Celestia de Manuele Fior

Celestia de Manuele Fior.

Atrabile, Hors collection, août 2020, 272 pages, 30 €, ISBN 978-2-88923-091-4. Celestia (2019) est traduit de l’italien par Christophe Gouveia Roberto.

Genres : bande dessinée italienne, science-fiction.

Manuele Fior naît le 25 avril 1975 à Cesena en Italie. Il étudie l’architecture à Venise puis travaille à Berlin (architecture et illustrateur). Il vit aussi à Oslo puis à Paris. Il publie plusieurs histoires courtes dans des revues et se lance dans la bande dessinée au début des années 2000. Il reçoit en 2011 le Prix du meilleur album Fauve d’or à Angoulême pour Cinq mille kilomètres par seconde. Il reçoit aussi trois fois le Prix Micheluzzi délivré à Naples (prix en hommage à l’auteur italien de bandes dessinées Attilio Micheluzzi). Plus d’infos sur son site officiel.

Voici comment débute cette bande dessinée. « La grande invasion est arrivée par la mer. Elle s’est dirigée vers le nord, le long du continent. Beaucoup se sont enfuis, certains ont trouvé refuge sur une petite île dans la lagune. Une île de pierre, construite sur l’eau il y a plus de mille ans. Son nom est Celestia. » (les pages ne sont pas numérotées). Intrigant, n’est-ce pas ?

Pierrot, télépathe et poète, retrouve son père, le Dr Vivaldi, Rossella, Toni, Gianluca, Rebecca et le merle Igor dans un lieu secret de Celestia. Celestia « vue du ciel a la forme de deux mains serrées l’une dans l’autre » est une alter ego de Venise. Ils sont inquiets car Dora a disparu mais Pierrot ne souhaite pas rester avec eux et repart en donnant un présage. « Quand vient la tombée de la nuit, les vampires se serrent dans leur cape. Ils t’étranglent sur la branche du pin. Alors que l’air se fige… accroché à un mur de marbre… un poids suspendu au fil du temps. Des profondeurs une voix me supplie. Mais moi je n’entends pas la fin… qui remonte de l’eau jusque dans mes veines pour t’emmener, unique jolie chose, tendre hirondelle. Pas un souffle sur le mort ! Je reste. Je reste. Avant que le silence ne l’aide. »

La nuit, Pierrot et Dora s’enfuient de Celestia à bord d’une barque. « Le continent. – Je m’attendais à pire que ça, d’après tout ce qu’on raconte. » Ils arrivent dans un château rose, labyrinthique, où vit un homme étrange (il se dit le gardien), avec une femme et un enfant. Sur le continent, il y a des survivants malgré la grande invasion, des gens qui développent des dons spéciaux, des enfants en particulier.

Ouah, quelle bande dessinée ! Au niveau visuel, une grande claque, à l’extérieur tout est bleu, la couverture, les bordures, bleu comme la couleur de l’eau ; à l’intérieur les cases, tout est déstructuré, les couleurs sont plutôt pastels mais parfois psychédéliques (elles sont différentes selon le lieu où sont Pierrot et Dora), les dessins (des aquarelles qui font ressentir l’humidité de Celestia) sont tout simplement magnifiques (il y a peu de textes). Les personnages sont attachants, sauf les délinquants du vieux ghetto, des gens violents, prêts à tous les mauvais coups pour… ils ne savent même pas pour quoi, le plaisir immédiat peut-être, la bêtise, la méchanceté. Bien que post-apocalyptique (tout le monde se souvient d’un pont et d’une explosion), le récit est poétique, onirique et possède un côté mystérieux. Je félicite Manuele Fior pour son talent incroyable, son imagination et sa grande sensibilité.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 36, un livre coup de cœur), Challenge lecture 2022 (catégorie 60, un livre d’un auteur italien), Des histoires et des bulles (catégorie 38, une BD avec un prénom dans le titre, 2e billet), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Prénom pour Celestia), Tour du monde en 80 livres (Italie) et Un genre par mois (en février, le genre est science-fiction).