Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez

Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez.

Grasset, décembre 1981, 210 pages, 16 €, ISBN 978-2-24626-741-6. Réédition Grasset, collection Les cahiers rouges, avril 2002, 200 pages, 7,05 €, ISBN 978-2-24626-744-7. Crónica de una muerte anunciada (1981) est traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Couffon. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, novembre 1987 (réédition n° 32, octobre 2019), 128 pages, 5,70 €, ISBN 978-2-25304-397-3.

Genres : littérature colombienne, roman (polar).

Gabriel García Márquez naît le 6 mars 1927 à Aracataca en Colombie. Journaliste, critique cinématographique, militant politique, romancier, nouvelliste, conteur, scénariste de films ,essayiste, il est considéré comme un des plus grands auteurs sud-américains du XXe siècle, à la fois dans le réalisme et dans le merveilleux, dans le dramatique et l’humoristique, dans l’historique et le satirique. Il étudie le Droit à l’université de Bogota mais se passionne pour la littérature, en particulier l’œuvre de Franz Kafka mais aussi mais aussi de William Faulkner, James Joyce, Virginia Woolf, et devient journaliste. En 1955 et 1956, il est correspondant en Europe y compris en Europe de l’Est, puis il revient sur le continent américain (Cuba, États-Unis, Mexique). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1982. Ses plus grands romans sont Cent ans de solitude (Cien años de soledad, 1967), Chronique d’une mort annoncée (Crónica de una muerte anunciada, 1981), L’amour aux temps du choléra (El amor en los tiempos del cólera, 1985) et il était temps que j’en lise un ! Il meurt le 17 avril 2014 à Mexico. Le roman Chronique d’une mort annoncée a été adapté au cinéma par Francesco Rosi (réalisateur italien) en 1987.

Santiago Nasar, 21 ans, a été « éventré comme un cochon » (p. 10) devant chez lui un lundi matin de février, le jour où l’évêque arrivait par bateau. « Santiago Nasar était gai, pacifique, et, de surcroît, il était homme de cœur. » (p. 13). Pedro et Pablo Vicario, des frères jumeaux de 24 ans, l’attendaient avec leurs couteaux alors que tout le village avait célébré la veille un mariage.

Vingt-sept ans après, le narrateur (l’auteur lui-même ?) revient au village et mène l’enquête, interrogeant les gens, Placida Linero, la mère de Santiago (pauvre vieille femme qui, après la mort de son mari, n’avait plus que son fils unique), Victoria Guzman, la cuisinière, et Divina Flor, sa fille alors adolescente, Clotilde Armenta, la patronne du débit de lait près de l’église où Pedro et Pablo s’étaient endormis, Margot, la sœur du narrateur, Dionisio Iguaran, le docteur, Faustino Santos, le boucher chez qui les frères ont aiguisé leurs couteaux, le père Carmen Amador qui a pratiqué l’autopsie « en l’absence du docteur Dionisio Iguaran » (p. 73), et les jumeaux Vicario eux-mêmes.

La mort avait été largement annoncée par Pedro et Pablo Vicario mais les habitants ont-ils cru à des « rodomontades d’ivrognes » (p. 18) ou espéraient-ils que Santiago Nasar, jeune homme aisé suite à son héritage et d’origine arabe par son père, soit tué ? « La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu’on allait tuer Santiago Nasar. » (p. 24). C’est que « la belle Angela Vicario, qui s’était mariée la veille, avait été restituée à ses parents par son époux qui avait découvert qu’elle n’était pas vierge. » (p. 26). L’époux, c’est Bayardo San Roman, arrivé au village six mois avant, un trentenaire charmant mais bizarre. « Personne ne sut jamais ce qui l’avait amené chez nous. » (p. 30). Mais Angela Vicario, 20 ans, issue d’une famille modeste, ne voulait pas l’épouser. « Il était trop homme pour moi. » (p. 37).

Bayardo San Roman a donc dit qu’Angela Vicario n’était plus vierge mais était-ce vrai ? Angela Vicario, répudiée, battue par sa mère, interrogée par ses frères, Pedro et Pablo, a lâché le nom de Santiago Nasar mais n’était-ce pas un mensonge ? « Personnellement, je conservais un souvenir très vague de la fête avant ma décision de la reconstituer à partir des bribes éparpillées dans les souvenirs d’autrui. » (p. 45).

Alors, « homicide en état de légitime défense de l’honneur » (p. 51) ? C’est en tout cas ce qui est ressorti de cette histoire tragique. Les jumeaux se sont rendus, reconnaissant avoir tué sciemment, mais se sentant innocents et n’éprouvant aucun repentir. En tout cas, « Jamais mort ne fut davantage annoncée. » (p. 53). Le fait d’annoncer le crime qu’ils allaient commettre, était-ce pour se persuader l’un l’autre de le commettre ou pour que les gens les en empêchent ? Malheureusement tout le monde avait beaucoup bu durant la noce et peut-être que les gens n’avaient pas les idées bien claires…

« Mais la plupart de ceux qui auraient pu faire quelque chose pour empêcher le crime et qui se dérobèrent se consolèrent en invoquant le préjugé selon lequel les affaires d’honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seul accès les maîtres du drame. » (p. 95-96). Les autres ont quitté le village ou sont subitement tombés malades. « Douze jours après le crime, ce fut un village d’écorchés vifs que le juge découvrit. » (p. 96).

Jusqu’à maintenant, il me semble que je n’avais lu que quelques nouvelles et contes de Gabriel García Márquez. Je suis donc ravie d’avoir lu et aimé ce roman construit comme un polar (même s’il n’est pas classé en roman policier) et je relirai cet auteur assurément.

Excellente lecture pour le Mois Amérique latine que je mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 57, un livre conseillé par un libraire), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif pour annoncée) et Polar et thriller 2020-2021.

La civilisation du poisson rouge de Bruno Patino

La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention de Bruno Patino.

Grasset, avril 2019, 184 pages, 17 €, ISBN 978-2-24681-929-5.

Genres : littérature française, essai.

Bruno Patino naît le 8 mars 1965 à Courbevoie (région parisienne). Il est journaliste, directeur éditorial et écrivain, spécialisé dans les médias et le numérique. Du même auteur : Pinochet s’en va (IHEAL, 2000), Une presse sans Gutenberg (Grasset, 2005), La condition numérique (Grasset, 2013), Télévisions (Grasset, 2016).

Avant de lire Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François, j’avais lu cette autre histoire de poisson sur un thème totalement différent : l’informatique et le numérique.

Le poisson rouge est un « animal stupide, qui tourne sans fin dans son bocal » (p. 13) – je pense que Bill François aurait des choses à dire à ce sujet – et son attention est de 8 secondes. Pauvre poisson rouge enfermé par des humains dans un bocal trop petit pour lui… L’attention des humains, en particulier celle de la génération Millenials, « ceux qui sont nés avec la connexion permanente » (p. 14) est de 9 secondes… « Ces 9 secondes sont le sujet de ce livre » dans lequel l’auteur parle de « servitude numérique volontaire » (p. 16), de « nomophobie » (pour NO MObile phone PHObia), de « phnubbing » (pour phone snubbing) (p. 23-24) et de FOMO (pour Fear Of Missing Out) c’est-à-dire « la crainte d’être exclu par l’ignorance » (p. 63). Pauvres de nous…

J’ai apprécié ce passage sur la lecture. « La lecture, celle qui prend du temps, qui égare le lecteur dans ses pages manquantes, déploie ses univers intimes et prodigieux, n’est pas épargnée par la quête de l’attention. Le livre, comme activité économique, résiste. Mais le temps consacré à la lecture par les plus jeunes s’effondre. Malgré le raccourcissement des chapitres, et l’introduction dans la littérature adolescente, des cliffhangers venus de la série télévisée. Notre vie culturelle et intellectuelle est devenue stroboscopique. » (p. 88).

Tout est traité dans cet essai littéraire complet et documenté. Algorithmes, infox (fake, fausse info), réseaux sociaux, médias, IA (intelligence artificielle), transhumanisme, etc., ceci avec de nombreuses références historiques, littéraires et même issues de la pop culture (musique, films, séries). Tout est clair, compréhensible, expliqué et argumenté, et donc même des « nuls » peuvent aisément tout comprendre (loin de moi l’idée de dire que nous sommes ou que vous êtes des nuls, c’est simplement un clin d’œil à la collection « … pour les nuls » qui offre aux… nuls l’occasion de savoir et comprendre, tout comme ce livre).

Ce qu’il y a de mieux encore dans ce livre, c’est que l’auteur apporte des solutions à ces problèmes d’intenses connexions et d’hégémonie des grosses boîtes : d’abord pour guérir (projet de société) et ensuite pour combattre (projet politique). Pour cela, il « propose quatre combats et quatre ordonnances » (p. 153) qui, à mon avis, valent le coup (mais je ne suis pas une spécialiste).

J’ai noté l’addendum. « Selon l’Association française du poisson rouge (elle existe), le poisson rouge est fait pour vivre « en bande », entre 20 et 30 ans, et peut atteindre 20 centimètres. Le bocal a atrophié l’espèce, en a accéléré la mortalité et détruit la sociabilité. » (p. 167). C’est bien ce que je disais, pauvre poisson rouge…

Pour conclure, je dirais que, comme l’auteur, je souhaite « un univers numérique de qualité, de partage, d’information, de savoir et de culture, y compris sur les grandes plates-formes sociales. » (p. 180).

Avez-vous envie de lire cet essai ? Je le mets dans Animaux du monde (pour le poisson rouge bien sûr). Et j’en profite pour partager deux images utiles.

Le courage des autres de Hugo Boris

Le courage des autres de Hugo Boris.

Grasset, janvier 2020, 180 pages, 17 €, ISBN 978-2-246-82059-8.

Genres : littérature française, témoignage.

Hugo Boris naît le 18 novembre 1979 à Paris. Il fréquente l’Institut d’études politiques de Bordeaux et l’École nationale supérieure Louis-Lumière à Paris. Il est auteur et réalisateur (courts métrages et documentaires). Il publie en 2003 sa première nouvelle, N’oublie pas de montrer ma tête au peuple (Mercure de France, Prix du jeune écrivain) et en 2005 son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond). Le courage des autres était en lice (avec 4 autres romans parus en janvier 2020) pour le premier Prix littéraire Europe 1 – GMF mais n’est pas le lauréat. Du même auteur, entre autres : Police (2016) adapté au cinéma par Anne Fontaine (sortie en salles en 2020).

Pour une fois, je mets le début de la 4e de couverture : « Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de « se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes » pour l’exorciser. »

Pendant 15 ans, l’auteur a observé dans le métro, pris des notes et il pense qu’il est « attentif mais veule […] un lâche, un spectateur qui n’intervient presque jamais chaque fois qu’il le devrait » (p. 10). « […] je suis une merde, une lavette, un faible, un infirme. Je suis malade de la peur. J’ai une maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. » (p. 69).

À 27 ans, le narrateur – qui pratique le karaté depuis 10 ans – vient d’obtenir sa ceinture noire. J’imagine qu’il sait se défendre, se battre. Le lendemain, il est dans le RER et il est témoin d’une violente altercation. Il tire le signal d’alarme ce qui, à mon avis, est déjà pas mal ! Pas la peine de se faire tabasser ou de prendre un coup de couteau ! Mais pour lui, ce n’est pas suffisant, il se sent coupable. « […] je me dis que des années de karaté ne m’ont rendu capable que de cela, tirer une sonnette. » (p. 22). C’est qu’il y a une différence entre « les combats en kimono, sur le tatami, […] souples, polis et courtois » (p. 23) et se battre contre un inconnu violent.

Je pense que c’est la première fois que je lis ce genre de livres et il m’a beaucoup plu. D’un côté, l’auteur emmène son lecteur dans le quotidien, le collectif, la violence mais d’un autre côté, il cite Julian Barnes, Maupassant, Saint-Exupéry… Bien sûr ce témoignage autobiographique (il n’est écrit roman ni sur la couverture ni sur la page de titre) peut paraître répétitif mais ça ne m’a pas dérangée. Mes chapitres préférés racontent le métro de Moscou (p. 88-91), la vieille dame de 80 ans qui a un tatouage sur le bras (p. 93-94) et le « quai 9 3/4 » (p. 99-102)

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Les chapitres sont cours, voire très courts, répartis en 3 parties : Sidération, Admiration et Affirmation comme une évolution de l’auteur. En tout cas, ce petit livre qui se lit rapidement permet au lecteur de s’interroger sur ce qu’il ferait, sur comment il réagirait en cas d’agression (verbale ou physique) dans le métro (ou ailleurs). De mon côté, je ne sais pas, je ne suis pas ceinture noire de karaté 😛 mais… je suis bien contente de ne pas habiter Paris et de ne pas prendre le métro (même si c’est sûrement source d’observation et de rencontres).

Un premier billet pour le Challenge du confinement pour la case (auto)biographie.

Réflexion sur la question antisémite de Delphine Horvilleur

Réflexion sur la question antisémite de Delphine Horvilleur.

Grasset, janvier 2019, 162 pages, 16 €, ISBN 978-2-24681-552-5.

Genres : littérature française, essai littéraire.

Delphine Horvilleur naît le 8 novembre 1974 à Nancy (Lorraine). Elle est écrivain, philosophe et la première femme rabbin en France. Elle a écrit plusieurs livres dont le dernier, Comprendre le monde (Seuil, 2020).

Introduction. « Pourquoi n’aime-t-on pas les Juifs ? » (p. 13). L’antisémitisme est une xénophobie différente. Les racismes « expriment généralement une haine de l’autre pour ce qu’il n’a pas : la même couleur de peau, les mêmes coutumes, les mêmes repères culturels ou la même langue. Son ‘pas-comme-moi’ apparaît au raciste comme un ‘moins-que-moi’. » (p. 13-14). « Le Juif au contraire est souvent haï, non pour ce qu’il N’A PAS mais pour ce qu’il A. On ne l’accuse pas d’avoir moins que soi mais au contraire de posséder ce qui devrait nous revenir et qu’il a sans doute usurpé. » (p. 14).

Le peuple hébreu (ou le Juif) a toujours été accusé de tout et de son contraire. Pourquoi ? Delphine Horvilleur va analyser l’antisémitisme (mot apparu au XIXe siècle) à partir des textes anciens de la tradition hébraïque (mais pas que). L’identité hébraïque naît avec Abraham qui quitte sa terre natale pour une terre inconnue : le peuple hébreu est donc un peuple de la rupture (contrairement par exemple à Ulysse qui est d’Ithaque et qui veut y retourner ce qui représente l’identité occidentale). La Chaldée est la terre paternelle, l’Égypte est la terre maternelle et, à chaque fois, le peuple hébreu part sans se retourner. Abraham représente l’identité individuelle et le peuple hébreu l’identité collective, ou peuple d’Israël.

Toutes les accusations portées contre les Juifs au cours de l’Histoire apparaissent dans Esther 3:8 : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume un peuple dispersé et à part parmi les peuples, ayant des lois différentes de celles de tous les peuples et n’observant point les lois du roi. Et le roi n’a pas intérêt à les laisser là. » (p. 28-29). Voici ce que dit le conseiller Haman au roi de Perse, Assuétus. Il faut dire qu’Assuétus vient d’épouser Esther et Haman hait Mardochée, le père d’Esther. Tout ça n’est donc question que de jalousie, de haine pure, de règlement de compte, de vengeance ? Tout serait parti de ça ? Eh bien, non, l’auteur remonte encore plus loin car Haman répercute simplement la haine qu’avait son père, Agag, contre Saul, le premier roi d’Israël, et la haine de son ancêtre Amalek qui avait poursuivi et tué les retardataires durant la fuite d’Égypte. Des Hébreux qui, sortis d’esclavage, s’enfuient, vulnérables, des vieillards, des femmes des enfants qui ne sont pas préparés à se battre (Deutéronome). Et voilà, depuis Amalek, il y a chez certaines personnes une haine viscérale de l’Hébreu, du Juif. « Haman est l’héritier d’une haine ancestrale et le livre d’Esther rejoue un conflit et une violence qui trouve racine ailleurs. » (p. 32).

L’auteur remonte donc encore le fil de l’Histoire et des textes anciens. Pourquoi Amalek éprouve-t-il une telle haine ? Il est le petit-fils d’Esaü, frère jumeau de Jacob, renommé Israël, Amalek est donc Hébreu lui aussi ! Mais… Timma, sa mère, est la concubine d’Elifaz, qui n’est autre que son père. Timma est donc à la fois la sœur et la mère d’Amalek, qui est né d’une relation incestueuse, c’est pourquoi il se sent diminué, inférieur, jaloux… (Genèse et Chroniques)..

J’ai pris plein d’autres notes mais je ne vous en dis pas plus pour que vous puissiez découvrir le fil de l’Histoire, le fil de cette haine, car l’auteur explore encore d’autres pistes. Toutes conduisent soit à l’adultère, soit à l’inceste, soit à la jalousie entre frères jumeaux, en tout cas, non seulement au dépit, au rejet, à la frustration, au sentiment d’humiliation voire d’exclusion, mais aussi à l’envie, la jalousie, la haine transmises de génération en génération. C’est bien triste… Et ce qui est incroyable, c’est que Esaü détestait Jacob déjà dans l’utérus de leur mère, Rebecca : « Les fils se battaient en elle. » (Genèse 25:22). Jacob est droit alors qu’Esaü est attiré par l’idolâtrie, ils étaient déjà frères ennemis avant leur naissance !

Les Hébreux seraient le peuple « élu » de Dieu, ils sont à part et ils dérangent. « Haman ne dit pas autre chose dans sa haine des Juifs. Il demande : ‘Pourquoi seraient-ils à part ?’ Tant qu’ils sont là, dit-il au roi, ‘il n’y aura pas d’égalité pour nous autres’. Autrement dit : tant qu’ils sont à part, ‘nous, on n’aura pas notre part’. » (p. 47). Encore l’envie, la jalousie, la volonté de posséder, d’avoir plus, de prendre aux autres ce qu’ils ont, leur biens, leur bonheur, leurs vie…

Lors de la destruction du temple de Jérusalem en l’an 70, le peuple hébreu/juif est sous la domination de l’Empire romain qui considère « l’image du Juif comme source de contamination pour l’organisme qui l’accueille. ‘Sale Juif’, lui dit-on alors, pour bien raconter combien sa présence pollue et vulnérabilise : c’est lui qui fait entrer les germes pathogènes. » (p. 67). Moins de 1900 ans après… L’Hébreu/le Juif est depuis toujours une obsession ; comment est-il possible d’échapper à cette haine ? D’autant plus qu’antisémitisme et féminisme sont liés, eh oui, qu l’eut cru. Si ce thème est développé par Otto Weininger en 1903, un jeune homme qui ne supporte pas sa judéité et que Hitler admirait, Jean-Paul Sartre raconte dans L’enfance d’un chef, en 1939, le parcours de Lucien devenu antisémite et en quête de virilité avec la féminité soumise. Élisabeth Badinter développe également ce thème d’antisémitisme et anti-féminisme.

En tout cas (et je ne suis pas juive), je pense que le peuple hébreu / juif est « increvable » et fait toujours preuve d’une incroyable résilience et d’humour face à l’adversité, à la haine, à la persécution, bref face à la connerie et à la méchanceté humaines (ceux qui sont « bêtes et méchants »). Idéologies totalitaires et fondamentalismes religieux ont les mêmes obsessions, les mêmes haines : les Juifs et les femmes.

Je tiens à apporter une précision sur mon expérience : lorsque j’ai appris durant les cours d’Histoire sur la seconde guerre mondiale ce qui était arrivé aux Juifs, les camps, l’extermination, et quand j’ai vu des photos prises dans les camps ou à la Libération, j’ai été horrifiée et ma grand-mère m’a dit une chose : ces pays qui se sont débarrassés des Juifs, ce sont des pays qui se sont appauvris aux niveaux humains, culturels, scientifiques parce qu’ils ont fait disparaître des scientifiques, des médecins, des musiciens, des professeurs, des artistes, etc., ils ont fait disparaître une partie de leur âme, de leur histoire.

Réflexion sur la question antisémite est – que vous soyez croyants ou athées – un essai instructif, indispensable, riche en exemples historiques, littéraires et philosophiques. J’ai donné des exemples et des extraits pour que vous compreniez de quoi il parle exactement mais Delphine Horvilleur va bien plus loin et donne encore plus d’infos et d’explications.

J’ai une solution, toute simple, pour les racistes et les antisémites (et les misogynes puisque, apparemment, ce sont pratiquement les mêmes) : étudiez, ayez un bon métier qui vous plaît, gagnez l’argent dont vous avez besoin, pour fonder une famille, pour ce que vous souhaitez vivre, ne soyez pas envieux, jaloux, et vous aussi vous serez « plus » ! Vous serez plus instruits, sûrement plus intelligents, plus heureux, plus respectés et plus respectueux, qu’en pensez-vous, c’est une bonne idée, non plutôt que ressasser la haine depuis plus de 4000 ans ?

J’ai emprunté cet essai parce que j’ai entendu Delphine Horvilleur, sûrement sur Arte, mais peut-être aussi sur France 2 (elle est passée à la Grande Librairie mais je n’ai pas vu cette émission) et j’ai lu un billet qui m’a intriguée (par contre je n’ai pas noté le lien mais après recherche, c’était chez Cannibal Lecteur). Je suis satisfaite de ma lecture – faite en juin – (je mourrai moins bête) et j’espère vous avoir donné envie de lire cet essai.

Civilizations de Laurent Binet

Civilizations de Laurent Binet.

Grasset, août 2019, 384 pages, 22 €, ISBN 978-2-24681-309-5.

Genres : littérature française, science-fiction, uchronie.

Laurent Binet naît le 19 juillet 1972 à Paris. Agrégé de Lettres modernes, il fut professeur pendant dix ans avant de se lancer dans l’écriture au début des années 2000. Il a aussi été le chanteur du groupe rock Stalingrad. C’est la première fois que je lis cet auteur et j’ai très envie de lire son premier roman, HHhH paru en 2010 chez Grasset.

Freydis Eriksdottir, la fille d’Érik le Rouge, quitte la Norvège pour l’Islande puis continue à l’Ouest avec quelques hommes et du bétail à bord d’un knörr qui arrive au Groenland puis qui fait cap toujours plus au sud. « Freydis était enceinte et avait un mauvais caractère. » (p. 13). Les Vikings accostent au Pays de l’Aurore puis à Cuba : ils ne savent pas qu’ils vont changer le monde ! À chaque fois, ils rencontrent les peuples qu’ils appellent les Skraelings, il échangent (le maïs pour les uns, le fer pour les autres, entre autres) mais les populations locales tombent malades et le knörr repart encore plus au sud. Jusqu’à Chichen Itza où Freydis perd son mari, Thorvard. Puis jusqu’au Panama. « Puis il arriva qu’un Skraeling frappé de fièvre survécut et se rétablit. Il fut suivi d’un autre et peu à peu le mal apporté par les étrangers perdit de sa force. Alors les Groenlandais surent qu’ils étaient arrivés au terme de leur voyage. » (p. 31).

Suivent des fragments du journal de Christophe Colomb qui, à cause du passé modifié des Skraelings, ne vit pas ce qu’il aurait dû vivre ! « De retour à la nef, je fus reçu par un Indien que les autres appelaient cacique et que je tiens pour le gouverneur de cette province […]. Le cacique m’invita à prendre place sous le château de poupe pour dîner. […] On me servit des mets de leur confection, comme si j’étais leur invité sur mon propre vaisseau. » (p. 49-50).

Une guerre éclate entre les deux fils de Huayna Capac : Huascar (roi de Cuzco) et son demi-frère Atahualpa (roi de Quito). « D’autres, se remémorant les vieilles histoires concernant la Reine rouge, fille du Tonnerre, envoyée du Soleil, levèrent les bras respectueusement. » (p. 85). Atahualpa décide de fuir… à l’est ! Que trouvera-t-il ? Il ne le sait pas mais c’est le début d’un périple dangereux à Cuba, Haïti, la Jamaïque jusqu’à Lisbonne ! Higuénamota qui a connu Christophe Colomb lorsqu’elle était enfant embarque sur un des trois bateaux et devient la maîtresse d’Atahualpa. Ils arrivent dans ce qui est pour eux le Nouveau Monde ! « Ils débarquèrent » (p. 98). Mais Lisbonne vient d’être détruite par un tremblement de terre puis un raz-de-marée et la peste fait rage…

Je réduis ma note de lecture sinon il y aura une page supplémentaire ! Je note simplement quelques infos : la religion du « dieu cloué », le « breuvage noir teinté de rouge » (p. 119). « Ce fut […] l’un des premiers échanges culturels entre Quiténiens et habitants du Nouveau Monde. Au reste, le breuvage noir de Tolède n’était pas moins savoureux que celui de Lisbonne. » (p. 119).

Civilazations est une remarquable fresque dans laquelle le destin de l’Amérique du Sud et de l’Europe est totalement changé, voire inversé. En effet, l’éditeur nous dit que « Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux Conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire » ! Freydis Eriksdottir et ses hommes aux cheveux rouges ont apporté ces trois choses et toute l’histoire du monde est modifiée ! Du Portugal à l’Empire germanique en passant par l’Espagne, l’Italie, la France, l’Europe sera tout autre pour le plus grand plaisir des lecteurs ! « Atahualpa découvrait, fasciné, l’histoire enchevêtrée des rois locaux. » (p. 136). L’Europe va-t-elle abandonner le culte du « dieu cloué » pour l’adoration du Soleil et devenir le Cinquième Quartier ? (il y a quatre Quartiers dans le monde d’Atahualpa et Huascar). C’est que les hommes (et femmes) qui accompagnent Atahualpa ne sont que 200 mais ils vont trouver de l’aide parmi les rejetés et les persécutés, les Juifs, les Morisques (mahométans), les Luthériens… « Votre monde ne sera plus jamais le même. » (p. 176).

Civilizations est un roman abouti, vraiment complet : il y a de l’aventure avec un grand A, un journal (celui de Christophe Colomb), de l’épistolaire (entre Thomas More à Chelsea et Érasme de Rotterdam à Fribourg) ; plus surprenant, il y a même des listes ! Comme celle avec les 95 thèses du Soleil (p. 263-272) dont la 89 : « L’Inca incarne la Loi nouvelle et l’Esprit nouveau. » (p. 272). De plus, le vin y a une grande importance, peut-être parce qu’il symbolise le sang et donc la vie, ou tout simplement parce que Atahualpa a aimé ce breuvage qui le changeait du cacao !

Bien que publié en littérature générale (ou « littérature blanche »), Civilizations est pourtant bien un roman de science-fiction, une incroyable uchronie, intelligente et inventive, qui a reçu le Grand Prix de l’Académie française et c’est mérité ! Je vous le conseille vivement, même si vous n’aimez pas la science-fiction, lisez-le comme un roman historique différent car les détails sont réels et les personnages aussi (Pizzaro, Michelangelo, Machiavel, le roi Charles d’Espagne, Charles Quint, etc.). Laurent Binet apporte une analyse différente de l’Histoire européenne, de la religion, du pouvoir de l’Église et des rois. Et c’est réjouissant. À noter que le titre du roman est inspiré du jeu vidéo de stratégie Civilization créé au début des années 90.

Une excellente lecture que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Littérature de l’imaginaire #7.

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini.

Grasset Jeunesse, novembre 2017, 190 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-246-86055-6.

Genres : littérature jeunesse, fantastique, fantasy.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

La Tour Eiffel construite pour l’Exposition universelle doit être démontée en 1909 mais Gustave Eiffel la veut immortelle. Le 2 décembre 1907, la dame de fer, alors rouge de Venise, est repeinte en jaune-brun, une couleur moins tape-à-l’œil. Le même jour, Hector Dubenpré, riche industriel, achète une automobile et son épouse, Georgette, engage Miss Pook, une gouvernante anglaise, pour leur fille de dix ans, Élise. Miss Pook voyage avec un cerf-volant dragon enchanté, Goldorillon, et emmène la fillette sur la lune où vivent des créatures légendaires. Rêve d’Élise ou réalité ? « Vous êtes la nounou la plus magique de tout l’univers ! s’exclama Élise. » (p. 36).

Mes trois passages préférés

« L’humanité est un îlot de bêtise et de superstition, vois-tu, et les adultes s’évertuent à transmettre leur ignorance à leurs enfants. Cela explique pourquoi cette espèce évolue si lentement. » (p. 60).

« Ces aventures ont révélé la force qui est en toi. Les cauchemars ne sont pas aussi malfaisants qu’on croit. Bien au contraire ! Il faut être à leur écoute. Ce sont de précieux alliés. Ils alertent des périls qui rôdent autour de soi, mais aussi en soi ! N’oublie jamais cela : si l’ombre et les ténèbres te font dresser les cheveux sur la tête, c’est pour mieux t’aider à grandir. » (p. 116).

Un passage à lire absolument ! « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ! L’arrivée des véhicules à moteur peut être saluée comme le plus grand des progrès ! Non seulement la locomotion mécanique bouleversera nos relations avec le temps et l’espace, mais elle nous permettra de respirer à nouveau ! Oui, enfin Paris sera bientôt débarrassé des voitures à chevaux, attelages bruyants qui sèment par nos rues ces déjections nocives pour la respiration ! Voyez ! Sentez ! La fumée des moteurs n’est ni malsaine, ni malodorante, comparée au crottin qui exhale de titanesques tourbillons morbides et suffocants. Rouler en voiture mécanique, c’est servir le futur de l’humanité. Alors, vive l’automobile qui offrira à Paris un air pur et sain, vive l’avenir et gloire au génie du genre humain ! » (discours de Hector Dubenpré, P. 15). Je n’ai qu’un mot à dire : oups !

J’avais repéré ce roman grâce à sa couverture (belle et sombre) à sa parution mais il y a tant et tant de romans qu’il est passé à la trappe… Lorsque j’ai appris mercredi dernier qu’il avait reçu le Prix Elbakin 2018, j’ai eu envie de le lire et coup de chance, il était disponible à la bibliothèque !

Une très belle lecture jeunesse, rythmée, charmante, qui fait réfléchir (voyez avec les trois extraits ci-dessus), nourrie de beaucoup de références et qui enchante, réellement ! J’ai hâte de lire la suite de ce roman magique, initiatique, merveilleux (pour employer l’ancien mot qui était utilisé pour conte, mythe, légende, épopée, fable, surnaturel et finalement fantasy).

Pour les Challenge de l’épouvante (jeunes lecteurs), Challenge de l’été, Jeunesse & Young Adult, Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.

La tresse de Lætitia Colombani

La tresse de Lætitia Colombani.

Grasset, mai 2017, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-24681-388-0.

Genre : premier roman.

Lætitia Colombani naît en 1976 à Bordeaux. Elle travaille dans le monde du cinéma (actrice, réalisatrice) et La tresse est son premier roman.

« Tresse n.f. Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés. » (p. 9).

Smita vit dans le village de Badlapur dans l’Uttar Pradesh en Inde. Elle ramasse les excréments dans les maisons des Jatts. C’est une Dalit, une Intouchable, mais elle est fière car, aujourd’hui, Lalita, sa fille de 6 ans, va entrer à l’école alors qu’elle n’y a jamais été. « Ma fille saura lire et écrire, se dit-elle, et cette pensée la réjouit. » (p. 20).

Giulia, 20 ans, vit à Palerme en Sicile en Italie. Elle travaille à l’atelier Lanfredi fondé par son arrière-grand-père en 1926, un atelier de cascatura, « cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à garder les cheveux qui tombent ou que l’on coupe, pour en faire des postiches ou des perruques. » (p. 26).

Sarah, 40 ans, vit à Montréal au Canada. Divorcée deux fois, elle élève Hannah, collégienne, Simon et Ethan, des jumeaux ; elle est une avocate réputée de Johnson & Lockwood. « S’il y a une majorité de femmes parmi les collaboratrices, Sarah est la première à avoir été promue associée, dans ce cabinet réputé machiste. » (p. 33).

Malgré l’adversité, Smita, Giulia et Sarah semblent heureuses, mais…

Ces trois femmes, qui vivent sur trois continents différents, ne se connaissent pas, ne se rencontreront jamais, mais un lien les unit, vous l’avez compris : les cheveux ! C’est avec un grand plaisir que j’ai découvert comment Lætitia Colombani tresse ce roman, clair, vif, émouvant, humain, féminin. À ces trois femmes se rajoute une ouvrière de l’atelier de cheveux, puisque ses poèmes sont intercalés entre les groupes de chapitres consacrés à Smita, Giulia et Sarah, une inconnue, une petite main, mais elle est indispensable. « Je ne suis qu’un lien, un trait d’union dérisoire. » (p. 222). Peut-être que nous sommes tous des liens, des traits d’union dérisoires, mais indispensables, aux uns et aux autres, au bon fonctionnement de ce monde, même dans une toute petite sphère. Un petit point négatif dans ce roman : les rapprochements avec les tours jumelles du World Trade Center (p. 55) et le Costa Concordia (p. 124), c’est un peu limite… Mais quand même coup de cœur pour La tresse, un beau roman sur la vie, la soif de liberté, l’adversité et l’espoir.

Je remercie Sophie Merlieux de me l’avoir envoyé dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je le mets dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

Une vidéo de « June rencontre Lætitia Colombani autour de son premier roman La tresse » : https://vimeo.com/221588073.

Reconnaissance de dette de F.S. Fitzgerald et America

Reconnaissance de dette est une nouvelle inédite de Francis Scott Fitzgerald qu’il est possible de lire dans le n° 1 d’America (pages 120 à 133) avec une traduction de Marc Amfreville.

Francis Scott Fitzgerald (1896-1940) est l’écrivain chef de file de la « Génération perdue » (courant littéraire américain de l’entre-deux guerre).

Le narrateur est éditeur et tant pis s’il ne découvre pas de grands auteurs, ce qu’il veut c’est gagner de l’argent : « Vous penseriez comme moi si vous étiez éditeur. » (p. 122). Six mois auparavant, il a publié L’Aristocratie du monde des esprits du Dr Harden, un témoignage dans lequel le célèbre scientifique explique comment il est entré en contact avec Cosgrove Harden, son neveu mort à la guerre. Trois cent mille exemplaires à deux dollars cinquante pièce, faites le calcul ! Mais il s’avère que ce livre est une supercherie, le jeune homme étant en fait bien vivant… « C’est de la fiction ! Il remplit tous les critères d’une œuvre de fiction : ce n’est qu’un long mensonge à l’eau de rose. (p. 125) dénonce Cosgrove Harden. « Qu’avez-vous fait ? Vous avez fait de lui la risée de tous ! Vous l’avez ramené à la vie sous les traits d’une créature surnaturelle qui envoie des messages idiots sur les fleurs, les oiseaux et le nombre de plombages de George Washington. » (p. 128) reproche Miss Thalia, la fiancée éplorée et en colère. Avec un humour jubilatoire et une sacrée ingéniosité dans le style et la narration, Francis Scott Fitzgerald raconte dans Reconnaissance de dette comment tout faire foirer pour 3 dollars et quatre-vingt cents… C’est aussi une réflexion sur le métier de l’éditeur et sur la notion de fiction : « Qu’est-ce qu’un témoignage ? Qu’est-ce qu’une fiction ? Francis Scott Fitzgerald n’a que 24 ans lorsqu’il écrit cette nouvelle, et son talent éclate déjà. » nous dit America (p. 121).

Une belle surprise pour La bonne nouvelle du lundi organisée par Martine et deux autres bonnes nouvelles en bonus (décidément il y avait déjà plusieurs bonnes nouvelles lundi dernier !) :

Reconnaissance de dette est dans Je me tuerais pour vous et autres nouvelles inédites de Francis Scott Fitzgerald, un recueil à paraître le 29 mars 2017 en coédition entre Fayard et Grasset (480 pages, 23 €) : une très bonne nouvelle effectivement et je ne manquerai pas de lire les autres nouvelles de l’auteur de L’étrange histoire de Benjamin Button (1921) et Gatsby le magnifique (1925).

America est une nouvelle revue littéraire sous forme de mook (contraction de magazine et de book) sous-titrée « L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue » dont le premier numéro vient de paraître. Créée par François Busnel (La Grande Librairie) et Éric Fottorino (Le 1), cette revue parlera de la littérature américaine pendant 4 ans (les 4 ans du mandat de Donald Trump) et, à raison de 4 numéros trimestriels par an, il y aura en tout 16 numéros (lorsque les 16 numéros seront alignés, leurs tranches formeront la carte des États-Unis). Elle est un peu chère : 19 € pour 196 pages mais elle vaut vraiment le coup. C’est bien simple, la Maison de la presse dans laquelle je me fournis en avait reçu 25 exemplaires mercredi matin et lorsque j’ai acheté mon exemplaire samedi soir en sortant du travail, c’était le dernier ! Preuve que la littérature américaine et qu’une nouvelle revue littéraire intéressent au plus haut point les lecteurs. Bon, je n’ai pas encore tout lu car America est vraiment dense mais ce que j’ai lu et vu (portfolio Un regard sur l’Amérique de Vincent Mercier par exemple) est… top ! Avec Francis Scott Fitzgerald donc, mais aussi Toni Morrison (marraine de la revue), Colum McCann, Louise Erdrich, Jay McInerney, Douglas Kennedy, Philip Roth, Russell Banks, John Irving, Alain Mabanckou, etc., et même Barack Obama (qui se reconvertirait dans l’écriture ?) : America est faite par des écrivains pour les lecteurs soucieux de littérature et de connaissance des classiques (ici Moby Dick) et du monde contemporain. À découvrir de toute urgence! Plus d’infos sur http://www.america-mag.com/.

Je mets aussi Reconnaissance de dette dans le challenge Classiques du Pr Platypus.