Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.

Cet été là de Lee Martin

Cet été là de Lee Martin.

Sonatine, février 2017, 320 pages, 21 €, ISBN 978-2-35584-558-1. The Bright Forever (2005) est traduit de l’américain par Fabrice Pointeau. Le roman est paru en poche, chez 10/18, en février 2018.

Genres : littérature états-unienne, roman policier.

Lee Martin naît en 1955 à Little Egypt dans l’Illinois (États-Unis). Il étudie la littérature (licence à l’université d’Illinois-Est, master à l’université d’Arkansas et thèse à l’université de Nebraska-Lincoln). Il enseigne la littérature romanesque et il est écrivain (depuis 1989). Parmi ses romans et ses nouvelles, j’ai l’impression que Cet été-là est le seul traduit en français pour l’instant. Ce roman a été finaliste pour le Prix Pulitzer 2006. Plus d’infos sur son site officiel.

Une petite ville de l’Indiana. La chaleur étouffante de l’été. Katie Mackey, 9 ans, part à vélo pour rendre des livres à la bibliothèque et disparaît.

Trente ans après, quelques personnes se rappellent et témoignent à nouveau. Son frère aîné, Gilley, qui avait 17 ans à l’époque. Son professeur, Henry Dees, un peu voyeur parce que seul. Raymond R. qui était soupçonné. Et même une vieille dame de 82 ans, Clare, dont le deuxième mari, Raymond R., dit en préambule : « Je ne dis pas que je ne l’ai pas fait. Je ne sais pas. » (p. 11).

Il fait beau, c’est l’été, les vacances, l’histoire est presque douce, poétique, « Vous devez savoir combien l’été peut être merveilleux dans cette partie de l’Indiana. » (Clare, p. 76) si ce n’est qu’une fillette a disparu et tout cela met le lecteur mal à l’aise. Peut-on se fier aux témoignages de l’époque et à ceux de trente ans après ? Qui dit la vérité, qui ment ou omet des choses ? « Mais les faits ne racontent pas toute l’histoire. Ils ne le font jamais. Pour ça, je crains que vous ayez besoin de moi. Je suis tout ce que vous avez. » (M. Dees, p. 189). L’histoire va se démêler peu à peu comme une pelote de laine et c’est terrifiant ! « On peut faire comme si la vie continuait quand en réalité on est constamment piégé dans un moment qu’on ne pourra jamais changer. » (Gilley, p. 273).

Une lecture prenante (je l’ai lu en mars et je m’en rappelle encore très bien, oui je sais je rattrape le retard dans quelques notes de lectures) que je mets dans Polar et thriller 2020-2021.