Le Ladies Football Club de Stefano Massini

Le Ladies Football Club de Stefano Massini.

Globe, février 2021, 192 pages, 20 €, ISBN 978-2-211-30765-9. Ladies Football Club (2019) est traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Genres : littérature italienne, roman, Histoire.

Stefano Massini naît le 22 septembre 1975 à Florence (Toscane, Italie). Il étudie la littérature ancienne à l’Université de Florence et s’intéresse au théâtre. Il est romancier mais aussi dramaturge, metteur en scène et consultant artistique. J’ai très envie de lire Les frères Lehman (Globe, 2018).

Voici commence le roman : « Le 6 avril 1917 la radio du front annonçait de nouveaux morts. Le 6 avril 1917 les États-Unis entraient en guerre. Le 6 avril 1917 Lénine préparait la révolution russe. Mais, surtout, le 6 avril 1917 durant la pause-déjeuner onze ouvrières de Doyle & Walker Munitions se mirent à courir derrière un ballon. » (p. 11).

Je n’aime pas le football mais je veux absolument lire ce roman qui se déroule à Sheffield en Angleterre.

Les ouvrières ont trouvé un ballon dans la cour de l’usine, Rosalyn Taylor invita ses collègues à jouer, Violet Chapman tapa la première dans le ballon et les autres suivirent. Mais le ballon n’est pas vraiment un ballon…

Le roman est conçu de telle façon que les phrases ressemblent à de la poésie (avec un retour à la ligne systématique avant la fin de la ligne, un genre de poésie libre). C’est inventif, c’est drôle et surtout c’est basé sur une histoire vraie et il y a un petit côté réaliste et engagé fort plaisant.

Chaque joueuse est présentée avec chacune une particularité qui a – ou qui n’a pas – de lien avec le football. D’ailleurs, je vais citer les 11 joueuses par respect pour elles. « Maillot n° 1 – Rosalyn Taylor. Maillot n° 2 – Olivia Lloyd. Maillot n° 3 – Justine Wright. Maillot n° 4 – Penelope Anderson. Maillot n° 5 – Abigail Clarke. Maillot n° 6 – Haylie Owen. Maillot n° 7 – Melanie Murray. Maillot n° 8 – Violet Chapman. Maillot n° 9 – Brianna Griffith. Maillot n° 10 – Sherill Bryan. Maillot n° 11 – Berenice MacDougall. » (p. 9). Malheureusement pour Rosalyn Taylor, elle se retrouva gardienne de but et elle n’aima pas ça, elle voulait frapper dans le ballon et marquer des buts mais elle était la plus grande des onze, « Grande, robuste : une armoire à glace. » (p. 32).

« Franchement, le football, c’était génial. » (p. 60). Cependant, pour ces jeunes ouvrières, qui sont des filles, des épouses pour la majorité, des mères pour certaines, c’est plus qu’une histoire de sport, c’est une liberté, c’est un symbole de lutte sociale et politique ! Mais leur patron (Hubert Walker) veut les humilier (quoi, des femmes qui se mêlent de football !) et propose un match contre une équipe d’hommes (de toute façon il n’y a pas d’autres équipes de femmes). « On va les massacrer. » (p. 84) mais, avant, il faut un nom à leur équipe et sur le logo (jaune) du tissu (noir) il y a écrit LFC (pour Long Fort Cemetery…), ce sera donc Ladies Football Club.

Le match a lieu, sur un terrain miteux derrière l’église St. Martha, devant quelques curieux et trente-six infirmières de la Croix Rouge. Contre les Hercules (des blessés de guerre, pas très valides, mais bon des hommes tout de même). Le score ? 10-1 et encore, c’est parce qu’Olivia Lloyd, qui a écrasé ces lunettes en tombant, a marqué le premier but contre son camp… « Triomphe. Masculin singulier. Ou plutôt non : victoire, explosive, je vous en donnerai des bombes de Walker. » (p. 104). Mieux que Saint-Georges terrassant le dragon ! D’ailleurs « M. Walker se présenta tout content – les joues cramoisies – en disant : ‘À l’automne, nous disputerons un autre match, et maintenant tout le monde vous veut : cette fois vous défierez les Dragons.’ Après quoi il se frotta les mains et s’en alla en chantonnant. Il était heureux. » (p. 112). Non, mais, comme s’il avait fait quelque chose !

4 novembre 2017. « En pleine révolution russe. » (p. 122), le Ladies Football Club joue contre une équipe de 11 enfants de moins de quinze ans, avec les mères en furies dans les tribunes… « face à ces marmots sur le terrain qui avait le courage d’attaquer ? » (p. 122). Le score ? 1-1 mais le but de Sherill Bryan est injustement invalidé… Eh bien, elles ont la hargne ! « Ce n’était plus onze folles qui couraient après le ballon, c’était onze victimes du système. Et diable, en temps de guerre, les victimes ont droit à un traitement particulier. » (p. 134). Elles deviennent célèbres, elles sont réclamées, leur patron est fier, il se met à aimer le football féminin et…

9 novembre 1918. Le Ladies Football Club joue contre des « ouvriers » d’une usine de textile appartenant à un Allemand à Chesterfield. « Anglais contre Allemands. En pleine guerre mondiale. Aigles noires contre Baron rouge » (p. 141), « au Hillsborough Stadium, bourré à craquer jusqu’au dernier rang » (p. 145). Vous verrez, c’est épique !

Plus de cent ans après, le football féminin existe toujours, c’est que « la révolution […], une fois allumée, ne s’éteint pas […]. » (p 160) et j’aime bien cette phrase qui revient à chaque match : « Ils en ont fait une saleté commerciale. », c’est sûr qu’il n’y a pas plus commercial que le foot 😛 Mais ce roman est une belle réussite !

Lu durant le Mois anglais, je mets cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (l’auteur, Italien, nous emmène en Angleterre, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe, 3e billet) et Voisins Voisines 2021 (Italie).