Throwback Thursday livresque #55

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Je suis de nouveau en retard pour ce thème du jeudi 2 novembre, « Je n’aimais pas la couverture et pourtant…», mais il faut absolument que j’y présente Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer, bon sang ce que je trouve la couverture moche, mais ce livre dont la majorité dise « Le livre que je ne voulais pas lire » est justement à lire absolument !!!

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Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer.

Quidam, août 2017, 268 pages, 20 €, ISBN 978-2-37491-063-5.

Genre : roman autobiographique.

Erwan Lahrer… Peu d’infos sur lui… Il naît dans le centre de la France (Clermont-Ferrand ?) il y a un peu plus de trente ans. Plus d’infos sur http://www.erwanlarher.com/ et sur sa page FB. Du même auteur : Qu’avez-vous fait de moi ? (Michalon, 2010), Autogenèse (Michalon, 2012), L’abandon du mâle en milieu hostile (Plon, 2013), Entre toutes les femmes (Plon, 2015), Marguerite n’aime pas ses fesses (Quidam, 2016).

Une note de lecture un peu différente pour ce roman atypique.

Un romancier, ça invente « des histoires, des intrigues, des personnages » mais l’auteur était « au mauvais endroit au mauvais moment » (4e de couverture). Je sais que je ne suis pas la seule si, en relation avec le titre, je dis « le livre que je ne voulais pas lire » mais… Une collègue a adoré le roman et me l’a chaudement recommandé et, malgré la petite réticence par rapport au thème (et aussi l’aversion pour cette couverture horrible…), j’ai eu très envie de le lire et j’ai accroché dès le début. En fait, j’avais déjà entendu parler de cet auteur mais je ne l’avais jamais lu, c’est donc mon premier Erwan Lahrer !

Ce roman parle de la soirée concert au Bataclan mais il y a une véritable bande-son dans ce roman ; du rock, du punk. « Tu écoutes du rock, bande-son de ton esprit tourmenté. Tu es cette musique entièrement, elle te constitue, ce que les adultes et la plupart de tes condisciples ne comprennent pas, eux pour qui la musique n’est qu’une distraction, un arrière-plan, un agrément sonore, décoratif. » (p. 14). « Quand arrivent la fusion et le grunge, tu es prêt. » (p. 15). J’ai été élevée dans la culture rock (mais pas que, chanson et classique aussi) et je me suis plus ou moins reconnue car j’écoute du rock depuis toujours, du punk aussi (plutôt à l’adolescence), j’aime la fusion, la musique grunge, et même le métal. Je me sens donc bien dans cette lecture, à ma place même si je n’aurais pas aimé y être !

L’auteur utilise le « tu » en parlant de lui, c’est surprenant et ça interpelle le lecteur. « Tu n’es ni sociologue, ni philosophe, ni penseur ; victime ne te confère aucune légitimité à donner ton avis branlant et ajouré à la télévision ou dans un hebdomadaire. Toutes les paroles ne se valent pas. » (p. 33). Je pense au contraire qu’un écrivain peut tout écrire : la légitimité, c’est d’abord l’éditeur qui la lui donne en publiant son livre, c’est ensuite le libraire en présentant le livre dans ses rayons et c’est enfin le lecteur qui va acheter, offrir, lire voire partager sa lecture. La légitimité est tout simplement dans l’écriture.

De plus, pressé par ses amis, l’auteur se met à écrire mais il ne veut pas délivrer un simple témoignage ou un roman, il veut faire un réel « objet littéraire » ; est-ce pour cela qu’il donne la parole aux terroristes ? Il leur a inventé des prénoms (Iblis, Éfrit, Saala, Shaitan), des vies, c’est un peu spécial mais je comprends : ces gens-là ont eu une enfance, une adolescence, ils ont même peut-être écouté de la musique, avant… D’ailleurs il n’est pas tendre avec eux mais il ne leur en veut pas, ils ont été embrigadés, trompés, abusés. « Rafales, la guerre, les HURLEMENTS, mon incrédulité, mon saisissement, BAM ! BAM ! Je ne vois rien, je n’ose tourner la tête, j’entends BAM ! BAM ! Bouge pas ! BAM ! BAM ! Ta gueule ! BAM ! BAM ! » (p. 67). Carnage… « Tu penses : survivre. Tu dois faire le mort. Inerte. Caillou. Survivre. Tu penses : vivant. Tu penses : chance. Tu penses : pas paralysé. […] Faire le mort. Inerte comme un caillou. Pour survivre. Comme Sigolène. Je suis un caillou. Je suis Sigolène. Je suis un caillou. » (p. 80). Leitmotiv, mantra, volonté de survivre au milieu de tous ces corps. Je vous renvoie moi aussi vers Le caillou de Sigolène Vinson même si je n’ai pas apprécié ce roman… « La peur. L’impuissance. Couché la gueule dans le sang qui poisse vraiment, qui sent vraiment ; et la douleur… » (p. 99).

« Mon pote est allé passé quatre heures en enfer, et il en est revenu. Certains de ses mots m’accrochent, me paralysent, me terrifient, me glacent. » (p. 156). « Je lui dis qu’il va falloir qu’il écrive ce qui vient de se passer, pas forcément pour être publié, mais parce qu’il faut que ça sorte, pour trouver un exutoire, exorciser les bruits, l’odeur, les cris, créer du mouvement dans le récit de ces quatre heures d’immobilité et de silence absolus à taire sa souffrance et à faire le mort. (p. 157). L’auteur ne se considère pas comme un héros, il ne s’attarde même pas sur cette actualité terroriste, il raconte tout simplement à la fois pudiquement et à la fois avec une certaine impudeur (vous comprendrez en lisant le livre), et même avec humour : alors qu’il écrivait Marguerite n’aime pas ses fesses, il est blessé à la fesse, quelle ironie du sort et imaginez comme ses amis l’ont chambré après coup ! Hôpital, rééducation, convalescence, inquiétudes (toute personnelle ! Et où sont ses santiags ?).

En général, je ne suis pas friande des romans autobiographiques mais celui-ci est vraiment différent, au-dessus du lot, il est littéraire, profond, prenant, passionnant ! Et il aide peut-être aussi un peu à comprendre. Mon passage préféré : « Lire et écrire, les deux pôles de ton existence. Tu peux vivre seul. Tu préfères, même. Mais pas sans livres. Pas sans littérature. Pas sans style. » (p. 161). Un état d’esprit qui me convient aussi.

Le petit point faible : la couverture est très moche ! En plus, elles ne sont même pas bleues, ses santiags ! Voilà, j’espère que vous ne serez pas rebutés par cette (affreuse) couverture car le roman est vraiment un ovni littéraire qu’il faut lire et le style de l’auteur est à découvrir aussi. Ainsi je sais que je lirai d’autres romans de lui.

Deux extraits supplémentaires

« C’est quelque chose, la noblesse de l’humain, la solidarité, la fraternité, quand on les autorise à éclore. » (p. 194).

« La littérature n’arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari. » (p. 237).

Une lecture – indispensable – que je mets dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.