Le best-seller de la rentrée littéraire d’Olivier Larizza

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Le best-seller de la rentrée littéraire d’Olivier Larizza.

Andersen, collection Humour, septembre 2014, 227 pages, 17 €, ISBN 978-2-37285-004-9.

 Genres : littérature française, humour.

Je remercie Christa et les éditions Andersen de m’avoir envoyé ce roman drôle qui fait du bien !

Olivier Larizza est né en 1976 à Thionville (Lorraine). Il partage son temps entre Strasbourg (où il est chercheur en langues et littératures européennes) et la Martinique (où il est professeur de littérature anglaise). Il est auteur de romans, d’essais, de contes, de poèmes et d’une biographie sur Léonard de Vinci. Plus d’infos sur son site officiel et sur sa page FB.

Octave Carezza, Strasbourgeois de 37 ans, a quitté son poste de professeur de littérature comparée pour devenir auteur. « Je m’appelle Octave Carezza et suis écrivain à plein temps. Enfin presque. J’ai réussi à développer une seconde activité en parallèle : l’angoisse de la page blanche. J’y consacre même pas mal d’énergie (c’est mon côté perfectionniste). Ce qui, en définitive, fait de moi un écrivain à mi-temps, dans le meilleur des cas. » (p. 8, début du roman). Octave est bien décidé à faire publier ses écrits et à rencontrer ses lecteurs ! Il s’inscrit même à une agence de rencontres un peu spéciale, Une lectrice nommée désir, dans le but de rencontrer des lectrices et parmi elles, l’âme sœur ? « Un mardi après-midi, par une belle journée printanière, je marchais allègrement vers le parc de la Citadelle où m’attendais mon premier rendez-vous. Mon premier rencart avec la femme de ma vie. L’agence avait bien fait les choses […. » (p. 20). Mais, rien ne se passe jamais comme prévu ! Et en plus, le premier livre d’Octave ne se vend pas… L’auteur se console : « Les écrits dont on vit ne vivent pas. » (p. 48) et se voit obligé, pour vivre, d’écrire des textes de commande. « […] l’inspiration me fuyait. Peut-être la raison de mon blocage était-elle simplement à mettre sur le compte de la maturité : à trente-sept ans, à l’instar de Rimbaud, je touchais au crépuscule de mon génie méconnu. J’étais en fin de carrière. En bout de course. » (p. 70).

À travers les dix chapitres de ce roman vraiment désopilant, Olivier Larizza fait le tour des relations d’un écrivain avec lui-même, avec ses lecteurs, la gente féminine, l’éditeur, les salons littéraires, les autres auteurs, et aussi avec l’angoisse de la page blanche, les personnages et l’œuvre qui s’écrit… ou pas ! Il cite tout au long de nombreux auteurs, toujours à propos, pas simplement pour faire bien. « La littérature a encore de beaux jours devant elle, n’en déplaise aux Cassandre de tout poil ! » (p. 138). « Une chose est sûre : il faut sortir des sentiers battus : Hemingway se flingue avec le revolver Smith and Wesson que sa mère lui a envoyé par la poste avec un gâteau au chocolat. John Kennedy Toole s’enferme dans l’habitacle de sa bagnole après l’avoir relié au pot d’échappement par un tuyau d’arrosage ; il met le contact et s’asphyxie. Hemingway, Toole, voilà deux types qui débordaient d’imagination et avaient vu juste sur toute la ligne : on ne décède qu’une fois, alors autant faire en sorte qu’on s’en souvienne à vie. » (p. 164). Ce qu’il dit à propos des liseuses : « Grise mine et aussi sexy qu’un glaçon… » (p. 142).

Deux mots étranges que je ne connaissais pas : catachrèse (p. 158) est une figure de style qui détourne un mot (ou une expression) de son sens ; et épanadiplose (p. 159) est une figure de style (ou de narration) qui reprend un même mot en début et en fin de proposition.

C’est sûr, Olivier Larizza a beaucoup de culture et d’humour ; il livre un très bon roman, vraiment drôle : j’ai éclaté de rire plusieurs fois. Mais les trois derniers chapitres (je les ai lus en une deuxième fois) m’ont fait moins rire. Pourtant il y a de très bons jeux de mots (« occis mort », « à la poste hériter »…). J’aurais peut-être dû lire le livre d’une traite. En tout cas, un auteur et une nouvelle maison d’éditions à suivre ! Le mot de la fin à George Orwell : « Dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. » (p. 324, extrait de 1984).

Une lecture dans les challenges 1 mois, 1 plume, 1 % de la rentrée littéraire 2014, ABC critiques 2014-2015 (lettre L) et Arche de Noé (ours sur la couverture).