Extincta de Victor Dixen

Extincta de Victor Dixen.

Robert Laffont, collection R, novembre 2019, 608 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-22124-037-3.

Genres : littérature française, science-fiction, post-apocalyptique, jeunesse.

Victor Dixen naît en 1979 d’une mère française et d’un père danois. La famille vit dans plusieurs pays d’Europe et, devenu adulte, il vit aux États-Unis, en Irlande, à Singapour… Il écrit depuis 2009 et ses genres de prédilection sont ceux de l’imaginaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Après le Grand Effondrement, dans les Dernières Terres, « les Derniers Humains expiaient la démesure de leurs ancêtres. » (p. 23).

À Viridienne, au sud ouest des Dernières Terres, Astréa, une jeune femme de 18 ans, faisant partie des suants, espère être choisie « pour rejoindre le pleuroir, temple de Terra, en tant que novice. » (p. 22). Mais le destin va en décider autrement car il ne reste que « 255 heures avant l’extinction » (p. 21).

De son côté, Océrian, 18 ans également, est le fils aîné du roi Orcus, « héritier de la dynastie cétacéenne qui depuis deux siècles régnait sur la cité-royaume » (p. 29) mais suite à un accident dans lequel il a perdu une jambe, il est mis au rebut au profit de ses deux frères, les princes Boréalion et Delphinion.

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer car Astréa est tout en bas de l’échelle sociale, et Océrian qui aurait dû être au plus haut est enfermé dans le château de son père. Jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir !

« Gong ! Il n’y avait plus de serpents multicolores. Il n’y avait plus de nuit liquide. Il ne restait qu’une sensation de bien-être, d’apesanteur ; oui, quelque chose comme ce qu’il ressentait jadis, quand il fermait les yeux aux jardins et se laissait emporter par le vent de son imagination. Partir… Si loin… Et ne jamais revenir… » (p. 177-178).

Astréa s’enfuit dans la Désolation intérieure avec ses amis Margane et Sépien. Ils veulent délivrer Palémon (le frère aîné d’Astréa) et Livien (le frère jumeau de Sépien) en échange d’Océrian. « Il était un apex, elle était une suante. Il était un otage, elle était sa ravisseuse. C’était tout ce qu’il y avait à savoir, et rien de plus. » (p. 246).

Au comptoir Solitaire, où ils font halte, j’ai bien aimé le soignant Hippocampos et son cabinet des curiosités avec de vrais livres anciens. « Parfois, une pensée, une impression, une formule en révèlent davantage sur le mystère de la vie et de la mort que des traités entiers. Jadis, on appelait cela littérature. Et sa substantifique moelle, son essence précieuse, se nommait poésie. » (p. 270-271). Il y a pas mal de vers de Baudelaire.

Plus de 400 ans auparavant, le Grand Effondrement, un Effondrement écologique en fait, a détruit la Terre et pratiquement toute la faune, la flore et l’humanité, « Mêtana », « Kârbon », feux nucléaires… Les humains survivants se sont réfugiés tout au Nord mais le nom de Svalbard est oublié depuis longtemps. C’est maintenant les Dernières Terres avec les royaumes de Viridienne, de Souvenance, de Tourbeuse, de Lointaine, entre autres, tous fonctionnant sur le même système, avec les suants (les ouvriers suant toute la journée), les crachants (ceux qui crachent les ordres aux suants), les pleureurs (les prêtres), les saignants (les soldats) et les apex (les nobles, immunisés), chaque caste avec une couleur différente de linceuls et des animaux différents pour les reconnaître (leur prénom et le tatouage sur leur corps). Mais le royaume de Flamboyante est un royaume hérétique. Pratiquement plus d’animaux (il est interdit de les utiliser, de les tuer et de les consommer), pratiquement rien à manger à part des algues, une chaleur accablante… La survie n’est pas de tout repos.

Quant au voyage de notre petite troupe, il est dangereux et passionnant. Les relations entre les personnages, tous différents, et leur histoire personnelle sont bien construites. Et puis, il y a cette bougie qui de chapitre en chapitre (les chapitres alternent entre Astréa et Océrian) se réduit inexorablement et bien sûr le message écologique adressé aux lecteurs. Il est encore temps, on connaît les problèmes, on doit les résoudre avant qu’il ne soit trop tard pour la planète et ses habitants. C’est bien raconté, bien documenté et sombre à souhait. Aventure, amitié, amour même, trahison, tous les ingrédients y sont pour faire un excellent roman post-apocalyptique. De plus, le livre est soigné, illustré, avec des cartes, des bougies, et j’avais l’impression de voir certains animaux en lisant (d’ailleurs à chaque bas de page, il y a le nom latin d’espèces éteintes). Assurément je lirai d’autres titres de Victor Dixen (en avez-vous un particulièrement à me conseiller ?).

J’ai commencé ce roman durant la Semaine à lire – mai 2021, le dimanche 16 mai et je n’ai pas pu le finir avant le week-end suivant mais je peux encore le mettre dans le Printemps de l’imaginaire francophone qui se termine aujourd’hui ! Je le mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 18, un livre sur l’écologie, 2e billet), Challenge nordique (puisqu’il se déroule au Svalbard, archipel norvégien dans l’océan Arctique), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9.

L’empire de sable de Kayla Olson

L’empire de sable de Kayla Olson.

Robert Laffont, septembre 2017, 486 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-22119-622-9. The Sandcastle Empire (2017) est traduit de l’américain par Frédérique Le Boucher.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, science-fiction.

Kayla Olson… Eh bien, rien sur elle de plus que ce qu’en dit l’éditeur… Elle « habite au Texas avec sa famille. Elle adore la plage, mais détesterait échouer sur une île déserte. Si cela devait toutefois lui arriver, ses essentiels pour la survie comporteraient une cafetière à piston (et le café qui va avec), le chocolat le plus noir possible, et une flopée de surligneurs. » En français, L’empire de sable n’est pas dans une collection Jeunesse mais l’éditeur américain est HarperTeen (pour les ados). Du même auteur : This Splintered Silence (HarperTeen, 2018). Plus d’infos sur son blog, sa page FB et son Instagram.

« Un jour, quand la guerre sera finie, je remangerai des glaces. Je courrai pieds nus sur la plage sans avoir peur de sauter sur une mine. J’entrerai dans une librairie, ou un café, ou n’importe lequel des centaines d’autres endroits occupés par les Loups, et j’y resterai assise pendant des heures, juste parce que je le peux. Je ferai tous ces trucs, et bien plus encore. Si je suis toujours vivante. » (p. 10).

La narratrice, c’est Eden. Depuis deux ans, elle est seule, enfermée sur une île avec d’autres jeunes de son âge. Deux ans qu’elle a passé à observer la mer… Suite à des dérèglements climatiques dans le monde entier (inondations, montée des eaux, terres submergées, effondrements de bâtiments et de ponts, eau contaminée, épidémies…), environ après 2050, le « puissant groupe armé » des Loups a organisé une révolution, pris le pouvoir et envoyé la majorité des gens dans des goulags.

Eden, elle, est dans le camp de travail de New Port Isabel au large du Texas. Une nuit, après le carnage (mines qui explosent sur la plage et gardes qui tirent sur tout ce qui bouge), Eden réussit à s’enfuir à bord d’un bateau avec trois autres filles, Hope, Alexa et Finnley. Direction l’île Sanctuary avec le carnet « Survivre – guide pratique » que son père lui a laissé en héritage. « Peu importe ce qui nous attend sur cette île, s’il y a la plus infime chance qui nous trouvions cette liberté dont mon père parle dans ses notes, ce sera toujours mieux que ces cages et ces ailes rognées que nous avons laissé derrière nous. » (p. 51).

Son père travaillait pour Envirotech qui voulait sauver le monde, mais… pas tout le monde… seulement les riches, les privilégiés… mais il a disparu durant la révolution et ce que les Loups ont appelé leur Jour Zéro.

Mais les filles découvrent qu’Alexa était avec les Loups et qu’elle a trahi son petit ami. « Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure. » (p. 78). Et arrivées à Sanctuary, si c’est bien Sanctuary, elles se rendent comptent que ce n’est pas si accueillant et paradisiaque qu’Eden l’espérait… « […] il faut regarder les choses en face : sur cette île, rien ne se passe comme prévu. » (p. 157).

Eden et ces compagnons de voyage (des garçons sont également arrivés sur l’île et se sont joints aux filles) ne sont pas au bout de leur surprise. « Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire. » (p. 253).

The Sandcastle Empire va être adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio (en 2026 si j’ai bien vu, on a encore le temps), ce qui ne m’étonne pas car il est un fervent défenseur de la cause animale et de la protection de la planète. Bien que l’histoire soit différente, j’ai un peu pensé à Labyrinthe de James Dashner, peut-être parce que les personnages sont des jeunes.

Dystopie, anticipation, post-apocalyptique, si vous n’aimez pas la science-fiction, passez votre chemin ! Mais si vous aimez la SF ou si vous êtes tout simplement curieux, L’empire de sable est un premier roman vraiment réussi, innovant, bien rythmé et palpitant. Peu à peu, le lecteur en apprend plus sur Eden, Hope, Alexa, Finnley, Cass, Phoenix, Lonan et leur passé. Bon, le thème écologique n’est pas très développé dans le roman en fait, c’est plutôt le côté humain qui est traité (à mon avis) mais ce qui arrive aux humains découle des dérèglements climatiques dont c’est une base de départ (et peut-être que visuellement, on verra mieux le côté écologique dans le film).

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #10, Lecture 2021 de Mademoiselle Farfalle (catégorie 48), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Couleur pour sable).

Le Wonderling de Mira Bartók

Le Wonderling de Mira Bartók.

Robert Laffont, collection R Jeunesse, avril 2018, 512 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-22119-339-6. The Wonderling (2017) est traduit de l’américain par Fabienne Vidallet.

Genres : littérature états-unienne, littérature jeunesse, fantastique.

Mira Bartók naît en 1959 à Cleveland dans l’Ohio (États-Unis). Elle étudie les Beaux-Arts à l’Université du Massachusetts à Amherst. Elle voyage et écrit plusieurs ouvrages pour la jeunesse sur les civilisations antiques. Lorsque sa mère meurt d’un cancer, elle écrit ses mémoires, The Memory Palace, qui est récompensé. Puis elle écrit The Wonderling (adaptation prévue au cinéma).

Le Wonderling, ou Numéro 13 car c’est l’inscription sur le médaillon qu’il porte, est un être spécial : il « ressemblait à un renard mais se tenait sur ses pattes arrière comme un enfant et il ne possédait pas de queue à proprement parler. » (p. 16). Il a 11 ans et a grandi à « l’Orphelinat de Mlle Furonkle » (p. 19), une méchante femme. Dans ce foyer vivent des enfants trouvés ou orphelins, des gamins des rues, mi-humains mi-animaux, des créatures appelés des Rampants. Malgré son unique oreille, Numéro 13 a un don : il entend tout. Par exemple, il apprend que les souris, extrêmement polies, aiment le brie et la poésie. Les Rampants ne savent rien du monde et de la vie au-delà des murs de l’horrible orphelinat et sont constamment surveillés par Mortimer Nezpris qui les méprise et les déteste.

Un jour Numéro 13 sauve un oiseau sans aile, Babiole, qui lui donne le nom d’Arthur et ils deviennent amis. Grâce à Babiole, Arthur peut s’enfuir avec l’oiseau et découvrir l’Extérieur : paysage, soleil, horizon… Après une journée de marche et une nuit passée dans un immense chêne, les deux voyageurs rencontrent Pomme-de-Pin de Blancheville. « Dissimulé quelque part dans cette puissante ville de lumière l’attendait son destin. Il espérait qu’il le trouverait… et qu’il ne lui arriverait rien de fâcheux. » (p. 185).

Des personnages hauts en couleurs, Numéro 13 et Babiole vraiment attachants en tête mais aussi Quintus le rat voleur, Peevil la petite souris chanteuse, Belisha la gardienne des corbeaux de nuit… Du merveilleux, du sordide parfois (ce qui m’a un peu fait penser à Watership Down de Richard Adams), mais toujours de l’optimisme, des aventures et des amitiés !

J’ai dévoré ce très beau roman (même si parfois terrible : maltraitance, injustice…) joliment illustré avec des petites gravures en noir et blanc. J’espère une suite !

Pour le Mois américain et les challenges Animaux du monde #3 (en particulier pour Numéro 13 le renard et Babiole l’oiseau mais pas que), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #8.

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher.

Robert Laffont, février 2015, 264 pages, 18 €, ISBN 978-2-22115-694-0.

Genre : littérature française.

Arnaud Le Guilcher naît en 1974 à Guingamp (Bretagne). D’autres romans : En moins bien (Stéphane Million, 2009), Pas mieux (Stéphane Million, 2011), Pile entre deux (Stéphane Million, 2013), Capitaine frites (Robert Laffont, 2016), Du tout au tout (Robert Laffont, 2018) et des recueils de nouvelles.

Jean-Yves, surnommé Jeanyf, à 14 ans et il est le seul jeune du village. Il vit à La Sourle avec son père Pierre-Yves, surnommé Pierryf. Malgré sa petite taille (1,30 m), il veut devenir footballeur. « À La Sourle, on est très souvent retraité, chômeur ou chômeur à la retraite, et on a rien d’autre à foutre que de se bourrer la gueule aux heures qui passent en traînant les savates. » (p. 18-19). Le père, Pierryf donc, travaille, il est sculpteur de pantins et de marionnettes mais il est tellement obsédé par la disparition de son épouse, Yvette, qu’il la peint et la sculpte partout dans la maison. « Il est farfelu mon père. Les habitants du village l’appellent Gepetto quand ils le croisent, mais ils le croisent plus souvent parce qu’il sort quasi plus de chez nous. » (p. 27). Une maison, assez belle d’ailleurs, devenue un mausolée en l’honneur d’Yvette, un champ immense, des arbres et de l’autre côté, un grand corps de ferme qui vient d’être racheté. Et plus loin, à quelques kilomètres, l’oncle Jacques-Yves, surnommé Jackyf, qui est herboriste et qui a un fils bizarre, Thierry-Yves, surnommé Thierry puis Soubirou depuis qu’il a vu la vierge dans son bol de cacao. Bref la routine mais un jour, tout est bouleversé avec les nouveaux voisins (ils ont emménagé le manoir aux 31 chambres en gîte rural, Le Silo) et leur fille de 14 ans, Bessie. « Mon père sort de son mutisme et dit sans regarder personne : « Y a pas de touristes ici, et y en aura jamais. À La Sourle, à part vieillir, y a rien à faire. » (p. 73).

« Je remonte dans ma chambre me changer et, tout le reste de la journée, je ronge mon frein en faisant mine de ne penser à rien, alors que je pense précisément à tout : l’amour, la vie, le sexe, la mort, l’avenir… Difficile d’avoir un programme plus complet. » (p. 96).

« Bessie, quand je suis en sa présence, c’est une putain d’insurrection. La révolte à portée de main. L’épilepsie et l’anarchie. Je trébuche, je bafouille, je tends les bras sans savoir pourquoi, je plie les genoux pour les mêmes raisons, je rougis, je balbutie… Demi-tour, gauche, droite, roulade, fente avant, cris de bête : je deviens incontrôlable. » (p. 130-131).

Ric-Rac est un roman rural, drôle, tendre, inventif et il n’y a pas de doute : je lirai d’autres titres d’Arnaud Le Guilcher parce que j’aime bien son humour proche de l’absurde.

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, janvier 2020, 360 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-261-2. Royal Flush (2009) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, août 1932. Peu après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête) et l’affaire bavaroise (voir Son espionne royale et le mystère bavarois), Georgie, toujours désargentée, est seule à Londres car, avec la chaleur, presque tous ses amis sont partis en vacances.

Après avoir rendu service à son amie Belinda occupée avec Paolo, un bel Italien, en dînant à sa place avec un riche Américain, Georgie pense qu’elle peut continuer de passer ses soirées comme ça et passe une annonce mais elle tombe sur un rustaud qui pense à bien autre chose ! Heureusement Darcy O’Mara est là pour la tirer des griffes de ce malotrus. Mais elle est convoquée par le préfet adjoint de police et envoyée en Écosse… Dans le Flying Scotsman, Georgie doit déjeuner à la même table que Godfrey Beverley, un journaliste « cancans & potins » qui lui pose plein de questions… Il ne faudrait pas qu’il apprenne sa mésaventure… Puis fait irruption dans le compartiment Sir Jeremy Daville du Ministère de l’Intérieur. « Nous avons envisagé cette possibilité, répondit Sit Jeremy d’un air grave. Une puissance étrangère qui tenterait de déstabiliser le royaume. Toutefois, les circonstances et la nature de ces accidents nous amènent à une conclusion stupéfiante : il semblerait que nous ayons affaire à un ennemi intérieur. » (p. 81-82).

Mais, en Écosse, dans ce château ouvert à tous les vents, Georgie se sent bien seule, entourée de tous les invités de son frère blessé, tous des pique-assiettes alors qu’il y a très peu d’argent… « Qu’étais-je censée faire au juste ? Et pour quelle raison devrais-je intervenir afin de secourir d’autres gens alors que personne ne paraissait me porter le moindre intérêt ? » (p. 141).

Cette partie de chasse est le troisième tome de Son espionne royale et j’aime vraiment cette série qui s’épaissit à chaque tome. La mission de Georgie est toujours de protéger la famille royale mais son cousin s’obstine avec cette Américaine, mariée en plus. Peu importe, les femmes sont fortes et le font savoir, et Georgie nous fait découvrir les traditions écossaises. Ce tome est à la fois so British et so Scottish !

Une agréable lecture que je mets dans le Mois anglais et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman.

Robert Laffont, collection La bête noire, avril 2018, 408 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22121-549-4. Date With Date (2017) est traduit de l’anglais par Dominique Haas.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Julia Chapman – de son vrai nom Julia Stagg – est une autrice anglaise de romans policiers (pas de date de naissance). D’après Wikipédia, elle a voyagé (en tant que professeur d’anglais langue étrangère) puis s’est installée avec son mari en Ariège où ils ont tenu une auberge qui a inspiré la série de 6 romans, The Fogas Chronicles (2011-2015, non traduits en français). De retour en Angleterre (dans les Yorkshire Dales), elle écrit la série Date with… (pour l’instant 5 tomes, 2017-2020) soit Les détectives du Yorkshire. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jstagg.com/.

Après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien revient à Bruncliffe dans le Yorkshire avec un sac et une moto rouge. Il a quitté Londres à cause de quelques problèmes à la MET et souhaite ouvrir – provisoirement – une agence de détective privé mais les habitants ne sont pas ravis de son retour.

De son côté, Delilah Metclaffe gère une petite entreprise de création de sites Internet et l’Agence de Rencontres des Vallons, avec son chien, un Braque de Weimar, qui s’appelle… Calimero (quel drôle de nom pour un si grand chien !). Comme elle a besoin d’argent, elle loue le rez-de-chaussée de son bâtiment à Samson. « Eh bien, on dirait que la vie à Bruncliffe est sur le point de devenir intéressante, commenta Edith. Puis un sourire s’épanouit lentement sur son visage. » (p. 16).

Ce même jour, c’est l’enterrement de Richard Hargreaves, professeur d’université, dont la police pense qu’il s’est suicidé. Puis le corps d’un randonneur, Martin Foster, est retrouvé, sûrement un accident. Delilah fait tout de suite le rapprochement. « Deux de ses clients morts en moins d’une semaine. Une coïncidence ? Probablement. Mais ce fut les doigts tremblants qu’elle déchira l’article et le glissa dans sa poche. » (p. 26). Samson enquête car la mère de Richard Hargreaves est persuadée que son fils ne s’est pas suicidé : son épouse est partie il y a plus de trois ans et il s’en était remis. « […] s’il n’y avait pas de mobile à ce meurtre, le suicide ne semblait pas plus justifié. » (p. 116).

Sous-titré Une enquête de Samson et Delilah, les détectives du Yorkshire, les lecteurs suivent donc la première enquête des ARV : l’Agence de Recherche des Vallons accompagnée de l’Agence de Rencontres des Vallons. Je fais l’impasse sur les nombreux personnages, la famille de Delilah, celle de Samson et ses amis d’enfance qui lui en veulent d’être parti précipitamment quatorze ans auparavant et de n’avoir jamais donné de nouvelles, les familles des hommes décédés, les commerçants, toute une belle galerie de personnages et puis, le lecteur s’en doute, dans les prochains tomes il se passera des choses avec Rick Procter (je me suis même demandé si Samson n’était pas là pour enquêter sur lui et sa bande en fait !). Ce premier tome est agréable et cette série est une intéressante alternative à Agatha Raisin de M.C. Beaton mais Julia Chapman a un humour plus terre à terre et la lecture est peut-être moins jubilatoire qu’Agatha Raisin ou – ma série de ce genre préférée – Mma Ramotswe détective d’Alexander McCall Smith. Mais à découvrir !

Pour les challenges Animaux du monde (pour Calimero, il a son importance), British Mysteries #5 et Mois British Mysteries (dernier jour !), Polar et thriller 2019-2020, Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, juin 2019, 384 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-163-9. A Royal Pain (2008) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, juin 1932. Un mois après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête). Georgie ne voit plus Darcy qui lui avait fait la cour. « En me montrant bêtement réticente, j’avais semble-t-il laissé échapper mes chances d’être avec Darcy. Mais voulais-je vraiment de lui ? Il était Irlandais, catholique, fauché, peu fiable et peu recommandable à tous les égards – mis à part qu’il était le fils d’un pair . » (p. 41). Mais Georgie est de nouveau conviée par Sa Majesté la reine pour boire le thé, enfin… pour une mission d’espionnage ! La reine aimerait que son fils, David, prince de Galles, futur roi, oublie enfin cette Américaine mariée, et rencontre « fortuitement » la princesse Hannelore de Bavière, une jeune fille de 18 ans qui vient de sortir du couvent. « Elle continua de me parler, tandis que le sang me battait aux tempes ; comment lui expliquer qu’il m’était impossible de recevoir une jeune lady de sang royal dans une maison où je vivais sans domestiques et me nourrissais de haricots blancs en boîte ? – J’espère que je peux compter sur vous, n’est-ce pas Georgiana ? Pour le bien de l’Angleterre ? J’ouvris la bouche. Et me contentais d’acquiescer : – Bien entendu, madame. » (p. 51). Comment Georgie va-t-elle faire pour accueillir dignement Hannelore et sa suite sans aucun domestique et sans argent pour les repas ? Mais Georgie a de la ressource car « Un Rannoch ne bat jamais en retraite. » (p. 70).

Mais, lors d’une soirée bien arrosée chez Gussie et Lunghi, deux amis de Belinda et de Georgie, Tubby Tewkesbury, un peu ivre, bascule sur la balustrade du balcon qui cède sous son poids et il tombe du sixième étage… L’inspecteur Harry Sugg s’interroge sur le fait que Georgie soit encore impliquée dans un décès, même seulement à titre de témoin. « Deux cadavres en moins d’une semaine. Ça ne peut pas être une simple coïncidence, n’est-ce pas ? » (p. 174). Pire, quelques jours après, Sidney Roberts, qui était aussi à cette soirée, est retrouvé poignardé à l’étage de la librairie Haslett’s dans Wapping où il travaillait. C’est Hannelore (Hanni) qui a trouvé le corps… Qu’est-ce que les deux demoiselles faisaient là ? La librairie Haslett’s est la plus ancienne librairie de Londres mais le quartier de Wapping n’est pas très bien fréquenté… Georgie doit découvrir ce qu’il s’est réellement passé. « Je me mis à réfléchir. Les événements des derniers jours étaient si embrouillés. Il y avait d’abord eu la chute mortelle de Tubby, puis l’horrible épisode dans la librairie, avec le pauvre Sidney gisant là, le sang se répandant à travers sa chemise. Mon grand-père semblait penser qu’il y avait forcément un lien entre ces deux drames. Pour ma part, je ne voyais pas lequel […]. » (p. 227).

J’ai trouvé ce deuxième tome plus dense et plus abouti que Son espionne royale mène l’enquête. Le style est toujours so british, drôle et divertissant mais la dimension politique et les relations entre l’Angleterre et l’Allemagne y sont bien présentes. Une série que je vous recommande !

Une chouette lecture que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate de Margaret Atwood.

Robert Laffont, Pavillons Poche, juin 2017, 544 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-22120-332-3. The Handmaid’s Tale (1985) est traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué.

Genres : littérature canadienne, science-fiction, dystopie.

Margaret Atwood naît le 18 novembre 1939 à Ottawa (Ontario, Canada). Son père est zoologue et sa mère nutritionniste. Elle étudie l’art, la philosophie et le français à l’Université de Toronto puis à l’Université de Harvard. Elle enseigne et commence à écrire (poésie, romans).

Defred, 33 ans, est dans la maison du commandant depuis cinq semaines. Elle est une servante écarlate et doit enfanter à la place de l’épouse. « Je suis pour elle un reproche et une nécessité. » (p. 29). Dans la République de Gilead, les servantes écarlates, tout habillées de rouge, sont sensées enfanter à la place des épouses comme la servante Bilha à la place de Rachel, l’épouse de Jacob, dans la Genèse. C’est que, dans la République de Gilead, qui remplace une partie des États-Unis d’Amérique, certains passages de la Bible sont utilisés par les intégristes religieux au pouvoir pour arriver à leurs fins. Defred (de son vrai prénom June) tient le coup en pensant à son mari, Luke (est-il toujours en vie ?) et à leur fillette enlevée depuis trois ans (où est-elle ?).

Tout est réglementé : les épouses des commandants, femmes respectables quoique stériles (ou alors est-ce leurs époux ?), sont habillées en bleu (dans la série télévisée en vert), les servantes en rouge, les Martha (femmes de ménage, cuisinières) en vert terne, les épouses des hommes pauvres, surnommées les Éconofemmes, sont en rayures rouges, bleues et vertes car « Elles doivent tout faire ; si elles le peuvent . » (p. 48), les Tantes (qui enseignent aux servantes) en robes longues vert kaki et les veuves en noir mais elles sont de plus en plus rares (elles sont envoyées aux Colonies ?). Les femmes ont perdu tous leurs droits, elles n’ont plus le droit de travailler, d’avoir de l’argent, elles n’ont plus aucune indépendance et aucun pouvoir.

« J’aimerais croire que ceci est une histoire que je raconte. J’ai besoin de le croire. Il faut que je le croie. Celles qui peuvent croire que pareilles histoires ne sont que des histoires ont de meilleures chances. » (p. 73).

« N’importe quelle nouvelle, aujourd’hui, vaut mieux que pas de nouvelles du tout. » (p. 141).

L’objectif à tout cela ? « Les femmes vivront ensemble en harmonie, elles formeront une seule famille : vous serez comme leurs filles, et quand le niveau de la population sera rééquilibré, nous n’aurons plus à vous transférer d’une maison à l’autre parce que tout le monde pourra être servi. […] Vos filles jouiront d’une plus grande liberté. » Cool, toutes les femmes seront des servantes, écarlates ou non, elles seront les servantes les unes des autres et elles seront les servantes des hommes !

Il paraît que le mieux est l’ennemi du bien… « Nous pensions que nous pouvions faire mieux. Je répète : Mieux ? d’une petite voix. Comment peut-il penser que ceci est mieux ? Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire, pour certains. » (p. 352-353).

Que dire de plus que ce qui a été dit sur ce roman choc depuis près de 35 ans ? J’ai adoré et j’ai angoissé à l’idée que tout ça puisse réellement arriver dans des jours proches… Le régime de Gilead est totalitaire, patriarcal ; très peu d’enfants viennent au monde sains et la majorité naissent de servantes (pour les riches) ou d’Éconofemmes (pour les pauvres) ; en fait, les femmes ont bon dos, c’est surtout les hommes qui sont devenus stériles mais il ne faut pas oser leur dire. Ne parlons pas des fameuses Colonies où tout est pollué et toxique et où sont envoyées, bien sûr, les femmes… J’ai très envie de lire Les testaments, la suite qui est parue chez Robert Laffont en octobre 2019.

J’ai vu la série aussi et elle est vraiment réussie : pour l’instant, j’ai vu les deux premières saisons, celles de 2017 et 2018, en DVD et, dès que possible, je verrai la saison 3, de 2019 ; la saison 4 étant annoncée pour 2020.

Une excellente lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2020 (catégorie « Couleur » avec écarlate) et pour Lire en thème (en janvier, un livre dont le nom de l’auteur commence par A).

Son espionne royale mène l’enquête de Rhys Bowen

Son espionne royale mène l’enquête de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, juin 2019, 360 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-163-9. Her Royal Spyness (2008) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Victoria Georgiana Charlotte Eugenie est la fille du duc de Glenn Garry et Rannoch. Sa grand-mère paternelle était une des filles de la reine Victoria mais, peu attirante, elle a épousé « un mauvais baron écossais » (p. 10) qui, pour la peine, devint duc. Elle n’a mis au monde qu’un fils : le père de Georgie (oui, on ne va pas répéter à chaque fois Victoria Georgiana Charlotte Eugenie !). Elle n’est que trente-quatrième pour la succession au trône.

Le lecteur découvre Georgie en avril 1932 au château de Rannoch à Perthshire en Écosse. Georgie est née du remariage de son père, veuf mais ayant un fils de sa première épouse, avec une actrice mais elle « appartenait à l’église anglicane et venait d’une famille britannique respectable […] et l’on approuva donc cette union. » (p. 11). Cependant, l’épouse s’est enfuie lorsque Georgie avait deux ans, elle ne supportait plus de vivre dans un château « lugubre et isolé » (p. 12). Georgie a donc reçu une éducation dans une institution privée suisse grâce à la générosité de la famille paternelle. Elle vit maintenant au château de Rannoch avec son frère aîné, Hamish, surnommé Binky, son épouse acariâtre et pingre, Hilda, surnommée Fig, et leur jeune fils, Hector, surnommé Podge mais « un membre de la famille royale, même mineur, a le devoir de ne pas décevoir les siens. » (p. 17), sous-entendu Georgie doit épouser un bon parti ! Et justement, Sa Majesté a ordonné à Binky d’organiser une réception au château pour lui présenter le prince Siegfried de Roumanie mais Binky est ruiné et Georgie ne veut pas se marier. « Je n’avais pas l’intention de rester ici une minute de plus, à attendre que l’avenir vienne à moi. J’allais partir dans le vaste monde afin de choisir ma propre destinée. » (p. 21).

Fin avril 1932, Georgie s’est enfuie à Rannoch House à Londres dans le quartier aisé de Belgrave Square mais elle n’a pas d’argent, elle se retrouve seule (sans domestiques) dans une maison vide et elle ne sait rien faire (comment allumer la chaudière pour avoir de l’eau chaude ou comment allumer du feu dans les cheminées ou comment faire à manger). Pourtant « Sa Majesté Royale et impératrice des Indes, la reine Mary » (p. 29) qui a des yeux et des oreilles partout, invite Georgie à boire le thé. « Je songe à faire de vous mon espionne, dit-elle tandis qu’on nous versait le thé. » (p. 37). Georgie est donc chargée (sans que la reine ne lui propose de l’aider financièrement) d’espionner son cousin David, prince Galles, futur roi, qui s’est entiché d’une Américaine plus âgée que lui et… mariée !

Mais quatre jours après l’arrivée de Georgie à Rannoch House, son frère débarque à Londres et lui apprend que leur père avait perdu leur château écossais de Rannoch au profit d’un abject joueur français, Gaston de Mauxville ! « J’étais venue à Londres pour fuir les miens, songeai-je tout en me dirigeant vers ma chambre. Mais leur échapper n’était apparemment pas aussi facile que je l’avais cru. L’espace d’un instant, épouser le prince Siegfried ne me sembla pas être une si mauvaise solution que cela, tout compte fait. » (p. 123). Mais la devise des Rannoch est « La mort plutôt que le déshonneur. » (p. 164).

Après les années folles (années 20), la Grande Dépression fut difficile pour tous et beaucoup d’aristocrates furent ruinés. Sans compter qu’il y avait parfois des dettes de jeu… Comme Georgie n’y connaît rien en enquête, elle n’est pas très performante mais ce roman, plutôt genre mystery, est efficace, drôle et distrayant. Il est de plus idéal pour découvrir les jeunes aristocrates désargentés de ce début des années 30, leurs fêtes, leurs intérieurs, et aussi un peu les bas-fonds de Londres. Son amie Belinda ayant un revenu grâce à son activité de créatrice de mode, Georgie souhaite aussi créer son emploi, mais lequel ? C’est qu’une jeune fille de bonne famille ne travaille pas et ce qu’elle a appris à l’institut suisse est inutile ou obsolète… J’ai passé un très bon moment avec ce premier tome que j’ai dévoré en une journée et j’ai embrayé le lendemain avec le tome 2 !

Une chouette lecture que je mets dans les challenges Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2019 (Angleterre).

1144 livres de Jean Berthier

1144 livres de Jean Berthier.

Robert Laffont, collection Les passe-murailles, janvier 2018, 180 pages, 12 €, ISBN 978-2-22120-321-7.

Genres : roman français, premier roman.

Jean Berthier est auteur pour des revues littéraires, il est aussi réalisateur (documentaires et films). 1144 livres est son premier roman et le lecteur sent qu’il est un grand lecteur !

Adopté 97 jours après sa naissance, le narrateur a pour parents Henri et Mariette, un couple stérile mais aimant. Il grandit au milieu des clients de la quincaillerie familiale et il ne connaîtra jamais ni ses parents ni les premiers jours de sa vie. « Sur cette ignorance sans fond, j’ai bâti une vie, fondé une famille, exercé un métier. » (p. 12). Il est bibliothécaire. Un jour, il reçoit le courrier d’un notaire . « Il n’est pas rare d’hériter d’une bibliothèque ; il l’est davantage si ce legs provient d’une inconnue et si cette inconnue est votre mère. » (p. 15). Il n’a jamais cherché ses origines : « L’origine est toujours décevante. » (p. 25) et cet héritage anonyme l’inquiète… « Hélas ! Je n’étais plus le lecteur d’un roman auquel j’étais prêt à souscrire ; j’étais le protagoniste d’une histoire à laquelle je ne voulais pas croire. » (p. 26-27). Il pense d’abord à une blague puis veut refuser l’héritage mais se retrouve finalement dans une chambre de l’hôtel de Loisy avec une trentaine de cartons de livres ! « C’était encore vers les livres que la vie m’emmenait. » (p. 32-33). Que faire de ces 1144 livres ? « Ces livres disaient : ta mère est morte et te demeurera inconnue pour toujours. » (p. 74). « Pourquoi recherchais-je une mère que je n’avais jamais cherchée et que la mort rendait introuvable ? » (p. 107).

Trois beaux extraits sur la lecture

« Mais lire, lire est sans partage, lire est exclusif ; l’esprit est occupé, les mains sont occupées, aucune parcelle de notre être ne peut s’évader pour porter son attention ailleurs. Il n’y a pas plus contraignant que cette activité à laquelle rien n’oblige. » (p. 44).

« Nous devrions lire pour nous quitter autant que pour nous retrouver. » (p. 90). Très joli, n’est-ce pas ?

Et mon préféré : « Comme on a peu lu quand on a beaucoup lu ! » (p. 113-114). Comme c’est vrai !!!

1144 livres est un roman court, atypique (avec une écriture, je dirais… ancienne) ; il interroge sur la lecture mais aussi sur l’origine familiale, la filiation, la résilience et l’héritage. Que laissons-nous avec des livres ? Quelle partie de notre vie laissons-nous avec des livres ? Ce roman questionne aussi sur le besoin de la littérature, de la fiction : quelle place occupent les livres dans nos vies ? On le voit avec les extraits ci-dessus, c’est un bel éloge des livres, de la littérature et de la lecture, de la curiosité aussi.

Une agréable lecture pour le challenge Lire en thème (le thème de janvier est chiffre ou nombre dans le titre).