L’homme des bois de Pierric Bailly

L’homme des bois de Pierric Bailly.

P.O.L., février 2017, 160 pages, 10 €, ISBN 978-2-8180-4183-3.

Genre : roman français.

Pierric Bailly naît le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura. Il étudie le cinéma à Montpellier, travaille sur Paris, Grenoble, Nîmes et vit maintenant à Lyon. Du même auteur : Polichinelle (2008), Michael Jackson (2011) et L’étoile du Hautacam (2016) chez P.O.L.

Près de Lons le Saunier, Clairvaux, dans le Jura. « Je ne dors pas dans son lit, je ne porte pas ses habits. Mais je mange dans ses casseroles, je me sers dans sa cave à vin, j’écoute sa musique, ses disques, tous les chanteurs engagés qui ont bercé mon enfance à ses côtés. Je fourre mon nez dans son bordel, je fouille, je trie, je classe, je range, je jette. » (p. 8). « Mon père a été déclaré mort en forêt suite à une chute accidentelle. » (p. 13). Mais que s’est-il vraiment passé ? Le corps n’a été découvert que trois jours après la chute. Le gendarme et le légiste ont deux avis différents… Le narrateur retourne dans la forêt plusieurs fois, sur les traces de son père. « Je reconstituais peu à peu ses derniers instants de vie, sa dernière matinée. » (p. 91) et « Mourir comme ça… J’aimerais bien savoir comment. J’avais besoin de savoir, moi. » (p. 92).

En plus de la mort de son père et de sa quête forestière, tout en pudeur et en nuances, le narrateur raconte ses souvenirs, le Jura de son enfance, la maison de La Frasnée, la vie avec son père, Christian Bailly, à qui il dit adieu dans ce roman, ses amis et son engagement social, le monde rural, les transformations de la région, en particulier au niveau des scieries (les spécialités du Jura sont le bois et le plastique comme la bakélite), les fabricants de jouets en bois ou en plastique, la culture qui s’installe peu à peu (médiathèque, cinéma, festivals…), la famille (son père avait plusieurs frères et sœurs).

Quelques extraits

« J’aime bien les lancer sur leur jeunesse, c’est une amorce assez facile. C’est loin derrière et en même temps ce sont des souvenirs forts, alors ils n’ont pas de gêne à se dévoiler. » (p. 28).

« J’ai grandi dans ce paysage de conte, bercé par ces anecdotes et ces légendes locales, en plus des histoires que me lisait mon père. » (p. 57).

« La vie après sa mort, la vie depuis sa mort. Puisqu’il était parti juste au début. C’est le principe de la mort. » (zut, j’ai oublié de noter le n° de la page… (entre les pages 57 et 70).

« Une vie s’arrête, c’est la fin d’une histoire. Mais la mort engendre une nouvelle histoire, dont le défunt est le déclencheur, et dont il n’a pas connaissance. Alors je lui racontais cette histoire. » (p. 70).

« Je ne mens pas quand je dis que mon père est mort dans un site fabuleux. Un site qu’il connaissait comme sa poche et qu’il n’a jamais cessé d’arpenter. » (p. 115-116).

Je connais un peu le Jura, j’ai visité quelques villes et sites touristiques (Arbois et son vignoble, Baume les Messieurs et les Cascades du Hérisson, Clairvaux les Lacs et ses deux lacs, Dole ville fortifiée, Orchamps et la Saline de Salins les Bains, Poligny capitale du comté…), et je peux dire que c’est un très beau département (surtout quand il fait beau !), avec de très bons fromages (cancoillotte, comté…) et d’excellents vins (Savagnin, vins jaunes, vins de paille…) 😉 Je suis ravie d’avoir lu ce roman, beau, tendre, un peu triste et d’avoir découvert (par hasard !) cet auteur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque trois romans sont déjà parus chez P.O.L, je les note en particulier L’étoile de Hautacam qui m’intrigue plus.

L’homme des bois a reçu le 1er Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017 : il le mérite et je conseille chaleureusement ce roman.

Une très belle lecture qui pour une fois ne rentre dans aucun challenge !

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La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.