L’affaire est close de Patricia Wentworth

L’affaire est close : une enquête de Miss Maud Silver de Patricia Wentworth.

10/18, collection Grands détectives, n° 3378, février 2002, réédition novembre 2016, 320 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-26403-275-1. The Case is Closed (1937) est traduit de l’anglais par Bernard Cucchi.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Patricia Wentworth – de son vrai nom Dora Amy Elles – naît le 10 novembre 1878 à Mussoorie (Uttarakhand, Inde) où son père est général de l’armée. Elle étudie en Angleterre puis retourne en Inde où elle se marie au lieutenant-colonel Georges Dillon et écrit dans des journaux. Après le décès de son mari, elle retourne en Angleterre avec ses enfants puis se lance dans l’écriture de romans et épouse George Turnbull, lieutenant-colonel lui aussi mais qui deviendra son assistant. Elle meurt en 1961 à Camberley (Surrey, Angleterre), laissant une œuvre conséquente avec les séries Benbow Smith (1929-1937), Inspecteur Lamb (1939-1942), Frank Garrett (1936-1940), d’autres romans policiers indépendants, d’autres romans historiques ou sentimentaux (1910-1915, ses premiers romans en fait), trois recueils de poésie (1910-1945-1953) et surtout la série la plus importante, Miss Silver (1928-1961).

L’affaire, c’est l’affaire Everton. Et, elle est close parce que Geoffrey Grey, 28 ans, est en prison depuis un an. Il aurait tué son oncle James. Marion, son épouse, a perdu leur bébé, né trop tôt… Son amie et cousine, Hilary Carew, est persuadée que le jeune homme est innocent. Mais que faire ? Hilary a rompu ses fiançailles avec Henry Cunningham et s’est trompée de train ! Elle y rencontre une vieille dame inquiète qui tient un discours bizarre sur Marion et Geoffrey. « J’ai vécu une aventure, dans le mauvais train. D’abord, j’ai cru me retrouver enfermée avec une vraie cinglée et puis il s’est avéré que c’était une de tes amies. » (p. 19). La vieille femme est en fait Mrs Mercer, lui apprend Marion, « la gouvernante de la maison de James. » (p. 25) et elle a témoigné contre Geoffrey au procès.

Suite à la discussion qu’elle a eu avec Mrs Mercer, Hilary décide de reprendre l’enquête depuis le début et de prouver l’innocence de Geoffrey. Ce soir-là, Geoffrey a reçu un appel de James, qui était dans tous ses états, alors il est vite allé à Putney mais il l’a retrouvé mort à son bureau. Malheureusement, il a ramassé le pistolet par terre et a ouvert la porte du bureau aux domestiques, Mr et Mrs Mercer : il fait le coupable idéal même s’il clame son innocence ! « […] il était absurde de croire que Geoff avait tué son oncle. » (p. 36). D’autant plus que c’est Bertie (Bertram), un neveu qu’oncle James détestait qui hérite, même au détriment de son frère Frank (Francis), un vagabond alcoolique pour qui l’oncle James n’avait que peu de considération. Or Bertie et Frank ont tous deux des alibis en béton, trop peut-être ! Ou alors « Alfred Mercer avait abattu James Everton et Mrs Mercer avait menti pour le couvrir. » (p. 57) ?

De son côté Henry Cunningham voudrait quitter l’armée et « reprendre le commerce d’antiquités que lui avait légué, à sa grande surprise, son parrain Mr. Henry Eustatius […]. » (p. 73). Contre toute attente (n’oublions pas qu’elle a rompu les fiançailles), Hilary consulte Henry qui demande conseil à un ami qui lui propose de contacter Miss Silver. Le nom de Miss Silver n’apparaît qu’à la page 140 et Maud Silver apparaît physiquement à la page 144 : faut pas être pressé mais l’enquête ne traîne pas en longueur ! Miss Silver écoute, en tricotant, et elle est très utile à l’enquête de Hilary et Henry, elle apporte un regard extérieur. « Comprenons-nous bien, capitaine Cunningham, dit-elle de sa voix posée. Si vous m’engagez, vous m’engagez pour que je découvre des faits. Si je découvre quoi que ce soit sur ces personnes, je vous le communiquerai. Peut-être cela correspondra-t-il à ce que vous attendiez, peut-être pas. Les gens ne sont pas toujours heureux d’apprendre la vérité. Vous n’avez pas idée du nombre de fois où cela se produit. Très rares sont les gens qui cherchent à connaître la vérité. Ils veulent être confirmés dans leurs opinions, ce qui est une chose toute différente… très différente, oh oui. Je ne saurais vous promettre que ce que je découvrirai ira dans le sens de ce que vous pensez pour l’instant. » (p. 147).

Mais Marion va-t-elle accepter que Hilary enquête et enfin dire ce qu’elle sait ? « Ne refuse pas, je t’en supplie… ne refuse pas, ne refuse pas, ne dis pas non ! Tu ne risques rien. Cela ne fera aucun mal à Geoff. Marion, accepte ! […] Geoff est innocent. Derrière tout ça, il y a un sacré manipulateur qui a tout organisé pour que les apparences soient contre lui, mais il est innocent… je sais qu’il est innocent. » (p. 225).

L’affaire est close est la deuxième enquête de Miss Silver, parue en 1937 (la première étant Grey Mask parue en 1928). Il y a du suspense, des dangers, des rebondissements, des personnages bien intéressants (en particulier Hilary et Henry), j’ai passé un bon moment de lecture et je lirai d’autres enquêtes de Miss Silver à l’occasion. Lorsque L’affaire est close est paru aux éditions 10/18 en 2002, ce roman était inédit en français !

Dans la catégorie « détective en fauteuil » (armchair detective), la Miss Marple d’Agatha Christie « naît » en 1930 ; Miss Silver est donc son aînée puisqu’elle « naît » en 1928. Mais, il ne faut pas croire que Miss Silver reste chez elle à écouter Henry et à tricoter, elle va sur le terrain, d’abord pour se renseigner sur le couple Mercer, et ensuite pour se rendre en Écosse sur les traces de Bertie et Frank (je me doutais bien qu’ils étaient louches, les deux frères, trop d’alibis à eux deux, un seul chacun leur suffisait, eh bien ils en avaient plusieurs, c’était louche !).

Une agréable lecture pour le Mois anglais (qui est terminé mais j’ai bien lu ce roman en juin durant le challenge) et pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec affaire) et Polar et thriller 2019-2020.

Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo

Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo.

10-18, collection Grands détectives, janvier 2017, 358 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-264-06902-3. Kotô no oni 孤島の鬼 (1929) est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : littérature japonaise, roman policier.

Edogawa Ranpo 江戸川 乱歩… Edogaw pour Edgar, a ran pour Allan et po pour Poe, eh oui ! De son vrai nom HIRAI Tarô 平井 太郎 est né le 21 octobre 1894 à Mie (Japon). Fondateur du roman policier japonais, il crée pour ses 60 ans le Prix Edogawa Ranpo qui récompense chaque année – depuis 1955 – un roman policier. L’auteur est mort le 28 juillet 1965 mais le prix existe toujours.

Minoura a 25 ans lorsqu’il rencontre, dans l’entreprise où il travaille, la jolie Hatsuyo Kizaki qui devient sa fiancée. Mais Michio Moroto qu’il a connu étudiant, bien qu’homosexuel, la demande en mariage. Aucun des deux jeunes hommes ne l’épousera puisqu’elle est assassinée dans sa chambre fermée de l’intérieur. « Par n’importe quel moyen, je trouverai cet assassin. Et je nous vengerai ! » (p. 56). Minoura demande de l’aide à Kôkichi Miyamagi, un ami détective amateur mais, s’approchant trop près de la vérité, il est assassiné aussi, sans avoir pu « révéler le moindre détail de son raisonnement » (p. 66). Finalement, Minoura va devoir enquêter avec Moroto. « Si j’ai vu juste, il s’agit réellement d’un mystère sans précédent. On pourrait presque dire qu’il relève du surnaturel. » (p. 109).

J’ai acheté ce roman spécialement pour la lecture commune du 25 avril pour le Mois japonais. Mais je n’y allais pas à l’aveugle : je connaissais cet auteur puisque j’ai déjà lu des romans de lui (publiés chez Philippe Picquier) et je les avais beaucoup aimés. Ouvertement inspiré par Edgar Allan Poe principalement mais aussi Gaston Leroux, Maurice Leblanc, G.K. Chesterton et Arthur Conan Doyle – bref des auteurs de romans policiers ou de romans d’aventure – qu’il considère comme ses maîtres, Edogawa Ranpo ajoute à ses histoires sa patte (ses coups de griffe même !), sa réflexion bien sûr différente de celle des Occidentaux et donc l’exotisme de sa pensée japonaise. Mais ses romans ne sont pas qu’exotisme, ils dégagent un fort potentiel psychologique ; les clins d’œil à ses auteurs fétiches, les phrases adressées aux lecteurs, son humour délicat, le côté mystérieux et fantastique voire horreur m’emballent à chaque fois et je vous conseille fortement cet auteur. La vie tokyoïte au début du XXe siècle, l’énigme en chambre close, des détectives amateurs, un voyage sur une île isolée, des mystères, des monstres, un labyrinthe souterrain… Il y en a pour tous les goûts et pour tous les frissons !

Quelques extraits

« Minoura, allons-y ensemble. Joignons nos forces et trouvons le secret de cette île ! » (p. 212).

« C’est le fantasme du diable. L’utopie du démon. » (p. 322).

« Que dois-je faire ? M’attrister ? Mais le chagrin est trop grand pour que je m’attriste. Me mettre en colère ? Mais la haine est trop profonde pour que je me mette en colère… » (p. 323).

Une excellente lecture pour les challenges Classiques, Littérature de l’imaginaire, Polars et thrillers, Raconte-moi l’Asie, Un genre par mois (en avril, policier), Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo, et donc la lecture commune de ce 25 avril pour le Mois japonais organisé par Hilde et Lou (j’aurais voulu participer plus mais…).