Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa.

Actes Sud, juin 2017, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-07823-2. 旅猫リポート Tabineko ripôto (2015) est traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne.

Genres : littérature japonaise, littérature animalière.

ARIKAWA Hiro 有川 浩 naît le 9 juin 1972 à Kôchi (île de Shikoku). Habituellement elle consacre plutôt ses romans aux forces d’auto-défense japonaises avec des descriptions militaires et de la romance. Les mémoires d’un chat, totalement différent !, est son premier roman traduit en français.

Tokyo. Un chat errant d’un an, né au printemps. Un jeune homme, Satoru Miyawaki, célibataire, laisse le chat dormir sur le capot de son monospace et lui donne même à manger en échange de quelques caresses. Une nuit, ébloui par les lumières des phares, le chat est renversé par une voiture et gravement blessé à une patte arrière. Satoru l’emmène à la clinique vétérinaire puis l’installe chez lui. « […] j’avais pas encore de nom. D’ailleurs, même si j’en avais eu un, comment j’aurais pu lui dire ? Il ne comprend pas ma langue. Les humains, c’est vraiment des nuls, à part leur langue à eux, ils n’entravent rien. Pour ça, nous les animaux, on est totalement polyglotte, vous saviez ça ? » (p. 17). Le chat errant devient Nana car sa queue cassée ressemble au chiffre sept (nana signifie 7 en japonais). Mais, au bout de cinq ans de vie commune et de bonheur partagé, Satoru, pour un problème indépendant de sa volonté, ne peut plus garder Nana… Il va prendre la route avec Nana pour rendre visite à ses anciens amis (qui habitent loin de Tokyo, à Kyoto, ou même à la campagne, sur l’île de Hokkaido même) pour savoir qui peut prendre Nana.

Vous l’avez compris, avec l’extrait ci-dessus, c’est Nana qui parle, mais en fait il y a deux sortes de chapitres. Il y a ceux où Nana est le narrateur effectivement et c’est vraiment drôle : les chats ont un sacré humour et… peu de modestie ! « Quand même, tu peux te vanter d’avoir un chat exceptionnellement intelligent, tu ne trouves pas ? » (p. 80). Et il y a ceux où la narration est partagée par Satoru (la rencontre et la cohabitation, puis le voyage puisque le roman se transforme en road movie) et par les amis qu’il retrouve avec leurs souvenirs (enfance, adolescence, etc.) et là, le ton est beaucoup plus grave puisque Nana – et le lecteur par la même occasion – va découvrir la vie, le passé (pas joyeux joyeux…) de Satoru et peu à peu comprendre pourquoi il ne peut plus garder Nana. « J’ai un peu de mal à me séparer de Nana, je ne le nie pas. » (p. 140).

Quelques mots sur les amis de Satoru. Il y a l’ami de l’école primaire, Kôsuke Sawada, l’ami d’enfance donc, qui habite à Kyôto. Il y a l’ami du collège, Daigo Yoshimine, l’ami d’adolescence, qui habite à la campagne, dans une ferme, donc avec des animaux. Il y a ensuite les amis du lycée, Shûsuke Sugi et son épouse, Chikako, amis conservés à la fac, qui tiennent une auberge autorisée aux animaux au pied du Mont Fuji. Et on se rend compte de toute l’importance de la scolarité au Japon avant d’entrer dans le monde du travail !

Nana bien sûr est triste que son humain ne puisse plus le garder, mais c’est un animal doué d’une grande sensibilité alors il sait, et plus il en apprend sur Satoru plus il veut rester avec lui. « Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances. » (p. 193). Mais quel bonheur pour lui, il voyage en voiture, il est avec Satoru, il rencontre des gens et d’autres animaux (fous rires assurés !), il va découvrir avec curiosité et ravissement la campagne, la mer, la montagne, la neige, vous imaginez comme c’est extraordinaire dans une vie de chat ! « En voyage, j’ai vu des tas de choses que je n’avais jamais vues avant. » (p. 232). Et pour Satoru, c’est l’occasion de se remémorer des souvenirs, heureux ou malheureux, de faire le point sur sa vie, de visiter le Japon, d’est en ouest, et du sud au nord, de parler des relations entre les parents et les enfants, entre amis, entre humains et animaux, et de revoir sa tante qui l’a élevé.

J’ai terminé ce très beau roman, ce merveilleux roman, en larmes mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas à cause du chat : sans rien dévoiler de trop, je préfère vous le dire car je sais que, sinon, vous serez nombreux à ne pas vouloir (pouvoir) lire ce roman alors qu’il ne faut pas passer à côté !

Tabineko ripôto est d’abord paru en feuilleton dans la revue hebdomadaire Shûkan Bunshun 週刊文春, entre octobre 2011 et avril 2012. Il a été joué au théâtre en 2013, et il a reçu 4 prix littéraires. Un album illustré par MURAKAMI Tsutomu 村上 勉est paru en 2014 et un film est prévu en 2018 avec l’acteur FUKUSHI Sôta 福士 蒼汰.

Une lecture pour les challenges Feel good et Raconte-moi l’Asie (Japon).

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Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon

Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon.

Actes Sud, collection Actes noirs, mars 2017, 336 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-07538-5.

Genre : roman policier historique.

Olivier Barde-Cabuçon… Pas de date de naissance. Auteur français, vivant à Lyon, il a étudié le Droit et les ressources humaines, et a travaillé comme juriste avant de se lancer dans l’écriture, en 2006. Il y a déjà six tomes dans sa série du Commissaire aux morts étranges, ainsi que d’autres romans.

Jardins et labyrinthe de Versailles. La nuit. Une jeune femme est sauvagement éventrée près de la statue du cygne et de la grue. Seul témoin : une chauve-souris ! « – Le commissaire aux morts étranges, murmura quelqu’un. C’est lui ! Le chevalier de Volnay ! […] – Et son assistant, le moine hérétique, souffla un autre. […] – Pas son assistant, souffla-t-il au passage de l’impertinent qui venait de parler, son collaborateur ! » (p. 14). La victime, Flore Vologne de Bénier, était une jeune fille de bonne famille, provinciale, envoyée à Paris. Elle posait pour le peintre de la cour, Waldenberg. Sartine envoie au duo d’enquêteurs, Hélène, agent secret de l’ordre royal, mais elle a eu une relation avec le moine auparavant (je n’ai pas lu les précédents tomes…). « Je ne puis cacher ce que je suis, admit le moine, triste quand mon humeur est morose et rieur quand je suis gai. Ainsi va la vie et la mienne, de la comédie à la tragédie ! » (p. 33).

C’est effectivement le chevalier de Volnay, commissaire au Châtelet, et le moine qui l’accompagne (on apprend ce qui les lie dans le roman) qui vont enquêter car ils sont les meilleurs agents du lieutenant général de police Sartine (ah bon, et Nicolas Le Floch alors ?!). « Oh, ils ont à trouver le coupable pour mon compte. Cela va leur prendre quelque temps mais ils y arriveront. Ce sont mes meilleurs hommes. » (p. 157).

Dans ce roman policier historique de bonne facture, le lecteur croise Sartine, la Marquise de Pompadour, Germain Pichault de La Martinière, médecin et chirurgien du roi, et bien sûr le Roi Louis XV en personne (surnommé le « singe-roi »), et une jeune libraire surnommée L’Écureuil. Mais les courtisans sont finalement une « ménagerie humaine » (p. 123) au même titre que les domestiques, bien domestiqués, et « Vous êtes à Versailles, royaume des courants d’air et des commérages. » (p. 94). Cette série est l’occasion pour l’auteur de montrer les côtés sombres de ce XVIIe siècle tant fantasmé. Quand j’étais enfant, j’étais fascinée par cette Cour (ce que j’en voyais dans les films, les robes, la musique, etc.) mais en fait, après avoir appris comment vivait réellement la Cour, je ne dirais plus du tout que je rêverais de vivre à cette époque ! « Volnay soupira intérieurement. Cinq à six mille personnes travaillaient au Château de Versailles et on entrait dans celui-ci comme dans un moulin. Si l’assassin n’était pas un homme en relation avec Mlle Vologne de Bénier, cela pouvait être n’importe qui… Sans compter les courtisans… » (p. 132).

Apparemment les enquêtes précédentes se déroulent à Paris puis à Venise et en Savoie avec un petit passage par Lyon. Une belle visite de Paris et de ses ruelles, du Château de Versailles avec ses jardins et son labyrinthe, ainsi que de l’Orangerie.

J’ai remarqué quelques erreurs… comme « des suisses » au lieu de « des Suisses » (p. 68) et « Mme de Broteuil d’Ormesson » au lieu « d’Orbesson » (p. 209) mais je lirai à coup sûr les tomes précédents car j’ai beaucoup aimé l’ambiance et les personnages (principaux) : Volnay et surtout le moine qui a plus de caractère et d’humour. « Vous me faites peur… – Pourquoi ? demanda le moine. – Parce que vous n’avez pas peur. » (p. 289). De plus, l’auteur a de très bonnes connaissances historiques voire artistiques.

Une excellente lecture pour le challenge Polar et thriller.

En coup de vent… /35

Bonjour, si vous me suivez fidèlement vous savez que j’ai de nombreuses notes de lectures en retard… Je vais me rattraper pendant les vacances mais je n’ai pas non plus envie de passer tout mon temps devant l’ordinateur !

En ce moment, je lis Le moine et le singe-roi (Une enquête du commissaire aux morts étranges) d’Olivier Barde-Cabuçon (Actes Sud, mars 2017) et regardez : ma robe rouge et noire est assortie au livre !

Hier soir j’ai écouté Gilles Paris dans le 28’ d’Arte du début de l’émission jusqu’à 11:45 à (re)voir sur https://youtu.be/SxzvxXsOAXo (impossible d’intégrer la vidéo sur le billet).

Je vous souhaite un bon weekend que j’espère ensoleillé 🙂

Throwback Thursday livresque #43

Lorsque j’ai découvert le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, j’étais bien motivée mais j’ai laissé passer 4 thèmes…

Le thème de ce jeudi 10 août est « Continent » (un livre d’un autre continent que le nôtre) alors voici la magnifique couverture – et le magnifique roman – Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa paru chez Actes Sud (juin 2017) et la note de lecture arrive tout bientôt.

Petits oiseaux de Yôko Ogawa

[Article archivé]

Petits oiseaux de Yôko Ogawa.

Actes Sud, septembre 2014, 269 pages, 21,80 €, ISBN 978-2-330-03438-2. Kotori (2012) est traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Genre : littérature japonaise.

Je remercie Oliver et Price Minister puisque j’ai reçu ce très beau roman dans le cadre de l’opération Les matchs de la rentrée littéraire 2014.

Je ne présente plus Yôko Ogawa car j’ai déjà lu La grossesse et L’annulaire.

Le monsieur aux petits oiseaux est mort… « Il vivait seul et son corps avait été découvert plusieurs jours après le décès. » (p. 9). Personne ne le connaissait vraiment… Qui contacter ? Il y a longtemps, il s’occupait du poulailler et de la volière de l’école maternelle qui était auparavant un orphelinat. Il avait découvert les oiseaux à l’âge de six ans grâce à son frère aîné. Un frère aîné qui parlait dans une langue qu’il avait inventée, le pawpaw, et que personne ne comprenait à part les oiseaux et le petit frère. « Quand ils avaient perdu leurs parents, son frère aîné avait vingt-neuf ans, lui vingt-deux. Depuis, ils avaient vécu seuls tous les deux. » (p. 45). Et pendant vingt-trois ans, les deux frères sont partis en voyage imaginaire, s’occupaient des oiseaux ou passaient leurs soirées en écoutant la radio. « Tous les chants d’oiseaux sont des chants d’amour. » (p. 65).

Le monsieur aux petits oiseaux est mort et, avec lui, c’est tout un monde qui disparaît. Une vie simple. Une époque de calme et de bonheur. Avec des choses immuables comme les sucettes de l’Aozora. Il y a beaucoup de douceur dans ce roman (l’auteur soigne ses personnages malgré la solitude qu’elle leur impose) mais aussi de la tristesse. Pourtant quel bonheur de lire ce beau roman poétique et de pouvoir s’approcher un peu de ces petits oiseaux ! « Les gens qui lisent des livres ne posent pas de questions superflues, ils sont paisibles… dit-elle sans lever les yeux. » (p. 141). Car dans Petits oiseaux, Yôko Ogawa écrit par petites touches, sensibles, délicates, et il n’y a pas le côté dérangeant de ses autres livres : je me suis laissée bercée par la vie de ses deux hommes qui ne laisseront qu’une petite trace comme deux petits oiseaux. « […] tout le monde oubliant aussitôt son existence. » (p. 215). Un très beau roman assurément, et pour l’instant le plus beau que j’aie lu de Yôko Ogawa !

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2014, ABC critiques 2014-2015 (lettre O), Animaux du monde, Écrivains japonais d’hier et aujourd’hui, Petit Bac 2014 (catégorie Animal) et Tour du monde en 8 ans (Japon).