La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin

La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin.

L’Atalante, collection Flambant 9, 6 tomes de 11 € chacun parus entre août 2009 et octobre 2010 (tomes 1, 2, 3, 4, 5, 6) ou intégrale parue en octobre 2012 (épuisée) et en octobre 2015 (320 pages, 39 €).

Genres : bande dessinée, aventure, fantastique, science-fiction.

Serge Lehman, né le 12 juillet 1964 à Viry Châtillon, romancier, nouvelliste, scénariste, passionné de science-fiction, est un des deux auteurs. Il a reçu de nombreux Prix dont le Prix du Jury BDGest 2010.

Fabrice Colin, né le 6 juillet 1972 à Paris, romancier et nouvelliste (scénarios de jeux de rôle, fantasy, science-fiction, polar, jeunesse, bande dessinée), est le deuxième auteur. Il a aussi reçu plusieurs Prix dont le Grand Prix de l’imaginaire 2011. Plus d’infos sur son site et son blog (très peu alimenté depuis le début de l’année).

Gess – Stéphane Girard – né en 1961 à Rouen, est est un des deux coloristes.

Céline Bessonneau est la deuxième coloriste. Elle tenait un blog qu’elle n’a pas alimenté depuis mai 2013.

Septembre 1938. Irène Joliot-Curie est entrée clandestinement à Métropolis pour rencontrer des membres du groupe « Nous autres » et découvrir leur nouveau mécanoïde. Que va devenir l’Europe entre d’un côté le nazisme et ses « crânes » et de l’autre le communisme et ses « mécanoïdes » ? « Les saints et les monstres. Ils sont tous là. Tout le ban des surhommes d’Europe. » (tome 1, p. 12). George Spad, une femme habillée en homme, est chargée par les éditions Querelle d’écrire la biographie de Saint-Clair alias le Nyctalope qui a pris le contrôle de Paris cinq ans auparavant. « Je n’ai pris le contrôle de rien. J’ai sauvé Paris du chaos après la mort de Marie Curie. » (tome 1, p. 43). La fille de Marie Curie, Irène Joliot-Curie et son époux Frédéric ont repris l’Institut du Radium et continuent les expériences. George Spad rencontre Jean Séverac, un médecin militaire resté 16 ans dans le coma et soigné par Marie Curie. « Encore ces histoires de surhommes ! Voyons George, c’est ridicule ! Comment peut-on prendre au sérieux ces clowns costumés ? Qui peut croire qu’il suffit d’altérer les lois de la physique pour faire régner la justice ? » (tome 2, p. 19). Mais il ne sait pas encore, du moins il ne se rappelle plus, qu’il est lié à cette brigade chimérique par ses ancêtres !

Au fil des pages de cette série fantastique, on croise des cafards, des hommes qui ont un crâne en guise de tête, des personnalités connues ou de fiction (en vrac Harry Dickson, Dr Mabuse, André Breton, François Dutilleul alias le Passe-Muraille, Cagliostro, Django Reinhardt, le Golem…), des zeppelins et des chars qui volent. Car la brigade chimérique, ce sont toutes les légendes, les forces surnaturelles, l’imagination des écrivains de littérature populaire (les feuilletonnistes), ainsi que les idées des scientifiques y compris des aliénistes (Freud, Jung).

La brigade chimérique est une bande dessinée surprenante et surréaliste, qui se déroule dans une réalité parallèle (presque steampunk mais la vapeur est ici remplacée par le radium beaucoup plus dangereux) finalement très proche de la nôtre historiquement. Il y a deux histoires par tome et la série compte six tomes donc douze chapitres en tout dont un prologue et un épilogue. C’est une réflexion sur la guerre, en particulier les souvenirs de la Première guerre mondiale, les hommes qu’elle a engendrés et la Deuxième guerre mondiale en devenir. « La guerre peut donc être évitée ? – Pauvre idiot ! La guerre est la donnée de base de la civilisation européenne. Et tu sais pourquoi ? Parce que même pour imposer l’idée contraire, il faut faire la guerre. » (tome 3, p. 23). C’est une critique des hommes politiques qui se prennent pour des sauveurs et sont en fait des fous et des dictateurs. « J’ai négligé la politique ces derniers temps mais ça n’a pas changé depuis l’avant-guerre. Tout le monde trahit toujours tout le monde. » (tome 4, p. 18). C’est aussi un reflet des traditions anciennes et de la culture populaire. « La strate des mythes. La pensée de l’espèce. Dans la psyché d’un homme en crise, la conscience individuelle s’effondre. Les mythes prennent le pouvoir et la crise devient universelle. » (tome 3, C. G. Jung, p. 15). Et malheureusement, rien ne pourra être évité… « Maintenant c’est l’heure de la destruction. » (tome 5, p. 48) et « La guerre des surhommes embrase l’Europe. » (tome 6, p. 30).

Il y a de l’humour et de gros clins d’œil à, entre autres, Kafka (pas seulement avec les cafards), Wells, Eisenstein et même à la bande dessinée du XXe siècle, du futur donc (par exemple Robert Morane et Francis Blake se croisent).

Si vous aimez la bande dessinée, l’histoire, le fantastique, le surréalisme, je vous conseille cette belle série allégorique !

Une lecture pour le Challenge BD 2017-2018, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (aventure ou fantasy).

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