Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes

Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes de collectif.

Actes Sud, mars 2016, 384 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-06060-2.

Genres : littérature nord-coréenne, nouvelles.

Dans sa préface (à lire absolument pour comprendre à quoi on a affaire), Patrick Maurus (spécialiste de la Corée) a cette phrase judicieuse : « Enfin juste en passant : Et si les auteurs croyaient tout simplement à ce qu’ils écrivent ? » (p. 9). Alors je mets de côté les a priori que je peux avoir sur le régime (totalitaire) nord-coréen et je lis ces 11 nouvelles – empreintes tout de même de réalisme socialiste – pour découvrir la Corée du Nord contemporaine !

Pour chaque nouvelle, je donne le titre français, le titre coréen, sa date de parution (entre parenthèses, sauf s’il n’y a pas de date) et le traducteur, l’auteur ; je donne quelques infos sur l’auteur, je fais un topo, je cite au moins un extrait et je dis ce que je retiens de cette nouvelle.

1. Une vie (Saengmyong, traduction de Patrick Maurus) de Baek Nam Ryong (né en 1949, est l’auteur de Des amis, premier roman nord-coréen paru en France, chez Actes Sud en 2011). Ri Sok Hun, opéré, est resté trois mois en convalescence. Il se promène dans un parc et rencontre l’employé dont le fils postule à l’université dont Ri Sok Hun est le doyen. Puis il veut inviter le chirurgien qui lui a sauvé la vie mais celui-ci n’est pas en état : son fils a raté de deux points l’admission à l’université. Son assistant lui apprend qu’il en est de même pour « la fille du camarade vice-président du conseil régional » (p. 29). Que faire pour chacun des trois jeunes puisqu’il n’y a pas « d’exception aux règles d’inscription des nouveaux étudiants » (p. 30) ? Ce que je retiens de cette nouvelle : l’impartialité.

2. Le rire de 17 personnes (Yorilgop saramui usim, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de Kim Chong (né en 1941, est auteur pour la jeunesse et de livres historiques). Chaque année, le 9 septembre (date anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée), la troupe organise un spectacle sur le théâtre en plein air mais leur accordéoniste est parti et ce n’est pas la même ambiance… Or, parmi les spectateurs, il y a un homme avec un accordéon : c’est Pak Su Hyon, le célèbre musicien ! Acceptera-t-il de se joindre à eux alors qu’il est en vacances en famille ? « Veuillez accepter la salutation des dix-sept membres de notre groupe de travail […]. » (p. 52). Ce que je retiens de cette nouvelle : la convivialité et l’amour filial.

3. Les voisins (Iuttul, 1972, traduction de Patrick Maurus) de Choe Song Jin (né en 1949, est auteur de nouvelles). Au cinquième étage d’un immeuble vivent cinq familles. Le narrateur est journaliste ; les autres pères de famille sont contrôleur de qualité, conseiller dans un atelier métallurgique, responsable de la distribution alimentaire et conducteur d’un camion frigorifique. Pas facile de les rassembler ! Mais le 15 août, pour la Fête de la libération, les cinq familles se réunissent « […] chez le camarade chauffeur du camion frigorifique pour passer un bon moment en complimentant la jeune maîtresse de maison diplômée de l’école de cuisine. » (p. 66). L’année suivante, ils vont pique-niquer ensemble pour admirer le paysage près de l’écluse de Mirim. La préparation de ce repas devient une compétition entre eux ! Ce que je retiens de cette nouvelle : le partage et euh… il n’y a que les hommes qui travaillent ?

4. Une tempête de neige à Pyongyang (Pyongyangui nunbona, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Chon In Gwang (est nouvelliste, auteur pour la jeunesse et scénariste). Il y a 30 ans, l’USS Pueblo, un navire américain avec 82 membres d’équipage dont une unité spéciale, a été capturé par la Corée du Nord (le 23 janvier 1968 en fait). Après avoir été interrogé plusieurs fois par le lieutenant Chin Sok, en particulier à propos d’une éventuelle tentative d’évasion, l’équipage a été libéré mais le Pueblo est resté à Pyongyang « dans l’enceinte du musée de la Victorieuse Guerre de libération de la patrie » (p. 93). Mais la mentalité américaine :« Dans la vie, il n’y a pas d’entraînement. On se bat tout le temps pour de vrai. Il faut gagner en étant fort et en écrasant les autres. » (p. 109) est bien différente de la mentalité nord-coréenne : « Les gens sont beaux lorsqu’ils se sacrifient par amour. » (p. 122). Lorsque l’équipage du Pueblo a été libéré, une tempête de neige s’est abattue sur Pyongyang : « Le vent balayait toutes les marques nauséabondes, vicieuses et sales que les Américains avaient laissées sur ce sol. » (p. 132). Ce que je retiens de cette nouvelle : le choc entre deux cultures et l’incompréhension de chaque côté.

5. Deuxième rencontre (Tubonjjae sangbong, 1990, traduction de Benoît Berthelier) de Han Ung Bin (né en 1945 en Chine, est nouvelliste et « écrivain officiel »). En 1989, Park, le narrateur est un jeune guide et interprète aux « treizièmes festivités mondiales de la jeunesse étudiante » (p. 136) qui se déroulent à Pyongyang. « C’était il y a dix ans et je n’avais alors encore jamais rencontré d’étrangers… » (p. 137). Ce jour-là, il doit accompagner un journaliste occidental curieux (ce qui est bien) mais suspicieux. « Il pensait que, dans un pays socialiste, tout était volontairement mis en scène à des fins de propagande. » (p. 140). Le dialogue entre le journaliste et Kang, l’ami de Park, rencontré par hasard est surréaliste ! Ce journaliste, dont les idées ont évolué, revient en Corée du nord. Ce que je retiens de cette nouvelle : l’humour.

6. Dans l’espoir d’un coup de chance (Haengunedehan kidae, traduction de Benoît Berthelier) de Han Ung Bin (voir ci-dessus). Un homme marié et père de famille doit faire un voyage d’affaires (ce qui est plutôt rare) et sera tout près de chez sa belle-famille. Son épouse le charge donc de rendre visite à ses parents et de présenter la photo d’un homme qui pourrait intéresser sa jeune sœur, Yong Ok, 24 ans. Dans le train, il voyage avec un homme qui « travaille au bureau d’affectation des logements » (p. 184) or son couple souhaite justement emménager dans un des nouveaux logements dont la construction se termine. Mais son voyage ne se passe pas comme prévu et Yong Ok n’a pas attendu pour tomber amoureuse ! Ce que je retiens de cette nouvelle : la situation cocasse.

7. Notre institutrice (Uri sonsaengnim, 1979, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de Chang Ki Song (né en 1946, est journaliste et nouvelliste ; Notre institutrice a été adaptée au cinéma en 1981). Nam Un Hui étant « promue au centre de stage des instituteurs de province » (p. 205), elle doit quitter sa classe du village de Yangji et faire la passation à la nouvelle institutrice, Yun Kum Suk. Mais il y a 36 élèves et la passation dure longtemps car Nam Un Hui a beaucoup d’histoires à raconter sur les élèves ! « Son bavardage semblait sans fin. » (p. 206). C’est qu’elle ne veut pas partir sans dire au revoir aux enfants mais ils sont en vacances. Ce que je retiens de cette histoire : l’attachement des enfants à leur institutrice.

8. Une promesse (Onyak, 1982, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de An Dong Chun (né en 1945, ancien ministre de la culture, est nouvelliste et historien). Kyong Hui est secrétaire d’état-major et tous les soldats sont fascinés par la jeune femme. Elle s’occupe des blessés avec les infirmières mais, un jour, elle se retrouve dans la zone de combat. « Je suis forte ! En murmurant, elle rajusta ses cheveux défaits faute’ de casquette envolée dans les éclats. » (p. 230). Après la guerre, elle poursuit ses études et devient chercheuse en biologie ; elle a 24 ans mais elle refuse les propositions de mariage car elle pense toujours au lieutenant Jo Song Jin qu’elle a rencontré sur le champ de bataille. Ce que je retiens de cette nouvelle : romantisme et promesse tenue !

9. La longévité (Saengmyonghangye kyesanpyo, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Kang Son Gyu (né en 1946, fut instituteur, est écrivain depuis 1980). Usine de chaussures de Pongchon. Ro An Mun du département technique tarde à fournir à sa direction des résultats chiffrés. Il se rend compte que l’employé Myong Pu Dok, au lieu de lui fournir ses chiffres et ses statistiques, tient un carnet de calculs de longévité sur lequel il lit avec horreur : « chef du département technique Ro An Mun : âge actuel 49 ans, peut encore vivre 1 an et 1 mois. » (p. 262) alors que les autres chefs ont une longévité bien plus élevée. Ce que je retiens de cette nouvelle : le monde ouvrier en Corée du nord.

10. La dernière classe (Majimak paeusuop, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Kang Kui Mi (née dans les années 40 au Japon, est journaliste et nouvelliste). Park Rok San a reçu les éloges du général Kim Jong Il et « le titre d’acteur du peuple de la république populaire et démocratique de Corée » (p. 273) mais, au lieu de se réjouir, il est en larmes devant une photo du fils prodigue de Rembrandt. C’est que, pour réaliser son rêve de devenir acteur, en 1963, il est resté seul à Kyôto au Japon alors que sa mère, veuve, et son jeune frère retournaient en Corée du nord. « Rok San, rien que de penser que nous avons perdu ton père dans ce pays suffit à me fendre le cœur, comment pourrais-je partir en te laissant ici ? Rentrons tous ensemble au pays. C’est ta maman qui t’en suppllie. » (p. 277). Engagé comme garçon de courses, il est repéré par le grand réalisateur Tanigawa et joue un premier rôle avec succès mais tout s’effondre lorsque Tanigawa apprend qu’il est Coréen… Renvoyé, Rok San erre dans la rue et rencontre un clown, Coréen lui aussi, et père d’une charmante jeune fille, Myong Mi. Ce que je retiens de cette nouvelle : l’exil (dans un Japon raciste) et l’appel de la mère patrie.

11. La clé (Yolsoe, 2004) de Kim Hye Song (née en 1973, est nouvelliste et romancière). La narratrice, ouvrière dans une usine qui produit des matériaux pour les machines agricoles, est retournée vivre chez ses parents avec son jeune fils, Chung Guk. Un soir, alors qu’elle sort du travail, un homme l’aborde. « Je n’ai toujours pas oublié ce qui s’est passé lorsque le père de mon petit Chung Guk est revenu après avoir purgé sa peine de rééducation légale. Et je ne l’oublierai jamais. » (p. 317). Elle lui donne la clé de leur maison qu’elle a laissée telle quelle mais, à son désarroi, Pyo Bom Sik la suit chez ses parents… Elle est prise entre lucidité et pitié. « J’avais réfléchi à toutes les solutions et j’avais employé toutes les méthodes pour essayer de le faire changer. […] Je ne peux pas répéter ce passé encore et encore. Même s’il est le père de mon enfant, il me faut être ferme… » (p. 344). Ce que je retiens de cette nouvelle : les hommes voyous, alcooliques et fainéants peuvent changer… en Corée du nord !

Comme Le rire de 17 personnes est un recueil de nouvelles conséquent, je pensais en lire quelques-unes et alterner avec un ou deux autres livres (roman ou bande dessinée) mais, en fait, elles sont tellement addictives, ces nouvelles, que j’ai dévoré ce recueil en un jour ! Je remercie La Barmaid aux lettres de me l’avoir envoyé pour que je puisse le lire dans le cadre du Challenge coréen. Ce fut une belle découverte que cet univers nord-coréen si peu connu ! Et Patrick Maurus a raison (dans la préface) : les auteurs croient ce qu’ils écrivent et peu importe s’ils ne sont pas 100 % réalistes (de notre point de vue occidental) car ils pensent et ils vivent différemment tout simplement dans un pays où tout est régi pour la patrie et pour le bien-être de tous à condition d’être honnête et utile (c’est presque trop beau pour y croire !). Mais il faut faire preuve d’un peu de curiosité car ce livre mérite d’être découvert pour se débarrasser de quelques préjugés et comprendre des choses différentes. Cependant, il est tout de même raisonnable de noter que, à part quelques-unes qui datent de 2000, les nouvelles ont été écrites dans les années 70-80-90, c’est-à-dire avant la grande famine qui a fait un million de morts (entre 1994 et 1997).

En plus du Challenge coréen, je mets cette lecture dans La bonne nouvelle du lundi et la Corée du nord est le premier pays pour le Challenge de l’été.

La bibliothèque enchantée de Mohammad Rabie

La bibliothèque enchantée de Mohammad Rabie.

Actes Sud, collection Sindbad, janvier 2019, 176 pages, 19 €, ISBN 978-2-330-11795-5. Kawkab’Anbar (2010) est traduit de l’arabe (Égypte) par Stéphanie Dujols.

Genres : littérature égyptienne, littérature arabe.

Mohammad Rabie naît en 1978 au Caire (Égypte). La bibliothèque enchantée a reçu en 2011 le premier prix littéraire du Sawiris Cultural Award en Égypte. Du même auteur : Year of the Dragon (2012) et Otared (2014, nommé pour le International Prize for Arabic Fiction en 2016).

Chaher est un jeune fonctionnaire du Ministère des Biens de mainmorte (*). Son supérieur le charge de faire un rapport détaillé sur une bibliothèque oubliée de (presque) tous et pas facile à trouver sans adresse précise ! « D’habiture, moi, au bureau, je ne fais rien. Je reste assis à attendre qu’on me donne une petite tâche. Cela se produit une fois par semaine. » (p. 7). C’est que cette bibliothèque doit être démolie en prévision d’une ligne de métro…

(*) Biens de mainmorte (ou waqfs) : ce sont les donations qui deviennent immobilisées, inaliénables (extrait de la note de bas de page 9).

La bibliothèque s’étend sur 5 étages ; elle aurait été fondée il y a 70 ans, dans les années 1930, par Ibrahim Asali pour son épouse bien-aimée).

« Voici un roman, puis un essai de théologie comparative, suivi d’un ouvrage d’économie. Un assemblage incohérent de sujets hétéroclites. Aucun ordre dans les rayons. » (p. 10). « Je n’ai pas encore entamé la moindre évaluation de la bibliothèque : c’est à peine si j’en ai fait le tour. Comment vais-je décrire la bâtisse et rédiger ce rapport ? Vais-je me résigner à bâcler la besogne en deux pages dans lesquelles je recommanderai d’abandonner cet établissement, ou bien m’acquitter vaillamment d’un rapport complet et détaillé ? » (p. 34). Chaher a bien du mal à commencer son rapport, aucun catalogue, aucun inventaire, aucune cote… « Il est temps que je me mette au travail ! » (p. 47).

Les chapitres alternent entre la pensée de Chaher et la pensée de Dr Sayyid, un des lecteurs de la bibliothèque. D’ailleurs, Sayyid : « Ce jeune homme s’entoure d’un mur ! Un rempart le sépare des autres. C’est un solitaire […]. Il m’intrigue drôlement. » (p. 58) et « S’agissant de ce jeune homme, je patienterai. À ce jour, je ne me suis jamais trompé sur personne. Je ne pense pas qu’il me décevra. […] Naturellement, il n’y aura personne d’autre que moi pour le guider et l’aider à découvrir l’endroit. » (p. 59).

Un article de presse parle de la bibliothèque à la fin des années 80 mais « Depuis ce temps-là, la bibliothèque a sombré dans l’oubli et l’abandon ; jusqu’au jour où on s’est mis à parler du métro. » (p. 71) et « Depuis quelque temps, ma vie est atrocement monotone. Rien de neuf, absolument rien. Toujours la même chose, la même répétition, au point que tout me semble hideux. Seul élément perturbateur : Chaher. Un garçon tout à fait mystérieux, bien que charmant. J’ai résolu de l’interroger sur la nature de ce rapport qu’il rédige. » (p. 131).

De son côté, Chaher : « Si je découvre qu’en effet l’homme a fondé cette bibliothèque dans l’idée de servir la population, je pourrais bien recommander de la laisser telle quelle, au lieu de la détruire. » (p. 72). « Cette mission me pèse, elle m’empoisonne l’existence et me fait perdre mon temps si précieux, qui profiterait bien plus à la direction générale si je restais assis à mon bureau. » (p. 94). Ah ah, la bonne blague, vu qu’il a dit au début qu’il ne faisait rien et restait assis à attendre !!!

J’ai recopié plusieurs extraits car il y a de très belles phrases dans ce roman mais c’est une petite déception pour moi… Car ça ne décolle pas… En plus, lorsqu’une décision a déjà été prise en haut-lieu, c’est que tout est déjà plié… Toutefois, le roman est intéressant dans ces questionnements sur le livre, la traduction et l’utilité d’une bibliothèque.

Une lecture de la Rentrée littéraire janvier 2019 mais il est trop tard pour comptabiliser ma note de lecture dans le challenge pourtant j’ai lu le roman dans les temps.

Je ne reverrai plus le monde d’Ahmet Altan

Je ne reverrai plus le monde : textes de prison d’Ahmet Altan.

Actes Sud, collection Lettres turques, septembre 2019, 224 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-330-12566-0. Dünyayı Bir Daha Görmeyeceğim (2018) est traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes.

Genres : littérature turque, récit, textes de prison.

Ahmet Altan naît le 2 mars 1950 à Ankara (Turquie). Il est journaliste et écrivain. Deux autres œuvres traduites en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (Kılıç yarası gibi) en 2000 et L’amour au temps des révoltes (İsyan günlerinde aşk) en 2008. Il est accusé d’avoir participé au putsch du 15 juillet 2016 et il est en prison depuis septembre 2016 (il aura bientôt 70 ans, sortira-t-il un jour de prison ?).

Voici les premières phrases du livre (dans le livre, chaque phrase est à la ligne) : « Je me suis réveillé. On sonnait à la porte. J’ai jeté un œil au réveil électronique à côté de moi… « 5:42 », les chiffres clignotaient. « La police », me suis-je dit. Comme tous les opposants de ce pays, chaque soir je m’endormais imaginant qu’à l’aube, on frapperait à ma porte. Je savais qu’ils viendraient. Ils sont venus. » (p. 9) puis « Un paisible matin de septembre s’éveillait, ignorant tout de ce qu’il se passait chez moi. » (p. 10).

Son frère, Mehmet, professeur d’économie à l’université, journaliste et écrivain est également arrêté.

Quarante-cinq ans plus tôt, les deux frères avaient vu leur père, Çetin Altan, célèbre contestataire des années 60, arrêté de la même façon qu’eux aujourd’hui.

Ces textes de prison, ces phrases sont d’une magnifique grandeur, d’une véritable intensité et sincérité. Malgré une « peine de réclusion à perpétuité aggravée » (p. 156), Ahmet Altan va continuer de vivre, de penser, de rêver et d’écrire quand il le peut. Et surtout il va tenter d’échapper à la peur, à la folie qui guettent en prison.

« Cette flamme qui me dévorerait , ce serait tantôt l’idée de la mort, tantôt les textes que j’écrirais dans ma tête, tantôt l’orgueil de ne pas vouloir rester dans les mémoires sous un nom déshonoré par la peur, tantôt les fantasmes sexuels les plus débridés, tantôt de doux rêves de bonheur, tantôt une sorte de schizophrénie propre aux écrivains qui savent recréer une réalité superbe sur les débris de celle à laquelle ils ont tordu le cou, tantôt la flamme de l’espoir. » (p. 30).

Ahmet Altan a une grosse culture littéraire (auteurs européens, russes…) et, bien que non-croyant, une grosse culture spirituelle. Ses textes sont vraiment agréables à lire et ils portent à réflexion sur la liberté.

Une des mes phrases préférées : « Les rêves sont le dieu qui est en nous… Ou bien le fou… » (p. 125).

Je ne vous en dis pas plus : lisez ce livre poignant et vivifiant !!!

Qui entre dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (sûrement le dernier livre pour ce challenge puisqu’il se termine demain, le 31 janvier) et Lire en thème 2020 (en janvier, un livre dont le nom de l’auteur commence par A).

Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky

Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky.

Actes Sud, avril 2019, 160 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-330-12114-3. Baba Dunjas letzte Liebe (2015) est traduit de l’allemand par Isabelle Liber.

Genre : roman allemand.

Alina Bronsky naît en 1978 à Iekaterinbourg (Sibérie, Russie). Elle est journaliste et autrice. Depuis quelques années, elle vit en Allemagne (elle écrit en allemand) avec ses trois enfants (à qui elle parle en russe). Son premier roman : Scherbenpark (2008) réédité sous le titre Broken Glass Park (2010). D’autres romans suivent mais peu sont traduits en français : Cuisine tatare et descendance (Actes Sud, 2012) que j’avais repéré mais pas lu et Ma vie n’est pas un roman (Actes Sud Junior, 2019).

En mars 1986, Baba Dounia avait « cinquante ans et quelques » (p. 12) et elle était aide-soignante. Elle a dû quitter Tchernovo avec son mari, Yegor. Elle n’était pas inquiète car leur fille, Irina, étudiait à Moscou et leur fils, Alexei, randonnait dans les montagnes de l’Altaï. Vingt ans après Tchernobyl (les habitants n’utilisent pas ce nom, ils appellent la catastrophe « le réacteur »), Baba Dounia est de retour à Tchernovo avec quelques anciens qui veulent vieillir en paix malgré les radiations toujours présentes. « Quand c’est arrivé, le réacteur, je peux dire que j’étais de ceux qui s’en tiraient bien. Mes enfants étaient en sécurité, mon mari n’en avait plus pour longtemps de toute façon et, à l’époque, j’avais déjà la peau dure. Au fond, je n’avais rien à perdre. Et j’étais prête à mourir. » (p. 14). Mais Baba Dounia ne meurt pas, elle va vivre, cultiver son jardin, aider ses voisins… Sa plus proche voisine, Maria, est une bavarde hypocondriaque qui vient de perdre son coq bien-aimé (Constantin, le coq suit le lecteur tout au long du livre en entête de paragraphe, c’est qu’il y a des fantômes à Tchernovo !) mais il lui reste une chèvre. Parmi les autres habitants, Petrov, Sidorov, Lenotchka, les Gavrilov… Baba Dounia se débrouille bien, elle a récupéré sa petite maison, le puits est à côté, elle vit avec une chatte qui attend des petits et elle a assez pour se nourrir avec le jardin et une serre qui avait été bricolée par Yegor. « La région est fertile. » (p. 15) ! « – Maman, tu sais quand même ce que c’est, la radioactivité. Tout est contaminé. – Je suis vieille, plus rien ne peut me contaminer, moi. Et quand bien même, ce ne serait pas la fin du monde. » (p. 18).

Baba Dounia est une veuve « décapante » (comme le dit l’éditeur) ! Parfois, malgré la difficulté, elle se rend à la ville voisine, Malichi, à pieds (plusieurs kilomètres !) puis en bus pour quelques achats et surtout la poste. C’est que sa fille Irina, médecin, lui envoie des lettres et des colis d’Allemagne. Un jour Baba Dounia reçoit une lettre de sa petite-fille bientôt majeure, Laura, qu’elle n’a jamais rencontrée mais la lettre est écrite dans une langue qu’elle ne comprend pas. De l’allemand ? Qui va pouvoir l’aider ? Baba Dounia n’est pas au bout de ses peines et va encore vivre des expériences incroyables ! Car, dans ce roman, inspiré de personnages réels, il y a un mariage, l’arrivée d’un père avec une fillette (ce qui est plutôt surprenant vu la contamination), un meurtre entre autres, bref une sacrée ambiance !

Ma phrase préférée : « Ce que je me demandais, c’est si la région pourra un jour oublier ce qu’on lui a fait subir. Dans cent ou deux cents ans ? Est-ce que les gens vivront ici heureux et insouciants ? Comme avant ? » (Petrov, p. 100).

Je vous conseille vivement Le dernier amour de Baba Dounia, c’est intense, drôle, enlevé ; je l’ai lu d’une traite car je me suis laissée happée, comme si j’y étais (les radiations en moins dans mon salon !). Baba Dounia est un beau personnage, inspiré d’une vieille dame qui a vraiment existé et qui a fait la Une des journaux russes et internationaux. Elle est attachante, et tellement attaché à son village, sa maison, ses voisins, qu’elle y retourne et que les voisins (une petite dizaine, les personnes âgées qui, comme Baba Dounia n’ont plus rien à perdre, rien à craindre) reviennent aussi et vivent là comme si (presque) rien ne s’était passé. Ils sont vieux, malades, isolés mais mieux vaut mourir chez soi que dans une ville inconnue ou un hôpital ; ils sont libres et heureux et c’est ce qu’ils veulent.

En fait, un très très beau roman à lire absolument !

Une lecture coup de cœur pour le tout nouveau challenge Les feuilles allemandes (une excellente idée d’Eva pour l’anniversaire de la chute du mur de Berlin).

Destruction d’Ezechiel Boone

Destruction d’Ezechiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2019, 368 pages, 22,80 €, ISBN 978-2-330-11871-6. Zero Day (2018) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Voir mes notes de lectures d’Éclosion (tome 1) et d’Infestation (tome 2). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Le commandant Brian Reynard et son équipe viennent de passer près de trois ans dans l’espace pour la mission Mars Conquest mais leur navette ne peut pas atterrir à cause de la deuxième vague d’araignées et ils sont en orbite, « faisant le tour de la Terre en deux heures environ » (p. 14) lorsqu’ils voient « de grands éclats de lumière » : les explosions nucléaires pour détruire les araignées et tenter de sauver quelques humains. Lorsque leur navette atterrit au Kennedy Space Center, en Floride, « […] tout était si calme. Personne pour les accueillir. Pas de défilé. » (p. 15). Mais, une chance : « pour l’instant, la Floride semblait avoir été épargnée par les araignées. » (p. 19).

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve les survivants des tomes 1 et 2, la vice-caporale Kim Bock, la première classe Sue Chirp et les Marines, les civils Gordo, Shotgun, Teddie la journaliste de CNN Washington. Ils décident d’aller en Virginie pour être plus proches d’une évacuation en hélicoptère direction le porte-avions USS Elsie Down où sont déjà la présidente, Stéphanie Pilgrim, et son mari, George Hitches, son assistant Manny Walchuck (chef de cabinet de la Maison Blanche), Melanie Guyer la scientifique et sa petite équipe.

Comme c’est un thriller, le lecteur fait des excursions dans d’autres États des States (par exemple avec Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, dans le Minnesota) et à l’étranger : au Japon, en Norvège, en Allemagne, en Pologne, en Nouvelle-Zélande, en Inde, au Pérou, aux Hébrides… où il (le lecteur) retrouve soit des scientifiques soit des gens « normaux » qui ont échappé jusque-là aux araignées. Celles-ci sont plus grosses, plus nombreuses, plus dangereuses, c’est sûrement la fin du monde, du moins la fin des humains, la destruction soit par les araignées tueuses (surnommées les Araignées de l’Enfer) soit par les armes nucléaires… Mais il y a un Prophète, Bobby Higgs et ses cinq mille survivants qui avancent dans le désert !

« Ils avaient tous peur – Melanie, Julie, Laura, Will et Mike Haaf –, mais ils étaient aussi concentrés pour résoudre l’énigme. Parfois, Melanie oubliait pourquoi elle menait ces recherches et elle se sentait grisée par la pure curiosité intellectuelle. Comment les araignées se reproduisaient-elles si vite ? Comment s’y prenaient-elles pour coordonner apparemment leurs cycles d’éclosion ? Pourquoi certaines personnes étaient-elles rongées jusqu’à l’os par les nuées d’araignées tandis que d’autres étaient indemnes ? Comment se faisait-il qu’une araignée puisse se frayer un chemin dans le corps d’une personne pour y pondre des œufs et que la blessure se referme presque instantanément derrière elle ? Et, par-dessus tout le reste, comment les humains étaient-ils censés riposter ? » (p. 64).

Après Éclosion et Infestation, j’ai dévoré le troisième et dernier tome de cette trilogie, Destruction, avec cette question en tête : qui est détruit à la fin, les araignées ou les humains ? Donc, malgré mon aversion (pour les araignées), je n’ai pas lâché ce roman en espérant que cette histoire n’arriverait jamais en vrai ! La série d’Ezechiel Boone est une fiction (ouf !) qui tient bien la route et Destruction conclut parfaitement cette trilogie horrifique, mi thriller mi science-fiction. Je verrais bien cette histoire en série ou film.

J’ai lu ce roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 pour le Mois américain mais parfois (souvent !) les notes de lectures arrivent plus tard…

Cependant cette lecture entre dans les challenges Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

Infestation d’Ezekiel Boone

Infestation d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, septembre 2018, 384 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-10886-1. Skitter (2017) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Infestation est la suite d’Éclosion (le premier roman écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Après avoir dévoré en un jour le premier tome, Éclosion, pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018 (catégorie Cimetières et Outre-tombe : horreur, thriller, fantôme, possession…), j’ai dévoré ce deuxième tome en un jour aussi.

Winthrop Wentworth Jr, 19 ans, après un tour du monde avec des amis, vient de passer deux semaines dans la Wind River Range dans le Wyoming, sans contact avec l’extérieur. Il n’est donc pas au courant de la catastrophe mondiale. Mais, de retour dans la civilisation, à Lander, un trou perdu de six ou sept mille habitants, il se rend compte que tout est brûlé, détruit. « Peut-être que l’apocalypse zombie avait finalement eu lieu pendant qu’il se baladait dans la nature. » (p. 10).

C’est avec plaisir que je retrouve Melanie Guyer, la biologiste spécialiste des araignées, à Washington DC ; Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, à Minneapolis ; Stephanie Pilgrim, la première femme présidente des États-Unis, et son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) ; etc. (enfin je retrouve les survivants !) et que je découvre de nouveaux personnages.

Est-ce que les araignées sont toutes mortes. Est-ce que les nids ont tous été brûlés dans le monde (de rares endroits ont été épargnés) ? Y a-t-il des humains mordus et infestés et donc des milliers, des millions d’araignées qui vont naître ? « […] l’enfer à huit pattes […] une armée. Des envahisseurs. Des colons. Écumant la terre. » (p. 46). Partout dans le monde, c’est la chasse aux œufs ! Les nids, du plus petit au plus gros, sont brûlés mais est-ce possible de tous les trouver avant que les œufs n’éclosent ? Et quand ils écloront, comment seront les araignées ? Certains veulent utiliser le nucléaire comme la Chine… Mais Stephanie Pilgrim refuse. « […] si je commence à me servir de notre arsenal nucléaire, on ne pourra pas faire machine arrière. Quel en sera le prix ? » (p. 174).

L’auteur balade à nouveau ses lecteurs à travers le monde, États-Unis (plusieurs États dont Hawaii), Brésil, îles Hébrides (Écosse) avec le couple d’amoureux et le grand-père, Japon, Norvège, France, Allemagne, Inde, Pérou… « Partout où les araignées passaient, elles laissaient derrière elles une traînée de soie, comme une rumeur qui collait aux arbres et aux buissons, enveloppant les hommes, les femmes et les enfants qui se trouvaient incapables de bouger, incapables même de crier. » (p. 326).

De même que pour Éclosion, Infestation est à la fois un thriller et un roman de science-fiction post-apocalyptique horrifique. J’ai passé un super moment d’horreur avec ces deux tomes et j’attends le troisième et dernier tome avec impatience : apparemment, c’est l’apocalypse avec Zero Day paru aux États-Unis en février 2018 et peut-être en France au printemps 2019 ?

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des agents fédéraux).

Éclosion d’Ezekiel Boone

Éclosion d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, avril 2018, 368 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-09667-0. The Hatching (2016) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Éclosion est le premier roman qu’il écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

J’ai choisi ce roman pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018. Il entre dans la troisième catégorie, Cimetières et Outre-tombe (horreur, thriller, fantôme, possession…).

Éclosion commence comme un thriller et se transforme rapidement en un roman de science-fiction horrifique.

Pérou, près du parc national de Manú. Après la visite du Machu Picchu, le guide Miguel et le groupe de cinq Américains se sont engagés dans la jungle mais les touristes sont tellement bruyants que Miguel n’a aucun animal à leur montrer alors que la jungle, c’est « le bourdonnement incessant des insectes, le mouvement, la chaleur, et la vie qui semblait présente partout, tout cela était devenu un bruit de fond. […] Mais aujourd’hui, c’était différent. Le bruit de fond avait disparu. C’était inquiétant […]. » (p. 12). Aucun animal jusqu’à ce qu’une nuée noire ressemblant à une vague d’eau s’abatte sur eux et les dévore.

Minneapolis, Minnesota. Mike Rich et Leshaun DeMilo, deux agents fédéraux, planquent dans leur voiture et se font tirer dessus par des trafiquants. L’avion du milliardaire Henderson s’écrase en centre ville, pas très loin.

Kanpur, Inde. La Dr Basu et son assistant, Faiz, qui travaillent au Centre national de recherche appliquée en génie parasismique, remarquent des tremblements réguliers qui ne sont pas dû à des tremblements de terre.

Washington DC. Melanie Guyer, « biologiste spécialisée dans les usages médicaux du venin d’araignées » (p. 35) reçoit de Nazca une « boîte en bois [vieille de] dix-mille ans [contenant un sac] probablement au moins aussi vieux. […] fossilisé ou pétrifié ou un truc préservé dans le genre. » (p. 50). Que contient précisément ce sac ? « Le sac d’œufs, il est en train d’éclore. » (p. 51).

Maison Blanche. Lors d’une simulation, la première femme présidente des États-Unis, Stephanie Pilgrim, son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) et les militaires assistent sur grand écran à une véritable explosion nucléaire dans l’Ouest de la Chine.

Et justement, dans la province de Xinjiang, en Chine, un accident dans une mine paralyse toute la région et les militaires empêchent quiconque de partir mais un homme vole un camion, force le barrage et s’enfuit. « Son téléphone portable ne fonctionnait toujours pas et personne n’avait de réseau, mais il était assez malin pour savoir que quand les soldats débarquent et qu’on dresse des barbelés, que tes responsables essaient de te rassurer en te disant que tout se passe comme d’habitude, c’est que quelque chose d’anormal est en train d’arriver et qu’il est grand temps de s’inquiéter. » (p. 66).

L’auteur balade ses lecteurs à travers le monde, Pérou, États-Unis, Chine, Inde, îles Hébrides (Écosse), etc., dans une série d’événements qui ne sont apparemment pas liés mais… « Je pense que c’est pire. Je pense que c’est pire que tout ce que nous pouvons bien imaginer en ce moment même. » (p. 160).

Il en profite pour parler de faits de société importants comme la relation de l’humain à la Nature (de façon universelle), l’évolution de la condition des femmes (politique, armée), l’homosexualité et les survivalistes (du moins aux États-Unis).

Ne lisez pas ce paragraphe si vous détestez les araignées et si vous avez peur des araignées ! Toutefois, cette lecture est pour le challenge de l’épouvante donc il faut bien avoir un peu (beaucoup !) peur quand même. Mais, pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas les araignées… Le verbe aimer n’est sûrement pas approprié… Je suis d’accord pour dire que les araignées ont une certaine beauté et qu’elles sont fascinantes et puis elles mangent les moustiques et tous ces insectes qui embêtent les humains… Enfin pas dans ce roman… Dans Éclosion, elles mangent les humains et elles pondent des œufs dans le corps des humains qu’elles ne mangent pas… Parce qu’elles les mangeront de l’intérieur lorsque les œufs écloront ! Bref, ce premier tome d’une trilogie annoncée – à classer à la fois en thriller et en science-fiction post-apocalyptique – se lit d’une traite, genre en apnée, et en surveillant qu’il n’y a pas d’araignée dans le coin sinon hurlement assuré ! « À présent, il fallait vraiment vivre dans une bulle pour ne pas être au courant pour les araignées. » (p. 282). Je n’ai qu’une hâte : embrayer avec le tome 2, Infestation, qui sera encore sûrement plus effroyable et savoir quand paraît le tome 3 !

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des enquêtes, policière et fédérale).

Le vampire de John William Polidori

Le vampire de John William Polidori.

The Vampyre : a Tale (1819), entre 65 et 80 pages selon les éditions, est traduit de l’anglais par Henri Faber (Chimères, 1989) ou par Jean-Claude Aguerre (Actes Sud, Babel, 1996). Il est aussi disponible en numérique.

Genres : littérature anglaise, fantastique.

John William Polidori naît le 7 septembre 1795 à Londres d’un père italien (toscan) et d’une mère anglaise. Il étudie à l’université d’Édimbourg (Écosse) et écrit une thèse sur le somnambulisme. Jeune diplômé à 19 ans, il accompagne Lord Byron (1788-1824) à Genève (Suisse) puis voyage seul en Italie avant de rentrer en Angleterre. Il se rend compte qu’exercer la médecine n’est pas fait pour lui et se lance dans le Droit puis dans une carrière littéraire. Mais il se suicide avec du cyanure le 24 août 1821 (il a 25 ans).

Le vampire, originaire d’Orient, passe par le monde arabe et arrive comme une superstition dans l’Europe chrétienne « en subissant quelques légères variations, dans la Hongrie, en Pologne, en Autriche et en Lorraine » (introduction, p. 4).

Londres. Lord Ruthven et Aubrey, un jeune aristocrate orphelin font connaissance. Lord Ruthven est bel homme mais il a le teint sépulcral. Aubrey est riche mais naïf et laisse parler son imagination. Lord Ruthven part en voyage et Aubrey, curieux, décide de voyager avec lui « et quelques jours après, nos deux voyageurs avaient passé la mer » (p. 17). La Belgique, la France, l’Italie, mais Aubrey – grâce à une lettre de ses précepteurs – se rend compte des défauts de Lord Ruthven et part seul en Grèce où il rencontre la belle Ianthe mais Lord Ruthven n’est pas loin… Et même lorsqu’Aubrey, affolé, retourne en urgence en Angleterre, Lord Ruthven est toujours là !

Parue en 1819 dans The New Monthly Magazine, The Vampyre n’est pas la première apparition du vampire en littérature (*) mais cette nouvelle a popularisé le thème du vampire moderne qui a été adapté au théâtre et à l’opéra durant le XIXe siècle. Parti d’un brouillon de Lord Byron, John William Polidori a écrit ce texte à la Villa Diodati durant l’été 1816 qu’il passe avec Percy et Mary Shelley (qui, elle, écrit Frankenstein). Bien que très classique au niveau du style, cette nouvelle vaut le coup d’être lue pour la façon dont elle traite du vampire, une façon moderne, européenne, qui fera entrer le vampire dans son heure de gloire et débouchera sur pléthore d’œuvres littéraires (poèmes, nouvelles, romans…) puis plus tard d’œuvres cinématographiques (films, séries…). Le vampire buveur de sang, d’âme, de vie, qui fait peur et attire en même temps car il est souvent beau (malgré sa pâleur), instruit et beau-parleur, n’est-il pas finalement à classer dans les personnes négatives, néfastes, manipulatrices, véritables trous noirs qui pompent l’énergie vitale de leurs proches – voire leur argent – à éviter de toute urgence et à bannir de son entourage ?

(*) Le vampire en littérature aux XVIIIe et XIXe siècles, une sélectionDissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie ou Traité sur les apparitions d’Augustin Calmet (1746), un essai français revu et augmenté en 1751. C’est d’abord par la littérature allemande que le vampire entre en littérature avec entre autres Le vampire (Der Vampyr) de Heinrich Augustin von Ossenfelder (1748), un poème, et La fiancée de Corinthe (Die Braut von Korinth) de Goethe (1797), un poème narratif. Puis par la littérature anglaise avec entre autres Le vampire de John Stagg (1810), un poème composé de 152 vers qui se déroule en Hongrie ; Le Giaour de Lord Byron (1813), un poème ; Dracula de Bram Stoker (1897), un roman épistolaire considéré comme la quintessence du genre. Le vampire devient un représentant de la littérature romantique et de la littérature gothique allemande et anglaise avant d’atteindre la France, l’Italie et même la Russie avec La famille du Vourdalak (dans Histoires de morts-vivants) de Tolstoï (1847).

Le vampire de John William Polidori va être à nouveau publié par Les forges de Vulcain en février 2019 sous le titre Le Vampyre, dans une traduction plus récente et en édition augmentée, suivi par Le comte Ruthwen ou les vampires de Cyprien Bérard et une postface inédite de Thomas Spok. Alors, une relecture l’année prochaine, pourquoi pas ? 😉

Source : Aux forges de Vulcain

Une lecture pour La bonne nouvelle du lundi que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et dans le Marathon de l’épouvante d’automne 2018Défi littéraire de Madame lit (littérature britannique en octobre) et Littérature de l’imaginaire.

Je rappelle que le mois d’octobre et le Mois de l’imaginaire avec plusieurs éditeurs (de l’imaginaire), de librairies et de bibliothèques en France mais rien près de chez moi, à part à Grenoble et à Lyon, voire même Montpellier (plus dans le Sud) mais ça ne va pas avec mes horaires de travail.

Nous d’Evgueni Zamiatine

Nous d’Evgueni Zamiatine.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2017, 233 pages, 21 €, ISBN 978-2-330-07672-6. Мы (1920-1952) est traduit du russe par Hélène Henry.

Genres : littérature russe, science-fiction, dystopie, contre-utopie.

Evgueni (Ivanovitch) Zamiatine (Евгений Иванович Замятин) naît le 20 janvier 1884 à Lebedian (oblast de Lipetsk, Russie). Son père est pope orthodoxe et sa mère musicienne. Il fréquente le lycée de Voronej puis étudie la construction navale à l’Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg (de 1902 à 1908). Il rejoint les révolutionnaires bolcheviques. Suite à sa déception de la Révolution d’Octobre (1917), il écrit Nous en 1920 mais le roman, publié en France (voir à la fin de mon billet), est interdit en Union soviétique. Zamiatine s’exile alors à Berlin en 1931 puis à Paris en 1932 et il meurt dans la capitale française le 10 mars 1937. Il laisse une œuvre conséquente : romans, nouvelles, théâtre, quelques articles de presse, un opéra (Le nez de Dimitri Chostakovitch en 1930 d’après Nicolas Gogol) et un scénario de film (Bas-fonds pour Jean Renoir en 1936).

Depuis mille ans, un État Unitaire est au pouvoir et veut maintenant apporter le « joug bienfaisant de la raison » au cas où « des êtres inconnus qui habitent d’autres planètes » aient besoin du « bonheur mathématiquement exact » : « notre devoir sera de les obliger à être heureux. Mais avant de recourir aux armes, nous essayons par la parole. » (p. 15).

Le ton est donné ! L’État Unitaire – dirigé par le Bienfaiteur, peuplé par les Numéros dans une cité de cristal entourée d’une Muraille verte et surplombé par un ciel bleu profond, artificiel et sans aucun nuage – veut transporter son Intégrale partout dans l’univers…

D-503, mathématicien de l’État Unitaire, Constructeur de l’Intégrale, est le narrateur de ce récit qu’il veut envoyer avec les poèmes et les autres textes dans l’espace. Mais, alors qu’il fréquente O-90, sa rencontre avec I-330 va bouleverser sa vie : il va ressentir des sensations étranges et se poser des questions sur l’Amour et sur l’âme.

Préparez-vous à vivre dans ce monde avec ses Tables du Temps, ses Heures privatives (de 16 à 17 heures et de 21 à 22 heures), la Norme maternelle, etc. Tout est prévu, aseptisé et bien sûr… contrôlé !

Et personne ne sait ce qu’il y a derrière la Muraille verte. Imaginez, « le plus grand des monuments de littérature ancienne qui [leur] soit parvenu [est] l’Indicateur des chemins de fer » (p. 25) ! Il faut dire qu’après « la grande guerre de Deux Cents Ans, entre la ville et les campagnes », il n’est resté « que deux dixièmes des habitants de la planète » soit dix millions… « Et ces deux dixièmes ont connu la félicité dans les demeures de l’État Unitaire. » (p. 34).

Alors, il vous fait envie ce monde futuriste ? En tout cas, George Orwell (1903-1950) s’en est inspiré pour 1984 (Nineteen Eighty-Four) ! Ainsi qu’Aldous Huxley (1894-1963) pour Le meilleur des mondes (Brave New World), Ayn Rand (1905-1982) pour Hymne (Anthem) et Ira Levin (1929-2007) pour Un bonheur insoutenable (This Perfect Day).

Zamiatine dénonce un État totalitaire, inhumain, qui veut tout régir, tout contrôler, tout réguler y compris l’amour et la sexualité. Mais ce qui fait l’humanité, n’est-ce pas finalement la liberté, la pensée, le hasard, le bonheur même si on ne comprend pas toujours bien ses notions (c’est pour ça qu’elles font peur à certains gouvernements !) ?

« […] le Dieu des anciens a conçu l’homme ancien – un homme capable d’erreurs – et, par conséquent, lui-même était dans l’erreur. » (p. 76).

« je ne sais plus : où est le rêve – où est la réalité. » (p. 108).

À noter qu’il est fait référence aux Soviétiques, sous le terme de « Nous Autres », dans la série de bandes dessinées La brigade chimérique de Fabrice Colin et Serge Lehman que j’ai lue l’été dernier.

Je tiens à préciser que je n’ai pas lu Nous autres (l’ancien titre de Мы) paru en 1929 dans une traduction de B. Cauvet-Duhamel donc je ne peux pas comparer les deux versions.

Une excellente lecture pour Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’été 2018, le Challenge Chaud Cacao (dernier jour pour la première session !), Littérature de l’imaginaire, S4F3 #4, Voisins voisines 2018.

Throwback Thursday livresque 2018-5

J’ai zappé le 4e thème, un joli thème mais qui ne m’a pas inspirée de livre…

Pour ce jeudi 1er février, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « comme un oiseau en cage » et j’ai immédiatement pensé à Petits oiseaux de Yôko Ogawa (Actes Sud, 2014), un très beau roman japonais.