Une loge en mer de Magali Desclozeaux

Une loge en mer de Magali Desclozeaux.

Éditions du Faubourg, collection Littérature, janvier 2021, 176 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-491241-48-3.

Genres : littérature française, roman.

Magali Desclozeaux… Très peu d’infos sur cette autrice française qui vit en Italie (elle est traductrice de l’italien). Ses deux premiers romans sont Le crapaud (Plon, 1997, sélectionné pour le Goncourt du premier roman) et Un deuil pornographique (Flammarion, 2003).

Depuis deux ans et demi, Ninon Moinot, concierge retraitée, vit dans le conteneur n° 124328 qu’elle loue à Félix De Cuïus sur le Ship Flowers (un bateau avec 29 marins à bord). Elle veut quitter la mer et « rompre le contrat de pension viagère » (p. 9) mais n’arrive pas à contacter De Caïus qui vit à Nassau aux Bahamas, un paradis fiscal donc… Elle écrit alors à une conseillère à Fos sur Mer, madame Noisette, qui lui répond simplement « À ma connaissance, un contrat viager ne peut être cassé. » (p. 11).

« […] je dors en haute mer sous des étoiles à n’en plus finir quand ce n’est pas à la merci des pinces d’acier des dockers suspendus à quarante mètres au-dessus de ma tête […]. » (p. 20). Un confinement en pleine mer…

Une loge en mer est un roman épistolaire extravagant. Ninon Moinot écrit des lettres de plus en plus longues mais elle se rend compte que ce n’est pas madame Noisette qui lui répond car la signature « ppe Prune Noisette » signifie « pour personne empêchée ». Comme je ne veux pas vendre la mèche, je ne peux en dire plus. Mais la retraitée comprend, au fur et à mesure de la correspondance (qui s’étale sur quelques années car chaque lettre met des mois pour arriver à destination) que De Cuïus a ruiné les sœurs d’un couvent et certainement d’autres personnes en mélangeant « des parts de prêts avant de les regrouper en titres financiers et de les revendre à des investisseurs » (p. 37-38). Ainsi le viager de Ninon a-t-il sûrement été revendu de même et c’est pourquoi De Cuïus est aux abonnés absents, bien tranquille sur son île paradisiaque… « Mon conteneur et moi-même, nous serions devenus un contrat voguant au gré des opportunités du marché. » (p. 45).

Un roman parfait pour découvrir le trafic maritime, le « monde offshore » (p. 78) et connaître la solution pour que le malfaiteur exilé dans son paradis fiscal ne vive plus aux frais de personnes crédules. Le tout raconté de façon poétique, rythmée et très drôle. Quant à la fin, elle est surprenante, toujours avec des échanges de lettres mais de différents services et personnes. Où comment des gens sont précarisés et injustement abusés ! Ou comment des humains sont considérés comme des objets de valeur, même moindres, comme des bien actifs, sur le dos desquels des requins peuvent se faire du fric… beaucoup de fric !

Coup de cœur, à lire absolument !

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 35, un roman épistolaire).