L’énigme de Saint-Olav d’Indrek Hargla

L’énigme de Saint-Olav (Melchior l’Apothicaire, 1) d’Indrek Hargla.

Gaïa, collection Gaïa Polar, février 2013, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-84720-288-5. Je l’ai lu en poche : Babel noir, n° 109, mars 2014, 432 pages, 9,70 €, ISBN 978-2-330-03063-6. Apteeker Melchior ja Oleviste Mõistatus (2010) est traduit de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry.

Genres : littérature estonienne, roman policier et historique.

Indrek Hargla naît le 12 juillet 1970 à Tallinn (Estonie). Il étudie de Droit à l’université de Tartu puis travaille pour des missions diplomatiques. Passionné par les romans policiers et l’histoire médiévale, il ne pouvait qu’écrire des romans policiers médiévaux ! Il est l’auteur de nouvelles et de romans dans les genres policier mais aussi fantastique et science-fiction.

Petit point historique (un avant-propos très instructif). Tallinn, Estonie, XIVe siècle, 1398 pour être plus précise. L’Ordre des Chevaliers teutoniques « reconquière Gotland » (p. 9) et chasse les Viladiens (des brigands violents) de l’île de Visby. En 1409, au tout début du XVe siècle, l’Ordre vend l’île de Visby à la reine du Danemark. Tallinn est composée de deux parties : Toompea, la ville haute, où vit l’Ordre des Chevaliers teutoniques et la ville basse où vit la population, en particulier des artisans et des marchands.

Nuit du 15 mai 1409, à Toompea. Henning von Clingenstain, né à Warendorf (Allemagne), haut responsable de l’Ordre à Gotland, plein comme une outre (ça fait 5 jours et 5 nuits qu’il se goinfre et qu’il boit) est tué, décapité et retrouvé avec une ancienne pièce dans la bouche.

Le lendemain matin, dans la ville basse. Melchior Wakenstede, né à Lübeck (Allemagne), 31 ans, l’apothicaire de Tallinn, ouvre sa boutique « avec joie et satisfaction » (p. 19). Son épouse, Ketterlyn, « descendante des peuples qui avaient vécu ici depuis l’aube des temps » (p. 20), revient du marché avec l’affreuse nouvelle.

C’est la panique à l’Hôtel de ville… « Cet important chevalier qui venait d’être assassiné ne venait-il pas de Gotland, et Gotland n’était-elle pas en conflit perpétuel avec les villes dont Tallinn s’efforçait de conserver l’amitié ? » (p. 33). Ah, les affaires politiques et la diplomatie…

Le bailli Wentzel Dorn qui doit enquêter demande l’aide de son ami Melchior l’Apothicaire avec qui il a déjà résolu des enquêtes. « À trois reprises, déjà, Melchior avait apporté son aide au Conseil pour démasquer un meurtrier, et la dernière fois, l’été passé, quand il avait deviné qui avait étranglé cet hérétique flamand, Dorn et lui avaient découvert qu’ils prenaient plaisir au temps passé ensemble à discuter des affaires du monde et à boire de la bière. C’était sans doute ce que l’on appelait l’amitié. » (p. 52).

Donc, « D’après la loi, Toompea doit réclamer le meurtrier à la ville et après… après… le tribunal du Conseil… Qui le tribunal du Conseil doit-il mettre aux fers et traîner ici ? – Mon cher bailli, c’est à vous de trouver qui est l’assassin de Clingenstain, et après cela vous me direz son nom et je le réclamerai au Conseil. C’est on ne peut plus simple. » (p. 84-85).

Un roman policier médiéval estonien ? À tester par curiosité évidemment ! D’autant plus que L’énigme de Saint-Olav est considéré comme le premier roman policier estonien traduit en français. En dehors du contexte historique passionnant (et qui m’est totalement inconnu donc j’apprends pas mal de choses), il y a une belle galerie de personnages comme Melchior évidemment mais aussi le maître-orfèvre, Burckhart Casendorpe, qui a vendu une chaîne en or au chevalier la veille (chaîne qui a d’ailleurs disparu) ou le prieur des Dominicains, Baltazar Eckell, qui lui a confessé le chevalier ou le Commandeur de Toompea, Ruprecht von Spanheim, issu de la noblesse allemande pauvre. « […] l’homme était resté simple et gardait vis-à-vis des affaires de la ville une approche bienveillante et compréhensive. » (p. 78).

Vous remarquerez que beaucoup de gens importants qui vivent à Tallinn sont en fait Allemands et sont parfois mariés à une Estonienne comme Melchior. Et ce sont de bons vivants car le meurtre n’empêche pas le soir, la Fête de la bière, la coutume de smeckeldach à la Guilde des Têtes-Noires avec les frères Dominicains ! « Hé, vous, ne dites pas de mal de nos saints frères ! Un couvent pauvre serait une calamité pour tous ceux qui devraient l’aider à survivre : seigneur, marchands, évêque, paysans ! Personne n’a besoin d’un pareil monastère ! » (p. 156). Les habitants ne perdent pas le nord tant au niveau politique qu’économique ! Par certains côtés, ce roman m’a fait penser aux romans anglais de Frère Cadfael d’Ellis Peters.

Deux jours après le meurtre de Henning von Clingenstain, c’est Caspar Gallenreutter, né lui aussi à Warendorf, bâtisseur chargé d’agrandir l’église de Saint-Olav (d’où le titre) qui est tué… Puis c’est au tour du frère Wungaldus qui brasse la si bonne bière chez les Dominicains de mourir « dans d’atroces souffrances » (p. 243). « Un meurtrier se trouve toujours une justification, dit Melchior. Il se persuade qu’il devait agir comme il l’a fait, que c’était la seule issue. » (p. 416).

Les tomes suivants sont : Le spectre de la Rue du Puits (2015), Le glaive du bourreau (2016), L’étrangleur de Pirita (2017), La chronique de Tallinn (2020) et à paraître, Le démon de Gotland. Melchior l’Apothicaire semble être une excellente série, dépaysante, enrichissante (j’ai vraiment eu l’impression d’y être !), et j’ai très envie de lire ces autres titres.

La petite histoire personnelle

Je devais rencontrer Indrek Hargla en septembre 2015 lors de la 25e édition du Festival Est Ouest mais la rencontre a été annulée… J’en ai parlé dans En coup de vent… /12. Un an et demi après, j’ai rencontré Indrek Hargla aux Quais du polar 2017 à Lyon et j’étais ravie d’acheter ce premier tome et de le faire dédicacer. Je vous remets la photo publiée à l’époque : Indrek Hargla est baraqué comme un bûcheron canadien mais a une voix douce et ne parle pas un mot de français donc il y avait Jean-Pascal Ollivry (traducteur du roman) qui faisait l’interprète.

En bonus pour le Challenge de l’été – dernier jour – (Estonie) et les challenges Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec énigme, j’aurais pu mettre dans la catégorie Prénom pour Melchior mais il y a déjà pas mal de billets dans cette catégorie), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Estonie).

La princesse du Burundi de Kjell Eriksson

La princesse du Burundi de Kjell Eriksson.

Gaïa, collection Polar, octobre 2009, 352 pages, 22 €, ISBN 978-2-84720-150-5. Prinsessan av Burundi (2002) est traduit du suédois par Philippe Bouquet.

Genres : littérature suédoise, polar.

Kjell Eriksson naît en 1953 à Uppsala (Suède). Il est auteur, principalement de romans policiers.

Un mois de décembre enneigé à Uppsala. John, surnommé Petit-John, avait flirté avec la délinquance quand il était adolescent mais c’est terminé depuis qu’il est marié avec Brit et qu’ils ont un fils de 14 ans, Justus. Mais Berit est inquière car John est très en retard… Mais il ne rentrera jamais. « John Harald Jonsson avait saigné abondamment. Sa veste claire était maculée de sang coagulé. La mort avait sans doute été un soulagement pour lui, car il lui manquait trois doigts à la main droite. Ils avaient été sectionnés à hauteur de la deuxième phalange. Les brûlures et autres marques bleu foncé qu’il portait au cou et au visage témoignaient aussi des souffrances qu’il avait endurées. » (p. 22-23). Le corps de John a donc été retrouvé dans la neige, torturé, à Libro, là où les employés municipaux vont décharger la neige.

Le frère aîné, Lennart Albert Jonsson se sent responsable et il veut retrouver le meurtrier de John. « La neige crissait sous ses pas. […] Il aurait aimé s’allonger dans la neige pour y mourir, ainsi qu’avait fait John. Son unique frère. Mort. Assassiné. Le désir de vengeance le tourmentait comme si on lui avait enfoncé une barre de fer dans le corps et il sut dès lors que que ce ne serait que lorsque le meurtrier aurait payé son crime que cette douleur pourrait s’atténuer. » (p. 53).

La commissaire Ann Lindell est en congé parental, elle s’occupe de son nouveau-né, Erik, mais elle s’ennuie alors elle va suivre l’affaire « en marge » et ne pourra pas s’empêcher d’intervenir car elle connaissait John.

Parmi les enquêteurs de son équipe, Ola Haver, Beatrice, Fredriksson, Ottosson, Riis… et je pense qu’ils sont dans les précédents tomes.

Cette troisième enquête d’Ann Lindell a reçu le Prix du meilleur roman policier suédois en 2002. Les enquêtes précédentes sont La terre peut bien se fissurer (2000, Gaïa 2007) et Le cercueil de pierre (2001, Gaïa 2008). Les enquêtes suivantes sont Le cri de l’engoulevent (2003, Gaïa 2010), Les cruelles étoiles de la nuit (2004, Gaïa 2012) et L’homme des montagnes (2005, Gaïa, 2013) avec éditions en poche chez Babel noir. Si je trouve certains de ces titres à la bibliothèque, je les emprunterai !

Les polars suédois sont en général bien détaillés et bien glauques… La princesse du Burundi est en fait le poisson préféré de John qui a (avait) un énorme aquarium, c’est un poisson tropical, un cichlidé (je pense en avoir déjà vu dans des aquariums).

Pour les challenges Animaux du monde #3 (pour les poissons), Challenge de l’été 2e tour (Suède), Petit Bac 2020 (pour la catégorie Lieu avec Burundi), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Suède).

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve.

Gaïa, collection Polar, août 2005, 192 pages, 15 €, ISBN 978-2-84720-064-9. Le chien tchétchène est reparu en Babel noir en novembre 2006.

Genres : littérature française, roman policier.

Michel Maisonneuve naît en 1953 à Marseille ; il vit en Provence ; il exerce divers métiers avant de devenir journaliste et écrivain. Du même auteur : Le périple d’Arios (2004), Le privé ou je tourne tous les jours y compris le dimanche (2006), Un génie de banlieue (2008) et L’histrion du Diable (2015).

Après les romans policiers félins de Sophie Chabanel, La griffe du chat (2018) et Le blues du chat (2019) qui se déroulent dans le nord de la France, à Lille, j’ai lu un roman policier canin (qu’on m’a conseillé) qui se déroule dans le sud de la France, à Marseille.

Marseille donc. Une vieille dame a été assassinée. « Il n’étaient que trois à l’enterrement de la mémé. Dachi El Ahmed, Nestor Patipoulos, ébéniste retraité, et le chien. » (p. 9). Le chien, c’est un Beagle « au pelage ras et chamarré, noir, blanc et feu. » (p. 9), il s’appelle Hassan. À la sortie du cimetière, Hassan grogne contre deux hommes qui observent dans une BM grise. « Lui, il sait, lâcha Patipoulos en hochant la tête. – Quoi donc ? – Il sait pourquoi ils ont tué mémé. » (p. 10). La mémé, c’était Liliana Oumaraq ; personne ne savait d’où elle venait mais elle avait recueilli le Beagle chapardeur après que l’épicier ait mis sa tête à prix ! Quant à Dachi, il est considéré comme un sage dans la cité : il modère, il enquête, il enseigne l’histoire des mathématiques à l’université et il récite les vers d’Omar Khayyâm et de Georges Brassens ; il est cool mais, lorsqu’il apprend que le vieux Patipoulos a été agressé chez lui (et hospitalisé par sa fille, Léda… une bombe !), il recueille Hassan et décide d’enquêter. Les deux hommes dans la BM, ce sont des Russes, Igor et Vassiliev, pas des tendres : ils doivent récupérer Hassan mais ils ne savent pas que c’est un chien et leur riche voiture a déjà été repérée dans la cité par la bande de Hocine.

Ma phrase préférée. « Deux Russes sur le dos, un Apache qui avait pris la clé des champs, un Tchétchène agacé, une rousse exigeante et un petit Beagle à retrouver, ça faisait beaucoup pour un ermite. » (p. 104).

Voilà, le décor est planté, les personnages aussi (même s’il y en a quelques autres qui apparaissent) et vous allez lire un polar déjanté, une enquête sans police, et passer un bon moment avec Hassan ! Je ne vous en révèle pas plus pour que vous découvriez ce roman policier atypique et drôle (même burlesque à un moment). Je ne vous dis pas que c’est un chef-d’œuvre mais j’espère que, comme moi, vous passerez un moment agréable.

Une lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et thriller 2019-2020 que je mets aussi dans Lire en thème (décidément beaucoup d’auteurs français en ce mois de février !) et dans le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Animal avec chien).