Lignes de Jacques Arragon

Lignes de Jacques Arragon.

Éditions Courtes et longues, octobre 2016, 258 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-35290-172-3.

Genres : littérature française, premier roman, littérature jeunesse, science-fiction.

Jacques Arragon… Peu d’infos… Cet ingénieur à la retraite délivre avec Lignes son premier roman qu’il a écrit pour le plaisir. Eh bien, heureusement qu’il a été publié, une incroyable réussite !

Philibert Jacquemin voulait devenir jardinier comme son père mais il a fait des études et il est devenu connecticien, c’est-à-dire qu’il a posé « des lignes. Des lignes de téléphone. Des milliers de kilomètres. Sur des poteaux, dans des tuyaux. […] un câble de fibres optiques au fond de l’océan indien entre Madagascar et l’île de la Réunion. » (p. 6). Mais, plus besoin de connectique, maintenant tout passe par les ondes et il est viré… Il a été généreusement indemnisé alors il va manger, pour la première fois de sa vie, dans un excellent restaurant et il se rend compte qu’il a toujours son passe électronique ! Que vont-ils devenir tous ces fils devenus inutiles et non biodégradables, hein ? « Il faudrait aller voir… » (p. 9). Alors, il y va, « un central pas loin, souterrain, à l’abri des bombes. Même atomiques. […] dans un immeuble avec une serrure à passe. Personne ne sait que, derrière, on entre dans un autre immeuble de seize étages souterrains pleins de fils qui se croisent dans des ordinateurs […]. » (p. 10). On y va ? « Dingue. Le système ne sert plus à rien. Rien du tout. Et il fonctionne. Parfaitement. » (p. 12).

Mais Philibert a peur d’être découvert. Alors, pendant son temps libre, il travaille au Potager du roi à Versailles sous la direction du Professeur du centre. Désherber ronces, orties… qui enveloppent les racines des arbres, comme du plastique, du polymère, du cuivre ! Et il a une discussion (je sais, c’est surréaliste) avec des oiseaux (un rouge-gorge et un corbeau) qui l’aident à se délivrer des ronces et l’éclairent sur les dangers de toute cette connectique de fils dans le monde entier.

Il découvre la Vésistance, la Résistance végétale, et se retrouve promu « fonctionnaire international employé par l’IMRA, l’Institut mondial de la recherche agricole » (p. 63) mais les oiseaux et sa jeune guide auvergnate lui ont bien dit de se méfier de tout le monde y compris de ceux qui disent faire partie de la Vésistance car il y a des humains qui trahissent en espérant survivre lorsque le végétal aura pris possession de tout. Un genre de paniers de crabes avec de riches industriels, des scientifiques, des gouvernements…

« Nous allons devenir les maîtres du monde végétal. Le végétal est la trace que laisse l’énergie solaire sur notre planète. C’est en fait la seule forme d’énergie stockable que nous connaissions et qui soit également renouvelable. C’est aussi la seule nourriture. Sans végétaux, pas d’animaux, rien, le désert. Par contre, si on exploite les végétaux au maximum de leurs possibilités en les mettant dans des conditions idéales, on obtient d’eux des miracles de fécondité, de richesse nutritive, de résistance. C’est génial, les végétaux ! Et nous pourrons apprendre d’eux leur chimie fantastique dont nous ne connaissons encore pratiquement rien et qui nous servira à fabriquer des matières encore inconnues aujourd’hui. Des textiles, des aliments, des matériaux de construction, des parfums, je ne sais pas, moi… Toute une nouvelle industrie, de nouveaux produits. Nous serons riches, nous aurons le monde à nos pieds. Nous serons les nouveaux dieux ! » (p. 116-117). Cet extrait résume tout le propos du roman, ce beau programme semble écologique mais pas du tout respectueux ni du monde végétal ni du reste d’ailleurs. Notons bien les mots ‘maîtres’, ‘exploite’, ‘nouvelle industrie’, ‘nouveaux produits’, ‘riches’, ‘dieux’… Et plus loin, ça parle de guerre, de monopole, de pouvoir absolu… La totale ! Les humains sont mal barrés et en même temps, la planète avec la faune, la flore, l’eau, l’air…

Mais, heureusement il y a des oiseaux, des singes, des dauphins, des séquoias…

Franchement, je vais vous dire pourquoi j’ai lu ce livre. Il me fallait un livre pour le Challenge lecture 2022 (catégorie 47, un livre dont le titre sur la couverture est écrit à la verticale) et, en me baladant dans les rayons, je vois Lignes écrit à la verticale, parfait, je ne connais ni l’auteur ni la maison d’éditions mais c’est l’occasion de découvrir, n’est-ce pas ?

Et surtout d’avoir une très belle surprise car Lignes est un roman comme je n’en ai encore jamais lu ! Un premier roman en plus ! De l’ingéniosité, des questionnements et des réponses (en temps voulu), des surprises et des rebondissements, de l’humour aussi, et une fin du monde telle qu’on ne l’attendait pas dans un roman très vivant, touffu même (sans jeu de mot avec la végétation !). Philibert est un genre d’anti-héros mais pas un faire-valoir, il subit certains événements qui lui échappent mais il fait tout pour s’en sortir et pour sauver la planète et l’humanité : oui, c’est possible de sauver les deux, c’est génial, mais attention y a du boulot, il va falloir se battre (et être du bon côté) ! C’est inventif, passionnant, drôle, rocambolesque même, un roman à mettre entre toutes les mains même si l’éditeur le désigne comme un roman jeunesse (pour les ados). Un auteur à suivre !

Je le mets aussi dans Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 22, un livre jeunesse, young adult, 3e billet), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #10, Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 2 – Faire feu de tout bois = guerre, bataille, enjeu politique, ici c’est politique et écologique) et S4F3 2022.