la technologie du futur pour l’utiliser dans le présent ?

Ce roman, à la fois enquête policière et à la fois science-fiction, avec le thème du voyage dans le temps, est parfaitement construit. Il y a des mots comme multivers, quantique, Vardogger… mais rien de compliqué à comprendre, c’est avant tout un genre de thriller avec le FBI et le NCIS. Il y a de plus des passages poétiques qui atténuent l’horreur de la situation (ou plutôt des situations, puisque futurs potentiels !). « Moss savait que des montagnes se dressaient autour d’elle mais ne les voyait pas – sinon comme des poches d’obscurité gigantesques qui éteignaient les étoiles. » (p. 81).

Ma phrase préférée. « Rien ne disparaît, rien ne s’achève. Tout existe. Tout existe à jamais. La vie n’est qu’un rêve, Shannon. Le moi est l’unique illusion. » (docteur Wally Njoku, p. 116).

Une fois n’est pas coutume, je ne sais pas si ce roman passionnant et vraiment original fait l’unanimité mais voici les avis d’Albédo, d’Apophis, de Dionysos, de Lorkhan, de Xapur qui ont été scotchés et il y en a d’autres.

Une excellente lecture pour Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky

Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky.

Actes Sud, avril 2019, 160 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-330-12114-3. Baba Dunjas letzte Liebe (2015) est traduit de l’allemand par Isabelle Liber.

Genre : roman allemand.

Alina Bronsky naît en 1978 à Iekaterinbourg (Sibérie, Russie). Elle est journaliste et autrice. Depuis quelques années, elle vit en Allemagne (elle écrit en allemand) avec ses trois enfants (à qui elle parle en russe). Son premier roman : Scherbenpark (2008) réédité sous le titre Broken Glass Park (2010). D’autres romans suivent mais peu sont traduits en français : Cuisine tatare et descendance (Actes Sud, 2012) que j’avais repéré mais pas lu et Ma vie n’est pas un roman (Actes Sud Junior, 2019).

En mars 1986, Baba Dounia avait « cinquante ans et quelques » (p. 12) et elle était aide-soignante. Elle a dû quitter Tchernovo avec son mari, Yegor. Elle n’était pas inquiète car leur fille, Irina, étudiait à Moscou et leur fils, Alexei, randonnait dans les montagnes de l’Altaï. Vingt ans après Tchernobyl (les habitants n’utilisent pas ce nom, ils appellent la catastrophe « le réacteur »), Baba Dounia est de retour à Tchernovo avec quelques anciens qui veulent vieillir en paix malgré les radiations toujours présentes. « Quand c’est arrivé, le réacteur, je peux dire que j’étais de ceux qui s’en tiraient bien. Mes enfants étaient en sécurité, mon mari n’en avait plus pour longtemps de toute façon et, à l’époque, j’avais déjà la peau dure. Au fond, je n’avais rien à perdre. Et j’étais prête à mourir. » (p. 14). Mais Baba Dounia ne meurt pas, elle va vivre, cultiver son jardin, aider ses voisins… Sa plus proche voisine, Maria, est une bavarde hypocondriaque qui vient de perdre son coq bien-aimé (Constantin, le coq suit le lecteur tout au long du livre en entête de paragraphe, c’est qu’il y a des fantômes à Tchernovo !) mais il lui reste une chèvre. Parmi les autres habitants, Petrov, Sidorov, Lenotchka, les Gavrilov… Baba Dounia se débrouille bien, elle a récupéré sa petite maison, le puits est à côté, elle vit avec une chatte qui attend des petits et elle a assez pour se nourrir avec le jardin et une serre qui avait été bricolée par Yegor. « La région est fertile. » (p. 15) ! « – Maman, tu sais quand même ce que c’est, la radioactivité. Tout est contaminé. – Je suis vieille, plus rien ne peut me contaminer, moi. Et quand bien même, ce ne serait pas la fin du monde. » (p. 18).

Baba Dounia est une veuve « décapante » (comme le dit l’éditeur) ! Parfois, malgré la difficulté, elle se rend à la ville voisine, Malichi, à pieds (plusieurs kilomètres !) puis en bus pour quelques achats et surtout la poste. C’est que sa fille Irina, médecin, lui envoie des lettres et des colis d’Allemagne. Un jour Baba Dounia reçoit une lettre de sa petite-fille bientôt majeure, Laura, qu’elle n’a jamais rencontrée mais la lettre est écrite dans une langue qu’elle ne comprend pas. De l’allemand ? Qui va pouvoir l’aider ? Baba Dounia n’est pas au bout de ses peines et va encore vivre des expériences incroyables ! Car, dans ce roman, inspiré de personnages réels, il y a un mariage, l’arrivée d’un père avec une fillette (ce qui est plutôt surprenant vu la contamination), un meurtre entre autres, bref une sacrée ambiance !

Ma phrase préférée : « Ce que je me demandais, c’est si la région pourra un jour oublier ce qu’on lui a fait subir. Dans cent ou deux cents ans ? Est-ce que les gens vivront ici heureux et insouciants ? Comme avant ? » (Petrov, p. 100).

Je vous conseille vivement Le dernier amour de Baba Dounia, c’est intense, drôle, enlevé ; je l’ai lu d’une traite car je me suis laissée happée, comme si j’y étais (les radiations en moins dans mon salon !). Baba Dounia est un beau personnage, inspiré d’une vieille dame qui a vraiment existé et qui a fait la Une des journaux russes et internationaux. Elle est attachante, et tellement attaché à son village, sa maison, ses voisins, qu’elle y retourne et que les voisins (une petite dizaine, les personnes âgées qui, comme Baba Dounia n’ont plus rien à perdre, rien à craindre) reviennent aussi et vivent là comme si (presque) rien ne s’était passé. Ils sont vieux, malades, isolés mais mieux vaut mourir chez soi que dans une ville inconnue ou un hôpital ; ils sont libres et heureux et c’est ce qu’ils veulent.

En fait, un très très beau roman à lire absolument !

Une lecture coup de cœur pour le tout nouveau challenge Les feuilles allemandes (une excellente idée d’Eva pour l’anniversaire de la chute du mur de Berlin).

De pierre et d’os de Bérengère Cournut

De pierre et d’os de Bérengère Cournut.

Le Tripode, août 2019, 219 pages, 19 €, ISBN 978-2-37055-212-9.

Genre : littérature française.

Bérengère Cournut naît en 1980. Elle a déjà écrit des contes, des textes (illustrés) pour la jeunesse et Née contente à Oraibi (Le Tripode, 2016) sur les Indiens Hopis.

Une nuit, Uqsuralik a mal au ventre, elle se lève et sort de l’igloo. « L’air glacé entre dans mes poumons, descend le long de ma colonne vertébrale, vient apaiser la brûlure de mes entrailles. Au-dessus de moi, la nuit est claire comme une aurore. La lune brille comme deux couteaux de femmes assemblés, tranchants sur les bords. Tout autour court un vaste troupeau d’étoiles. » (p. 11). Elle entend un craquement et se rend compte que la banquise se sépare ! Son père, attiré par le bruit, a le temps de lui tendre une amulette (une dent d’ourse), une peau et un harpon (mais la flèche se casse) avant que le morceau de banquise ne l’éloigne. Uqsuralik est séparée de sa famille, livrée à elle-même sur ce morceau de banquise qui dérive. Mais, tout à coup, surgissent Ikasuk (la meilleure chienne de son père) et quatre chiots, ils étaient enfouis sous un monticule de neige. « Je suis seule – avec cinq chiens fraîchement sortis du néant. » (p. 14). « Ma seule chance de survivre est de rejoindre un bout de terre, une de ces montagnes au loin. » (p. 15). « J’ignore combien d’obstacles me séparent du rivage et des autres humains. » (p. 16).

De pierre et d’os est un beau texte, bien écrit, mais j’ai vraiment l’impression que l’autrice raconte les images d’un documentaire… C’est plus un récit ethnologique qu’un roman (je n’utilise pas ethnographique car l’autrice n’a pas été sur le terrain). De plus… Les chiots attaquent et Uqsuralik ne peut pas les retenir à chaque fois… Elle est « obligée » d’en tuer un qui se jette sur elle… « Je ramène le chien encore chaud entre les murs de l’igloo, je remets la porte en place et je le dépèce. Sa viande est infecte, mais le sang tiède ramène la vie en moi. » (p. 19). J’ai déjà supporté l’ignominie dans Sauvage de Jamey Bradbury, je ne me sens pas de lire un autre livre du même genre… Je poursuis un peu en diagonale… Non seulement elle mange le chiot mais elle jette les restes aux trois autres qui, affamés, se jettent dessus… Comme les Inuits parlent peu, le livre est agrémenté de chants qui racontent leur vie, leurs peines, etc., comme Le chant du père (le premier chant) : « Aya aya ! / La nuit est tombée / Nous avons marché / La banquise s’est brisée / Aya aya ! / J’avais une fille / L’eau a ouvert sa bouche / Pour me l’enlever / […] » (p. 22).

Au bout de plusieurs jours de marche, et après avoir compris que le géant légendaire de l’île ne veut pas d’elle sur son île, elle rencontre un groupe de trois familles en traîneaux avec leurs chiens. Ils la surnomment Arnaautuq, ce qui signifie garçon manqué. Au bout de quelques saisons, naît Hila, une petite fille, mais le père Tulukaraq a disparu avec son kayak. « […] je ne suis pas en paix. » (p. 104).

Je ne sais pas si je vais continuer, il (ou elle) regarde ceci ou cela, il (ou elle) dit ceci ou cela, il (ou elle) fait ceci ou cela… Tout est tellement précis, pointilleux que la lecture en devient laborieuse… (Je l’ai finalement terminé en diagonale). Toutefois ce livre est instructif avec la vie des Inuit, les légendes, les esprits, le chamanisme… Mais ce n’est pas ce que je recherchais dans ce roman qui n’en est pas vraiment un (les 200 et quelques pages m’ont paru très longues…). Il a cependant reçu le Prix du roman FNAC. En fin de volume, il y a un cahier de photographies (en noir et blanc).

Une lecture pas indispensable pour moi que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2019 (dans la rubrique Une histoire venue de loin).

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau.

Ankama, collection Étincelle, novembre 2017, 272 pages, 19,90 €, ISBN 979-1-03350-478-8. Cette série est traduite (et adaptée) de l’espagnol par Pau, Domhnall Campbell et Élise Storme.

Genres : bande dessinée espagnole, fantastique.

Pau, de son vrai nom Rodríguez Jiménez-Bravo, naît le 1er janvier 1972 à Palma de Majorque en Espagne. Plus d’infos sur son ancien blog, http://escapulanews.blogspot.com/ (en espagnol) et sur son nouveau site, https://www.escapula.com/ (octobre 2019, toujours en espagnol). Pour ceux qui ne parlent pas espagnol (comme moi !), une interview de Pau sur ActuaBD.

Le village de Kanina a été attaqué alors que les habitants préparaient la fête des chiots. Atlas et Axis étaient en forêt. Canuto, mourant, leur apprend que « Un bateau est arrivé, ils nous ont attaqué par surprise… […] Vers le nord. Ils étaient tout blancs et fort poilus. Il y avait des chiens, des loups… […] Le bateau était noir et la voile rouge… Argh ! Leurs capes… retenues par des fibules comme celle-ci… » (p. 12) avant de rendre l’âme. Erika et Raposa ne sont pas parmi les cadavres : « Ils les ont sûrement emportés. » (p. 13). Erika est la sœur d’Atlas et Axis est amoureux d’elle. Les deux chiens sont inexpérimentés mais ils se mettent vaillamment en route ! Séparé d’Axis, Atlas continue seul et rencontre Mika, une chienne dont le village a aussi été massacré par les Vikiens. Puis, après avoir retrouvé par hasard Axis, ils repartent ensemble et rencontrent Miel, une charmante ourse qui tient un bar et qui les aide à aller au nord. Plus tard, Atlas entend parler de Khimera et il réagit que c’est la légende sur laquelle Canuto menait des recherches : la légende de l’os Khimera et de la gamelle d’abondance. « On dit que celui qui la trouvera n’aura plus à se soucier de chercher de la nourriture. » (p. 80). Atlas et Axis repartent à l’aventure avec un riche savant qui veut ramener un Tarse du Sabakistan. Avec leur nouvel ami, Tuman, un chien de traîneau, ils apprennent que « Il ne faut pas abuser des animaux. » (p. 109). Lui et sa meute sont les descendants de Chienghis Khan !

Dans le monde de Pangea, il n’y a que des animaux et les personnages principaux de cette histoire sont des chiens mais le lecteur rencontre brebis, chèvres, ourse, gloutons, loups, un vieux chat sage… Et même un survivant mammouth laineux et un féroce dinosaure ! Il y a de belles couleurs et une belle ambiance, avec des rencontres et des amitiés (j’aime bien Miel, la vieille ourse).

En fin de volume, un cahier spécial avec des images et des planches exclusives car Pau a commencé ses ébauches en 1995, a arrêté son projet devant le manque d’enthousiasme des éditeurs, a travaillé comme animateur dans un hôtel à Minorque (île espagnole dans les Baléares) puis a repris son idée de projet avec les chiens pendant des années jusqu’à ce qu’il trouve un éditeur, Ankama. Cette intégrale réunit 4 tomes : tome 1, 84 pages, novembre 2011, tome 2, 84 pages, février 2013, tome 3, 64 pages, novembre 2015 et tome 4, 64 pages, septembre 2016, soit un travail colossal durant des années ! Ci-dessous, les 4 visuels pour que vous ayez une idée des personnages, des aventures et de l’ambiance.

Cette bande dessinée qui mêle légendes et histoire (destruction de la Pangea en plusieurs continents qui se séparent et apparition des humains) est une belle réussite, idéale pour les jeunes lecteurs, je veux dire les ados. Mon personnage préféré est Tundra, le mammouth laineux (qui, comme ses ancêtres disparus, a bien du mal à supporté la chaleur). Il y a des pointes d’humour (humour cabot !) et l’auteur raconte avec subtilité pourquoi la haine, la guerre et la souffrance des animaux, c’est mal.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD 2019-2020, Contes et légendes 2019 (pour la catégorie Épiques aventures), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Plus de BD de la semaine chez … (lien à venir).

Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer

Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer.

Les éditions du Typhon, février 2019, 230 pages, 20 €, ISBN 978-2-490501-02-1. Eltonsbrody (1960) est traduit de l’anglais (Guyana) par Benjamin Kuntzer.

Genres : littérature guyanienne, fantastique.

Edgar Mittelholzer naît le 16 décembre 1909 à New Amsterdam en Guyane britannique (devenue Guyana). Son premier roman, Corentyne Thunder, signe le début de la littérature de Guyana en 1938. Après un séjour à Trinidad où il se marie (en 1942), il s’exile en Angleterre (en 1947) où il rencontre Leonard et Virginia Woolf qui deviennent ses éditeurs ; il est ainsi le premier auteur caribéen à trouver le succès en Europe. Mais, dépressif, à cause de la couleur de sa peau, il se suicide le 5 mai 1965.

Une maison d’éditions inconnue de moi ! Un auteur de Guyane britannique, devenue Guyana, inconnu de moi ! Un roman fantastique, à la limite du gothique, dont l’éditeur dit : « Dans la lignée des chefs-d’œuvre d’Edgar Allan Poe, de H.P. Lovecraft et de John Carpenter, Eltonsbrody captive en faisant imploser le réel. Intriguant et obsédant, le roman happe le lecteur en le confrontant à l’empire des pulsions. ». À noter que ce titre inaugure la collection Les hallucinés « dédiée à une littérature étrange, inclassable, venue du monde entier ». Ni une ni deux, Eltonsbrody a atterri chez moi ! Et participera au challenge Cette année, je (re)lis des classiques #2 (puisqu’il est paru originalement avant 1970), un classique de Guyana, dingue !

Mr Woodsley, le narrateur, est un jeune peintre en visite à la Barbade. Mais, en ce week-end de Pâques 1958, les deux hôtels et la pension de famille de l’île sont complets… Il s’installe donc à Eltonsbrody (bâti en 1887) chez Mrs Dahlia Scaife, veuve du Dr Scaife. Une particularité : Mrs Scaife est Anglaise alors que le Dr Scaife était un Noir de la Barbade (à l’époque, ça faisait jaser mais les gens respectaient tout de même cette union car Scaife était docteur donc utile à la communauté). « Mr Woodsley, avez-vous déjà été submergé par l’horreur et la joie en même temps ? » (p. 36). Malgré l’atmosphère bizarre et le vent, les premiers jours sont agréables mais la situation se dégrade après le décès de Grégory, le petit-fils de Mrs Scaife… « J’ai l’impression que vous avez une imagination extraordinairement morbide, Mrs Scaife. J’irais même jusqu’à dire malade. » (p. 58).

Peu à peu, la tension monte… « […] ces deux jours m’ont convaincu qu’elle était plus qu’une excentrique. Cette femme est folle. Un silence s’ensuivit. Nous contemplâmes la nuit par la vitre. La fenêtre devant laquelle nous nous trouvions se mit subitement à trembler frénétiquement, comme si une main puissante l’avait agrippée et cherchait à la réduire en morceaux. Le vent sifflait à travers les fissures avec une frustration furieuse, et des courants d’air nous entourèrent de leurs tentacules glacials. La maison tout entière semblait vibrer sous la pression du vent. » (p. 128). Avec cet extrait, vous pouvez apprécier le choix des mots et voir qu’il y a toute une ambiance avec le vent, plus loin ce sera avec la mer et les escarpements dangereux et aussi avec les odeurs et les couleurs.

Bon, je n’ai pas été terrifiée (peut-être parce que j’ai lu ce roman dans la journée et pas durant la nuit) mais j’ai été saisie par le style de l’auteur (je me demande bien s’il n’est pas ici traduit en français pour la première fois !) et l’ambiance qui s’alourdit peu à peu dans cette maison, avec des questionnements, des craintes, non seulement au sujet de la vieille Mrs Scaife mais aussi des événements étranges et même des morts ! Une belle découverte donc avec un éditeur à suivre et un auteur qui sera peut-être à nouveau traduit en français. Par contre, est-ce que l’auteur met de son mal-être d’être métis, d’être « de couleur », dans ses écrits, je ne saurais le dire, je ne peux faire confiance qu’en ce qu’en dit l’éditeur.

Ce roman paru en février 2019 est à la fois un roman de la Rentrée littéraire de janvier 2019 et un classique puisqu’il est originellement paru en 1960 : comme je l’ai dit plus haut, je le mets donc dans Cette année, je (re)lis des classiques #2 (parution originale avant 1970) et, en plus, un classique de Guyana, c’est rare ! Il entre aussi dans Littérature de l’imaginaire #7.

Le patient de Timothé Le Boucher

Le patient de Timothé Le Boucher.

Glénat, collection 1000 feuilles, avril 2019, 296 pages, 25 €, ISBN 978-2-34402-807-0.

Genres : bande dessinée française, thriller.

J’avais beaucoup aimé Ces jours qui disparaissent (l’histoire, le thème, le dessin, l’ambiance) et j’avais noté cet auteur illustrateur pour lire sa bande dessinée suivante. Je remets ce que j’avais écrit sur Timothé Le Boucher : né le 25 octobre 1988, il est scénariste, dessinateur et coloriste de bande dessinée. Il étudie à l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Il vit actuellement à Strasbourg. Du même auteur : Skins party (Manolosanctis, février 2011), Vivre dessous (Manolosanctis, août 2011), Les vestiaires (La Boîte à bulles, mai 2014) et Ces jours qui disparaissent (Glénat, septembre 2017). Plus d’infos sur son blog.

Une petite ville. La nuit. Une jeune femme ensanglantée erre, un couteau à la main. Elle est arrêtée par la police. « C’est la petite Grimaud. – Celle qui est débile ? » (p. 7). Chez Laura Grimaud, rue des Corneilles, tout le monde est mort, poignardé, les parents, les petits frères et sœur, le cousin… Oh, le frère, Pierre, 15 ans, est encore en vie ! Il est le seul survivant du « massacre de la rue des Corneilles ». Six ans après, à l’hôpital, il sort du coma ! Il est très fatigué, souffre d’une « tétraparésie de réanimation » (p. 20), « ses progrès en rééducation sont faibles » (p. 20), il se réveille la nuit en hurlant car il a « quelques souvenirs de la nuit du drame » (p. 20) et voit un être d’ombre sur lui. Il est suivi par la doctoresse Babette Cotteau (qui est épuisée à cause de ses longues journées et du nombre de patients qu’elle doit traiter) et il va être suivi par une psychologue, Anna Kieffer. Pierre communique de plus en plus. « Heureusement je lisais beaucoup… C’était en quelque sorte ma délivrance. Ça m’a éveillé. » (p. 77). Pierre pense que sa sœur aînée était innocente, qu’il y avait un homme en noir ce soir-là, le même homme qui le hante mais, sous hypnose, la mémoire peut jouer des tours…

Le patient est tout aussi beau au niveau du graphisme (beaux dessins épurés, beaucoup de choses dans les regards, les apparences, les non-dits) et bien mené que Ces jours qui disparaissent mais il traite un thème différent : Pierre Grimaud est-il le patient que l’on pense ? A-t-il vraiment envie de se souvenir de cette soirée d’enfer ? En plus le lecteur découvre le monde hospitalier de façon réaliste, un monde à part avec ses patients et ses membres du personnel qui ont pourtant leur propre vie. Cette excellente bande dessinée est un thriller psychologique captivant : tout y est troublant, les personnages (en particulier Pierre, bien sûr, mais pas que), l’ambiance, et jusqu’à la fin bien flippante : ce jeune auteur se révèle machiavélique !

Pour La BD de la semaine, le challenge BD 2019-2020 et Polar et thriller 2019-2020. Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

La débusqueuse de mondes de Luce Basseterre

La débusqueuse de mondes de Luce Basseterre.

Mu, avril 2017, 304 pages, 18 €, ISBN 979-10-92961-63-8.

Le livre de poche, mars 2019, 384 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-253-82016-1.

Genres : littérature française, science-fiction.

Luce Basseterre naît en 1957 à Toulon et vit quelques années au Québec. Elle est nouvelliste et romancière (son premier roman est Les enfants du passé paru en 2016 aux éditions Voy’el). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.lucebasseterre.fr/ et sur sa page FB. Sont annoncés cet automne, Le chant des Fenjicks (Mu, est-ce une suite à La débusqueuse de mondes ?) et La Belle, la Bête et l’Éléphant à vapeur (Voy’el) que j’ai très envie de lire !

Otton est un Humain esclave de Racha Kan, amiral du Katamengo, il est encore en vie car « les Humains, de viande bon marché, devinrent pourvoyeurs de rêve. » (p. 9) grâce à une amélioration cybernétique.

Koba est un Fenjick cyber-amélioré, un vaisseau vivant, un « grand squale cosmique » (p. 18). « L’espace est mon milieu naturel, mon domaine, mon terrain de chasse. » (p. 13).

Koba possède des rémoraées, ou SoVIA, qui servent d’éclaireurs et analysent les données. Leurs noms ? Tupix, Choupix, Pafix, Onyx et Foutix : j’adore, ça fait Astérix !

À bord de Koba, la capitaine D’Guébachakarakt – mais on dit simplement D’Guéba – une grenouille Caudata, débusqueuse de mondes depuis 38 ans.

Les chapitres alternent entre ces trois narrateurs, Otton, Koba et D’Guéba.

Koba et D’Guéba découvrent une planète bleue. « Du passé de ce système, nous ne savons rien. Il apparaît dans l’index galactique chaleck comme stérile et inhabité. D’autres sources évoquent les traces d’une civilisation disparue. » (p. 18). « C’est sinistre , une planète abandonnée. Autant une planète vierge peut être belle, autant une planète morte est pathétique. » (p. 20).

Sur cette planète, Otton est le seul survivant du crash du Katamengo ; il est recueilli à bord de Koba et rencontre D’Guéba. « Débusqueuse de mondes : je recherche des planètes exomodelables, les ensemence et assure le suivi du processus. Lorsqu’elles sont colonisables, je les revends à des gouvernements qui ont besoin d’évacuer leur population. Mes derniers clients en date sont des Humains. » (p. 38).

Bien sûr, D’Guéba veut exomodeler cette planète bleue devenue rouge à cause de la pollution et la vendre mais Otton a reconnu la Terre et veut la revendiquer puisqu’il y était avant D’Guéba ! « Je ne sais pas grand-chose de la Terre de mes ancêtres. Quelque deux millénaires se sont écoulés depuis l’Exode. » (p. 47-48).

L’espace est vaste, peuplé de différentes espèces (des reptiliens, des insectoïdes, des hybrides…) et dans chacune de ces espèces, il y a des explorateurs, des flibustiers, des débusqueurs de mondes, des chasseurs de primes, des pirates, etc. J’imagine bien l’apparence de certaines… euh… bestioles, d’autres moins mais ce roman est très imagé, très inventif, je l’ai dévoré un dimanche (de mauvais temps) et j’aimerais vraiment en avoir plus (peut-être d’autres aventures de D’Guéba, Koba et Otton paraîtront-elles un jour ?).

Une phrase qui m’interpelle : « Si nous ne pouvons rien faire d’utile, alors, nous avons le devoir de regarder afin de témoigner, par respect pour la mémoire de ceux qui perdent leur vie dans cette ignoble tuerie. » (p. 342).

Une lecture extraordinaire, merveilleusement bien construite, à dévorer en poche si vous n’avez pas pu avoir l’exemplaire broché des éditions Mu (ce qui est mon cas).

Pour le challenge Littérature de l’imaginaire #7 (je rappelle qu’octobre est le mois de l’imaginaire).