La dispute de Marivaux

La dispute de Marivaux.

Folio Plus Classiques, n° 181, décembre 2009, 144 pages, 5,70 €, ISBN 978-2-07039-662-7.

Genres : littérature française, théâtre, XVIIIe siècle.

Marivaux, de son vrai nom Pierre Carlet de Chamblain de, naît le 4 février 1688 à Paris, dans une famille noble originaire de Normandie. Il est journaliste, romancier (La voiture embourbée, Le bilboquet, La vie de Marianne et Le paysan parvenu, entre autres) et philosophe mais il est plus connu en tant que dramaturge : il écrit des pièces pour le Théâtre italien de Paris et pour la Comédie française. Il est possible de lire ses œuvres sur WikiSource. De son pseudonyme sont nés les mots « marivauder » et « marivaudage ».

Cette pièce est « représentée pour la première fois par les comédiens français ordinaires du roi, le lundi 19 octobre 1744 » (p. 5) ; Marivaux a 56 ans.

Après une dispute (« discussion, débat plus ou moins âpre et violent », p. 9), un homme fait construire en forêt une maison entourée de hauts murs pour faire une expérience : quatre bébés y sont placés, deux garçons et deux filles, et sont élevés par un couple, une femme Carise et un homme Mesrou, mais ils grandissent sans jamais se voir. Dix-huit ans plus tard vient le moment de découvrir le résultat de cette expérience : après leurs rencontres, qui commettra le premier – ou la première – l’inconstance et l’infidélité, un homme ou une femme ?

Le Prince, fils de l’homme qui a monté cette expérience, emmène sa bien-aimée Hermiane qui soutient que la femme n’est ni inconstante ni infidèle au contraire de l’homme. Depuis le sommet des remparts, sans se faire voir, ils observent comme si c’était un spectacle.

Le lecteur fait d’abord la connaissance d’Églé, une belle jeune femme, qui rencontre Azor, un beau jeune homme : après un moment de surprise, ils se plaisent mais doivent se séparer quelque temps. Arrive alors Adine qui se trouve bien plus belle qu’Églé et qui vante les charmes de son Mesrin qu’Églé ne connaît pas mais qu’elle va rencontrer bientôt.

Églé parlant d’Azor à Carise : « il veut que ma beauté soit pour lui tout seul, et moi je prétends qu’elle soit pour tout le monde. » (p. 35).

La pièce est plutôt comique surtout quand Azor et Mesrin sautent tous les deux tant ils sont contents mais quel sera le résultat de cette expérience sur l’élan amoureux, sur l’amour et sur sa constance ?

En complément de cette curieuse comédie en prose (1 acte avec 20 scènes), deux dossiers en fin de volume.

Le premier intitulé Du tableau au texte d’Alain Jaubert sur la Jeune femme au tricorne (vers 1755-1760), œuvre intrigante du Vénitien Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770) qui illustre la couverture du livre. Il est possible d’analyser ce tableau mais, sur la jeune femme qui pose, on ne sait rien !

Le deuxième intitulé Le texte en perspective de Sylvie Dervaux-Bourdon comporte six chapitres. 1- Mouvement littéraire : Marivaux face aux Lumières naissantes. 2- Genre et registre : une pièce plurielle. 3- L’écrivain à sa table de travail : l’écriture, une quête incessante. 4- Groupement de textes : figures d’ingénus au théâtre, XVIIe-XVIIIe siècles. 5- Chronologie : Marivaux et son temps. 6- Éléments pour une fiche de lecture.

Ces dossiers sont enrichissants non seulement pour les professeurs et les étudiants mais aussi pour tous les lecteurs curieux de théâtre et du XVIIIe siècle ! Après le rationalisme de Descartes (1596-1650), les Lumières se veulent plus philosophiques, plus « éclairés », plus tolérants et plus ouverts.

Comme j’ai terminé cette lecture de la Semaine à 1000 pages hier soir à 23 heures (soit une heure avant la fin du marathon), j’ai rédigé dans la foulée cette note de lecture que je mets dans Cette année, je (re)lis des classiques #3 et aussi dans Lire en thème de février puisque l’auteur est Français.

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve.

Gaïa, collection Polar, août 2005, 192 pages, 15 €, ISBN 978-2-84720-064-9. Le chien tchétchène est reparu en Babel noir en novembre 2006.

Genres : littérature française, roman policier.

Michel Maisonneuve naît en 1953 à Marseille ; il vit en Provence ; il exerce divers métiers avant de devenir journaliste et écrivain. Du même auteur : Le périple d’Arios (2004), Le privé ou je tourne tous les jours y compris le dimanche (2006), Un génie de banlieue (2008) et L’histrion du Diable (2015).

Après les romans policiers félins de Sophie Chabanel, La griffe du chat (2018) et Le blues du chat (2019) qui se déroulent dans le nord de la France, à Lille, j’ai lu un roman policier canin (qu’on m’a conseillé) qui se déroule dans le sud de la France, à Marseille.

Marseille donc. Une vieille dame a été assassinée. « Il n’étaient que trois à l’enterrement de la mémé. Dachi El Ahmed, Nestor Patipoulos, ébéniste retraité, et le chien. » (p. 9). Le chien, c’est un Beagle « au pelage ras et chamarré, noir, blanc et feu. » (p. 9), il s’appelle Hassan. À la sortie du cimetière, Hassan grogne contre deux hommes qui observent dans une BM grise. « Lui, il sait, lâcha Patipoulos en hochant la tête. – Quoi donc ? – Il sait pourquoi ils ont tué mémé. » (p. 10). La mémé, c’était Liliana Oumaraq ; personne ne savait d’où elle venait mais elle avait recueilli le Beagle chapardeur après que l’épicier ait mis sa tête à prix ! Quant à Dachi, il est considéré comme un sage dans la cité : il modère, il enquête, il enseigne l’histoire des mathématiques à l’université et il récite les vers d’Omar Khayyâm et de Georges Brassens ; il est cool mais, lorsqu’il apprend que le vieux Patipoulos a été agressé chez lui (et hospitalisé par sa fille, Léda… une bombe !), il recueille Hassan et décide d’enquêter. Les deux hommes dans la BM, ce sont des Russes, Igor et Vassiliev, pas des tendres : ils doivent récupérer Hassan mais ils ne savent pas que c’est un chien et leur riche voiture a déjà été repérée dans la cité par la bande de Hocine.

Ma phrase préférée. « Deux Russes sur le dos, un Apache qui avait pris la clé des champs, un Tchétchène agacé, une rousse exigeante et un petit Beagle à retrouver, ça faisait beaucoup pour un ermite. » (p. 104).

Voilà, le décor est planté, les personnages aussi (même s’il y en a quelques autres qui apparaissent) et vous allez lire un polar déjanté, une enquête sans police, et passer un bon moment avec Hassan ! Je ne vous en révèle pas plus pour que vous découvriez ce roman policier atypique et drôle (même burlesque à un moment). Je ne vous dis pas que c’est un chef-d’œuvre mais j’espère que, comme moi, vous passerez un moment agréable.

Une lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et thriller 2019-2020 que je mets aussi dans Lire en thème (décidément beaucoup d’auteurs français en ce mois de février !) et dans le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Animal avec chien).

Le jeudi, c’est musée/expo #21

Du 28 janvier au 15 février, exposition Tangram d’après le livre de Sylvain Lamy et Alice Brière-Haquet à la médiathèque La Passerelle. J’ai lu le livre et j’ai vu l’expo ; par contre, je n’ai pas rencontré Sylvain Lamy car je ne travaillais pas le jour de sa venue, tant pis !

Tangram de Sylvain Lamy et Alice Brière-Haquet.

3œil, avril 2017, 32 pages, 12 €, ISBN 978-2-95577-701-5.

Genres : littérature française, album illustré.

Tang rame, il est sur une barque. Il se perd… et craque ! Que va-t-on bien pouvoir faire avec toutes ces pièces ?

Sylvain Lamy, né le 28 août 1983, est auteur, illustrateur, graphiste et typographe. Il a travaillé pour Cambourakis et Le Nouvel Attila.

Alice Brière-Haquet, née le 10 février 1979, est autrice et traductrice. Elle a, à son actif, plus de 50 albums illustrés ! Parmi eux, j’ai lu Le peintre des drapeaux (2012), Zébulon et la pluie (2016) et Le ballon de Zébulon (2017) entre autres (j’en ai parlé ici). Plus d’infos sur son blog, http://le-wonderblog.blogspot.com/.

Ci-dessous, quelques photos de l’expo :

Luminary, 1 – Canicule de Brunschwig et Perger

Luminary, 1 – Canicule de Luc Brunschwig et Stéphane Perger.

Glénat, Hors Collection, mai 2019, 144 pages, ISBN 978-2-344-02554-3.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Luc Brunschwig est scénariste. Il naît le 3 septembre 1967 à Belfort mais vit à Obernai (Alsace) puis à Tours (Touraine). J’ai déjà lu Le pouvoir des innocents (années 90) mais d’autres titres sont parus. LA BD Luminary est sélectionnée à Angoulême 2019.

Stéphane Perger est dessinateur et coloriste. Il naît le 10 novembre 1975 à Saint Étienne où il étudie, puis à Nevers puis à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Il remporte l’Alph Art Jeune Talent à Angoulême en 1999. Il publie dans la revue Jade et Sir Arthur Benton paraît chez 6 pieds sous terre en 2005. Plus d’infos sur son blog, http://pergerbd.blogspot.com/.

Pittsboro, dans le sud des États-Unis, juillet 1977. « Aujourd’hui, ce sera l’jour le plus chaud d’ces trente dernières années… P’t-être même le plus chaud du siècle… C’est ce qu’y z’ont dit ce matin à la radio. » (p. 7). Au Rivera Circus, les animaux ont chaud et se tiennent tranquilles mais Manasa, la tigresse est en train de mettre bas avec deux semaines d’avance : « Elle sent qu’son bébé peut plus respirer, placé comme il est. Et qu’il bloque les autres. » (p. 8). Ici, c’est Billy Swan le narrateur, un garçon noir, nouvellement arrivé au cirque et qui n’hésite pas à entrer dans la cage pour aider Manasa et ses petits à naître. Posséderait-il un don ?

Au même moment, à New York. « Le pic de chaleur a été atteint à 13 heures 09 précises… C’est le record absolu enregistré à Manhattan depuis qu’on y relève des températures, soit 43,6 degrés Celsius sous abri, avec des pointes à 50 degrés en plein soleil… » (p. 10). Mais une énorme explosion détruit (brûle) tout le quartier, immeubles, pierres, métal et habitants. Deux survivants, Darby McKinley, un être mal-formé depuis la naissance, et monsieur Henkel, le marchand de glaces, fuient avant l’arrivée des soldats. Le gouvernement est mécontent : il y a eu un dysfonctionnement dans le projet shamash (p. 29) et il fait accuser par voie de presse les terroristes de la Black Liberation Army.

En fin de volume, un carnet de 11 pages avec interviews des auteurs, dessins, croquis et postface. J’apprends que Luminary est un hommage à Photonik créé en 1980 par Ciro Tota (je ne connais pas même si, en regardant les couvertures sur Internet, j’ai l’impression d’en avoir déjà vu à la presse dans les années 80) : « Un jeune adulte bossu qui se transforme en homme-lumière. Un adolescent qui parle aux animaux. Un vieux professeur venu d’Allemagne… » (postface, p. 142). Luminary ressemble à un comics et il se déroule aux States mais les auteurs et l’éditeur sont bien Français, un comics à la française donc !

Avec Billy Swan, ce sont les thèmes du racisme et de la haine qui sont abordés ; les relations avec les animaux aussi. Avec Darby McKinley et Henkel, se sont aussi les thèmes du racisme (membres de la Black Liberation Army accusés à tort) mais surtout de la technologie (mal utilisée, militaire, guerre), des catastrophes qui en découlent et des mensonges du gouvernement. Dans les deux cas, il s’agit de social et de politique et le fantastique (Billy a sûrement un pouvoir spécial) et la science-fiction (du côté de McKinley et de Henkel) sont parfaits pour « dénoncer » les méfaits des uns et des autres, incluant les politiciens et les militaires. J’attends avec impatience la suite pour savoir si les deux histoires sont liées.

Cette bande dessinée a un côté lumineux, et pas seulement à cause de la transformation de McKinley ! Les couleurs principales, jaune et orange, donnent une parfaite profondeur pour une ambiance (caniculaire !) qui happe le lecteur (bravo à Stéphane Perger !).

J’ai appris un mot : hypercyphotique (p. 19), un terme médical pour la cyphose thoracique, ici aggravée avec hyper ; c’est en fait une bosse dans le haut du dos (sous les cervicales mais au-dessus des lombaires).

Une très chouette lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges BD, Lire en thème (en février, auteur français) et Littérature de l’imaginaire #8.

Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Avalanche Hôtel de Niko Tackian.

Calmann Lévy, collection Noir, janvier 2019, 270 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-70216-329-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Niko Tackian naît le 5 avril 1973 à Paris. Il étudie le Droit et l’histoire de l’art. Avant d’être romancier en polars/thrillers, il est journaliste, scénariste, réalisateur et auteur de bandes dessinées. Du même auteur chez Calmann Lévy : Toxique (2017), Fantazmë (2018) et Celle qui pleurait sous l’eau (2020). Avalanche Hôtel a reçu le Prix de la Ligue Imaginaire Cultura et le Prix Thrillers à Gujans-Mestras

6 janvier 1980. Joshua Auberson se réveille après avoir fait une chute. Il est nu dans une salle de bain de l’Avalanche Hôtel où il est agent de sécurité. Mais il ne se rappelle plus réellement ni de sa vie ni de Catherine Alexander qui a disparu le lendemain de ses 18 ans alors qu’une voix lui parle dans sa tête lui disant qu’elle est là depuis toujours. En tout cas, l’inspecteur Sylvain Lieber le soupçonne. « Sa blessure au front lui avait permis de quitter la salle et de gagner du temps. Mais elle l’avait aussi rendu suspect aux yeux de ce flic et ça commençait à l’inquiéter. Il fallait absolument qu’il réussisse à retrouver la mémoire pour se disculper de tout soupçon et recoller les morceaux de son identité. » (p. 21). Lorsqu’il rencontre Clovis, celui-ci lui dit que c’est lui qui travaille ici depuis 15 ans et il l’emmène à l’extérieur, sur une piste de bobsleigh, car « Il y a des choses qui doivent être faites à des moments précis. Tu comprends ? À DES MOMENTS PRÉCIS. » (p. 30).

3 janvier 2018. Joshua se réveille frigorifié dans une chambre d’hôpital. « Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise » (p. 46). À son chevet, Sybille, sa collègue et amie. Chute sur plus d’un demi kilomètre, coups sur la tête, hypothermie, quelques légères lésions dans la zone de l’hippocampe… Tous pensent que Joshua a rêvé durant son coma car l’Avalanche Hôtel (ou plutôt le Bellevue Grand Palace) est fermé depuis des années et… il est en ruines !

L’enquête en cours concerne une jeune femme brune trouvée par des randonneurs et surnommée l’inconnue de Naye mais elle avait une photo en noir et blanc de Catherine Alexander, disparue 38 ans auparavant. Joshua est perdu… « ‘Le réel est parfois trompeur…’ Les mots de Clovis résonnaient à ses oreilles comme un avertissement sinistre. » (p. 90).

Avalanche Hôtel (belle couverture) est un polar noir aux allures de thriller, angoissant, à la limite du fantastique (l’auteur reconnaît le clin d’œil à Stephen King et à l’adaptation cinématographique de Shining). Les personnages sont bien pensés, le style est vif, la montagne est belle mais attention elle peut être dangereuse surtout en hiver. Ça ne m’a pas dérangée que le roman oscille entre polar et thriller, et je lirai certainement les autres titres de Niko Tackian (que je découvrais ici) avec les enquêtes de Tomar Khan. Le fait que ce roman traite du cerveau, de la mémoire, des souvenirs, de la généalogie cellulaire m’a beaucoup accrochée. L’auteur n’amène pas ses lecteurs à l’autre bout du monde (comme dans les thrillers en général) mais dans les montagnes enneigées des Alpes suisses et… dans les tréfonds de la mémoire !

« Je crois beaucoup à la mémoire des lieux, vous savez, avait-il dit pour ponctuer le récit de Joshua. Moi qui habite ici depuis des années, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses… – Quel genre de choses ? – Des bruits de pas, des portes qui claquent… des lumières, même, et parfois de la musique. C’est comme si… comme si la mémoire du palace refusait de se vider totalement. » (conversation avec Robert, le gardien, p. 172).

« La vérité avait un prix. » (p. 215). « Oui, la vérité avait un prix mais Joshua était prêt à le payer. » (p. 2016).

Idéal pour Lire en thème (en février, un auteur français) et pour le Mois du polar inclus dans le challenge Polar et thriller 2019-2020 mais aussi pour Littérature de l’imaginaire #8 pour le côté fantastique.

L’homme qui avait soif d’Hubert Mingarelli

Mon hommage à Hubert Mingarelli (1956-2020).

L’homme qui avait soif d’Hubert Mingarelli.

Stock, collection La Bleue, janvier 2014, 155 pages, 16 €, ISBN 978-2-234-07486-6).

Genre : littérature française.

Hubert Mingarelli… Je vous remets ce que j’avais écrit en janvier 2018. « Hubert Mingarelli naît le 14 janvier 1956 en Lorraine ; il vit en montagne en Isère. Il est écrivain (romans, nouvelles) et scénariste ; il a reçu plusieurs prix littéraires. J’ai eu la chance de le rencontrer et de parler avec lui, il faudrait que je retrouve les photos… En tout cas, je vous reparlerai de cet auteur qui écrit depuis la fin des années 80 mais que je n’ai découvert que récemment. » Il est mort le 26 janvier 2020 😥 C’était un homme timide, réservé, mais passionnant lorsqu’il parlait de son métier d’écrivain et de ses œuvres.

Une belle brochette d’auteurs ! De gauche à droite : Antoine Choplin, Philippe Fusaro et Hubert Mingaralli à la librairie L’oiseau siffleur à Valence

Automne 1946. Le jeune Hisao Kikuchi vient d’être démobilisé après avoir passé sa convalescence chez madame Taïmaki. Il est dans le train pour Aomori afin d’épouser Shigeko Katagiri avec qui il a eu une correspondance. Mais durant la bataille de Peleliu, dans la montagne, il a attrapé une maladie : il ne supporte plus la soif. Ainsi, il descend du train pendant une pause pour boire mais le train repart sans lui. « Le train s’en allait lentement et sans remède avec la valise et le cadeau pour Shigeko, l’œuf en jade roulé dans le papier rouge et protégé par son caleçon de laine. » (p. 8-9). Il court alors sur la voie dans l’espoir que le train s’arrête encore ou que quelqu’un (ce soldat étranger ?) dépose sa valise à la prochaine gare.

Durant son périple, Hisao va se rappeler de la guerre, des ténèbres et de la soif, de son ami Takeshi qui chantait si bien mais qui « pour toujours y serait » (p. 21), de ce soldat américain qui lui a donné à boire en riant et qu’il aimerait revoir, de madame Taïmaki qui l’a si bien accueilli et a supporté ses nuits agitées, de Shigeko qu’il imagine jolie et aimante. Et puis cette question qui le taraude : « où vont les âmes ? » (p. 25 et 30).

« Maudite soit ma soif. Maudit soit tout ce qui m’empêche de vivre. Maudites soit Peleliu et ma vie. J’ai couru, j’ai marché dans la merde. J’ai espéré, à quoi ça sert ? » (p. 44).

Pourtant ce roman n’est pas pessimiste. Bien sûr, il est cruel et Hisao va rencontrer des personnes avenantes et d’autres moins agréables. Le Japon est meurtri, il est occupé par les Américains. Mais, au-delà de la soif toujours présente et de la honte qu’elle occasionne à Hisao, sa quête pour retrouver sa valise et découvrir enfin l’amour auprès de Shigeko représentent un espoir et une force inégalables, le tout écrit avec une belle subtilité.

Le petit moins (rien de grave, une faute de grammaire)

« Puis après, malgré lui, malgré qu’il ne voulut pas y penser […] » (p. 95). Aïe, que ça fait mal aux oreilles !

Le petit plus

J’ai rencontré Hubert Mingarelli le 28 janvier 2015 à la librairie L’oiseau siffleur : il était invité avec Antoine Choplin pour leur livre en duo, L’incendie (photo ci-dessus). Je l’ai revu quelques mois après à la Fête du livre de Bron et il s’est souvenu de moi ! Contrairement à Antoine Choplin, je n’avais jamais lu Hubert Mingarelli avant (apparemment une lacune…) et j’ai beaucoup aimé L’incendie et Une histoire de tempête et L’homme qui avait soif.

Une belle lecture que je mets dans Lire en thème (en février, un auteur français).

Le bal des folles de Victoria Mas

Le bal des folles de Victoria Mas.

Albin Michel, août 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-210-9.

Genres : littérature française, premier roman.

Victoria Mas naît en 1987 à Chesnay (Yvelines). Lorsqu’on voit son visage, on devine tout de suite qu’elle est la fille de Jeanne Mas (célèbre chanteuse des années 80). Elle a travaillé dans le cinéma avant de se lancer dans l’écriture.

Mars 1885. À La Salpêtrière, Charcot utilise l’hypnose sur Louise, 16 ans, pour recréer les crises d’hystérie et en étudier les symptômes avec ses élèves. « C’est grâce à des patientes comme Louise que la médecine et la science peuvent avancer. » (p. 12). Dans cet hôpital parisien, spécial, il y a des femmes entre 13 et 65 ans, des « aliénées », des « folles », des « hystériques » mais qu’est-ce qui les a vraiment conduites là ? En dehors de la police ou d’un père voire d’un frère. Geneviève Gleizes est infirmière depuis 20 ans, ce travail est sa raison de vivre depuis la mort de sa jeune sœur.

De son côté, Eugénie, fille de notaire, bonne à marier, découvre le Livre des Esprits d’Allan Kardec et comprend les pouvoirs qu’elle garde secrets depuis l’enfance. « Il lui semble que jusqu’ici elle regardait dans la mauvaise direction, et que désormais, on la fait regarder ailleurs, précisément là où elle aurait toujours dû regarder. » (p. 57). Mais ces choses n’ont pas leur place dans la maison Cléry et son père la fait interner à La Salpêtrière au moment où approche le « bal des folles ». « Chaque année, c’est la même effervescence. Le bal de la mi-carême – le « bal des folles » pour la bourgeoisie parisienne – est l’événement du mois de mars – l’événement de l’année, d’ailleurs. » (p. 78).

Que dire de plus sur ce roman qui a déjà été largement partagé sur les blogs et les réseaux sociaux ? Il a été récompensé : Prix Stanislas du premier roman, Prix Patrimoines BPE, Prix Première Plume et Prix Renaudot des lycéens. Il est de plus parmi les 30 livres à lire en 2019 selon Le Point.

Je vais être franche, je l’ai lu sans déplaisir, je l’ai apprécié à sa juste valeur : c’est un premier roman simple (je n’ai pas dit simplet ou simpliste !), bien écrit, qui raconte la situation de certaines femmes au XIXe siècle mais je n’ai rien appris que je ne savais déjà… Toutefois j’ai bien aimé le personnage d’Eugénie et surtout celui de Geneviève ; elles sont un peu les deux femmes « fortes » (et pas folles !) qui ont des opinions (ce qui était rare puisque personne ne demandait jamais son avis à une femme), qui pensent par elles-mêmes et qui peut-être chacune à leur façon pourront faire bouger les mentalités.

Une lecture pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (lu avant la fin du challenge), Lire en thème (auteur français) et Petit Bac 2020 (catégorie Mot au pluriel avec « folles »).

La vidéo est intéressante à écouter d’autant plus qu’il n’y a pas d’intempestifs « euh… » !