Incognita Incognita de Mark Forsyth

Incognita Incognita de Mark Forsyth.

La petite collection des éditions du Sonneur, avril 2019, 48 pages, 5,50 €, ISBN 978-2-37385-178-6. The Unknown Unknown, Bookshops and the Delight of Not Getting What You Wanted (2014) est traduit de l’anglais par Marie-Noëlle Rio.

Genres : littérature anglaise, essai.

Mark Forsyth naît le 2 avril 1977 à Londres. Il étudie au Winchester College (Winchester, Hampshire) de 1990 à 1995 puis au Lincoln College (Oxford University) de 1996 à 1999. Il est étymologiste et écrivain. Plus d’infos sur son blog, The Inky Fool.

Ce joli petit livre cousu est sous-titré : ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas.

Il est préfacé par Paul Vacca. « Mark Forsyth nous livre un monde auquel il nous est impossible d’accéder par Internet, car la bien nommée Toile, en même temps qu’elle nous procure la confortable illusion de nous ouvrir à l’ensemble des savoirs, nous maintient en réalité prisonnier dans les mailles de ses algorithmes et dans notre cocon culturel – les fameuses « bulles de filtres » identifiées par Eli Pariser –, fruit de la duplication de nos propres envies. » (p. 8). « Un monde où se perdre est la meilleure façon de se trouver. » (p. 9). Un monde « doublement inconnu : c’est une terra incognita incognita. » (p. 10).

Attention, cet essai n’est pas une critique d’Internet ! Internet est super et on ne va pas aller en arrière. Mais comment chercher quelque chose qu’on ne sait pas, quelque chose dont on ne connaît pas l’existence, quelque chose qu’on ne pourrait pas chercher ? Je donne la parole à l’auteur avec quelques extraits. « Il existe […] trois types de livres : ceux que vous avez lus, ceux que vous savez n’avoir pas lus (comme Guerre et Paix), et les autres : les livres que vous ne savez pas ne pas connaître. » (p. 18). « Mon propos, et tout le propos de cet essai, est de montrer que ce n’est pas suffisant d’obtenir ce que vous saviez déjà vouloir. Les meilleures choses sont celles que vous n’auriez jamais su vouloir jusqu’à ce que vous les ayez. » (p. 20). « Il me fallait aller dehors. Laisser entrer l’élément chance. […] avec Internet, vous obtenez ce que vous saviez déjà vouloir, mais rien de plus, jamais. » (p. 23-24).

L’objectif étant non pas de satisfaire un désir qu’on a déjà mais « un désir nouveau ! » (p. 25). Mais comment faire ? Trouver ce que l’auteur appelle une Bonne Librairie !

Pour tout comprendre et dénicher sa propre Bonne Librairie (ou ses Bonnes Librairies car il peut y en avoir plusieurs), lisez vite ce petit (mais costaud !) essai à l’humour so british voire irrévérencieux ! Mark Forsyth nous parle de livres, de lectures, de hasard, de découverte de l’inconnu, ce que nous, les lecteurs, aimons par-dessous tout !

J’ai acheté Incognita Incognita pendant le Mois anglais (en juin donc) pour le Mois anglais mais avec la canicule depuis deux semaines, c’était impossible de lire… J’avais prévenu et je vous remercie d’avoir attendu ma note de lecture ! Et, bien que ce ne soit pas un roman, je le signale dans la Rentrée littéraire de janvier 2019.

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Une histoire de tempête de Hubert Mingarelli

Une histoire de tempête de Hubert Mingarelli.

Les éditions du Sonneur, collection Ce que la vie signifie pour moi, septembre 2015, 47 pages, 8 €, ISBN 978-2-916136-89-9.

Genre : nouvelle.

Hubert Mingarelli naît le 14 janvier 1956 en Lorraine ; il vit en montagne en Isère. Il est écrivain (romans, nouvelles) et scénariste ; il a reçu plusieurs prix littéraires. J’ai eu la chance de le rencontrer et de parler avec lui, il faudrait que je retrouve les photos… En tout cas, je vous reparlerai de cet auteur qui écrit depuis la fin des années 80 mais que je n’ai découvert que récemment.

Un écrivain s’est installé dans une maison qu’on lui a prêtée dans une petite ville portuaire et, le soir, il observe les bateaux qui reviennent au port. Mais il est déçu car il n’a encore rien écrit de bien… « Écrire ailleurs que chez moi ne m’avait jamais rien valu. » (p. 10). Il décide alors de partir le lendemain et continue d’observer les bateaux au fur et à mesure que le soleil disparaît. Mais un inconnu vient s’asseoir près de lui en lui annonçant qu’il va se jeter dans l’eau et qu’il veut parler à quelqu’un avant d’agir ! Parler « de l’eau, et de tout ce que j’ai sur le cœur », dit-il (p. 16). L’écrivain fait semblant d’écouter l’homme : « Il a continué à parler. On aurait dit qu’il ne s’arrêterait jamais. » (p. 21) mais, pendant ce temps, il pense aux trois seules pages qu’il a écrites et à l’histoire qu’il veut raconter.

Mon passage préféré : « Une bonne page est un ami sincère. Il marche à côté de vous. Il vous murmure de belles choses. Non, il vous murmure des choses encore plus belles que ça. Je n’avais depuis longtemps besoin de personne d’autre que cet ami-là. Une bonne histoire est un château imprenable. Voilà pourquoi j’écrivais. Je travaillais beaucoup. » (p. 33-34).

La collection Ce que la vie signifie pour moi est le titre d’une nouvelle de Jack London (d’ailleurs éditée dans cette même collection [lien]). Et, qu’est-ce que la vie signifie ? Signifie-t-elle la même chose pour un homme et pour un écrivain ? Ce récit montre bien que non. Et qu’est-ce que la tempête ? Celle qui fait rare dehors ? Ou celle qui fait rage dans la tête de quelqu’un ? Une histoire particulière qui fait réfléchir au sens de la vie et au sens de l’écriture.

Pour La bonne nouvelle du lundi et pour le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « bleu » (le livre est bleu et l’eau, l’océan font bien sûr penser à cette couleur).