Louise de Julie Gouazé

[Article archivé]

Louise de Julie Gouazé.

Léo Scheer, août 2014, 161 pages, 18 €, ISBN 978-2-756-10451-5.

Julie Gouazé, née en 1977 à Lyon (Rhône), a étudié l’histoire contemporaine et la communication politique. Journaliste (LCI, France 5) et lectrice pour l’édition, elle livre son premier roman, Louise. Plus d’infos sur la page Facebook de l’auteur.

Genres : littérature française, premier roman.

Été 1995. Louise va avoir 18 ans et va passer l’épreuve de philo. Louise vit chez ses parents, Marie et Roger. Louise a une sœur, Alice, de quatorze ans son aînée. « Une sœur chérie. Adorée. Imitée. » (p. 10). « Tout était beau, chez Alice. Tout était parfait. Elle sentait bon. Elle était belle. Elle était drôle. Et comme la vie reprenait lorsque Alice était à la maison ! » (p. 11). Mais Alice est partie depuis des années, elle s’est mariée avec Blaise, ils vivent en Allemagne et ils ont un fils, Jean. Trois ans après être partie s’installer en Allemagne, Alice revient chez ses parents, avec son fils. « Alice est alcoolique. La philo, c’est demain. […] Louise n’a pas croisé le regard d’Alice ce soir-là. La philo, c’est demain. Et Louise pleure. Qui est cette femme aux yeux creusés, aux cernes noirs et au pauvre sourire ? Où est Alice ? Rendez-lui Alice ! La philo, c’est demain. Et Louise ne dit rien. La philo, c’est demain. Et le cauchemar commence. » (p. 12-13). C’est à mon avis le passage le plus fort du roman. Le lecteur sent à ce moment-là toute la détresse des deux sœurs et comprend que la guérison ne va pas être facile. Louise continue à vivre, elle réussit le bac, a un petit copain, fait sa rentrée à la fac d’histoire. « Louise s’épanouit. Elle se cherche et se trouve. Pour un temps. » (p. 21). « Si la musique revient… la vie aussi ? » (p. 18). Peut-être. Pour un temps. Alors, comment Louise peut-elle se construire, à vingt ans, avec des parents qui ne s’occupent que d’Alice, avec des jours qui se traînent, avec Alice qui ne va pas mieux et avec Jean, tout gentil, qui ne dit rien ? Ne vaut-il pas mieux que Louise se détruise aussi, qu’elle accepte l’inacceptable ?

Photo de Julie Gouazé prise par moi ! Hum… un peu trop sombre…

Louise est un premier roman, percutant, dense malgré ses phrases courtes et ses nombreux chapitres (41). Il traite bien sûr de l’alcoolisme : « C’est une putain de maladie. Alice est malade. » (p. 62) mais pas que. L’alcoolisme n’est qu’un catalyseur pour relayer les relations entre les deux sœurs et les relations avec leurs parents : le lecteur entre ainsi dans l’intimité de la famille. Et il y a beaucoup de choses dans ce roman. Il raconte la difficulté de vivre et d’être heureux, il parle des grèves étudiantes (deuxième moitié des années 90), de l’investissement politique (à gauche), du sida, de la violence dans le couple (mentale pour Alice, physique pour Louise), d’un engagement (bénévole, politique, social) qu’on peut prendre et parfois abandonner parce que ce n’était qu’une façon de « s’accrocher au malheur de l’autre » (p. 30), du désordre alimentaire. « Être enjouée. Faire semblant. Pour ne pas pleurer. Plus tard peut-être, ou pas. Un plat de pâtes. Vite. Manger pour éponger l’alcool, la peur et les larmes. » (p. 63). Y a-t-il un espoir pour Alice, pour Louise, pour cette famille ? Je vous donne un indice avec mon passage préféré : « Laisser vieillir ses parents, c’est grandir un peu. Accepter le fait qu’ils ne sont pas éternels, c’est mûrir beaucoup. Est-ce que ça fera moins mal ? Sûrement pas. Mais Louise a désormais la certitude que la vie continuera après. Qu’elle ne fait pas exception. Elle rentre dans le rang. On y survit. Elle vivra. » (p. 142). Voilà, c’est la vie !

Je remercie Gilles Paris pour ce roman de la rentrée littéraire qui m’a agréablement surprise parce que généralement j’ai un peu de mal avec ces romans contemporains féminins. Mais dans le même genre, je me rappelle que j’avais bien aimé La ruche d’Arthur Loustalot : un huis-clos avec trois sœurs et leur mère mais le récit est écrit par un homme.

Une lecture pour les challenges 1 mois, 1 plume, 1 % de la rentrée littéraire 2014, ABC Critiques 2014-2015 (lettre G), Petit Bac 2014 (catégorie Prénom), Premier roman et Tous risques (lettre G).

Éloge du chat de Stéphanie Hochet

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Éloge du chat est un essai littéraire de Stéphanie Hochet paru aux éditions Léo Scheer en avril 2014 dans la nouvelle collection Anima (107 pages, 15,00 €, ISBN 978-2-756-10437-9).

À propos de la collection Anima (source : Léo Scheer).

« La collection Anima met en lumière le rapport que les écrivains entretiennent avec les animaux, ou un animal en particulier. Qu’il soit une figure emblématique, ou un être avec lequel on partage un lien privilégié, qu’il soit sauvage ou domestique, l’animal est le miroir de l’âme de l’écrivain, celui qui le renvoie à sa propre humanité et à sa relation du monde. L’importance que revêt cette question dans la philosophie actuelle, en opposition avec la conception cartésienne de l’animal-machine, est ainsi étendue au champ littéraire, pouvant prendre la forme d’un essai, d’un récit ou même d’une fiction. Ce qu’exprime le choix d’une fresque rupestre pour illustrer chaque volume de la collection. »

Un objectif tout à fait intéressant et je vais suivre les prochaines parutions de cette collection.

Stéphanie Hochet est née le 20 mars 1975 à Paris. Elle a étudié le théâtre élisabéthain. Elle est journaliste, critique littéraire et auteur de neuf romans entre 2001 et 2013 (dont deux ont reçu un prix littéraire). Plus d’infos sur son site officiel, son blog et sa page Facebook.

« Je voudrais vous parler d’un personnage omniprésent dans la littérature. Un personnage discret et remarquable, connu de tous et mystérieux ; arriviste peut-être, il sait aussi séduire et fasciner. Le chat est ce personnage aux formes multiples, infiniment flexible. » (extrait de la 4e de couverture).

Le chat, à la fois sauvage et domestique, est un animal beau, intelligent, mystérieux, indépendant, séducteur, raffiné, soit divinisé (Égypte de l’Antiquité) soit persécuté (Occident de l’Inquisition), en tout cas mythique et il y a tant de choses à dire ou à écrire sur lui !

« Quel autre animal nous a poussés à remodeler notre univers en fonction de son désir ? Quel autre animal est passé du statut d’employé-de-maison-à-la-chasse-aux-souris au maître des lieux capable de décider pour nous ? » (page 20).

Comme j’aime les chats, ce livre est fait pour moi et je remercie Gilles Paris de me l’avoir envoyé.

Au début, je me suis dit que je n’apprenais rien de nouveau puis en continuant ma lecture, je me suis rendu compte comme ce livre est riche de références historiques, littéraires (même les chats de bandes dessinées sont représentés !) et cinématographiques. Il y des citations, des extraits, des expressions, une bibliographie fournie.

J’ai ainsi pris beaucoup de plaisir à parcourir ce livre (surtout les chapitres La femme et Le dieu dans lequel l’auteur développe une théorie surprenante) et à prendre notes de plusieurs informations soit inconnues soit oubliées de moi.

J’ai par exemple très envie de (re)lire certains classiques en particulier Peines de cœur d’une chatte anglaise d’Honoré de Balzac, Les célibataires de Henry de Montherlant, Le chat noir d’Edgar Allan Poe (je l’ai déjà relu il y a 3 ou 4 ans et je n’en ai pas parlé sur le blog parce que l’histoire est… horrible mais ce sera l’occasion de le relire à nouveau !), Le chat Murr d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Sur les chats de Maupassant, ou même les récits félins de Colette. Et puis, j’ai bien sûr Je suis un chat de Natsume Sôseki que j’avais commencé il y a des années et que j’avais délaissé… Et pourquoi pas lire en anglais Old Possum’s book of practical cats de Thomas Stearns Eliot puisque j’ai l’impression que ce recueil de poésies n’est pas traduit en français.

Ce petit livre est un éloge très littéraire, vraiment bien documenté et hautement enrichissant ! Je félicite et je remercie Stéphanie Hochet pour ce remarquable ouvrage.

« Le chat qui se déplace sans bruit, sait disparaître avec talent, se propager sur tous les continents possède une nature divine. » (page 81).

Et mes passages préférés

« Le chat vous observe et vous vous dites qu’il sait. Il sait tout de vous, il vous comprend, il vous perce à jour, il vous observe plus fort que n’importe quelle créature humaine ou animale. » (page 91).

« Nous le gardons près de nous pour le bonheur qu’il nous donne. Pour l’amour. Le chat est amour. Qui en douterait ? » (page 92).

Une lecture pour les challenges Animaux du monde et Totem pour le chat, Le mélange des genres (essai) et Petit Bac 2014 (catégorie Animal).