Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan.

Calmann-Lévy Noir, janvier 2019, 464 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-70216-059-6. 私家偵探 Private Eyes (2011) est traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Pechenart.

Genres : littérature taïwanaise, roman policier.

CHI Wei-jan (紀蔚然) est docteur en littérature anglaise, romancier, dramaturge et professeur de théâtre à l’Université de Taipei (Taïwan). Rue du Dragon-couché est son premier roman et il a reçu deux prix littéraires : le Taipei Book Fair et le China Times Open Book Award.

« Après avoir donné ma démission, mis fin à un mariage vidé de toute substance, vendu mon appartement de Xindian, plaqué le milieu théâtral où je m’étais fait un petit nom, rompu à l’amiable avec mes vieux potes (pour les beuveries et les parties de poker, ne comptez plus sur moi !), muni d’un patrimoine des plus réduit et donc aisément transportable, j’ai franchi l’infernal tunnel de Xinhai menant à Wolong Street, ce trou du cul du monde qui a « le charnier » en toile de fond, et là, je me suis installé comme détective privé. » (p. 13, premières phrases du roman).

La première cliente de Wu Ch’eng est Madame Lin : le comportement de sa fille à changé à l’encontre de son père et elle est inquiète. Grâce à un super chauffeur de taxi, T’ien-Lai, Wu Ch’eng va pouvoir suivre Monsieur Lin et résoudre cette première affaire.

Comme Wu Ch’eng est ami avec un policier du poste de police de Wolong, Ch’en Yao-tsun, son attention se porte ensuite sur une affaire que la police n’arrive pas à résoudre : trois retraités ont été tués avec un objet contondant, deux chez eux sans effraction et un pendant sa promenade matinale au parc.

« Les descriptions réalistes et affirmations péremptoires des journalistes ne me convainquent pas, pas plus que leur hypothèse de meurtres en série. Pour avancer, j’ai besoin de davantage d’informations et de détails palpables. » (p. 200).

Mais il est suspecté et assailli (harcelé !) par les journalistes ! « Je n’ai tué personne mais cela ne garantit en rien que je puisse être tranquille. » (p. 229).

La première enquête de Wu Ch’eng n’est pas extraordinaire mais elle lui met le pied à l’étrier et le met en contact avec la police. Dans ce bon polar, l’auteur dénonce habilement la politique et les médias de Taïwan. J’ai passé un bon moment et je lirai cet auteur à nouveau s’il est encore traduit en français.

Si vous êtes intéressés par la littérature de Taïwan, ou simplement curieux, je vous conseille https://lettresdetaiwan.com/.

Pour les challenges Animaux du monde (ici animal sur la couverture), Lire en thème 2020 (animal sur la couverture en mars) et Polar et thriller 2019-2020.

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Avalanche Hôtel de Niko Tackian.

Calmann Lévy, collection Noir, janvier 2019, 270 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-70216-329-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Niko Tackian naît le 5 avril 1973 à Paris. Il étudie le Droit et l’histoire de l’art. Avant d’être romancier en polars/thrillers, il est journaliste, scénariste, réalisateur et auteur de bandes dessinées. Du même auteur chez Calmann Lévy : Toxique (2017), Fantazmë (2018) et Celle qui pleurait sous l’eau (2020). Avalanche Hôtel a reçu le Prix de la Ligue Imaginaire Cultura et le Prix Thrillers à Gujans-Mestras

6 janvier 1980. Joshua Auberson se réveille après avoir fait une chute. Il est nu dans une salle de bain de l’Avalanche Hôtel où il est agent de sécurité. Mais il ne se rappelle plus réellement ni de sa vie ni de Catherine Alexander qui a disparu le lendemain de ses 18 ans alors qu’une voix lui parle dans sa tête lui disant qu’elle est là depuis toujours. En tout cas, l’inspecteur Sylvain Lieber le soupçonne. « Sa blessure au front lui avait permis de quitter la salle et de gagner du temps. Mais elle l’avait aussi rendu suspect aux yeux de ce flic et ça commençait à l’inquiéter. Il fallait absolument qu’il réussisse à retrouver la mémoire pour se disculper de tout soupçon et recoller les morceaux de son identité. » (p. 21). Lorsqu’il rencontre Clovis, celui-ci lui dit que c’est lui qui travaille ici depuis 15 ans et il l’emmène à l’extérieur, sur une piste de bobsleigh, car « Il y a des choses qui doivent être faites à des moments précis. Tu comprends ? À DES MOMENTS PRÉCIS. » (p. 30).

3 janvier 2018. Joshua se réveille frigorifié dans une chambre d’hôpital. « Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise » (p. 46). À son chevet, Sybille, sa collègue et amie. Chute sur plus d’un demi kilomètre, coups sur la tête, hypothermie, quelques légères lésions dans la zone de l’hippocampe… Tous pensent que Joshua a rêvé durant son coma car l’Avalanche Hôtel (ou plutôt le Bellevue Grand Palace) est fermé depuis des années et… il est en ruines !

L’enquête en cours concerne une jeune femme brune trouvée par des randonneurs et surnommée l’inconnue de Naye mais elle avait une photo en noir et blanc de Catherine Alexander, disparue 38 ans auparavant. Joshua est perdu… « ‘Le réel est parfois trompeur…’ Les mots de Clovis résonnaient à ses oreilles comme un avertissement sinistre. » (p. 90).

Avalanche Hôtel (belle couverture) est un polar noir aux allures de thriller, angoissant, à la limite du fantastique (l’auteur reconnaît le clin d’œil à Stephen King et à l’adaptation cinématographique de Shining). Les personnages sont bien pensés, le style est vif, la montagne est belle mais attention elle peut être dangereuse surtout en hiver. Ça ne m’a pas dérangée que le roman oscille entre polar et thriller, et je lirai certainement les autres titres de Niko Tackian (que je découvrais ici) avec les enquêtes de Tomar Khan. Le fait que ce roman traite du cerveau, de la mémoire, des souvenirs, de la généalogie cellulaire m’a beaucoup accrochée. L’auteur n’amène pas ses lecteurs à l’autre bout du monde (comme dans les thrillers en général) mais dans les montagnes enneigées des Alpes suisses et… dans les tréfonds de la mémoire !

« Je crois beaucoup à la mémoire des lieux, vous savez, avait-il dit pour ponctuer le récit de Joshua. Moi qui habite ici depuis des années, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses… – Quel genre de choses ? – Des bruits de pas, des portes qui claquent… des lumières, même, et parfois de la musique. C’est comme si… comme si la mémoire du palace refusait de se vider totalement. » (conversation avec Robert, le gardien, p. 172).

« La vérité avait un prix. » (p. 215). « Oui, la vérité avait un prix mais Joshua était prêt à le payer. » (p. 2016).

Idéal pour Lire en thème (en février, un auteur français) et pour le Mois du polar inclus dans le challenge Polar et thriller 2019-2020 mais aussi pour Littérature de l’imaginaire #8 pour le côté fantastique.