Orient de José Carlos Llop

Orient de José Carlos Llop.

Chambon (Actes Sud), janvier 2022, 224 pages, 21,80 €, ISBN 978-2-330-16123-1. Oriente (2019) est traduit de l’espagnol par Edmond Raillard.

Genres : littérature espagnole, roman.

José Carlos Llop naît en 1956 à Palma de Majorque, une île des Baléares (Espagne). Il gère la bibliothèque Lluís Alemany (patrimoine de Majorque). Il est auteur (romans, poésie, essais, théâtre, nouvelles…) et traducteur. Vous pouvez lire une interview sur le site de Do, l’un de ses éditeurs en français.

« Lorsqu’on est expulsé de soi-même tout en vivant dans un pays inventé – et la passion amoureuse est un pays inventé par le désir –, l’expulsion est double. D’une part, on doit abandonner son propre monde, celui qu’on a construit et par lequel on a été construit. D’autre part, la boussole qui permettait de s’aventurer en terra incognita se dérègle. Pour combien de temps, on ne sait, mais l’avarie perdure dans le nouvel état : l’aiguille aimantée cesse de reconnaître le nord, et le sud disparaît ; et la passion s’affaiblit en perdant sa nature secrète. L’infection du quotidien. » (p. 15).

Pourquoi le narrateur est-il si pessimiste ? « Ma femme m’a mis à la porte. La phrase est vulgaire, mais le fait ne l’est pas. […] Il n’y a pas eu de cris, ni de scène […]. » (p. 16). Il vit « à présent dans un ancien couvent de moines bénédictins transformé en hôtel. » (p. 17). Il n’y a qu’un autre pensionnaire en plus de lui, Cyril Hugues Mauberley, un bibliophile anglais qui fait des recherches sur l’actrice Natacha Rambova et le peintre Federico Beltrán Masses (Majorque). Et puis il a une relation avec Miriam, une de ses étudiantes, et il se lance à corps perdu dans ses recherches sur Sophie Ravoux (juive) et Ernst Jünger (nazi).

Mais il vient d’enterrer sa mère et il découvre dans « une boîte à chaussures qui porte [son] nom […] des lettres que Sara Gorydz a envoyées à [sa] mère il y a vingt ans. » (p. 20). Des lettres mais aussi d’autres documents, des photos et des agendas annotés. Sara Gorydz, juive polonaise, a vécu en Italie avec son mari, l’écrivain Paolo Zava, et elle a travaillé pour le journal Il Gazzettino et pour le musée de Herculanum. Rosa (la mère du narrateur) et Sara ont passé des années ensemble après la Deuxième guerre mondiale.

Le narrateur passe alors en revue ses souvenirs, sa mère (Rosa), son père (Hugo, journaliste), ses grands-parents maternels partis en Guinée (sa mère y est d’ailleurs née), sa femme (Ana), ses recherches sur Ovide, et finalement la quête de l’amour. « Tout cela […], je l’ai écrit pour ne pas parler de moi-même et, ne le faisant pas, le faire quand même. S’écrire à travers les autres […]. » (p. 39). Mais dans une lettre écrite par sa mère, inachevée, il découvre un secret, un secret du temps où ses parents vivaient entre Orient et Occident, « deux façons différentes d’aimer. » (p. 43).

Professeur universitaire, le narrateur se réfère souvent à Ovide, « poète cultivé, ironique et raffiné, vivant au milieu des barbares, loin de Rome et de ceux qui l’avaient applaudi »(p. 18) et à son œuvre. Il y a aussi pas mal de références cinématographiques, avec le réalisateur espagnol Bunuel mais pas que, et des références musicales (p. 115, p. 160). Et il y a plus encore, « Je voulais être écrivain et j’avais un roman, l’histoire de ma famille. […] La volonté d’être écrivain, ou de se croire écrivain, engendre autant de monstres que le sommeil de la raison goyesque. » (p. 73). « Je voulais être écrivain et j’étais convaincu que l’histoire de ma famille serait un grand roman. » (p. 75).

Un roman sensuel qui parle d’amour, de désir, de passion, d’excitation, de sexualité, de désordre amoureux ou d’harmonie, de « la prodigieuse complexité de l’amour » (p. 88), un roman riche (histoire, littérature, cinéma, peinture, musique…), peut-être trop riche… J’ai moins aimé les pages 151 à 198, j’ai trouvé que ça tournait un peu en rond, mais les dernières pages sont très bien. Je lirai d’autres titres de José Carlos Llop (si vous en avez un à me conseiller !).

Mon passage préféré. « Dans l’imaginaire de toute vie se cache toujours la fuite, la disparition, l’invention d’une autre vie différente. Toujours. Et la consolation se trouve dans le cinéma, dans les chansons, dans les romans… Mais ce n’est qu’une consolation et nous le savons. » (p. 117).

Pour Challenge lecture 2022 (catégorie 33, un livre qui parle d’un secret de famille), Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Orient), Le tour du monde en 80 livres (Espagne), Voisins Voisines 2022 (Espagne) et bien sûr le Mois espagnol.

Factomule d’Øyvind Torseter

Factomule – Grand thriller politique international d’Øyvind Torseter.

La joie de lire, janvier 2021, 136 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-88908-528-6. Mulegutten (2018) est traduit du norvégien par Aude Pasquier.

Genres : bande dessinée norvégienne, thriller.

Øyvind Torseter naît le 2 octobre 1972 à Oslo (Norvège). Il étudie l’illustration au Merkantilt Institutt (1991–1992) et au Skolen for Grafisk Design (1992–1994) à Oslo puis au Kent Institute of Art & Design en Angleterre (1995–1998). Il est auteur et illustrateur (pour les adultes et pour la jeunesse). Plusieurs de ses titres sont parus en français chez La joie de lire, Cambourakis, Didier Jeunesse ou au Rouergue et il a reçu de nombreux prix littéraires en Europe. Factomule était dans la sélection pour le Fauve Polar SNCF Angoulême 2022.

Le narrateur est factotum du Président. Le Président est un homme très occupé et personne n’a l’autorisation de porter sa valise.

Le factotum s’occupe de presque tout… réparer la chaise de bureau du Président, recoller sa semelle de chaussure, réparer les canalisations dans le palais et la télévision… « Le travail de factotum était exigeant. » (p. 15).

Jusqu’au jour où « une puissance étrangère menace le pays ! » (p. 19) car son dirigeant veut « la valise de première importance du Président » (p. 20). Le Président qui a une entière confiance en son factotum lui montre alors le contenu de la valise et lui dit qu’il pourrait la porter si nécessaire. Mais le palais n’a pas seulement des fuites d’eau, il a aussi des oreilles indiscrètes et le factotum se fait tout voler (son portefeuille, ses clés, son appartement, son travail) par un homme qui lui ressemble, ne serait-ce le sourire carnassier. La police ne fait rien contre le sosie malhonnête et le factotum doit se débrouiller seul… Enfin, pas vraiment seul, « Par pur désespoir, j’ai décidé de demander de l’aide à un professionnel. » (p. 45). Le professionnel, c’est mademoiselle Cadmium, nouvellement installée comme détective.

Les deux vont enquêter sur l’escroc qui s’est installé dans l’appartement – et dans la vie – du gentil factotum, le surveiller, le prendre en filature, mais comment vont-ils faire pour le prendre en flagrant délit et récupérer la valise du Président ?

Factomule, c’est parce que le factotum s’appelle Tête de Mule (4e de couverture) ! Je connaissais un peu Torseter puisque j’avais lu Pourquoi les chiens ont la truffe humide de Kenneth Steven et Øyvind Torseter en 2020 mais je ne connaissais pas Tête de Mule, son personnage récurrent, dont le premier opus paraît en 2011.

C’est vraiment bien, il y a une ambiance (comme dit l’éditeur, c’est fantasque et ça m’a beaucoup plu). Les images sont pratiquement toutes pleine page (ce qui est surprenant pour une bande dessinée) et il y a très peu de cases, ça donne un sentiment de largeur, d’ampleur, et surtout l’humour grinçant m’a bien plu.

Après avoir lu cette super bande dessinée, j’ai découvert qu’elle était le 3e tome de la série Tête de mule qui contient Tête de mule (2016), Mulysse – Tête de mule prend la mer (2018), Factomule – Grand thriller politique international (2021) et Mulosaurus (2021) donc je veux absolument lire les trois autres tomes.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2022, Jeunesse young adult #11, Polar et thriller 2021-2022, Tour du monde en 80 livres (Norvège), Un genre par mois (en mai, c’est jeunesse) et bien sûr Challenge nordique.

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique d’Ondjaki

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique d’Ondjaki.

Métailié, janvier 2021, 192 pages, 17,60 €, ISBN 979-10-226-1096-4. AvóDezanove e o segredo do Soviético (2008) est traduit du portugais (Angola) par Danielle Schramm.

Genres : littérature angolaise, roman.

Ondjaki de son vrai nom Ndalu de Almeida, naît le 5 juillet 1977 à Luanda (Angola). Il étudie la sociologie à Lisbonne (Portugal), a un doctorat en Études africaines, rédige sa thèse sur José Luandino Vieira (auteur, poète, traducteur et conteur angolais né en 1935) et devient auteur. Il est poète (son premier livre est un recueil de poésie, Actu Sanguíneu, en 2000) et romancier (son deuxième livre est une autobiographie de son enfance, Bonjour camarades (Bom dia camaradas) en 2001). Il part ensuite étudier à l’université Columbia de New York et réalise (avec Kiluanje Liberdade) un film documentaire, Oxalá cresçam pitangas – Histórias da Luanda (Pourvu que les pitangas grandissent – Histoires de Luanda) en 2007. Il est aussi auteur pour la jeunesse, nouvelliste et dramaturge. Il reçoit de nombreux prix littéraires et ses livres sont traduits dans une douzaine de pays (principalement en Europe mais aussi en Amérique du Sud et en Chine).

J’avais repéré ce roman à sa parution et, comme pas mal de livres, je l’avais oublié mais Rachel m’a (re)donné envie de le lire. Je n’ai pas lu le premier roman traduit d’Ondjaki, Les transparents (2015), mais je me le note pour plus tard.

Les enfants sont « à PraiaDoBispo, la plage de l’Évêque » (p. 11) lorsque survient l’explosion, une explosion tout en « belles couleurs que [leurs] yeux voyaient pour ne plus jamais les oublier. » (p. 11), une explosion « tout près de la maison de GrandMèreAgnette, plus connue […] comme GrandMèreDixNeuf. » (p. 12). Une explosion qui a aussi lieu à côté de la station essence… et à l’entrée du « gigantesque chantier du Mausolée, un endroit que l’on construisait pour conserver le corps du camarade président AgostinhoNeto, qui était depuis quelques années bien embaumé par des Soviétiques fortiches dans l’art de maintenir un défunt agréable à contempler. » (p. 13).

Vous comprenez que ce roman qui se déroule dans les années 80 va être à la fois historique et humoristique. Jugez vous-mêmes : « – GrandMèreGnette, pouvoir ouvrir, c’est moi, Bilhardov. Pleuvoir beaucoup dehors. – Dix ans qu’il est là et il n’a toujours pas appris le portugais d’Angola. Ces Soviétiques sont la honte du socialisme linguistique, a dit GrandMèreCatarina. » (p. 28).

Le narrateur est un des enfants qui vivent chez GrandMèreDixNeuf et sa sœur, la mystérieuse GrandMèreCatarina. Elle n’est pas toujours tendre, GrandMèreDixNeuf, c’est peut-être à cause de la vie qu’elle a vécu et de la guerre. Mais tout ce petit monde vit en bonne entente dans ce quartier de Luanda proche de l’océan, les vieilles, les enfants, les deux perroquets qui disent des gros mots mais jamais « avant onze heures » (p. 79), le CamaradeVendeurD’Essence qui s’occupe de la station qui n’a plus d’essence depuis longtemps, le fou ÉcumeDeMer qui va se baigner là où c’est interdit, les Soviétiques…

Peut-être ce qui a fait que l’auteur est devenu écrivain. « Tu es un amour. Et quand tu seras grand – elle s’est penchée pour me parler, ma regardé tranquillement dans les yeux –, quand tu seras grand, il faudra que tu te souviennes de toutes ces histoires. Tu les garderas en toi. Tu me promets ? » (GrandMèreDixNeuf, p. 87).

Au début, j’ai eu un peu de mal avec les noms et heureusement que les mots et phrases en portugais et en espagnol (il y a des Cubains) sont traduits (beaucoup de jeux de mots). Chaque personnage est différent et les relations entre eux sont importantes pour le déroulé de l’histoire. Les enfants – et les oiseaux – ont autant d’importance que les vieilles dames ou les autres voisins. J’ai bien aimé le docteur RaphaelTocToc (presque tout le monde a un surnom). Je dirais que l’histoire est un peu loufoque (il y a par exemple un crocodile dans une niche) mais je pense qu’en temps de guerre, les enfants (et les grands aussi) s’inventent des histoires pour tenir le coup. C’est donc un peu déroutant, à la fois dramatique et drôle, agréablement surprenant finalement.

En 1975, l’Angola a son premier président, Agostinho Neto, né en 1922 (il s’est désigné lui-même) ; guerre civile, dictature communiste ; il est mort en 1979 à Moscou. Je ne partais pas ignorante parce que j’ai vu, en mai dernier, D’une guerre l’autre, un film réalisé par Raúl de la Fiente et Damian Nenow en 2018, un film d’animation documentaire pour les adultes avec des images d’archives et des témoignages sur la guerre en Angola (1975-2002) inspiré du livre du journaliste polonais Ryszard Kapuściński.

Pour découvrir l’Angola, ce petit pays africain peu connu, un roman à lire, un film d’animation à voir et un autre film puisque le roman a été adapté au cinéma par João Ribeiro (2021), bande annonce ci-dessous (en portugais), j’espère que ce film (pour l’instant présenté dans des festivals) arrivera en France bientôt.

Pour Les adaptations littéraires, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 23, un livre adapté en film ou série, 2e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 9, un roman dont le titre comporte au moins 7 mots, ici il y en a 9), Petit Bac 2022 (catégorie Famille pour Grand-Mère), Le Tour du monde en 80 livres (Angola) et bien sûr À la découverte de l’Afrique.

Epsil∞n n° 6 (décembre 2021)

Epsil∞n n° 6 (décembre 2021).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, décembre 2021, 4,90 €.

Ce numéro 6 est construit de la même façon que les précédents numéros, Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021) et Epsil∞n n° 5 (novembre 2021).

« Epsil∞n est un journal de l’imaginaire. Bien sûr, dans chaque article, on ne vous parle que du réel, tel qu’il est révélé, décrypté, transformé par les nouvelles avancées de la science et de la technologie. Mais si on choisit de parler d’un sujet, c’est parce qu’il nous émeut, nous émerveille, nous inquiète, nous surprend, bref : parce qu’il résonne avec notre imaginaire. » (début de l’édito d’Hervé Poirier, rédacteur en chef, p. 3)

Un numéro richement illustré avec 107 scientifiques du monde entier interrogés. Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avant les deux gros articles (l’enquête et le dossier) puis de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques et le cahier Pop’Sciences.

Les nouvelles avancées de la science, les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, tout cela est passionnant et fascinant, à découvrir dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » (p. 10-19) avec des infos et des photos surprenantes, comme une première exoplanète détectée dans une exogalaxie, un vaccin contre le paludisme, le wifi sur la Lune, le plus vieux ADN de dinosaure, guérir du diabète, Marckalada au XIVe siècle, les cratères de Mars, les coraux intestinaux…

L’enquête, « Bio, le mur du rendement » (p. 20-27). L’agriculture bio a fêté ses 100 ans en 2020, 186 pays dans le monde la pratiquent mais elle ne représente que 1,5 % de l’agriculture mondiale… De son côté, la France prévoit 18 % des terres cultivées en bio pour 2025, c’est peu en fait… Alors pas de pesticides, OK, mais il faut du carbone, du phosphore et de l’azote pour « la croissance, la respiration et la photosynthèse des plantes » (p. 23) mais ils vont s’épuiser et manquer… alors il va falloir s’adapter et réinventer l’agriculture au niveau mondial. Tout comprendre en lisant cette enquête d’utilité publique.

Le dossier, « La guerre des abysses a commencé » (p. 42-55). Tout savoir sur la cartographie en cours, les découvertes récentes, les ressources qui suscitent évidemment « convoitises et tensions politiques » (p. 43) avec navires, sonars, drones, robots d’extraction minière… Franchement, je crains le pire pour les profondeurs et les espèces qu’elles abritent… Exploration oui, la fosse des Mariannes, Zélandia… (sans pollution si possible), exploitation et rapports de force non (voilà ce que je pense). Plus d’infos sur le blog hisutton.com et sur le site schmidtocean.org (en anglais).

Autres articles intéressants pour voir les choses autrement. Le casse-tête du nucléaire dans Labyrinthe (p. 28-29) pour comprendre le pour et le contre du nucléaire et si l’on pouvait « s’en passer d’ici à 2050 pour devenir 100 % renouvelable » (p. 29) ? Réensauvagement dans Idées (p. 30-31) aux États-Unis, en Australie, en Russie, au Royaume-Uni, en Lettonie et même dans le Vercors (Alpes françaises). Les abeilles n’aiment pas les tropiques dans Atlas (p. 32-33) pour découvrir où vivent les abeilles dans le monde. Covid long, est-on face à une nouvelle maladie ? dans Analyse (p. 34-37) pour tout savoir sur les symptômes prolongés du covid (près de 200 !) et le syndrome post-covid. Et quelques autres infos à découvrir dans C’est dans l’air (p. 38-39), À part ça (p. 39) et Big data, où se cache la prochaine pandémie (p. 40) ça fait froid dans le dos. Modélisation de la course parfaite (p. 58-61). JWST (p. 62-67), la France est parmi les 14 pays qui participent à ce télescope spatial James Webb. La particule Axion (p. 68-71). Ils ne firent qu’un ou comment les premiers organismes sont apparus (p. 72-77). Indomptables ! Ou l’histoire secrète des domestications ratées (p. 78-), « Trop farouches ? Solitaires ? Dangereux ? […] ils ne sont pas devenus les meilleurs amis de l’homme. » (p. 79), instructifs ces rendez-vous manqués. J’ai l’impression qu’il y a plus d’articles que dans les précédents numéros.

Dans le cahier Pop’Sciences (p. 85-97), la mémoire des vieilles seiches, le goût bizarre des brocolis, un arbre unique au Pérou (le Picramniale), le vol des libellules, la queue du T. Rex, les méga-tempêtes solaires, La course des géants (un spectacle sur l’espace au théâtre), des étranges maisons (du cabinet Mask Architects) qui captent le vent, des tours qui se nourrissent de la pollution, des robots (Chunk, Dixon et Rikko) qui entretiennent les forêts, l’épouvantail qui repousse les insectes nuisibles, des valises intelligentes, le pneu increvable (Michelin), le vélo de camping… Que d’infos insolites !

Quelques pubs, je dirais ‘ciblées’. Encore un très bon numéro ! Je vais lire le n° 7 dès que possible (oui je sais, j’ai du retard). Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Il est toujours possible de consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Yaban (L’étranger) de Yakup Kadri Karaosmanoglu

Republication d’un ancien billet revisité

À l’heure où le monde littéraire parle d’Orhan Pamuk (très grand écrivain, bien entendu), j’aimerais vous faire découvrir un petit roman, sûrement peu connu, d’un autre romancier turc, mais de la génération précédente.

Yaban (L’étranger) de Yakup Kadri Karaosmanoglu, roman écrit en 1932 et traduit en français en 1989.

Traduit du turc par Ferda Fidan et préfacé par Nedim Gürsel (dont je viens de lire Voyage en Iran, la note de lecture arrive).

Édition Cent Pages, collection Unesco, février 1989, 215 pages, ISBN 2-906724-19-X (cette maison d’éditions fondée en 1987 s’est apparemment arrêtée en 2012).

Yakup Kadri Karaosmanoglu naît au Caire (Égypte) le 27 mars 1889 dans une famille ottomane. Il étudie le français et le Droit mais préfère se consacrer à sa passion, l’écriture. Il publie des nouvelles et des poèmes en prose dans plusieurs journaux d’Istanbul mais, suite à la défaite de l’empire ottoman en 1918 et à l’occupation de la Turquie par les Alliés, il préfère entrer dans la résistance et rejoindre les troupes kémalistes en Anatolie. En 1922, il publie un roman politique et social qui annonce la modernité de la Turquie, Kiralik konak (Demeure à louer) et en 1923, lorsque le gouvernement d’Atatürk est mis en place, on le retrouve député au parlement républicain puis il accepte sans grande motivation un poste de diplomate. Il fonde la revue Kadro, revue politique kémaliste et littéraire sociale, en 1932, avec quatre amis intellectuels de gauche. Après avoir consacré les dernières années de sa vie à rédiger ses mémoires de diplomate et d’homme de lettres, il meurt à Ankara (Turquie) le 13 décembre 1974. Il est considéré comme un des grands romanciers turcs de la première moitié du XXe siècle, bien qu’il soit aussi journaliste, poète, nouvelliste et dramaturge.

Yaban est certainement son œuvre la plus célèbre (en tout cas la première et seule traduite en français pour le moment) et a suscité une vive polémique lors de sa publication en Turquie puisque l’auteur a été accusé de « dénigrer le paysan turc ». Ce roman a été écrit et publié 10 ans avant L’étranger d’Albert Camus. En 1996, Yaban est adapté au cinéma par le réalisateur turc Nihat Durak, sous le même titre Yaban, j’aimerais bien voir ce film qui dure plus de deux heures trente (je l’ai trouvé ici mais il est en turc sans sous-titres !).

Mon résumé – Ahmet Celal est un jeune officier brillant mais amputé d’un bras au cours de la première guerre mondiale, il fuit Istanbul occupée par les Alliés et une vie citadine qu’il ne supporte plus. Il se retire dans un petit village de la steppe anatolienne et découvre avec horreur le monde rural. De leur côté, les paysans le considèrent comme un étranger dans son propre pays. En 1921, avec la guerre d’indépendance, il se dit que les Alliés arriveront inévitablement en Anatolie et décide de fuir à nouveau. Emine, la femme qu’il aime étant blessée, il est obligé de l’abandonner mais lui laisse un cahier. C’est le journal intime que cet homme tenait sur le cahier que les lecteurs peuvent lire et qui leur permet de découvrir une Turquie en plein bouleversement.

Mon avis – C’est un très beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et qui m’a appris des choses sur la Turquie, sa ruralité d’un côté, sa transformation en pays moderne d’un autre côté. Je pense que c’est un roman réaliste et naturaliste (j’ai lu qu’il a été le précurseur des « romans de village »). Il est bien dommage que les autres œuvres de cet auteur ne soient pas traduites en français…

Si la littérature turque vous intéresse, vous pouvez lire non seulement Yakup Kadri Karaosmanoglu mais aussi Orhan Pamuk (Prix Nobel de Littérature en octobre 2006) et découvrir de nombreux autres écrivains sur le site de l’association (et également éditeur) À Ta Turquie, basée à Nancy (jeu de mot entre Ataturk et Ataturquie).

Autres romans de Yakup Kadri Karaosmanoglu – En 2008, Ankara aux éditions Turquoise (204 pages, 18 €, ISBN 9782951444805) et en 2009, Leïla fille de Gomorrhe aux éditions Turquoise (208 pages, 18 €, ISBN 978-2-9514448-3-6). À noter que cette maison d’éditions publient d’autres auteurs turcs dans la collection écriturques.

J’espère que ça vous donne des idées pour le Printemps de la littérature turque. Et ce roman va aussi dans 2022 en classiques, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 23, un livre adapté en film), Challenge lecture 2022 (catégorie 7, un livre dont la publication a fait scandale) et Voisins Voisines 2022 (Turquie).

Epsil∞n n° 5 (novembre 2021)

Epsil∞n n° 5 (novembre 2021).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, novembre 2021, 4,90 €.

Ce numéro 5 est construit de la même façon que les précédents numéros, Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021) et Epsil∞n n° 4 (octobre 2021). Il est richement illustré et cette fois ce sont 99 scientifiques qui ont été interrogés par les journalistes. Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avant les deux gros articles (l’enquête et le dossier) puis de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques et le cahier Pop’Sciences.

Les nouvelles avancées de la science, les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, tout cela est passionnant et fascinant, à découvrir dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » (p. 12-21) : virus Ebola, exoplanètes, mammouth, regard de robot, tomates modifiées, art pariétal, « ooïdes », carte cosmique, entre autres et de très belles photos (celle de la tique, p. 20, fait froid dans le dos).

L’enquête, « (Au-delà de la pandémie…) La nouvelle ère des pénuries » (p. 22-29). « bois, papier, plaques de plâtre, perceuses, vélos… » (p. 24) et tant d’autres matières premières, minerais et objets divers sont en pénurie depuis la pandémie, la fermeture des usines et l’augmentation des tarifs (chiffres hallucinants p. 23) et « d’autres pénuries nous guettent » (p. 24). Découvrez comment ‘l’usine mondiale’ a déraillé et pourquoi les choses ne vont pas s’arranger parce que « les réserves sont énormes, mais ne suffiront pas » (p. 27) et quelques pays ont un quasi monopole…

Le dossier, « Bienvenue dans le Métavers » (p. 44-), « un gigantesque monde virtuel parallèle […] réseau social ultime » (p. 45). Présent dans la science-fiction depuis plus de 30 ans, le mot ‘métavers’ est inventé en 1992 par Neal Stephenson (dans le roman Snow Crash). Alors, tous virtualisé, connecté, casqué dans ce monde virtuel « déjà peuplé » (p. 54) ? Comprenez tout sur le méta-univers en lisant ce dossier parce que ce n’est plus de la fiction !

Autres articles intéressants pour voir les choses autrement. Le casse-tête du télétravail (Labyrinthe, p. 30-31). L’agriculture a été inventée pour se vêtir (Contre-pied p. 32-33). Les sols s’enfoncent de plus en plus (Atlas, p. 34-35). Jeûne, est-il bon pour la santé ? (Analyse, p. 36-39). Tourisme spatial, espèces menacées, fusion. Protéine du stress post-traumatique (p. 58-61), le mystère des animaux fluo (p. 62-69) avec d’étranges photos. Planètes étoiles, elles ne font qu’une (p. 70-75), « les astres forment une même famille » (p. 71). Et un voyage en Tasmanie pour découvrir « la première plante sociale » (p. 76-79), une fougère étonnante.

Dans le cahier Pop’Sciences (p. 85-97), des infos surprenantes sur les pupilles, les Stradivarius, les chauves-souris bavardes, la misokinésie, les étoiles dévoreuses, la forme des œufs, les coquilles de pistaches, les iguanes roses, Blake et Mortimer (oui, les héros de BD !), « une île qui repose sur des déchets » (p. 90-91), des façades potagers, le bateau volant, le vélo de Batman, entre autres.

Bref, encore un très bon numéro mais j’ai remarqué plus de pages de pubs que pour les précédents numéros. Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez ce 5e numéro d’Epsil∞n ! De mon côté, j’ai hâte de lire le n° 6. Il est toujours possible de consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

La vie qui commence d’Adrien Borne

La vie qui commence d’Adrien Borne.

JC Lattès, janvier 2022, 240 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-70966-875-0.

Genres : littérature française, roman.

Adrien Borne naît le 18 juin 1981 à Rueil-Malmaison (région parisienne). Il étudie l’histoire puis le journalisme à Paris. Il est journaliste (RTL, RMC, LCI) et romancier.

Après avoir eu un coup de cœur pour le premier roman, Mémoire de soie, j’ai eu très envie de lire le nouveau roman d’Adrien Borne.

Gabriel est seul à la maison (avec le chat), il mange une glace devant la télévision, Pantani explose l’Alpe d’Huez (alors je pense que c’est juillet 1997, bon sang ça va faire 25 ans, que de souvenirs !). « 12 ans. Seul à la maison, l’été. 12 ans. La liberté. Une glace, le Tour de France. » (p. 13). Mais, soudain, la sonnette retentit, « Je déteste qu’on sonne à la porte. » (p. 16), ça sonne une deuxième fois, c’est peut-être important. « ‘Bonjour Gabi.’ Il est planté là. » (p. 16).

La colo, plus de trois heures de bateau, une île, la plage, des chalets, sept chambres individuelles par chalet, une pour chaque enfant, une pour le mono, Gabriel est dans un des chalets avec les garçons de son âge, des chambres individuelles, il est dans ‘la chambre verte’ (c’est le titre de la première partie du roman), le mono c’est Yannick, celui qui l’a vu malade sur le bateau et puis la salle commune pour les repas, six enfants par table, les garçons d’un côté, les filles de l’autre, les adultes sur une estrade. « La main dans la main, à la rigueur. La main dans le machin, hors de question. Le machin dans le machin, c’est l’expulsion. Et autant j’ai les idées larges sur bien des choses, mais sur ce point, aucune exception. » (la directrice, p. 30).

Et un événement inattendu… « Quand il s’invite dans ma chambre, alors que le soleil se lève à peine, à quelques minutes du réveil de tous les autres, les défenses sont affaiblies. » (p. 50). « C’est pour ça qu’il faudrait prévenir et se souvenir. Pour bâtir des châteaux débonnaires. Je n’ai pas eu le temps. » (p. 51). « Me viennent des mots nouveaux, le saccage, le carnage, des mots de jamais. Me viennent des questions, combien ? Quelques minutes ? Moins de cinq ? » (p. 53). Ensuite c’est la cohue dans la tête de Gabriel, les mots se suivent sans ponctuation, il ne comprend pas ce qui lui est arrivé (p. 54-55) mais il entend le haut-parleur pour le petit-déjeuner. Doit-il parler à quelqu’un de ce qu’il s’est passé mais que s’est-il passé ? Il ne sait pas… Peut-être que c’est quelque chose de normal qu’il ne connaissait pas encore et que ce n’est pas la peine d’en parler.

Comme vous le voyez, c’est tout en pudeur qu’Adrien Borne raconte. Si ce n’était pas tellement affreux et triste, je dirais que le texte est très beau… en tout cas, très bien écrit.

Heureusement, belle journée, excursion, jeu de piste, carte postale reçue de son grand-père, « Je me couche fatigué, bien fatigué. […] Et puis il est revenu le lendemain matin. Et puis il est revenu le lendemain matin. Et puis il est revenu le lendemain matin. Trois fois de suite. Trois fois de plus. […] Je dis rien, c’est décidé. […] Maintenant je vais pas dire. Pas maintenant. Pourquoi plus maintenant que la première fois ? » (p. 61). « Pourquoi il m’a choisi moi, parfois je me demande si c’est une marque d’attention, même si l’attention je crois savoir que ça peut pas reposer sur la tristesse. » (p. 62). Il y a des passages dans lesquels Gabriel vrille vraiment (p. 62-63 par exemple), comment peut-il comprendre, comment peut-il ne pas avoir peur de devenir handicapé (il a mal aux jambes, aux genoux, partout), comment peut-il ne pas avoir les yeux dans le vide, comment peut-il se construire ?

En tout cas, il est rentré de colo depuis trois jours, il est donc devant la télé à regarder Pantani suer et pédaler et ça sonne à la porte, c’est lui ! « ‘Bonjour Gabi.’ Il est planté là. […] Je ne te dérange pas j’espère. Comment vas-tu ? » (p. 77), mais quel enfoiré !!! Comment sait-il où habite Gabriel ? Comment sait-il qu’il serait seul la journée ? Comment peut-il oser venir narguer l’enfant dont il a abusé ? Gabriel réussit à fermer la porte mais… il n’y a personne à qui parler, personne pour raconter ce qu’il a vécu… et lorsque ses parents rentrent à la maison, il est déjà trop tard… « 12 ans et je ne suis déjà plus tout à fait, plus un enfant justement. Je m’enterre au jour. Au grand jour. » (p. 85).

Vingt ans après, Gabriel est à Tonnerre pour aider son grand-père maternel, Lucien, 76 ans, à vider sa maison pleine de livres, de ses travaux et de sculptures. « Nous avons tout le mois de juillet pour ranger ce qui doit l’être avant la mise en vente de la maison. » (p. 109). Mais Gabriel trouve une photo cachée derrière un tableau, « Un homme trois quarts dos, équipé de bouteilles de plongée. Au recto : Michel Falco, juin 1956, Tonnerre. » (p. 125). Son grand-père aurait-il quelque chose à raconter ? Lui qui ne bouge plus du troisième étage de sa maison avec une vue plongeante sur ‘la fosse’ (titre de cette deuxième partie). Trois semaines après, alors que Lucien roule en ambulance vers la résidence médicalisée qui doit l’accueillir, Gabriel roule dans le TGV qui le ramène à Paris. « Je sais désormais que l’on se déterre de son vivant, Lucien m’a montré la voie. » (p. 163). Mais que va déterrer Gabriel ? « J’ai tout oublié depuis si longtemps. J’essaie de ne pas tomber. […] Cicatrices d’amour, cicatrices d’horreur. Une photo, une montre, un frère. […] Le mutisme d’un vieil homme en pleine lumière et en miroir le pressentiment d’un ravage. » (p. 164). Gabriel va-t-il pouvoir remonter à ‘la surface’ (titre de la troisième partie) ? « Pour être victime d’un sort il faut savoir, savoir qu’un sort nous a été jeté. » (p. 170).

Une erreur – qu’on voit (trop) souvent – page 200 : « Je ne vais pas jouer longtemps le suspens. », c’est le suspense, pas l’expression en suspens qui signifie tout autre chose…

Une histoire bouleversante, dans laquelle j’ai retrouvé le style, les mots précis de l’auteur et l’émotion, ce que j’avais trouvé dans Mémoire de soie, le tout écrit de façon tellement pudique, tellement délicate, tellement pleine de justesse, sans revendication que celle littéraire. C’est puissant et ça fait mouche sans esbroufe.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 17, le thème principal est celui de l’amnésie), Challenge lecture 2022 (catégorie 58, un livre sous forme de journal intime, c’est presque un journal intime, plutôt un journal de bord, un journal de souvenirs, bon, lisez-le, vous verrez) et Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Commence)

Seizième printemps de Yunbo

Seizième printemps de Yunbo.

Delcourt, collection Jeunesse, avril 2022, 120 pages, 26,50 €, ISBN 978-2-41302-827-7.

Genres : manwha, bande dessinée jeunesse.

Yunbo ou YunBo, de son vrai nom Bokyung Yun, naît en 1983 à Séoul en Corée du Sud. Elle étudie l’art et la bande dessinée à l’Université nationale de Kongju. Elle vient étudier en France en 2008 et obtient un Master en bande dessinée de l’École Européenne Supérieure de l’Image d’Angoulême en 2012. Déjà paru, Je ne suis pas d’ici (Warum, 2017). Plus d’infos sur Yunbo, travaux graphiques.

Yeowoo a 5 ans, sa mère a acheté un gâteau d’anniversaire. Pendant que ses parents se disputent, elle pense bien faire, elle sort le gâteau de sa boîte mais elle l’abîme, elle veut sortir les assiettes du placard mais fait tomber la pile et les assiettes se brisent, elle met en route l’aspirateur pour nettoyer mais elle le fait griller. Ses parents divorcent et Yeowoo y repensera à chacun de ses anniversaires…

Un an a passé. Yeowoo n’a pas vu sa mère depuis son précédent anniversaire et son père a trop de travail alors il l’emmène vivre chez le grand-père paternel et la tante Yeonju au village du Renard. « Il faut que tu me comprennes. Je vais être très occupé. Je te rendrai visite dès que j’aurai un peu de temps. » (p. 7).

Yeowoo va fêter ses 7 ans mais grand-père et tante Yeonju ne savent pas vraiment s’y prendre avec une enfant… « Elle est trop petite pour bien comprendre… » (p. 20). Elle comprend très bien qu’elle est la bienvenue ni chez sa mère ni chez son père ni ici… et il faut dire qu’elle n’est pas très agréable avec son grand-père et sa tante. « Comme j’ai grandi sans mes parents, c’est normal que je sois méchante et vilaine. » (p. 27).

Paulette, une poule s’est installée dans la maison à côté de chez eux et Yeowoo s’introduit dans la serre pour manger des fruits rouges. Cependant, Paulette, rejetée par les siens car elle ne peut pas pondre et n’a pas de poussins, est venue au village du Renard pour vivre heureuse avec ses plantes. « […] c’est pour ça que je suis venue dans ce village paisible. Et je l’aime beaucoup ! » (p. 48). Paulette est la seule amie de Yeowoo même si parfois la fillette – qui a grandi – est désagréable avec elle.

En fait, Paulette et Yeowoo, toutes deux seules et différentes des autres, vont se lier peu à peu, apprendre à se comprendre l’une l’autre pour se découvrir mieux elles-mêmes. « Yeowoo, écoute-moi bien. On ne peut pas dire qui est normal ou qui est anormal. On est tous différents. Dans la vie, trouver quelque chose qu’on aime faire peut prendre du temps. Certains le trouvent rapidement, d’autres beaucoup plus tardivement… » (p. 73).

Pour les 13 ans de Yeowoo, Paulette organise un repas auquel elle invite le grand-père et la tante de l’adolescente. Elles sont amies depuis bientôt 9 ans mais c’est la première fois que Paulette les rencontre.

Chacun doit trouver sa place et ce n’est pas toujours facile, surtout si l’on se sent rejeté injustement. C’est le cas de Yeowoo, abandonnée par sa maman, puis par son papa, elle se retrouve coincée à la campagne chez un grand-père trop âgé pour s’occuper d’elle et une tante trop seule et rêvant encore au prince charmant. Son amitié avec Paulette (qui eut cru qu’une renarde et une poule puissent être amies ?) va l’aider à grandir et à aimer la vie mais ça ne se fait pas du jour au lendemain parce que Yeowoo est en colère contre les adultes mais Paulette est d’une grande bienveillance et elle croit en Yeowoo. Il se passe des années puisque l’histoire suit Yeowoo de ses 5 ans à ses 16 ans, la renarde va grandir et s’épanouir comme les fleurs que Paulette aime tant. Et les fleurs sont importantes car chaque chapitre commence avec une fleur différente et le lecteur comprend pourquoi à la lecture.

Seizième printemps est très beau tant au niveau des dessins que des couleurs, tout est précis, subtil et on sent une certaine tendresse malgré la douleur et la colère de Yeowoo. Le format paysage change par rapport à une bande dessinée classique, ça donne un côté plus poétique d’autant plus que le récit avance saison après saison. Et puis avec ces personnages animaliers, cette histoire ressemble à une fable ou un conte mais reste toujours optimiste pour que le lecteur aille de l’avant même si c’est avec regret qu’il laisse Yeowoo et Paulette.

Merci à NetGalley et Delcourt pour cette belle lecture ! Elles l’ont lue et appréciée : Marine, mrsserendipitie, Noukette, d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Stéphie) et les challenges BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 7, un livre sorti en 2022 et lu le mois de sa sortie, parution le 13 avril et lecture le 25 avril mais problème de lecture en numérique donc terminé le 1er mai), Challenge lecture 2022 (catégorie 44, un livre dont le titre contient seulement 2 mots, 4e billet), Jeunesse young adult #11, Petit Bac 2022 (catégorie Chiffre pour Seizième), Tour du monde en 80 livres (Corée du Sud), Un genre par mois (puisque je n’ai pas pu mettre cette lecture dans le thème d’avril, bande dessinée, je la mets dans le thème de mai, jeunesse).

Moka par Anne Mahler

Moka fête Noël et Moka part au ski ! d’Anne Mahler.

2021, 20 pages chacun.

Genres : littérature française, jeunesse, albums illustrés.

Anne Mahler naît à Colmar (Alsace) et étudie les arts visuels à Strasbourg puis l’illustration à Nantes. Elle est illustratrice jeunesse pour plusieurs maisons d’éditions (Epsilon, Gründ, Les Minots, Père Fouettard, Petite Fripouille, Pour Penser, Retz…) depuis une dizaine d’années. Elle aime la nature, les animaux, le bien-être et s’intéresse à la prématurité. Plus d’infos sur son blog, qui n’est plus mis à jour depuis juin 2021 car elle préfère communiquer avec sa page FB, son compte Instagram et SoEasy sa chaîne YouTube.

J’ai pu lire deux albums illustrés : Moka fête Noël (tome 4) et Moka part au ski ! (tome 5) mais il existe aussi Moka rentre à l’école, Moka est en vacances, Moka est malade. Ils sont distribués par le réseau de pharmacies Pharm-UPP.

Moka fête Noël – Noël, c’est excitant, impossible de dormir ! La famille est réunie, on mange bien et il y a les cadeaux. Moka est impatiente, son grand frère Gino aussi mais il ne faut pas manger au point de se rendre malade.

Moka part au ski ! – Pour les vacances d’hiver, Moka part au ski avec ses parents et son grand frère Gino, c’est la première fois alors elle doit prendre des leçons et faire attention de bien se protéger du froid et du soleil (yeux, lèvres).

Ce sont des petits livres carrés, amusants et joliment illustrés qui montrent aux enfants qu’il faut prendre soin de soi et de sa famille. Voilà, c’est tout simple et mignon.

Pour Jeunesse young adult #11 et Les textes courts.

La Caverne de Marina et Sergueï Diatchenko

La Caverne de Marina et Sergueï Diatchenko.

Albin Michel, mars 2009, 416 pages, 22,20 €, ISBN 978-2-22619-085-7. печтчера (Pechtchera, 2003) est traduit du russe par Antonina Roubichou-Stretz.

Genres : littérature ukrainienne, roman, fantastique.

Marina et Sergueï Diatchenko (Марина та Сергій Дяченки) sont un couple ukrainien (Kiev) mais ils vivent en Californie. Leurs romans (science-fiction, fantastique, fantasy) paraissent en ukrainien et en russe. Ils disent que les univers qu’ils créent sont du « M-realism » (du magic realism ?). Ils sont actifs depuis 1994 et de nombreuses œuvres sont parues (romans, novellas et nouvelles).

« Avertissement. Les habitants de cette ville si semblable aux nôtres vivent dans deux dimensions. Le jour, ils mènent une vie ordinaire, mais sans cruauté ni agression ; la nuit, dans leurs rêves, ils entrent dans le monde de la Caverne, et chacun d’eux s’y transforme en animal – prédateur ou proie, fort ou faible… Peut-on laisser sortir le fauve humain de l’obscure caverne ? Et surtout le faut-il ? Le monde de la Caverne est un monde fabuleux ! Un monde sans meurtre, sans violence, sans peur, un monde où point n’est besoin de fermer sa porte à clé le soir. Mais voilà… en s’endormant, nul ne sait s’il se réveillera le lendemain. » (p. 7).

Pavla Nimroberts vit avec sa sœur aînée Stefana, mariée à Vlaï et le couple a un fils, Mitika (5 ans). Elle est assistante de monsieur Myrel, surnommé Rossard, pour les émissions culturelles à la télévision. Elle va être en retard car elle vient de se réveiller et, dans son rêve, elle était une daine qui a échappé à un stark en se délaissant de sa toison mais normalement « les starks ne ratent jamais leur proie. Toute daine ne peut voir le stark qu’une seule fois dans sa vie. » (p. 10). Bizarrement le stark poursuit la daine dans les rêves suivants, comme s’il s’acharnait sur elle, ce qui est normalement impossible. « Une daine ne doit pas échapper trois nuits de suite au même stark. C’est-à-dire que, bien sûr, elle peut lui échapper trois fois… tout comme il n’est pas exclu que des graines tombées d’un sachet sur le sol y dessinent les contours de la statue de l’Inspiration. Aucune loi physique ne s’oppose à ce phénomène. Sauf que ça n’arrive jamais ! » (p. 35). Dans la Caverne, il y a des daines qui se nourrissent de mousse et des pocks qui se nourrissent de larves (proies), des bouxons, des scrolls et des starks (prédateurs) qui se nourrissent des précédents.

Et puis tout s’enchaîne pour Pavla. Apeurée, elle appelle un numéro confidentiel pour expliquer ce qui lui est arrivé et, peu après, Dod Darnets, journaliste de l’émission Les questions interdites, la contacte, puis, lorsqu’elle rencontre le réalisateur Raman Kovitch pour son travail, elle sait que c’est lui le prédateur, et il comprend que c’est elle la daine, « il avait manqué son but – lui qui ne le manquait jamais ! » (p. 58). C’est impossible ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Est-ce même déjà arrivé ? Est-ce dangereux pour Pavla ? Kovitch peut-il être dangereux pour elle dans le monde humain ? Elle trouve de l’aide auprès de Tritan Todine du Magistère de la connaissance, expert du Centre de réhabilitation psychologique. Pavla serait-elle le cobaye d’une expérience scientifique ou sociologique ?

Mais vous, préféreriez-vous un monde comme celui-ci ? Un monde humain (aseptisé) dans lequel il n’y aurait pas de violence, pas de crimes ? Mais, en contrepartie, avec un monde nocturne, la Caverne, dans lequel les prédateurs mangent les proies (qui évidemment ne se réveillent pas au matin) mais les prédateurs le font sans violence, sans animosité, parce que c’est naturel (animal, pas humain) ? Ou préféreriez-vous un autre monde ? « un monde sans Caverne… Le monde sans Caverne, c’est la Caverne en plein jour. La Caverne maintenant et toujours. » (p. 239).

Ce roman étrange et passionnant, qui dénonce les expériences scientifiques (même celles pour la bonne cause), fait la part belle à la dramaturgie et au théâtre (création, évasion, moyen de réprimer la violence en la montrant telle qu’elle est). Il est aussi inspiré de légendes comme La Première Nuit de V. Skroï (œuvre fictive). « La grandeur des légendes, c’est leur absence d’équivoque. […] Les légendes sont… belles. Effrayantes, mais belles avant tout. Dans les légendes, les cygnes se transforment en jeunes filles et les rochers en éléphants. Dans les légendes, le petit garçon trouve un éclat de soleil dans une flaque d’eau. La légende dont vous parlez a une fin tragique. Skroï l’a remplacée par un dénouement heureux. Le seul dénouement heureux de son œuvre… » (p. 133). C’est cette œuvre, adaptée seulement trois fois en trois-cents ans (la Caverne étant devenue un sujet tabou chez les humains) que Raman Kovitch veut mettre en scène mais Pavla, considérée comme malade, est hospitalisée contre son gré. « Vois-tu, Pavla… Il y a des choses dont on ne peut parler. Qu’on peut seulement faire. » (p. 373).

Rien de rédhibitoire pour la lecture de ce roman mais trois fautes… Page 19, « bruit sonore », une redondance, un bruit ne peut être que sonore même si c’est un bruit sourd, par contre on peut dire nuisance sonore ou vibration sonore. Page 82, « justment ». Page 273, « […] à la cravache Et il se manifesta bientôt. », il manque le point après cravache.

Je lirai assurément d’autres titres du couple Diatchenko (que beaucoup de monde pense russe…), si vous en avez un incontournable à me conseiller.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 15, un roman de plus de 400 pages), Challenge lecture 2022 (catégorie 44, un livre dont le titre contient seulement 2 mots, 3e billet), Contes et légendes #4 (c’est un peu spécial mais ça parle de légendes), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Caverne) et Voisins Voisines 2022 (Ukraine).