Un libraire de Mérédith Le Dez

Un libraire de Mérédith Le Dez.

Philippe Rey, septembre 2021, 144 pages, 16 €, ISBN 978-2-84876-891-5.

Genres : littérature française, récit, roman.

Mérédith Le Dez naît en 1973 en Haute-Saône (Franche-Comté) mais elle vit à Saint-Brieuc (Bretagne). Elle est romancière et poétesse et a tenté l’édition et la librairie (expériences dont elle parle dans Un libraire).

Mérédith Le Dez rend un vibrant hommage à Jacques Allano, libraire à Saint-Brieuc en Bretagne, fondateur de la librairie Le Pain des Rêves, mort en mai 2020. « […] sur les pas du libraire et de l’ami perdu, remontons le temps. Redonnons vie à nos fantômes, fantômes de ceux que nous avons connus, êtres de chair et de sang ; et fantômes des personnages qui nous ont hantés, de papier et d’encre. » (p. 14).

Anecdotes, souvenirs, émotion. Les personnages réels et les personnages de fiction sont tous des personnages qui nous accompagnent dans notre vie.

Jacques Allano et Mérédith Le Dez (source internet)

« Jacques Allano. Un libraire. Une figure. Un personnage. Une légende. Mais un serviteur avant tout, humble et tenace : un homme qui était sorti de sa retraite pour, dans sa soixante-dixième année, reprendre du service dans cette librairie, sa vie, son œuvre, pour éviter qu’elle ne fermât, faute de successeur et faute de salariés. » (p. 19).

Dans cette librairie qu’elle fréquente depuis quinze ans et avec ce libraire qui est devenu un ami, elle va travailler pendant neuf mois, délaissant le roman qu’elle avait commencé à écrire. Neuf mois, il y a quelque chose de charnel dans la relation avec la librairie, avec les livres, avec la lecture. Parce que « ce monde, la librairie, était essentiel. » (p. 20). Oui, vous avez bien lu, essentiel.

Après la mort de Jacques, elle veut écrire, le raconter, (le rendre immortel ?), mais « Comment écrire en engageant ma seule parole pour témoigner de sa vie, toute une vie de libraire. Comment faire avec les trous, les lacunes, les mystères, les contradictions. Comment faire avec mon chagrin. » (p. 26). Ce ne sont pas des questions, ce sont des faits, Jacques est mort, Jacques s’est suicidé.

Mérédith Le Dez décide de parler de lui, de communiquer avec lui, avec des lettres. Avant chaque lettre, un extrait littéraire et de nombreux livres cités, lus pendant le confinement, parmi lesquels je repère Ténèbre de Paul Kawczak, Porc braisé d’An Yu, Mauvaises herbes de Dima Abdallah, Le dit du Mistral d’Olivier Mak-Bouchard que j’ai lus, je trouve que c’est émouvant.

Voici un extrait d’une des lettres : « Jeudi 3 décembre 2020. Cher Jacques, Les livres sont nos paysages. Pendant quelque temps, après ta mort, quand à mon tour j’ai déserté la librairie, j’ai cessé d’y voyager. J’ai cru même n’y plus revenir, définitivement rouillée, et puis peu à peu, non sans effort, le seul peut-être que j’étais capable de produire, de nouveau j’y suis entrée. » (p. 63). Et d’une autre lettre, parce que, parfois, les jours de pluie, on est plus pessimiste. « Jeudi 10 décembre 2020. Cher Jacques, […] On peut mourir de chagrin. On peut crever de solitude, c’est donc vrai, Jacques. On a beau le savoir, on a beau faire tout pour l’empêcher, c’est elle, la solitude, la mort, qui a le dernier mot. » (p. 83-84).

J’ai appris que les habitants de Saint-Brieuc s’appellent les Briochins, j’aime beaucoup, ça fait gourmand ! Mais je n’oublie pas que ce livre, ce récit douloureux est « Une tragédie du confinement, voilà ce qui s’est horriblement joué. » (p. 112). Heureusement « La littérature n’est pas morte […]. » (p. 73).

Un libraire m’a beaucoup touchée, c’est un roman fort et bouleversant, un récit ancré dans cette période difficile mais en même temps empreint d’une grande pudeur et d’une belle poésie. Repose en paix, Jacques Allano.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 30, un roman qui se passe en huis-clos, dans une librairie il n’y a pas mieux !) et Challenge lecture 2022 (catégorie 6, un livre dont le titre comporte un métier, libraire quel beau métier !).