Une histoire de tempête de Hubert Mingarelli

Une histoire de tempête de Hubert Mingarelli.

Les éditions du Sonneur, collection Ce que la vie signifie pour moi, septembre 2015, 47 pages, 8 €, ISBN 978-2-916136-89-9.

Genre : nouvelle.

Hubert Mingarelli naît le 14 janvier 1956 en Lorraine ; il vit en montagne en Isère. Il est écrivain (romans, nouvelles) et scénariste ; il a reçu plusieurs prix littéraires. J’ai eu la chance de le rencontrer et de parler avec lui, il faudrait que je retrouve les photos… En tout cas, je vous reparlerai de cet auteur qui écrit depuis la fin des années 80 mais que je n’ai découvert que récemment.

Un écrivain s’est installé dans une maison qu’on lui a prêtée dans une petite ville portuaire et, le soir, il observe les bateaux qui reviennent au port. Mais il est déçu car il n’a encore rien écrit de bien… « Écrire ailleurs que chez moi ne m’avait jamais rien valu. » (p. 10). Il décide alors de partir le lendemain et continue d’observer les bateaux au fur et à mesure que le soleil disparaît. Mais un inconnu vient s’asseoir près de lui en lui annonçant qu’il va se jeter dans l’eau et qu’il veut parler à quelqu’un avant d’agir ! Parler « de l’eau, et de tout ce que j’ai sur le cœur », dit-il (p. 16). L’écrivain fait semblant d’écouter l’homme : « Il a continué à parler. On aurait dit qu’il ne s’arrêterait jamais. » (p. 21) mais, pendant ce temps, il pense aux trois seules pages qu’il a écrites et à l’histoire qu’il veut raconter.

Mon passage préféré : « Une bonne page est un ami sincère. Il marche à côté de vous. Il vous murmure de belles choses. Non, il vous murmure des choses encore plus belles que ça. Je n’avais depuis longtemps besoin de personne d’autre que cet ami-là. Une bonne histoire est un château imprenable. Voilà pourquoi j’écrivais. Je travaillais beaucoup. » (p. 33-34).

La collection Ce que la vie signifie pour moi est le titre d’une nouvelle de Jack London (d’ailleurs éditée dans cette même collection [lien]). Et, qu’est-ce que la vie signifie ? Signifie-t-elle la même chose pour un homme et pour un écrivain ? Ce récit montre bien que non. Et qu’est-ce que la tempête ? Celle qui fait rare dehors ? Ou celle qui fait rage dans la tête de quelqu’un ? Une histoire particulière qui fait réfléchir au sens de la vie et au sens de l’écriture.

Pour La bonne nouvelle du lundi et pour le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « bleu » (le livre est bleu et l’eau, l’océan font bien sûr penser à cette couleur).

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Tristesse de la terre d’Éric Vuillard

Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody d’Éric Vuillard.

Actes Sud, collection Un endroit où aller, août 2014, 176 pages, 18 €, ISBN 978-2-330-03599-0. Existe en Babel, n° 1402, août 2016, 176 pages, 6,80 €, ISBN 978-2-330-06558-4.

Genres : récit historique, biographie.

Éric Vuillard, né le 4 mai 1968 à Lyon, écrit depuis 1999 ; il est aussi réalisateur et scénariste. Il vient de recevoir le Prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour que j’ai très envie de lire mais en attendant, voici Tristesse de la terre qui m’a fait apprécier son style.

Chicago, 1893, « pendant que l’Exposition universelle célébrait la révolution industrielle, Buffalo Bill exaltait la conquête. » (p. 12). Buffalo Bill, ancien ranger, devenu acteur et créateur du spectacle Wild West Show, voulait « révolutionner l’art du divertissement » (p. 17) car « […] le spectacle et les sciences de l’homme commencèrent dans les mêmes vitrines, par des curiosités recueillies sur les morts. » (p. 14). Le chef indien Sitting Bull se joint à sa troupe et c’est pour la promotion du nouveau spectacle qu’est prise la célèbre photo où Sitting Bull et Buffalo Bill se serrent la main !

C’est l’histoire d’une époque durant laquelle « le premier zozo venu pouvait fonder une ville, devenir général, homme d’affaires, gouverneur, président des États-Unis » (p. 21) ! On est à la fin du XIXe siècle, il y a de nombreux massacres d’Indiens, William Cody alias Buffalo Bill crée la ville de Cody dans le Wyoming, un de ses amis crée le premier Luna Park à Coney Island… Mais, malgré sa célébrité et sa richesse, Buffalo Bill est un homme sujet au découragement et à la déprime, il est terriblement seul et angoissé. « Le succès est un vertige. » (p. 38). Il est le créateur du divertissement de masse, du reality show. Qu’est-ce que le spectacle ? Le plaisir du spectacle ? « On ne sait pas. Et on s’en fiche. On aime le vertige, se faire peur, s’identifier, hurler, crier, rire, pleurer. […] Le spectacle tire sa puissance et sa dignité de ne rien être. » (p. 85-86). Et que reste-t-il ? Des photographies, souvent montées de toutes pièces, des noms, des souvenirs et aussi des mensonges qui sont pourtant devenus Histoire. « Que c’est étrange une photographie. La vérité y vit comme incorporée à son signe. » (p. 145).

Un récit biographique de Buffalo Bill (personnalité mythique des États-Unis) court mais d’une grande intensité avec un rétablissement de certaines vérités historiques (certains événements qu’on croit être historiques – ou qu’on a vu dans les westerns ! – sont en fait légendaires, soit inventés soit tronqués). Tristesse de la terre, qui a reçu plusieurs prix en 2014 et 2015 (Prix d’une vie par Le Parisien magazine, Prix Folies d’encre, meilleur récit de l’année par Lire magazine, Prix Joseph Kessel) est à lire absolument si vous vous intéressez à l’Histoire des États-Unis, au sort des Amérindiens, au monde du spectacle et si vous voulez savoir pourquoi il y a des bisons en Europe !

Dans un autre registre, Enna propose pour le mois de février un African American History Month Challenge qui concerne les États-Unis avec les Noirs-Américains. Je ne sais pas encore si je vais participer, il faut que je vois ce que j’ai en stock mais si ça vous intéresse, allez vous inscrire !

Throwback Thursday livresque 2018-3

Troisième participation au Throwback Thursday livresque 2018… Pour ce jeudi 18 janvier, le thème est « la meilleure héroïne ».

Je vais donc vous présenter Smog of Germania de Marianne Stern avec Viktoria (l’héroïne du roman) même si j’ai préféré les personnages masculins de Jeremiah et de son frère Maxwell mais ce premier tome d’une trilogie steampunk tourne autour de Viktoria, fille unique du Kaiser Wilhelm II, et d’ailleurs ces trois personnages principaux sont sur la couverture. 😉

L’Enfant et le Maudit, 1 de Nagabe

L’Enfant et le Maudit (tome 1) de Nagabe.

Komikku, mars 2017, 196 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-37287-197-6. Totsukuni no shôjo とつくにの少女, pré-publié dans Comic Blade en 2015 et paru chez MAG Garden Corporation en 2016, est traduit du japonais par Fédoua Lamodière.

Genres : manga, shônen, fantastique, dark fantasy.

Nagabe ながべ naît un 1er août ; il est mangaka (dessinateur et scénariste) depuis 2013 ; il vit et travaille à Tokyo. Plus d’infos sur son tumblr, sur pixiv.net et sur son compte TW.

Sheeva, une fillette, vit avec le Professeur dans une maison en forêt avec une jolie clairière. Un peu plus loin, il y a le village d’Oléa, abandonné, mais ils y trouvent de quoi se nourrir. Sheeva n’a pas le droit de toucher le Professeur ou de sortir seule sans sa permission à cause d’une malédiction. Elle espère que sa tante va bientôt venir la chercher et un jour, elle aperçoit une silhouette. Est-ce quelqu’un qui vient de l’extérieur ?

Il y a deux mondes : l’Intérieur habité par les humains et l’Extérieur habité par de monstrueuses créatures. « Pour protéger la population de l’intérieur… Nous devons supprimer toute menace potentielle ! Pas de pitié pour les êtres de l’extérieur. » (p. 114). Et une légende avec deux dieux : celui de la Lumière et celui des Ténèbres.

La fillette est toute blanche et de blanc vêtue (symbole de pureté ?) ; le Professeur est tout noir, de noir vêtu, il a un long bec et une tête de bouc (symbole de la malédiction ?).

Ce manga fantastique est un conte noir, mystérieux, intriguant qui parle de la dualité dans une incroyable ambiance tout en finesse et en poésie. C’est une réflexion sur l’humanité et la figure de l’étranger. Le contraste entre le noir et le blanc est intense, superbe et les dessins sont expressifs et d’une grande beauté.

J’ai hâte de lire les tomes suivants pour en savoir plus ! Pour l’instant, au Japon, il y a 4 tomes de parus et la série est en cours.

À noter que le sous-titre, Siúil a Rún, (qui se traduit par Va mon amour) est une chanson traditionnelle irlandaise du XIXe siècle, interprétée entre autres par le groupe Clannad en 1976 (vidéo ci-dessous, 3e titre à 4’26) et, plus récemment par Cécile Corbel (2012) et Nolwenn Leroy (2012).

Une lecture pour La BD de la semaine et les deux challenges BD, Un max de BD en 2018, et Littérature de l’imaginaire et Raconte-moi l’Asie #3.

Throwback Thursday livresque 2018-2

Deuxième participation au Throwback Thursday livresque 2018… Pour ce jeudi 11 janvier, le thème est « possible (lueur d’espoir) ».

Je vous présente donc le beau roman français Une plage au Pôle Nord d’Arnaud Dudek et un extrait publié avec ma note de lecture : « Une longue histoire, assez compliquée. Bref. Il va mieux grâce à elle. Et elle grâce à lui. Je crois qu’ils… s’épaulent. Drôle de duo, hein ? Le jour et la nuit. Le pôle Nord et la plage de sable… » (p. 109) pour vous dire que l’amour est toujours possible à tout âge. 🙂

Sérum de Pedrosa et Gaignard

Sérum de Cyril Pedrosa et Nicolas Gaignard.

Delcourt, Hors collection, octobre 2017, 160 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-7560-6591-5.

Genres : bande dessinée, science-fiction.

Cyril Pedrosa naît le 22 novembre 1972 à Poitiers. Il étudie à l’École des Gobelins puis se consacre à la bande dessinée. Du même auteur : Ring Circus (4 tomes entre 1998 et 2004), Les aventures spatio-temporelles de Shaolin Moussaka (3 tomes entre 2004 et 2006), Les cœurs solitaires (2006), Trois ombres (2007), Paroles sans papiers (2007), Brigade fantôme (2 tomes entre 2007 et 2009), Premières fois (2008), Autobio (2 tomes entre 2008 et 2009), Portugal (2011), Les équinoxes (2015).

Nicolas Gaignard naît le 1er août 1973 au Mans. Il étudie les Arts graphiques et les Beaux-Arts. Il travaille à Paris dans le cinéma d’animation et Sérum est la première bande dessinée qu’il illustre.

Paris 2050. Kader est contrôleur du parc éolien pour Éolia ; il vit dans la zone de transit, porte un bracelet d’identification ; est séparé de son épouse, Heike, et voit très peu leur fille, Lucy. La Ve république a été remplacée par l’Union nationale et le le mot d’ordre du nouveau gouvernement est transparence mais, dans cette société soi-disant démocratique, plutôt totalitaire, les retraités et les handicapés travaillent, la population est rationnée et surveillée et un couvre-feu instauré. Depuis quelques semaines, le logo d’une organisation clandestine, ARV, apparaît sur des murs ou des piliers. Kader a-t-il un lien avec les membres de cette organisation ? Il y a quatre ans, il a reçu une substance, la zanédrine, et il est obligé de toujours dire la vérité ce qui n’est pas du tout facile à vivre. « Et moi je vous réponds. Je réponds aux questions de tout le monde d’ailleurs. Avec ce putain de sérum, je suis devenu tellement transparent que je n’existe même plus. » (p. 85).

Vu chez Mo en novembre dernier et bien sûr en librairie, j’avais très envie de lire cette bande dessinée et j’ai bien fait ! Cette dystopie (*) cynique et déprimante fait froid dans le dos et le lecteur se demande horrifié si un tel régime pourrait s’installer dans notre pays dans si peu de temps… Politiques qui mentent, corruption, pollution, contrôle médical accru, surveillance, censure, rationnement, etc. Pour certaines choses, on y est déjà et pour d’autres on y est presque, il suffit de pas grand chose… Comme le dit l’éditeur, le trait de Nicolas Gaignard est élégant, d’une élégance sobre, froide, terne dit Mo, qui sied merveilleusement bien au sombre scénario de Cyril Pedrosa qui m’a bien surprise car j’avais lu Trois ombres qui est totalement différent. Si vous aimez les histoires d’anticipation ou si vous êtes simplement curieux, je vous conseille cette bande dessinée qui fait réfléchir à un possible avenir pas très avenant mais plausible.

(*) Dystopie : récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée, entre autres, comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. […] L’impact que ces romans ont eu sur la science-fiction a souvent amené à qualifier de dystopie toute œuvre d’anticipation sociale décrivant un avenir sombre. (source Wikipédia)

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Littérature de l’imaginaire et Petit Bac 2018 (titre mot unique).

Throwback Thursday livresque 2018-1

J’ai un peu de retard pour la première participation au Throwback Thursday livresque 2018… Pour le jeudi 4 janvier, le thème est « un livre dont j’ai envie de parler (donc tout simple, un livre de votre choix pour bien commencer 2018) ».

Comme j’avais eu un gros coup de cœur pour Roland est mort de Nicolas Robin, j’ai lu le nouveau roman de cet auteur français l’automne dernier : Je ne sais pas dire je t’aime de Nicolas Robin et l’auteur parle de la vie, les gens, l’amour avec tendresse et humour, j’aime énormément. 🙂