Chat-Bouboule de Nathalie Jomard

Chat-Bouboule : chroniques d’un prédateur de salon de Nathalie Jomard.

J’ai lu, collection Des bulles et des images, juin 2018, 96 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-290-16557-7.

Genre : bande dessinée.

Nathalie Jomard naît au XXe siècle. Elle étudie la communication et les Beaux-Arts à Lyon. Elle est illustratrice. Du même auteur dans la même collection chez J’ai lu : Le petit grumeau illustré : chroniques d’une apprentie maman (juin 2018, 192 pages). Chat-Bouboule était précédemment publié chez Michel Lafon (2015). En plus de Chat-Bouboule (3 tomes), ses œuvres principales sont Le Petit Grumeau illustré (3 tomes) et les illustrations de Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus (2 tomes) et du Père Noël est une ordure. Plus d’infos sur son blog, http://grumeautique.blogspot.com/.

À Grumeauland (en fait « République bananière et autoproclamée de Grumeauland »), il y a une famille : une mère, un père, les grumeaux (une fille et un fils) et un gros chat noir, Bouboule, qui bien sûr fait des bêtises. Ah, et il y a Octave aussi, un bonsaï « très vieux, très rare et extrêmement précieux », enfin… il y avait !

J’ai acheté ce livre vendredi dernier pour l’envoyer à une blogueuse. Le titre, le thème, l’humour et le genre BD poche (facile à envoyer donc) m’ont plu ; je me suis dit que ça pouvait être une jolie surprise. Bien sûr je l’ai lu avant de faire partir le paquet lundi parce que je ne veux pas envoyer un livre qui ne serait pas bien. 😉

En fait, j’avais déjà repéré Chat-Bouboule dans sa précédente édition (carrée) mais je ne l’avais pas lu, simplement feuilleté. Plein de gags sur une ou deux pages, parfois quatre. Les dessins sont agréables avec juste ce qu’il faut de détails et de couleurs. Bouboule est mignon malgré son embonpoint et marrant, un bon gros chat d’appartement. Même si les gags ne révolutionnent pas le monde des chats (tous ceux qui vivent avec un – ou plusieurs – chat(s) auront vécu bon nombre de ces historiettes), j’ai bien ri. Mon gag préféré est « Le principe d’ArchiBouboule : tout corps gras lancé en l’air s’écrase par terre » (je n’ai pas trouvé l’illustration sur internet alors je vous ai mis le bonsaï, ci-dessus).

C’est léger, malicieux, amusant. Si vous êtes déprimés (on ne sait jamais, retour de vacances, pas de vacances…), c’est une petite lecture idéale dans laquelle vous pourrez piocher un éclat de rire de temps en temps.

Pour La BD de la semaine (eh oui, moi qui suis irrégulière durant l’année, je publie pendant la période estivale…), le Challenge de l’été, Petit Bac 2018 (catégorie Animal, encore avec chat !) et Un max de BD en 2018. Je ne sais pas si le Challenge BD revient pour 2018-2019, si oui je rajouterai le lien plus tard.

Publicités

Sovok de Cédric Ferrand

Sovok de Cédric Ferrand.

Les Moutons électriques, collection La bibliothèque voltaïque, février 2015, 224 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-36183-194-3.

Genres : science-fiction, uchronie.

Cédric Ferrand naît en 1976 dans l’Ain, il me semble. En tout cas, après le lycée à Belley (dans l’Ain donc), il part étudier à Chambéry. Il découvre le jeu de rôle, il écrit des scénarios (de jeux de rôle : Sovok est aussi un jeu de rôle, de bandes dessinées), des nouvelles et des romans. Apparemment il vit à Montréal depuis plus de dix ans. Plus d’infos sur son blog.

Hiver 2036, Moscou est une ville délabrée qui a raté le coche de la technologie occidentale. Des quartiers entiers restent sans électricité et eau chaude, et les pauvres sont toujours plus démunis. Méhoudar Chaoulovitch Chemtov, « séfarade par [son] père, ashkénaze par [sa] mère, et donc birobidjanais de naissance » (p. 14) est devenu Russe grâce à son engagement dans l’armée. Fraîchement arrivé à Moscou, il va travailler pour Blijni, un service d’ambulances volantes. Il est pris en charge par l’équipe de nuit composée de Vinkenti (Vinky) Oganov, conducteur de la Jigouli sans âge, et Manya Garmonov, urgentiste en fait docteur en médecine vétérinaire. Mais Blijni est en perte de vitesse car Last Chance, une grosse entreprise européenne suréquipée et informatisée, vient de s’installer en Russie. De toute façon, avec l’une ou l’autre des deux entreprises, il faut quand même pouvoir payer !

En 200 pages environ et cinq jours de travail, du mardi au vendredi, Cédric Ferrand expose tout ce qu’il a à dire ! Le lecteur ne sait pas pourquoi la Russie est tellement en retard sur les autres pays et pourquoi tout est détérioré, la politique, la vie sociale, la vie religieuse, les services sociaux dont l’hôpital et les services de santé qui ne sont plus gratuits comme au temps du communisme, les entreprises… Il a dû se passer quelque chose entre la chute du communisme à la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle qui a changé la Mère Patrie et le peuple russe. Sovok est tout de même une uchronie, une histoire différente de la Russie, peut-être entre 2000 et 2037. Beaucoup de nostalgiques de l’époque soviétique, une période durant laquelle, comme chacun le sait, tout le monde avait tout ce dont il avait besoin et tout le monde était heureux, mais oui ! Vous ne me croyez pas : « […] la Russie a connu ses plus belles heures lorsque tous aspiraient collectivement à des lendemains qui chantent. C’est quand l’individualisme a fragilisé ces rêves d’avenir que le futur du pays s’est fait incertain puis calamiteux. » (Vinkenti, p. 62-63). Ceci n’est pas un révisionnisme inconsidéré de l’auteur, beaucoup de Russes pensent ça : ce sont les Sovok. « De mon temps, on manquait tous des mêmes choses. Le paysan comme l’ouvrier devaient apprendre sans huile de cuisine ou sans scie égoïne. Alors qu’aujourd’hui, y en a des qui manquent plus que d’autres, et les choses qui manquent sont toutes dépareillées. C’est pas normal, moi je dis. […] Le communisme, c’est pas déshabiller Piotr pour habiller Pavel, pas du tout. Parce qu’au final, Pavel a chaud et Piotr a froid, ça marche pas mieux qu’avant. Le truc pour que ça fonctionne, c’est de juste déshabiller Piotr pour qu’il ait aussi froid que Pavel. Là, t’es vraiment égalitaire. » (Yakov, p. 87). Ah, quelle belle invention, la société égalitaire ! Surtout à la sauce soviétique…

Alors, vous lirez plutôt Pravda (Vérité) ou Lezhat’ (Mensonge) ?

D’ailleurs, de l’utilité des livres et de la lecture en Union Soviétique : « Le quartier est célèbre : c’est dans ce coin de Moscou qu’une bibliothèque municipale a pour la première fois ouvert ses portes, en plein hiver, pour que les riverains puissent venir prendre une brassée de livres par personne afin de les brûler à la maison. Ça faisait des mois que le personnel n’était plus payé, plus personne ne pouvait emprunter de livres, alors le directeur (qui avait dû prendre un travail dans le privé pour subsister) s’était dit que les volumes seraient mieux employés dans un poêle. Une décision qui lui avait valu une incarcération. Les gens étaient venus le soutenir au tribunal, d’autres bibliothécaires avaient fait comme lui dans des quartiers voisins, mais il avait été condamné. » (p. 151).

Et s’il n’y avait que ça… Je l’ai dit, des quartiers sont dans le noir, mais « […] le ministère peut se permettre de gaspiller toute l’électricité que vous économisez. » (p. 188).

PS : j’en ai déduit que le roman se déroule durant l’hiver 2036 car page 214, on entend un slogan politique : « Plus de Dieu en 2037 ! » et ensuite, six mois plus tard, ce sont les élections, au printemps 2037.

Malgré deux ou trois petites erreurs, par exemple page 78, Yakov s’appelle tout à coup Takov (en haut), j’ai très envie de lire le roman précédent de Cédric Ferrand : Wastburg, paru lui aussi aux Moutons électriques en août 2011 mais qui lui se déroule dans une fantasy médiévale.

Une bonne lecture pour le Challenge de l’été, le Challenge Chaud Cacao, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique) et S4F3 #4.

Rupture de Maryline Desbiolles

Rupture de Maryline Desbiolles.

Flammarion, Hors collection, janvier 2018, 120 pages, 15 €, ISBN 978-2-0814-1420-4.

Genre : roman.

Marilyne Desbiolles naît le 21 mai 1959 à Ugine en Savoie. Elle est poète, romancière et vit dans l’arrière-pays niçois.

Une « nuit de désastre », l’eau a tout recouvert puis il y a eu une panne d’électricité et des centaines de morts. « Alors il fit vraiment noir et la nuit ressembla à la nuit. » (première phrase, p. 7).

François, une petite vingtaine d’années, avait quitté la vallée de la Maurienne, en Savoie, pour la vallée du Reyran, dans le sud, et il avait aimé les pêchers. Sa ville, Ugine, était noire et froide, et il n’aimait pas l’usine dans laquelle il travaillait, alors il avait trouvé une chaleur dans ces arbres déjà en fleurs. François et René étaient venus pour la construction du barrage de Malpasset près de Fréjus. « Pas loin de deux cent ouvriers en tout. Il est prévu que le chantier dure trente mois. » (p. 28). Avec ses premiers revenus, François s’achète un appareil photos, un Kodak Retina qu’il a vu dans la vitrine d’un magasin de Fréjus. « François se sent […] si confus, tout lui paraît indéchiffrable. C’est peut-être pour cela, le désir d’un appareil photo. Tenter d’extraire d’un monde flou des images bien nettes, les assembler comme un puzzle. » (p. 36). La première photo est un cliché de René, mais François veut photographier les paysages, les arbres, la mer. Un soir, en rentrant, le jeune homme rencontre Louise Cassagne, la fille du plus gros producteur de pêchers de la région. Ils ne sont pas du même milieu mais ils se revoient. « On nous a pas demandé notre avis. Construire un barrage à Malpasset, au Mau Passer, mauvais passage, mauvais pas, tu entends ? Faut vraiment être bouché. Pas seulement un lieu mal choisi, mais un méchant lieu. Le Mauvais, tu connais ? Je veux pas te faire peur, j’ai bien plus peur que toi. Le barrage, il est construit à l’endroit du diable. » (le père de Louise, p. 54).

Marilyne Desbiolles donne une réelle dimension historique à ce roman – à la fois intimiste et tragique – avec des « excursions » sur la guerre d’Indochine et sur la guerre d’Algérie. Et bien sûr avec la construction de ce barrage et le drame en décembre 1959. François et René auront deux destins différents mais le récit est bien ancré dans les années 50 et début 60 ; j’y ai trouvé de la tendresse pour les personnages, en particulier pour François, et une douce et délicieuse nostalgie. François ne connaissait pas grand-chose à la vie et Rupture est aussi un roman d’apprentissage et de toutes ces ruptures qui font une vie, de celles qui font souffrir, de celles qui laissent sur le carreau, mais dont on se relève finalement plus fort et prêt à vivre heureux.

Je découvre Marilyne Desbiolles avec ce roman qui m’a beaucoup plu (et qui a une belle couverture, juteuse, voluptueuse) et je veux lire des titres précédents : on m’a conseillé La seiche (Seuil, 1998) et Le bleu du ciel n’est pas toujours rose (Des Cendres, 2016).

Une très belle lecture que je mets dans le Challenge de l’été 2018, Défi 52 semaines 2018 (le thème de la semaine 32 est « portrait » et ce roman est un beau portrait de deux hommes, d’une femme, d’une région, d’une époque), Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique) et Rentrée littéraire janvier 2018.

La famille Yassine et Lucy dans les cieux de Daniella Carmi

La famille Yassine et Lucy dans les cieux de Daniella Carmi.

L’antilope, avril 2017, 192 pages, 17 €, ISBN 979-10-95360-21-6. Mishpahat Yasin Ve-Lusi Ba Shamayim (2009) est traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche.

Genre : littérature israélienne.

Daniella Carmi naît le 12 octobre 1956 à Tel Aviv (Israël) ; ses parents sont des Juifs polonais francophones. Elle étudie la philosophie et la communication à l’Université de Jérusalem. Elle commence à écrire des livres pour la jeunesse dans les années ‘80 pour lesquels elle reçoit plusieurs prix littéraires.

Nadia et Salim Yassine (un couple arabe israélien) ne peuvent pas avoir d’enfant. Ils décident d’adopter un bébé. Ils répondent à toutes les questions, remplissent des tas de formulaires mais il ne se passe rien pendant 3 ans… Et un beau matin : « Cet enfant, là, prenez-le, ramenez-le chez vous, mais vous lui servez uniquement de famille d’accueil. Sinon, on annule la procédure. » (p. 10). Petit (gros ?) problème : Nadia est chrétienne, Salim est musulman et l’enfant, Nathanaël, n’est pas du tout un bébé mais enfant autiste de 8 ans né dans une famille juive ultra-orthodoxe, vous imaginez le tableau ! Nathanaël n’écoute rien, ne mange pas, court partout sans dire un mot, et Salim, avocat qui a dû fermé son cabinet faute de clients, s’est refermé sur lui-même. « Voilà que chez moi, maintenant, j’ai un garçon sourd et, en plus, un mari muet. » (p. 13).

Comme vous le voyez, la narratrice est Nadia ; c’est une femme à la fois naïve et à la fois sensée ; elle travaille dans un service social et arrive mieux à résoudre les problèmes des autres (Marina et Roman, un couple russe exilé en Israël) que les siens. Quant à Nathanaël, il ne réagira qu’avec certaines chansons : un sous-marin jaune, Lucy dans les cieux (avec des diamants), des champs de fraises, vous aurez reconnu quelques titres des Beatles !

C’est drôle, très drôle, vraiment (loufoque nous dit l’éditeur) ; ce roman est une petite pépite et je dis bravo aux éditions L’antilope pour la qualité de leur catalogue ! Évidemment, le récit ne peut pas être amusant tout le temps, il va y avoir un drame. « Dans la boîte aux lettres, nous avons trouvé une nouvelle lettre, avec cette mise en garde imprimée : ‘L’autre partie continuera à envoyer des observateurs pour vérifier que l’enfant n’est pas élevé dans l’esprit de la religion. Seule une éducation libre convient à Nathanaël.’ » (p. 117).

La famille Yassine et Lucy dans les cieux est un super roman contemporain sur la difficulté de vivre ensemble, quand on n’est pas du même village, quand on n’a pas la même religion, quand on est différent. Non seulement il fait réfléchir mais il apporte des solutions ; et tout en racontant un drame, c’est drôle, c’est tendre, c’est osé !

Lu pour la Semaine à lire de juillet, je mets ce roman dans le Challenge de l’été, Petit Bac 2018 (catégorie Prénom pour Lucy) et Raconte-moi l’Asie #3 (Israël).

Ann Radcliffe contre les vampires (Ville-Vampire) de Paul Féval

Ann Radcliffe contre les vampires (Ville-Vampire) de Paul Féval.

Les Moutons électriques, collection Les saisons de l’étrange (saison 1), juin 2018, 144 pages, 13 €, ISBN 978-2-36183-465-4.

Genres : fantastique, épouvante, classique.

Paul Féval naît le 29 septembre 1816 à Rennes. Son père, originaire de Troyes, est magistrat (conseiller à la cour royale de Rennes) et sa mère, Bretonne, est la petite-fille de Henri François Potier de La Germondaye (magistrat, consultant en Droit, auteur d’ouvrages juridiques). Enfant à l’imagination féconde et aux idées monarchistes, il s’enflamme pour les récits des Chouans lorsqu’il est à la campagne chez son oncle. Il étudie le Droit, devient avocat puis travaille dans une banque avant de se consacrer à la littérature : alors que ses premiers textes sont refusés par les éditeurs, il devient un des grands écrivains et feuilletonistes français, à l’égal de Honoré de Balzac, Alexandre Dumas ou Jules Verne. Parmi les œuvres les plus connues : Les mystères de Londres (1843), Le loup blanc (1843, adapté en feuilleton télévisé en 1977), Le bossu (1857, plusieurs fois adapté au cinéma depuis 1925), La vampire (1865, soit 32 ans avant Dracula de Bram Stoker), La ville-vampire (1875 soit encore 22 ans avant Dracula de Bram Stoker), etc. Il existe un Prix Paul Féval de littérature populaire créé en 1984 par la Société des gens de lettres.

1873. Alors que Paul Féval, célèbre écrivain et feuilletoniste français s’inquiète des plagiats des auteurs anglais sur la littérature française, Lady B., amie de Charles Dickens, invite l’écrivain dans le comté de Stafford pour rédiger un épisode inédit de la vie d’Ann Radcliffe. C’est une Anglaise qui raconte, Jebb, surnommée madame 97 à cause de son âge. « Depuis que le monde est monde, on ne vit jamais un si doux naturel que celui d’Anna. Et une gaîté ! Partout où elle entrait, il y avait dans l’air des sourires. » (p. 11). Anna doit épouser William Radcliffe en Angleterre tandis que sa cousine Cornelia de Witt (Corny) et leur ami d’enfance Edouard S. Barton (Ned) doivent se marier le même jour mais en Hollande. La nuit avant les mariages, Anna apprend par une lettre effrayante de Ned que Cornelia a été enlevée par son tuteur, le comte Tiberio, qui en a après son héritage. Le matin de son mariage, Anna prend la route avec le factotum irlandais, Grey-Jack, qui la conduit contre son gré mais la jeune femme est bien décidée à sauver Corny et Ned ! « Il n’y a pas d’obstacle qui puisse me barrer le chemin du devoir. » (p. 34).

Paul Féval n’est pas chauvin : « Il y a dans l’Anglais une suprématie. Sa présence commande le respect et impose la convenance. » (en parlant de Ned, p. 62). « Ô Cornelia ! ma fiancée ! Est-ce toi que je vois, ou n’est-ce que ton spectre bien-aimé ? » (p. 120).

Voulez-vous prendre la route avec Anna ? Angleterre, Hollande, Allemagne, Autriche, Hongrie, Serbie, Bosnie. Et combattre les premiers vampires (*) de la littérature ? Des êtres mi-démons mi-fantômes qui se ressourcent dans une cité appelée Ville-Vampire. C’est incroyable comme dans la description architecturale de la cité (ici en 1874-1875, parution en feuilleton puis en roman), j’ai reconnu les descriptions des cités imaginaires de H.P. Lovecraft qui ne naîtra que 15 ans plus tard !

(*) Pas exactement les tout premiers puisque Paul Féval avait déjà écrit Le chevalier Ténèbres en 1856 et La vampire en 1860 mais parmi les premiers vampires de la littérature.

Une petite question : était-il bien utile de rebaptiser La Ville-Vampire en Ann Radcliffe contre les vampires ? (sûrement pour attirer les lecteurs adolescents).

Dans une instructive postface de 7 pages, Adrien Party – spécialiste des vampires (rédacteur du site Vampirisme.com) – analyse l’œuvre de Paul Féval et la replace dans l’histoire de la littérature de vampires (après Vampire de Polidori en 1819, Lord Ruthwen ou les vampires de Cyprien Bérard en 1820 avec leurs adaptations au théâtre y compris celles d’Alexandre Dumas en 1851, etc.). On le voit donc, Paul Féval reste parmi les pionniers du genre avec une intensité dramatique et un humour décalé (n’oublions pas que c’est une construction littéraire en miroir puisque c’est une dame anglaise quasi centenaire qui raconte cet épisode de la vie d’Ann Radcliffe – qu’elle a bien connue – à Paul Féval). Bien sûr, ce récit peut paraître un peu vieillot (il est paru il y a 143 ans) mais j’ai passé un bon moment de lecture et je vous le conseille si vous êtes d’un naturel curieux car au XIXe siècle, les littératures d’aventure et de fantastique étaient à l’honneur. Et puis je n’avais pas lu Paul Féval depuis des décennies !

Ann Radcliffe naît Anna Ward le 9 juillet 1764 à Holborn (Londres) dans une famille anglicane de petits commerçants (ses parents tiennent une mercerie-chemiserie). Elle épouse William Radcliffe en 1788 : il est diplômé d’Oxford, étudie le Droit mais se consacre à la littérature (et devient éditeur du journal The English Chronicle ; il encourage son épouse à faire de même et elle devient une des précurseurs de la littérature gothique.

1789 : The Castles of Athlin and Dunbayne (traduit par François Soulès : Les châteaux d’Athlin et de Dunbayne, Testu, 1797) ; 1790 : A Sicilian Romance (traduit par Mme Moylin-Fleury : Julia ou les souterrains du château de Mazzini, Forget, Paris 1797) ; 1791 : The Romance of the Forest (traduit par François Soulès : La forêt ou l’abbaye de Saint-Clair, Lecointe et Pougin, Paris, 1800 ; réédition poche : Les mystères de la forêt, revu par Pierre Arnaud, Gallimard, Folio classique n° 5328, 2011) ; 1794 : The Mysteries of Udolpho traduit par Victorine de Chastenay : Les Mystères d’Udolphe, Paris, 1797) ; 1795 : A Journey Made in the Summer of 1794 (traduit par Cantwell : Voyage en Hollande, 1799) ; 1797 : The Italian, or the Confessional of the Black Penitents (traduit par A. Torelet : L’Italien ou le Confessionnal des pénitents noirs, Paris, 1797) ; 1802 : Gaston de Blondeville, publié posthume en 1826 (traduit par Defauconpret : Gaston de Blondeville, Paris, 1826). Elle influence des auteurs britanniques (Jane Austen, Walter Scott, Mary Wollstonecraft), français (Honoré de Balzac, Paul Féval) et russes (Fiodor Dostoïevski, Ivan Tourgueniev).

Une lecture pour les challenges British Mysteries #3 (bien que l’auteur soit français), Cette année, je (re)lis des classiques (1875), Challenge de l’épouvante, Challenge de l’été 2018, Challenge Chaud Cacao (la session 2 est consacrée aux auteurs francophones), Jeunesse Young Adult #7 (avec le nouveau titre…), Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.

Inactivité paranormale de Jonathan Carcone

Inactivité paranormale de Jonathan Carcone.

ActuSF, mars 2017, 12 pages, ISBN 978-2-36629-418-7.

Genres : nouvelle, science-fiction.

Jonathan Carcone est blogueur et auteur. D’autres nouvelles (contes, fantastique, suspense, etc.) sur Short édition et sur son blog, L’Ogre littéraire.

Le Conseil des Sages

Composé de « Tyrodiens, Gravelosiens, Babousses, Gastérophrygiens, Rrrrrrraaaagggottttiiss, Sortiniens… » (p. 5) et d’une Humaine. « Un Conseil désespérément sage. » (p. 4). Mais de plus en plus, on entend : « L’Empire Galactique Vous Ment ! » (p. 5). L’ordre du jour du Conseil des Sages est donc : « L’Empire Galactique ment-il ? » (p. 6). Après discussions, le Conseil convient qu’aucune décision n’étant prise, aucun membre ne ment alors pourquoi le peuple croit-il le contraire ? « Ils n’en ont pas marre de se plaindre, ceux-là ? Oh Grand Yagagato, si vous l’autorisez, je peux demander aux gens de ma planète de venir faire le ménage dans l’Empire. Si nous réduisons la population de, disons, quelques milliards, ils seront plus faciles à contrôler… » (Veveveveveve, p. 7).

Une petite faute : « L’allégresse se rependait comme une traînée de poudre » (p. 9), euh… c’est plutôt « se répandait » si j’ai bien compris !

Cette nouvelle – à la fois humoristique et dramatique – a reçu le Prix Barjavel 2016 aux Intergalactiques de Lyon.

Pour La bonne nouvelle du lundi, cette nouvelle est plutôt une bonne nouvelle pour Meduso mais une mauvaise nouvelle pour tous les habitants de l’Empire Galactique ! Lisez, vous comprendrez !

Pour Littérature de l’imaginaire aussi.

Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr

Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr.

Albin Michel, collection Les grandes traductions, août 2017, 320 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-226-39630-3. Cox oder der Lauf der Zeit (2016) est traduit de l’allemand par Bernard Kreiss.

Genres : littérature autrichienne, roman historique.

Christoph Ransmayr naît le 20 mars 1954 à Wels près de Linz en Autriche. Dans les années 70, il étudie la philosophie et l’ethnologie à Vienne puis travaille comme journaliste culturel avant de se consacrer, dans les années 80, à l’écriture (romans et essais pour lesquels il reçoit des prix littéraires).

Chine du XVIIIe siècle. L’empereur Qianlong est passionné par les horloges et les mécanismes qui mesurent le temps et sa course effrénée. Il attend « l’arrivée imminente d’un voilier anglais chargé d’horloges et d’automates précieux » (p. 11). « Alistair Cox, horloger et constructeur d’automates en provenance de Londres, maître de plus de neuf cents micro-mécaniciens, bijoutiers-joailliers, orfèvres et ciseleurs, se tenait au bastingage du trois-mâts Sirius et frissonnait malgré le soleil matinal radieux qui surplombait déjà les collines de Hangzhou et dissipait les derniers brouillards encore présents sur l’eau noire. » (p. 17). Il y a deux ans, lorsque Abigaïl, sa fille chérie, est morte de la coqueluche, Cox a accepté l’invitation de l’empereur-dieu, « être le premier homme du monde occidental à prendre ses quartiers dans une ville interdite et à créer, pour le très haut et passionné amateur et collectionneur d’horloges et d’automates, des œuvres conformes aux plans et aux rêves du Très-Haut. » (p. 20). Cox arrive avec son ami et plus proche collaborateur, Jacob Merlin, et deux assistants exceptionnels, un horloger orfèvre, Aram Lockwood, et un micro-mécanicien, Balder Bradshaw. Mais l’empereur ne veut plus de jouets alors le Sirius continue avec sa cargaison jusqu’à Yokohama et Qianlong demande aux artisans anglais des horloges qui mesurent le temps et la course du temps de façon différente selon la période de la vie car le temps ne passe pas de la même façon pour un enfant que pour un adulte, ou pour des amants que pour un condamné. « Shi jian, dit la voix derrière le paravent. Le temps, traduisit Kiang, le temps, la course du temps, le temps mesurable : Shi jian. » (p. 84). Bien sûr les artisans anglais ne parlent pas chinois, ils ont un traducteur attitré, Joseph Kiang.

Une chose me tracasse : Alistair Cox a 42 ans et, page 38, il est écrit que son épouse, Faye, est « trente ans plus jeune que lui » or leur fille, Abigaïl, est morte vers l’âge de 4 ans il y a un peu plus de 2 ans : il y a sûrement une erreur, peut-être de traduction. D’autant plus qu’on apprend que Faye a épousé Cox lorsqu’elle avait 17 ans (page 44). Si quelqu’un a une explication…

En dehors de cette petite erreur (qui n’est qu’un détail), ce roman est magistral !

L’auteur offre au lecteur un séjour extraordinaire dans la Cité impériale, dite Cité interdite, et si les artisans anglais jouissent d’une très grande liberté et de matériaux en quantité illimitée, ils doivent respecter scrupuleusement de nombreuses règles. Le lecteur en profite pour faire une excursion à la grande Muraille de Chine et une villégiature estivale à Jehol, en Mongolie intérieure. « Les chambres à coucher et les pièces de séjour étaient peintes en bleu, deux pièces de thé en rouge foncé, les ateliers et un bain de vapeur fonctionnant à l’énergie en blanc : les couleurs de l’air, des nuages, du feu et de l’eau constituaient une bénédiction qui ne pouvait que favoriser le travail qui devait être accompli ici. » (p. 208-209).

« Une horloge pour l’éternité. L’horloge des horloges. Perpetuum mobile. «  (p. 229).

Le sobriquet Clox (p. 257) a-t-il donné le mot anglais clock ?

L’auteur s’est inspiré de James Cox, horloger et constructeur d’automates (exposés dans le monde y compris en Chine) mais qui n’a jamais été en Chine ! Et de son collaborateur, Joseph Merlin. Ils ont été les constructeurs de la Perpetual Motion atmosphérique (barométrique). Tout le reste est fiction mais l’auteur a une connaissance sidérale de la Chine et des mécanismes de l’horlogerie !

Ce qui m’a attirée dans ce roman ? La couverture, la Chine et le thème : j’aime les romans fictionnalisant le temps et les mécanismes d’horlogerie (même si je n’y connais… rien !).

Une lecture germanique (littérature autrichienne en langue allemande) pour le Défi littéraire de Madame lit mais je lirai dans le mois de la littérature allemande. Aussi pour le Challenge de l’été 2018, Petit Bac 2018 (catégorie Passage du temps), Raconte-moi l’Asie #3 (l’action se déroule en Chine) et Voisins Voisines 2018 (Autriche).