Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky

Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, mai 2011, réédition janvier 2014, 413 pages, 22 €, ISBN 978-2-84172-543-4). Метро 2034 (2009) est traduit du russe par Denis E. Savine.

Genres : littérature russe, science-fiction.

Dmitry Alekseïevitch Glukhovsky (Дмитрий Алексеевич Глуховский) naît le 12 juin 1979 à Moscou (Russie). Il est journaliste et écrivain de science-fiction. Il parle six langues ! Il est aussi professeur à l’École du nouveau cinéma de Moscou fondée en 2012. Autres romans : Metro 2033 (2005), Sumerki (2014), Futu.re (2015), Metro 2035 (2017), Texto (2019) et un recueil de nouvelles : Nouvelles de la Mère Patrie (2018). Plus d’infos sur le site officiel de Metro en russe.

« Année 2034. Le monde gît en ruine. L’humanité est presque annihilée. Les radiations rendent les décombres des mégalopoles inhabitables et par-delà leurs limites, à en croire les ouï-dire, s’étendent à l’infini des terres calcinées et de profondes forêts à la faune et à la flore mutées. Nul ne peut décrire ce qui s’y trouve avec certitude. La civilisation s’éteint. La mémoire de la grandeur passée de l’humanité se pare de fables pour devenir légende. […] Vingt petites années seulement depuis que c’est arrivé, mais l’homme n’est plus le maître des lieux sur Terre. Des organismes engendrés par les radiations sont bien mieux adaptés que lui pour vivre dans ce nouvel environnement. L’ère de l’humanité s’achève. » (prologue, page 7).

Metropolitain de Moscou. La station Sevastopolskaya qui produit de l’électricité pour tout le métro est soutenue par la Hanse. La caravane hebdomadaire n’est pas revenue, il n’y a plus de communication et les rumeurs commencent à enfler. Hunter, Homère et Ahmed vont voir ce qu’il se passe. « La Terre, qui semblait jusqu’à ce moment-là parfaitement connue et où l’homme se sentait à l’étroit, était redevenue l’océan sans rivage, chaotique et méconnu qu’elle était autrefois. » (page 106).

Pendant ce temps, Sacha et son père, rejetés, exilés, vivent seuls dans une station abandonnée. « Je veux que les gens se souviennent de moi. De moi et de tous ceux qui m’étaient chers. Pour qu’ils sachent à quoi ressemblait le monde que j’aimais. Pour qu’ils entendent l’essentiel de ce que j’ai appris et compris. Pour que ma vie ne soit pas vaine. Pour que quelque chose reste après moi. » (Homère, page 208). « Tu y déposes toute ton âme ? demanda-t-elle en inclinant la tête. Mais ce n’est qu’un cahier. Il peut brûler ou se perdre. » (Sacha, page 208).

Mais il y a plus important. « Rien ne menace l’homme. Les hommes, ce sont des survivants, comme les cafards. Alors que la civilisation… c’est elle qu’il faut préserver. » (page 278).

« Ni les scientifiques ni les auteurs de science-fiction n’avaient jamais été capables de prévenir correctement l’avenir, se disait-il. Vers l’an 2034, l’humanité devait s’être rendue maîtresse de la moitié de la Galaxie ou, sinon, au moins du système solaire. C’était en tout cas ce que l’on promettait quand Homère n’était encore qu’un enfant. Tant les écrivains que les scientifiques se fondaient sur l’hypothèse que l’humanité était rationnelle et logique. Ils faisaient comme si elle n’était pas composée de plusieurs milliards d’individus paresseux, irréfléchis, prompts à l’emportement, mais était une sorte de ruche douée d’une intelligence collective et d’une volonté unique. Comme si, s’attaquant à la conquête spatiale, elle allait s’y consacrer avec sérieux et application et non s’arrêter à mi-chemin et s’en détourner – comme un enfant capricieux las de son jouet – au profit de l’électronique. Puis de l’électronique passer à la biotechnologie et ainsi de suite, sans avoir atteint dans aucune discipline de résultats réellement spectaculaires. Excepté peut-être la physique nucléaire. » (pages 140-141).

Metro 2034 est la suite de Metro 2033. On y croise Artyom mais il n’est plus le personnage principal avec Hunter. Hunter qui n’est plus lui-même… Ahmed et le père de Sacha ayant été tués, le lecteur suit particulièrement Hunter, Homère et Sacha. Il n’y a plus la surprise du premier tome donc le huis-clos est moins angoissant mais le roman se lit très bien, genre page turner. Il fait toujours froid dans le dos avec son huis-clos dans le métropolitain, ses tunnels sombres et sa violence. Et le lecteur se sent (trop) proche des personnages (très soignés par l’auteur).

Comme je le disais, j’ai retrouvé mes notes de lectures de Metro 2033 et Metro 2034 et j’ai envie de lire Metro 2035 dans les prochaines semaines ou les prochains mois.

Je mets cette lecture dans le Mois Europe de l’Est, ainsi que dans Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Voyage pour Metro) et Voisins Voisines (Russie).

Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky

Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, mai 2010, réédition août 2014, 631 pages, 25 €, ISBN 978-2-84172-505-2. Метро 2033 (2005) est traduit du russe par Denis E. Savine. Il existe un jeu vidéo sorti en 2010.

Genres : littérature russe, science-fiction.

Dmitry Alekseïevitch Glukhovsky (Дмитрий Алексеевич Глуховский) naît le 12 juin 1979 à Moscou (Russie). Il est journaliste et écrivain de science-fiction. Il parle six langues ! Il est aussi professeur à l’École du nouveau cinéma de Moscou fondée en 2012. Autres romans : Metro 2034 (2011), Sumerki (2014), Futu.re (2015), Metro 2035 (2017), Texto (2019) et un recueil de nouvelles : Nouvelles de la Mère Patrie (2018). Plus d’infos sur le site officiel de Metro en russe.

À Moscou, dans le Metropolitain. Une guerre nucléaire a tout ravagé et les survivants vivent sous terre dans le métro depuis une vingtaine d’années. « Survivre ! Survivre à tout prix. » (p. 22). Artyom, 24 ans, a été sauvé à l’âge de 5 ans d’une invasion de rats par un soldat qui l’a élevé comme son fils. Ils vivent dans la station VDNKh. Un jour, Artyom recueille un chiot. « Qui sait ? Peut-être qu’en grandissant ce chien vous rendra de fiers services. » (p. 40). À part quelques stalkers, dûment protégés, personne ne monte à la surface. « La vie s’était maintenue en surface, mais ce n’était pas la vie telle qu’on l’avait connue, telle qu’on pouvait encore l’appréhender. » (p. 51). Le Chasseur envoie Artyom à Polis, La Ville, La Cité. « Artyom, mon petit, c’est sans doute le dernier endroit sur cette Terre où les hommes vivent comme des hommes. Le dernier où ils n’ont pas encore perdu la mémoire de ce qu’est l’être humain, et de la manière dont ce mot doit résonner. » (p. 109). Mais il y a du danger car dans les autres stations du métro vivent d’autres survivants regroupés comme des tribus… « À votre avis… nous… les êtres humains, je veux dire… est-ce que nous retournerons là-haut ? À la surface. Est-ce que nous pourrons survivre et remonter ? » (p. 245). Mais Moscou est devenue « La ville… Vision lugubre et magnifique ! » (p. 399).

Par le passé, des stations ont été en guerre, comme la Rouge et la Hanse. Il y a eu des annexions, des contrôles, beaucoup de bureaucratie… C’est l’occasion pour l’auteur de « critiquer » la société dans laquelle on vit et la société telle qu’elle peut devenir. Chaque station a sa communauté (ou l’inverse !), il y a les nostalgiques du communisme, les néo-nazis, les Caucasiens, les cannibales… Mais le commerce est fructueux malgré les conflits incessants. Il y a aussi l’obscurité, les rats, la peur puisque le métro est un espace clos ; le roman est de même un huis-clos oppressant. C’est aussi une réflexion intelligente et réaliste sur ce qui fait vivre et se battre les hommes : la politique ? La religion ? Les idées ? Dmitry Glukhovsky nous livre en tout cas des phrases grandioses comme « Pour que des milliers d’hommes et de femmes à travers le métro puissent respirer, manger, s’aimer, donner la vie, déféquer, dormir, rêver, se battre, tuer, s’émerveiller et traduire en justice, philosopher et haïr. Pour que chacun puisse croire à son paradis et son enfer… Pour que la vie dans le métro, malgré sa vanité et son absurdité, malgré sa crasse et son bouillonnement, dans toute cette diversité qui la rendait magique et merveilleuse, pour que la vie des hommes se poursuivent. » (p. 622-623). Évidemment Metro 2033 est un roman difficile à lire, il est assez long (plus de 600 pages), il n’est pas complaisant, il est dense, il est effrayant et c’est un chef-d’œuvre !

À propos des stalkers. « Chaque stalker devenait une légende vivante, un demi-dieu que tout le monde admirait, des plus jeunes aux plus âgés. Quand des enfants grandissent dans un monde où il n’est plus possible de voler ni de naviguer et que des mots tels que « pilote » et « navigateur » se vident peu à peu de leur sens, ils veulent devenir des stalkers. Partir là-haut, nimbés de leurs exploits et accompagnés par des centaines de regards empreints de reconnaissance et d’adoration, pour affronter des créatures monstrueuses et, revenant ici-bas, sous la terre, apporter à leurs congénères du combustible, des munitions, la lumière et le feu. Apporter la vie. » (p. 51-52).

Eh bien, ayant retrouvé mes notes de lectures, je n’aurai pas à relire Metro 2033 et Metro 2034 et je pourrai lire Metro 2035 ! Je ne sais pas si, suite à la lecture, je voulais dire autre chose mais ce billet est déjà pas mal et je le mets dans le Mois Europe de l’Est, ainsi que dans Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Voyage pour Metro) et Voisins Voisines (Russie).

Futu.re de Dmitry Glukhovsky

Futu.re de Dmitry Glukhovsky.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, septembre 2015, 736 pages, 27,90 €, 978-2-84172-729-2. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, mars 2019, 960 pages, 10,40 €, ISBN 978-2-25382-010-9. Будущее (2013) est traduit du russe par Denis E. Savine.

Genres : littérature russe, science-fiction.

Dmitry Glukhovsky (Дмитрий Алексеевич Глуховский) naît le 12 juin 1979 à Moscou (Russie). Il étudie les relations internationales et travaille comme journaliste avant de se lancer dans l’écriture de romans de science-fiction. Il est aussi professeur à l’École du nouveau cinéma de Moscou fondée en décembre 2012. Ses autres romans : Métro 2033 (2005-2010), Métro 2034 (2009-2011), Métro 2035 (2015-2017), Sumerki (2007-2014), Texto (2017-2019) et un recueil de nouvelles : Nouvelles de la Mère Patrie (2010-2018), tous publiés chez L’Atalante. C’est un auteur que j’aime beaucoup [lire mon billet ici même si le replay de l’émission n’est plus disponible] et je l’admire car il est multilingue (il parle six langues).

Il y a un peu plus de 400 ans, les humains ont trouvé le vaccin contre la vieillesse et ont créé l’Immortalité. 2455. « L’Europe. Une grandiose gigapole qui couvre la moitié du continent, s’appuyant sur la terre et soutenant les cieux. » (p. 64).

Le lecteur suit particulièrement Matricule Sept-cent-dix-sept (qui se présente comme Nicolas, Jacob, Eugène ou Jan mais il me semble que Jan est son vrai prénom), un membre de la Phalange, un Immortel qui avec les membres de son maillon, fait respecter la loi du Choix.

Alors qu’il est au bain, un cadavre surgit ! Il essaie de ramener à la vie l’homme (ce qui lui vaudra d’être poursuivi) mais, autour de lui, les gens sont horrifiés. « Ils n’ont jamais été confrontés à la mort. […] La mort a été éradiquée voilà des siècles, on l’a vaincue […]. » (p. 48).

La loi du Choix. En Europe, l’Immortalité est pour tous alors un couple qui souhaite avoir un enfant doit le déclarer aux autorités et un des deux parents reçoit un accélérateur métabolique qui le fait vieillir et mourir en moins de dix ans. Pour les contrevenants, c’est accélérateur, de toute façon, et enlèvement de l’enfant (quel que soit son âge, deux mois, quatre ans) qui est placé dans un internat pour devenir à son tour un membre de la Phalange, un Immortel à condition qu’il réussisse toutes les épreuves. Le traitement est inhumain (vous découvrirez tout ça en lisant le roman et en découvrant ce qu’a vécu Jan et ses camarades).

Un jour, le sénateur Erich Schreyer contacte Jan pour une mission spéciale, éliminer un activiste, recherché depuis trente ans, Jesus Rocamora, numéro deux du Parti de la Vie qui est contre le Parti de l’Immortalité et la loi du Choix en vigueur en Europe.

Mais il existe d’autres gigapoles où la loi est différente. Il y a d’autres colonies humaines en Panamérique, en Indochine (j’imagine que c’est l’Asie du Sud Est), au Japon et ses colonies, dans les Territoires latinos, en Russie (voir l’extrait ci-dessous) et en Afrique soit un trillion de Terriens, « homo ultimus » (p. 67). Sans compter les Chinois qui ont stérilisé leur population depuis plus de deux cents ans et essaient de « nettoyer » les autres pays détruits par les guerres nucléaires pour s’approprier les territoires.

Extrait d’un documentaire sur la Russie. « Tu te rappelles sans doute que les citoyens russes n’ont jamais été vaccinés contre la mort. C’est d’ailleurs plutôt étrange, compte tenu du fait que ce vaccin a été créé ici. Plus grand monde ne se rappelle de ça de nos jours. Les Russes ont vendu leur vaccin à l’Europe et à la Panamérique, mais ils ne l’ont jamais inoculé à leur population. Ils ont déclaré que les gens n’étaient pas prêts, qu’il était soi-disant impossible de prévoir les effets tant secondaires qu’à long terme et qu’il fallait tout d’abord les vérifier sur un échantillon de volontaires. Ces derniers aussi devaient passer certaines sélections, et les identités de ceux qui avaient été retenus ont toujours été gardées secrètes. Les tests sur des cobayes humains, ce n’est jamais simple. Question d’éthique… Au début, le public s’intéressait à l’affaire, puis il s’est tourné vers autre chose. On a entendu dire que l’expérience n’avait pas pris la direction prévue et qu’il était trop tôt pour inoculer le vaccin à l’ensemble de la population… […] À cette époque la Russie était déjà un pays fermé. […] Le pays a massivement exporté le vaccin, mais les Russes vieillissaient et mouraient toujours. Presque tous. Une vingtaine d’années plus tard, certaines commencèrent à remarquer que les membres de l’élite politique et financière de la Russie, un cercle fermé de quelques milliers de personnes, non seulement ne mouraient pas, mais ne montraient aucun des signes classiques du vieillissement… […]. » (p. 203-205).

Extrait du discours de Mendez, président panaméricain. « Oui, l’immortalité a un prix chez nous. Oui, tout le monde ne peut pas se le permettre. C’est vrai. La Panamérique souffre, elle aussi, de la surpopulation. Mais notre pays n’est pas le pays de l’égalité absolue, il est le pays de l’égalité des chances. Chacun peut gagner suffisamment pour entrer dans les quotas. » (p. 614).

L’Immortalité, c’est terrifiant ! Quelle que soit la gigapole dans laquelle vous habitez car il n’y a plus ni végétation ni animaux, tout est artificiel et… superficiel. L’Europe (avec ses cent vingt milliards d’habitants, quelle horreur !) est peut-être un peu plus transparente et égalitaire que les autres gigapoles du monde mais il y a des zones que personne n’a envie de visiter dans les étages les plus bas (les tours font parfois mille étages) ou dans certaines villes comme Barcelone (devenue zone de non-droit, abandonnée à son triste sort).

Bref, Futu.re (avec un point comme un point de ruptu.re) est un roman surprenant et addictif qu’il n’est pas facile de résumer et je ne voulais pas trop vous en dire. Lisez-le tout simplement ! Il est violent, il est cash mais il indispensable tant au niveau philosophique que social et humain. Dmitry Glukhovsky est un auteur génial et je vous parlerai un de ces jours de Métro 2033 et Métro 2034 (hum, après relectures et ce sont aussi des pavés).

Une excellente lecture pour le Mois Europe de l’Est que je mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 44, le plus gros livre de votre PàL, je ne pense pas lire plus gros cette année), Littérature de l’imaginaire #9 et Voisins Voisines 2021 (Russie).

La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin

La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin.

L’Atalante, collection Flambant 9, 6 tomes de 11 € chacun parus entre août 2009 et octobre 2010 (tomes 1, 2, 3, 4, 5, 6) ou intégrale parue en octobre 2012 (épuisée) et en octobre 2015 (320 pages, 39 €).

Genres : bande dessinée, aventure, fantastique, science-fiction.

Serge Lehman, né le 12 juillet 1964 à Viry Châtillon, romancier, nouvelliste, scénariste, passionné de science-fiction, est un des deux auteurs. Il a reçu de nombreux Prix dont le Prix du Jury BDGest 2010.

Fabrice Colin, né le 6 juillet 1972 à Paris, romancier et nouvelliste (scénarios de jeux de rôle, fantasy, science-fiction, polar, jeunesse, bande dessinée), est le deuxième auteur. Il a aussi reçu plusieurs Prix dont le Grand Prix de l’imaginaire 2011. Plus d’infos sur son site et son blog (très peu alimenté depuis le début de l’année).

Gess – Stéphane Girard – né en 1961 à Rouen, est est un des deux coloristes.

Céline Bessonneau est la deuxième coloriste. Elle tenait un blog qu’elle n’a pas alimenté depuis mai 2013.

Septembre 1938. Irène Joliot-Curie est entrée clandestinement à Métropolis pour rencontrer des membres du groupe « Nous autres » et découvrir leur nouveau mécanoïde. Que va devenir l’Europe entre d’un côté le nazisme et ses « crânes » et de l’autre le communisme et ses « mécanoïdes » ? « Les saints et les monstres. Ils sont tous là. Tout le ban des surhommes d’Europe. » (tome 1, p. 12). George Spad, une femme habillée en homme, est chargée par les éditions Querelle d’écrire la biographie de Saint-Clair alias le Nyctalope qui a pris le contrôle de Paris cinq ans auparavant. « Je n’ai pris le contrôle de rien. J’ai sauvé Paris du chaos après la mort de Marie Curie. » (tome 1, p. 43). La fille de Marie Curie, Irène Joliot-Curie et son époux Frédéric ont repris l’Institut du Radium et continuent les expériences. George Spad rencontre Jean Séverac, un médecin militaire resté 16 ans dans le coma et soigné par Marie Curie. « Encore ces histoires de surhommes ! Voyons George, c’est ridicule ! Comment peut-on prendre au sérieux ces clowns costumés ? Qui peut croire qu’il suffit d’altérer les lois de la physique pour faire régner la justice ? » (tome 2, p. 19). Mais il ne sait pas encore, du moins il ne se rappelle plus, qu’il est lié à cette brigade chimérique par ses ancêtres !

Au fil des pages de cette série fantastique, on croise des cafards, des hommes qui ont un crâne en guise de tête, des personnalités connues ou de fiction (en vrac Harry Dickson, Dr Mabuse, André Breton, François Dutilleul alias le Passe-Muraille, Cagliostro, Django Reinhardt, le Golem…), des zeppelins et des chars qui volent. Car la brigade chimérique, ce sont toutes les légendes, les forces surnaturelles, l’imagination des écrivains de littérature populaire (les feuilletonnistes), ainsi que les idées des scientifiques y compris des aliénistes (Freud, Jung).

La brigade chimérique est une bande dessinée surprenante et surréaliste, qui se déroule dans une réalité parallèle (presque steampunk mais la vapeur est ici remplacée par le radium beaucoup plus dangereux) finalement très proche de la nôtre historiquement. Il y a deux histoires par tome et la série compte six tomes donc douze chapitres en tout dont un prologue et un épilogue. C’est une réflexion sur la guerre, en particulier les souvenirs de la Première guerre mondiale, les hommes qu’elle a engendrés et la Deuxième guerre mondiale en devenir. « La guerre peut donc être évitée ? – Pauvre idiot ! La guerre est la donnée de base de la civilisation européenne. Et tu sais pourquoi ? Parce que même pour imposer l’idée contraire, il faut faire la guerre. » (tome 3, p. 23). C’est une critique des hommes politiques qui se prennent pour des sauveurs et sont en fait des fous et des dictateurs. « J’ai négligé la politique ces derniers temps mais ça n’a pas changé depuis l’avant-guerre. Tout le monde trahit toujours tout le monde. » (tome 4, p. 18). C’est aussi un reflet des traditions anciennes et de la culture populaire. « La strate des mythes. La pensée de l’espèce. Dans la psyché d’un homme en crise, la conscience individuelle s’effondre. Les mythes prennent le pouvoir et la crise devient universelle. » (tome 3, C. G. Jung, p. 15). Et malheureusement, rien ne pourra être évité… « Maintenant c’est l’heure de la destruction. » (tome 5, p. 48) et « La guerre des surhommes embrase l’Europe. » (tome 6, p. 30).

Il y a de l’humour et de gros clins d’œil à, entre autres, Kafka (pas seulement avec les cafards), Wells, Eisenstein et même à la bande dessinée du XXe siècle, du futur donc (par exemple Robert Morane et Francis Blake se croisent).

Si vous aimez la bande dessinée, l’histoire, le fantastique, le surréalisme, je vous conseille cette belle série allégorique !

Une lecture pour le Challenge BD 2017-2018, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (aventure ou fantasy).