La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron

La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron.

Zulma, octobre 2020, 192 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-84304-976-7. A Morte e o Meteoro (2019) est traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec.

Genres : littérature brésilienne, roman, aventure, science-fiction.

Joca Reiners Terron est le pseudonyme de João Carlos Reiners Terron né le 9 février 1968 à Cuiabá (capitale du Mato Grosso au Brésil). Il étudie l’architecture et le dessin industriel. Il vit à São Paulo où il est romancier, poète, éditeur et designer. Depuis 2001, il écrit plusieurs romans, des nouvelles et de la poésie mais La Mort et le Météore est le premier roman traduit en français. Plus d’infos sur son blog pour ceux qui comprennent le portugais !

La forêt amazonienne a intégralement brûlé… Sauver les Kaajapukugi ? Ils sont cinquante hommes, il n’y a plus ni femmes ni enfants… Leur pays, le Brésil, s’en fiche… Le Canada, seul pays à proposer de les accueillir, c’est bien mais le climat n’est pas fait pour cette tribu d’Amazonie… Ils vont finalement aller dans la forêt de Huautla, près de Oaxaca, au Mexique.

Le narrateur, anthropologue, travaille au « bureau de la Commission nationale pour le développement des peuples indigènes » (p. 14) et son supérieur lui ordonne de superviser l’installation des Indiens. Il ne s’agit d’ailleurs plus de développement avec les Kaajapukugi mais de sauvegarde… « C’était la première fois dans l’histoire de la colonisation qu’un peuple amérindien tout entier, les cinquante Kaajapukugi encore en vie, demandait l’asile politique dans un autre pays. » (p. 17) « […] parce que l’environnement qui les avait vu naître, l’Amazonie, était mort, et qu’ils étaient pourchassés avec détermination par l’État et ses agents exterminateurs : les orpailleurs clandestins, les trafiquants de bois, les grands propriétaires terriens et leurs sbires habituels, policiers, militaires et gouvernants. » (p. 18).

Le narrateur (nous ne saurons jamais son nom) va collaborer avec Boaventura, un sertanista (spécialiste) des peuples indigènes et isolés qui travaille pour la Fondation nationale de l’Indien du Brésil (la Funai). Mais les Kaajapukugi ne sont pas arrivés sur le territoire des Mazatèques (au Mexique donc) que Boaventura meurt. Bon, il avait 80 ans mais sa mort est tout de même louche…

Donc les Kaajapukugi débarquent à Oaxaca et c’est au même moment que les Chinois envoient une navette avec un jeune couple en mission sur Mars. Cet événement peut paraître anodin mais les deux événements sont liés. « Le Grand Mal, […], l’homme blanc est le Grand Mal. » (p. 45). On ne peut pas dire que les Chinois soient blancs mais je pense que « l’homme blanc » signifie l’homme occidentalisé, l’homme moderne.

Mais revenons aux Kaajapukugi qui n’étant plus que cinquante hommes, tous âgés de plus de cinquante ans, sont finalement voués à disparaître plus ou moins rapidement… Mais qui sont-ils ? Des « Indiens punks rétifs à toute idée de pouvoir hiérarchisé, cas anarchistes pour qui aucune race n’en surpasse une autre, et pour qui, non, décidément, nul homme n’est le roi de quoi que ce soit. » (p. 50). Nul homme n’est le roi de quoi que ce soit, cette phrase est en exergue du roman et elle me plaît beaucoup. Donc les Kaajapukugi s’installent à Huautla, ils construisent leur maloca (maison collective) et le soir pratiquent le rituel de tinsáanhán (je vous laisse découvrir ce que c’est) et là, c’est le drame…

De plus, en rechargeant son téléphone dans la maison que ses parents lui ont laissée à Oaxaca, le narrateur se rend compte qu’il a reçu une vidéo de deux heures et vingt minutes que Boaventura lui a envoyée avant de mourir. « J’ai reçu des menaces. Bon, des menaces, j’en reçois depuis belle lurette […]. Mais ces dernières menaces sont différentes […]. » (p. 62), « […] je vous ferai part de quelques soupçons et de plusieurs craintes. » (p. 63). Flashback, 1980, Boaventura est un jeune anthropologue et il décide de s’enfoncer en Amazonie pour observer une tribu inconnue. « Je souhaitais observer les gestes dont était fait leur quotidien. Avoir la chance d’être témoin d’une naissance, qui sait, et la triste opportunité d’assister aux rites funéraires d’un peuple au bord de l’extinction. Observer la sagacité du chasseur, le dévouement de l’épouse, comprendre les relations conjugales, sexuelles, la présence de l’animisme. Et déchiffrer leur langue, puis leur mythologie. » (p. 75-76). Mais déranger un peuple isolé volontairement, n’est-ce pas déjà le début de la fin ?

Avec ce roman intense et cette peuplade en déclin, Joca Reiners Terron amène ses lecteurs à réfléchir. « Nous n’étions pas libres, nous étions juste seuls. » (p. 164). Avec la forêt (et donc l’oxygène indispensable) qui brûle ces dernières années, et pas seulement en Amazonie, le temps est compté ! Et, si la colonisation sur Terre est le Grand Mal, qu’en sera-t-il de la colonisation humaine sur Mars alors que la mission chinoise Tiantang I est partie ? Vous comprendrez tout, l’histoire, le titre, en lisant cet incroyable roman (ethnographique, écologique, policier, science-fiction) et en découvrant la fin, terrible. Coup de cœur pour moi et j’espère que d’autres titres de cet auteur seront traduits en français.

Les deux hommes principaux de ce roman, le narrateur et Boaventura sont tous deux anthropologues mais différents, pas seulement à cause de leurs âges, le premier est un fonctionnaire, le deuxième un aventurier. Mais quelque chose les relient, entre autres ils ont tous les deux perdu leurs parents et luttent contre ce deuil et leur souffrance.

Je mets cette excellente lecture dans le Challenge de la planète Mars (vous pouvez penser que la mission chinoise est un petit événement dans ce roman amazonien mais en fait, c’est super important), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour Météore).

Le courtier Delaunay de Georges-Olivier Châtaureynaud

Le courtier Delaunay de Georges-Olivier Châtaureynaud.

In Le jardin dans l’île, Zulma, mars 2010, 176 pages, 14,20 €, ISBN 978-2-84304-301-7.

Genres : littérature française, nouvelle, fantastique.

Georges-Olivier Châteaureynaud naît le 25 septembre 1947 à Paris. Il est romancier, nouvelliste et reçoit plusieurs prix littéraires. Parmi ses titres : La faculté des songes (1982), Singe savant tabassé par deux clowns (2005), Jeune vieillard assis sur une pierre en bois (2013). Plus d’infos sur son site officiel.

Le narrateur est dans son magasin d’antiquités lorsque le client entre. Edmond Thyll, l’antiquaire, n’aime pas la médiocrité et ce client est mal habillé mais il a un regard et une voix… « […] cet homme-là n’était pas quelconque. » (p. 45). Ce client, c’est en fait le courtier Delaunay. « – Ah ! Ainsi, vous existez ? Il eut un sourire amusé. – Il faut croire. » (p. 46).

Le courtier n’a plus de travail depuis que Raymann est mort alors il compte sur cet antiquaire. Et leur collaboration fonctionne ! « Je l’accorde, nous étions chers, Delaunay et moi. Mais nous procurions à nos chalands ce qu’ils nous avaient eux-mêmes dépeint comme des merveilles. Il était naturel qu’ils les paient merveilleusement cher. » (p. 47-48).

Mais l’antiquaire est curieux et Delaunay refuse de parler de ses filières. « Je vais vous dire ! Si je vous révélais où je me fournis, vous ne seriez pas plus avancé… Et maintenant foutez-moi la paix avec ça, ou je vous quitte ! » (p. 48).

Mais un jour, Delaunay apporte au magasin une tabatière, non pas commandée par un client mais dessinée par Thyll ! « À compter de ce jour je ne connus plus de repos. Il avait fallu cet épisode pour que l’évidence m’apparût : tout cela n’était pas naturel. J’aurais dû m’en aviser plus tôt, bien entendu. » (p. 51). Il embauche donc Lambert, un détective privé.

Oh, avec son petit côté fantastique inattendu, qu’elle est bonne, cette nouvelle (de 17 pages) écrite en avril 1988 en Lozère (première publication en 1996 chez Librio avant rééditions chez Zulma en 2004 et 2010). Et qui me donne très envie de relire cet auteur que je découvrais ici ! Avez-vous déjà lu Georges-Olivier Châteaureynaud ? Avez-vous un titre à me conseiller ?

Peut-être la dernière nouvelle pour le Mois des nouvelles (janvier) que je mets aussi dans le challenge Littérature de l’imaginaire #9 et le Projet Ombre 2021.

Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer

Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer.

In Le talisman, Zulma, mars 2012, 192 pages, 18 €, ISBN 978-2-84304-577-6. Nouvelles traduites du malayalam (Inde) par Dominique Vitalyos (Grand Prix de traduction de la ville d’Arles).

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Vaikom Muhammad Basheer naît le 21 janvier 1908 à Thalayolaparambu dans le district du Kottayam (Kerala, sud-ouest de l’Inde). Militant pour l’indépendance de l’Inde, il s’engage à l’âge de 16 ans et devient journaliste mais il vit dans la clandestinité puis il est arrêté. Il commence à écrire des nouvelles puis des romans dont peu sont traduits en français et reçoit la Padma Shri (un ordre honorifique civil) en 1982. Il meurt le 5 juillet 1994 à Beypore (Kerala).

Abdul Aziz est sous le manguier lorsqu’il reçoit une mangue sur la tête. Khan est « un beau chien blanc à grandes taches brunes » (p. 9) qui raffole des mangues et qui est tombé amoureux de la chienne des voisins. « Khan et Malou, c’était une histoire d’amour hindou-musulmane. Malou-aime-Khan-Khan-aime-Malou. » (p. 9). Mais six molosses hindous s’en sont pris à Khan et lui ont mis une dérouillée, le laissant presque sur le carreau. Khan en a gardé une haine de la gente féminine, canine et humaine !

En racontant l’histoire d’un chien mâle dans une famille musulmane et d’une femelle dans une famille hindou, l’auteur met en évidence les relations amoureuses contrariées à cause de l’ordre social et de la religion. Il m’a un peu fait penser à La Fontaine qui donne la parole à des animaux en place des humains.

Mais ce jour-là où la mangue tombe sur la tête d’Abdul Aziz, Khan n’a pas le cœur à la manger et le facteur arrive avec une lettre « de Shankara Ayyer, un vieux camarade de collège » (p. 11). Les deux amis, Abdul Aziz et Shankara Ayyer sont chauves et aspirent « ardemment à se voir repousser, de leur vivant, des cheveux sur le crâne. » (p. 11). Pourtant ils ont beau utiliser tous les produits miracles, « aucun résultat, pas l’ombre d’un duvet. » (p. 11). Puis arrive Sainul Abidin et son jeune assistant, il aurait un talisman pour empêcher Khan de mordre. « Quatre roupies quatre-vingt-quinze paisa. » (p. 15). Et miracle, il a aussi un talisman pour faire pousser les cheveux ! Mais quelle belle arnaque ! « En dépit des talismans, Khan avait mordu des femmes et ses propres cheveux ne repoussaient pas. Pourquoi ? » (p. 22). C’est avec l’humour malicieux d’un vieux sage que Vaikom Muhammad Basheer parle de la crédulité des humains.

Je continue ma découverte des auteurs indiens (ou sri-lankais) grâce à Zulma (bon plan de la part de l’éditeur d’avoir proposé des nouvelles librement pour donner envie aux lecteurs de lire le recueil complet). Ici, je me suis vraiment cru chez Abdul Aziz et son épouse Ummusalma, presque je cueillais une mangue sur l’arbre pour la manger !

Le talisman (Visappu) est une nouvelle de 24 pages parue en Inde en 1954, elle est donc un classique et entre dans le challenge 2021, cette année sera classique ainsi que dans Animaux du monde #3 (pour les chiens Khan et Malou), Les étapes indiennes #2, Mois des nouvelles et Projet Ombre 2021.

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès.

In La Mémoire de riz, Zulma, octobre 2011, 336 pages, 18,80 €, ISBN 978-2-84304-568-4. Parution en poche : J’ai lu, août 2014, 288 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29005-658-5.

Genres : littérature française, nouvelles.

Jean-Marie Blas de Roblès naît en 1954 à Sidi Bel Abbès (alors département d’Algérie française) mais sa famille s’installe dans le Var. Il étudie la philosophie (Sorbonne) et l’histoire (Collège de France) et part enseigner au Brésil puis en Chine. Là où les tigres sont chez eux (2008, Prix Médicis, Prix du jury Jean-Giono et Prix du roman Fnac) n’est pas son premier roman puisque sont d’abord parus L’impudeur des choses (1987) et Rituel des dunes (1989). Il est auteur de romans, nouvelles, poésie, essais et traducteur. Plus d’infos sur son site officiel.

La Mémoire de riz (5 pages). Le narrateur a pu « consulter certains papiers personnels du regretté Landolfo Grimaldi qui fut durant vingt ans (1884-1904) l’irréprochable conservateur de la bibliothèque royale de Turin. » (p. 69). À la fin du XIIIe siècle, Édouard 1er roi d’Angleterre envoie David d’Ashby en Chine. Mais en plus de ses récits de voyage (similaires finalement à ceux de Marco Polo ou d’autres voyageurs), il y a un journal intime. « Délivrée des nécessités de forme et d’effacement que demandait la rédaction de ses souvenirs de voyage, la personnalité de David d’Ashby s’y dévoile ici tout entière. » (p. 71).

Journal de David d’Ashby (15 pages). « Florence, le 17 février de l’an 1320. » (p. 72). David d’Ashby a 35 ans et il est rentré de son voyage depuis plusieurs mois. Il raconter comment son professeur de chinois et ami, maître Shang, lui a légué « la Mémoire de riz » (p. 74). Il se repose à Florence où il rencontre dame Beppa et sa fille Giovanna, et il découvre que les cinq mille grains de riz dans le sac ne sont pas de simples grains de riz. « […] une absolue certitude s’emparait de moi, un sentiment de liberté, de puissance, un éblouissement de l’être qui mettait toute chose, y compris le divin, à sa juste place dans le théâtre du Cosmos. » (p. 81-82). Que va faire David d’Ashby de toute cette sagesse ?

Très envie de relire cet auteur car les deux nouvelles sont excellentes, très bien écrites, ciselées, mots soigneusement choisis, côté mystérieux, envoûtant, presque poétique, j’ai vraiment eu l’impression d’y être et j’ai savouré mon plaisir de lecture. Ce recueil a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore.

In Kabuliwallah et autres histoires, Zulma, février 2016, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-84304-712-1. 22 nouvelles traduites du bengali (Inde) et présentées par Bee Formentelli. Parution en poche : Zulma, mars 2020, 336 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-84304-945-3.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Rabîndranâth Tagore, je reprends ce que j’avais écrit pour Amal et la lettre du Roi suivi de Chitra. De son vrai nom Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, il naît le 6 mai 1861 à Calcutta (Bengale occidental) dans une famille d’aristocrates réformateurs. Il est le fils de Debendranâth Tagore (philosophe) et le petit-fils de Dvârkânâth Tagore (fondateur de Brâhmo Samâj avec son compatriote Rammohan Roy). Il étudie à Calcutta et à Londres : il aime la littérature anglaise et la musique occidentale. Quatorzième enfant de la famille, il voit ses frères et sœurs devenir également poètes, dramaturges, romanciers ou musiciens. Son premier recueil de poèmes écrits en bengali, Chants du soir (Sandhya Sangeet), paraît en 1882. Il se marie (à 23 ans), continue d’écrire (poésie et prose), partage les responsabilités religieuses et sociales de Brâhmo Samâj (avec son père) et voyage beaucoup dans le monde entier. L’œuvre de cet érudit, poète, philosophe, écrivain, dramaturge est traduite en français principalement par André Gide. Il décède le 7 août 1941 après avoir illuminé le monde comme un soleil (signification de son prénom).

Calcutta. Mini a 5 ans et n’arrête pas de parler, dérangeant son père qui écrit son roman. Mais elle s’est prise d’affection pour Rahamat, un kabuliwallah, un colporteur afghan qui lui offre des fruits, l’écoute et plaisante avec elle. « Je ne terminerai pas mon dix-septième chapitre aujourd’hui. » (p. 96). C’est le père de Mina le narrateur, il est écrivain. « Je donne peut-être l’impression d’être condamné à rester enfermé chez moi, mais en réalité, j’aspire en permanence à partir dans le vaste monde. » (p. 99-100).

Mais l’épouse du narrateur, la mère de Mini donc, n’aime pas particulièrement les relations de son mari et de sa fille avec cet étranger. « Il n’y a donc jamais d’enfants qui disparaissent ? Et l’esclavage ? Il n’existe pas en Afghanistan ? Est-ce que par hasard un solide Afghan ne saurait pas kidnapper un petit enfant ? Il me fallut bien avouer que ce n’était pas impossible, mais j’avais beaucoup de mal à le croire. Comme les gens sont influençables ! Voilà ce qui expliquait les craintes persistantes de ma femme. Toutefois, je ne voyais toujours pas pourquoi j’aurais dû interdire à Rahamat, qui n’avait commis aucune faute, l’accès de notre demeure. » (p. 101).

Cependant ce n’est pas Mini qui disparaît, c’est Rahamat…

Une nouvelle parue en 1892 (15 pages) aux saveurs de l’Inde, envoûtante et triste mais délicate et profondément humaine. Elle a été adaptée au cinéma en 1957, en 1961 et en 2006 (un article de la BBC, in English of course).

Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 qui entre également dans les challenges 2021, cette année sera classique et Les étapes indiennes #2.

Le Mouvement F d’Antonythasan Jesuthasan

Le Mouvement F d’Antonythasan Jesuthasan.

In Friday et Friday, Zulma, avril 2018, 144 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-84304-818-0. Les 6 nouvelles de ce recueil sont traduites du tamoul (Sri Lanka) par Faustine Imbert-Vier, Élisabeth Sethupathy et Farhaan Wahab. Le Mouvement F (21 pages) est traduit du tamoul (Sri Lanka) par Faustine Imbert-Vier.

Genres : littérature sri-lankaise, nouvelle.

Antonythasan Jesuthasan – également connu sous le pseudonyme de Shobasakthi – naît en 1967 à Allaippiddi dans le nord du Sri Lanka. Adolescent, il rejoint les Tigres tamouls puis s’enfuit (Hong Kong, Thaïlande) et obtient l’asile politique en France en 1993. Il est auteur (romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre), scénariste et acteur (depuis 2011). Il est l’acteur principal de Dheepan réalisé par Jacques Audiard (Palme d’or à Cannes en 2015).

Au début la nouvelle, l’auteur explique de façon amusante pourquoi il a choisi la lettre F comme nom du Mouvement.

Le narrateur vit en France et il est régulièrement contacté par ses deux sœurs qui vivent avec leur mari à Jaffna et qui réclament de l’argent pour soigner leur vieux père mais Appa n’a jamais été conduit à l’hôpital et reçoit de leur part le minimum de soins… « Mais la semaine dernière, sa sœur aînée lui avait dit au téléphone que cette fois-ci, Appa ne se remettrait pas et qu’il se réveillait en sursaut la nuit pour demander si son fils était revenu. Alors il décida d’aller le voir. Il avait perdu sa mère trois ans à peine après son arrivée en France. La crémation d’Amma s’était faite sans un fils pour allumer le bûcher. Son père avait dit en sanglotant qu’il espérait qu’une telle fin lui serait épargnée. » (p. 13-14).

Alors qu’il est dans l’avion qui le conduit de Francfort (Allemagne) à Colombo (Sri Lanka), son voisin s’avère être Tamoul et engager la conversation. Mais il a l’impression d’avoir déjà vu cet homme « ailleurs, et avec un fusil » (p. 16). Le narrateur passe alors en revue les différents moments de la guérilla tamoule durant lesquels il pense avoir rencontré cet homme avec un fusil. De quel mouvement parmi les 37 qui existaient peut-il bien être ? « Tout se bousculait dans sa cervelle : « Pendant vingt ans, j’ai tout verrouillé et je me suis installé à Paris. J’aurais mieux fait d’y rester. Je suis revenu par amour filial, et au premier pas dans ce pays, je me mets en danger et je tremble de trouille. » Il se tenait dans la cabine, frémissant d’angoisse. » (p. 22). Le narrateur transmet très bien son anxiété au lecteur et l’auteur fait une sacrée pirouette finale !

Le passé ressurgit, peut-être pas toujours, mais un jour probablement, et il est angoissant surtout lorsqu’on a vécu la guerre (la minorité tamoule contre les militaires cinghalais), qu’on a été profondément touché (voire abîmé) et qu’on a tout fait pour oublier ces moments d’horreur. J’ai très envie, après cette nouvelle lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 de lire d’autres titres d’Antonythasan Jesuthasan. Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

Musher de Marcus Malte

Musher de Marcus Malte.

In Intérieur nord, Zulma, octobre 2008, 144 pages, 15,30 €, ISBN 978-2-84304-458-8. Nouvelle lue dans l’édition poche, Zulma, février 2020, 144 pages, 8,95 €, ISBN 978-2-84304-934-7.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marcus Malte naît (Marc Martiniani) le 30 décembre 1967 à La Seyne sur Mer dans le Var. Il étudie le cinéma et joue du jazz (piano). Il est auteur depuis 1996 (romans en particulier romans policiers, nouvelles, littérature jeunesse). Plus d’infos sur son site officiel.

Auteur repéré depuis longtemps mais encore jamais lu, j’ai profité de l’occasion pour lire cette nouvelle en libre accès grâce à Zulma.

Ah oui, je réagis en lisant le début avec la neige et les chiens que musher, c’est l’humain qui dirige le traîneau (j’ai appris ça en lisant Sauvage de Jamey Bradbury, comme quoi on apprend des choses même dans un livre qu’on n’a pas apprécié).

Mais revenons à la nouvelle (43 pages). Mars. Jacques n’arrive pas à s’occuper des chiens, ni de lui d’ailleurs, il pense à autre chose. « C’est idiot. Elle ne reviendra pas. Jamais. Je le sais. Elle me l’a dit. Elle n’est pas du genre à parler en l’air. Faut bien que je me rentre ça dans le crâne. Tu ne reviendras pas. » (p. 15).

Anthony Cole est venu à la montagne avec Lauren les deux premières semaines de janvier. Des Anglais, des clients pas comme les autres. Jacques qui vit seul depuis toujours a comme été hypnotisé par Lauren. « Maintenant j’ai l’impression d’avoir laissé passer ma chance, si on peut appeler ça une chance. C’était elle ou personne. Je suis sûr de ça. Alors ce sera personne. » (p. 26).

C’est bizarre la façon dont l’auteur passe du « elle » au « tu » (vous voyez ça dans le premier extrait ci-dessus), ça m’a dérangée au début… Mais, au fur et à mesure de la lecture, le lecteur sent qu’il s’est passé quelque chose, c’est fugace au début, puis de plus en plus lancinant, en un mot cette histoire est très bien menée, bravo à l’auteur que je relirai c’est sûr.

Une lecture parfaite pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 que je mets aussi dans Animaux du monde pour les chiens de traîneau (très importants tout du long).

On s’y fera de Zoyâ Pirzâd

On s’y fera de Zoyâ Pirzâd.

Broché : Zulma, août 2007, 336 pages, 19,80 €, ISBN 978-2-84304-422-9. Poche : Zulma, juin 2019, 320 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-84304-858-6.

Proposée librement à la lecture par l’éditeur (le 2 novembre 2020), cette nouvelle de 24 pages est extraite du recueil éponyme (Adat mikonim, 2007) et traduite du persan (Iran) par Christophe Balaÿ.

Genres : littérature iranienne, nouvelle.

Zoyâ Pirzâd (en persan : زویا پیرزاد) naît en 1952 à Abadan au Khouzistan (province du sud-ouest de l’Iran). Son père est Iranien d’origine russe et sa mère est Arménienne. Son premier roman paraît en 2001 ; il lui permet de recevoir le prix Houshang Golshiri du meilleur roman ; elle est romancière et nouvelliste (3 romans et 2 recueils de nouvelles parus chez Zulma depuis 2007).

Au volant de sa R5, Arezou Sarem est une femme libérée. « D’une main elle tenait une serviette noire dont les deux sangles étaient prêtes à rompre, de l’autre un échéancier en cuir et un téléphone portable. » (p. 7). Elle travaille à l’Agence immobilière Sarem & fils. L’agence fonctionne bien mais Arezou s’énerve au sujet de Monsieur Zardjou : « Où veut-il que je trouve dans ce chaos un appartement haut de plafond, et qui plus est dans un immeuble en briques, lumineux, spacieux, avec de grandes chambres, un salon donnant sur la montagne, comme ceci, pas comme cela ? Mais où croit-il que nous vivons ? Dans les Alpes ? » (p. 14). « Elle se mit à l’imiter : « Je n’aime pas ces appartements post-modernes. Mon genre, c’est la simplicité, l’absence de prétention, le caractère… » Elle tira une bouffée. — Le caractère ! Tu parles ! » (p. 18). Elle a des problèmes avec Ayeh, sa fille étudiante qui veut rejoindre son père.

Arezou Sarem est femme (une quarantaine d’années), mère, divorcée d’après ce que j’ai compris, elle travaille, elle est même patronne et emploie des hommes et des femmes, elle conduit et semble totalement libre. Quotidien et humour sont les maîtres mots de Zoyâ Pirzâd dont j’avais déjà entendu parler et j’ai bien envie de lire les autres nouvelles de ce recueil pour découvrir ce qui arrive à Arezou, et d’autres de titres de Zoyâ Pirzâd parce qu’elle ouvre la littérature persane aux lecteurs du monde et je suis une lectrice curieuse !

Cette nouvelle est parfaite pour La bonne nouvelle du lundi et le Challenge du confinement (pour la case nouvelle).

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U.

Zulma, septembre 2006, 300 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-84304-372-7. Sikmuldeuleu Sasaenghwai (식물들의 사생활) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-U naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il reçoit de nombreux prix littéraires en Corée du Sud. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013), Le regard de midi (Decrescenzo, 2014), La baignoire (Serge Safran 2016) et Le chant de la terre (Decrescenzo, 2017).

Depuis que son frère aîné est revenu de la guerre amputé des deux jambes, le narrateur est retourné aussi vivre chez leurs parents. « Ma mère passait ses journées dehors. Mon père ne disait jamais rien ; sa seule occupation était d’arroser les plantes et les fleurs dont le jardin débordait. » (p. 23).

J’aime la littérature coréenne, j’aime les éditions Zulma, j’aurais voulu aimer ce roman ! Mais je n’ai pas accroché… Et comme ce fut déjà le cas avec La baignoire, j’ai laissé tomber… Peut-être plus tard… Je le mets quand même dans le challenge Raconte-moi l’Asie #3.