Le chapeau de Mitterrand d’Antoine Laurain

Le chapeau de Mitterand d’Antoine Laurain.

La Loupe, mai 2012, 273 pages, 20,80 €, ISBN 978-2-84868-420-8. Je l’ai emprunté à la médiathèque en gros caractères mais il est paru aux éditions Flammarion en janvier 2012, 211 pages, 18 €, ISBN 978-2-08127-412-9.

Genre : roman français.

Antoine Laurain naît en 1970 à Paris et il est écrivain. Pas d’infos supplémentaires… Du même auteur : Ailleurs si j’y suis (Le Passage, 2007, Prix Drouot 2007), Fume et tue (Le Passage, 2008), Carrefour des nostalgies (Le Passage, 2009), La femme au carnet rouge (Flammarion, 2014) et Rhapsodie française (Flammarion, 2016).

Daniel Mercier est directeur adjoint du service financier de la Sogetec. En novembre 1986, il mange dans une brasserie parisienne et François Mitterand s’installe avec deux autres convives à la table d’à côté ! « Ce dîner était vraiment irréel. » (p. 32). Au moment de partir, Daniel se rend compte que le président a oublié son chapeau derrière la barre de cuivre de la banquette qu’ils ont partagée. Daniel s’empare du chapeau et sa vie va être transformée : il garde son calme, prend de l’assurance, ne commet plus de maladresses, n’est plus angoissé et dit exactement ce qu’il faut pour convaincre. Il se sent même très bien ! « C’était comme si le vrai Daniel Mercier était enfin apparu au grand jour. » (p. 45). Lorsque Daniel oublie le chapeau dans le train, celui-ci est récupéré par Fanny Marquant, une petite fonctionnaire des impôts qui se rêve nouvelliste et qui n’arrive pas à quitter son amant déjà marié. Puis le chapeau est récupéré par Pierre Aslan, surnommé « Le nez », un grand parfumeur en panne d’inspiration devenu dépressif et par Bernard Lavallière, un génie de l’assurance marié à une riche héritière. Mais, depuis la perte du chapeau, Daniel Mercier est à nouveau angoissé, couvert d’eczéma, et il va tout faire pour retrouver « son » chapeau.

Bien sûr, le personnage principal de ce roman n’est pas un humain mais le chapeau : un chapeau… magique, investi d’une mission ! J’ai voulu lire le roman après avoir vu le film réalisé par Robin Davis avec Frédéric Diefenthal (Daniel Mercier), Frédérique Bel (Fanny Marquant), Roland Giraud (Pierre Aslan), Michel Leeb (Bernard Lavallière) et Laurent Claret (François Mitterrand). Je n’ai pas été déçue, non seulement parce qu’il y a des petites différences entre le roman et le film (par exemple, dans le roman, la brasserie se trouve à Paris alors que dans le film, le restaurant se situe à Lyon) mais aussi parce qu’il m’a permis de découvrir l’excellente plume d’Antoine Laurain.

L’auteur se veut tour à tour poète : « Une formule pure, limpide […]. Celle d’un parfum qui tient en deux lignes et part un jour à la conquête de l’époque, de la mode et des femmes. » (p. 130) ; irrévérencieux : « Vous avez raison, mon colonel, c’est dans les prés qu’on rencontre les ânes de votre espèce. » (p. 184) ; et philosophe : « Parfois la vie vous emmène sur certains chemins, c’est sans s’en apercevoir que l’on a pris la bifurcation, le grand GPS du destin n’a pas suivi le trajet prévu et aucun panneau ne vous a indiqué le point de non-retour. » (p. 207).

Ce roman est aussi celui des années 80, des années où tout semblait plus facile et qui ont vu les débuts de Canal+, le Minitel, l’importance croissante de la musique et des émissions télévisées, l’installation des colonnes de Buren, la construction de la Pyramide du Louvre, les débuts de Basquiat, etc. Bref mon adolescence…

Si vous n’avez pas encore lu ce chouette roman qui a reçu le Prix Relay des voyageurs 2012 et le Prix Landerneau découverte, foncez ! Et de mon côté, je vais lire d’autres titres d’Antoine Laurain, pas que je sois monomaniaque mais j’ai très envie de découvrir ses autres romans, d’ailleurs si vous en avez un à me conseiller.

Une lecture que je mets dans Le Petit Bac 2018 (Catégorie Objet pour le chapeau).

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Throwback Thursday livresque 2018-8

Pour ce jeudi 22 février, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « addiction » et je pensais ne rien avoir mais… Si ! Je vous propose l’excellent premier roman Le renversement des pôles de Nathalie Côte paru en août 2015 chez Flammarion. Accro au chocolat ou au Pepito, accro à l’aquabike ou aux plaisirs d’Internet (a bourse en ligne, entre autres), voici deux couples que tout sépare sauf leurs obsessions et leurs addictions ! À propos de l’addiction, je voudrais aussi vous partager cet extrait que j’avais apprécié dans Feed de Mira Grant paru en octobre 2012 chez Bragelonne : « Nous sommes une nation habituée à vivre dans la peur, la voilà la vérité. Si je veux être honnête avec vous, mais aussi avec moi-même, ça ne concerne pas uniquement notre nation, et il ne s’agit pas réellement d’une habitude. Ça concerne le monde entier, et c’est une addiction. Les gens sont accros à la peur. La peur justifie tout. La peur nous fournit une excuse toute trouvée pour renoncer à nos libertés, l’une après l’autre, au point de trouver normal qu’on nous suive à la trace et que le moindre de nos mouvements soit enregistré dans une dizaine de bases de données auxquelles monsieur tout-le-monde n’aura jamais accès. La peur crée, définit et façonne notre univers, et sans elle, la plupart d’entre nous se sentiraient perdus. Nos ancêtres rêvaient d’un monde sans frontières, alors que nous passons notre temps à en imaginer de nouvelles, autour de nos maisons, de nos enfants, et de nous-mêmes. Nous limitons notre potentiel, jour après jour, au nom d’un idéal de sécurité que nous n’atteignons jamais. Nous avons pris un monde riche de possibilités et l’avons appauvri. Et maintenant, vous vous sentez en sécurité ? Extrait d’Âmes sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 6 avril 2040. » (p. 336).

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux.

Dupuis – Aire Libre, mai 2014, 80 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-8001-58-46-4.

Genre : bande dessinée documentaire.

Thomas Campi, né le 8 décembre 1975, est un dessinateur italien qui a commencé par la pub. Il a vécu pendant 6 ans en Chine et vit maintenant à Sydney en Australie. Plus d’infos sur http://thomascampi.com/.

Vincent Zabus, né le 8 mai 1971 à Namur, est un scénariste belge. Du même auteur : Agathe Saugrenu, Macaroni !, Le monde selon François.

Pascale Bourgaux est une journaliste française, elle a couvert le Kosovo, l’Irak, l’Afghanistan, le Moyen-Orient, elle travaille pour les médias français et belges, et donne aussi des cours à Sciences Po.

Depuis dix ans, Pascale va régulièrement en Afghanistan. Elle réalise des reportages sur Mamour Hasan, « un seigneur de guerre ouzbek du nord du pays » (p. 8) et les gens de sa maison. Mars 2010, son employeur préférerait qu’elle ne parte pas car le pays devient de plus en plus dangereux. Pascale est cette fois accompagnée de Gary, le caméraman, c’est sa première fois, et comme d’habitude d’un fixeur qui les guidera et leur servira d’interprète. C’est vrai que la situation s’est dégradée en dix ans : Pascale voit la corruption, les bavures et la pauvreté. « Si l’argent de la communauté internationale était dépensé correctement… Aujourd’hui en Afghanistan, il n’y aurait ni pauvreté, ni talibans. » (p. 26). Beaucoup d’Afghans ne croient plus en la démocratie et sont prêts à inviter les talibans contre lesquels ils ont combattu. « Dix ans de soutien militaire et d’aide humanitaire internationale pour en arriver là… T’imagines ? » (p. 32).

Comme le livre date un peu (2014), on n’apprend pas de choses récentes sur l’Afghanistan mais le constat n’a pas changé : les talibans sont toujours là, la corruption et la pauvreté aussi, une partie de la population se radicalise de nouveau et le pays peut basculer dans le fondamentalisme. C’est triste pour les Afghans… Mais la bande dessinée est tout de même intéressante à lire car, en plus des dessins très réussis, c’est une belle tranche de vie, le beau témoignage d’une journaliste européenne qui aime ce pays et qui risque sa vie à chaque voyage pour rencontrer les gens dans les villages, les filmer, leur donner la parole et qui espère que la vie s’arrangera pour eux. Je me demande si elle y est retournée depuis ? J’aurais aimé savoir plus de choses sur la vie quotidienne, en particulier pour les femmes et les enfants, peut-être qu’il faudrait que je vois le film documentaire réalisé en 2011.

Une lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges BD, Défi 52 semaines (A comme Afghanistan), Raconte-moi l’Asie et Un max de BD en 2018.

Les enfants de cendres de Kristina Ohlsson

Les enfants de cendres de Kristina Ohlsson.

Michel Lafon, mars 2011, 368 pages, 19,95 €, ISBN 978-2-74991-390-2. Lu en poche : J’ai lu, juin 2012, réédition novembre 2017, 445 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29003-958-8. Askungar (2009) est traduit du suédois par Hélène Hervieu.

Genres : littérature suédoise, roman policier.

Kristina Ohlsson naît le 2 mars 1979 à Kristianstad en Suède. Elle travaille comme analyste pour la Police nationale suédoise et se lance dans l’écriture (romans policiers adultes et littérature jeunesse). Les enfants de cendres est son premier roman et le premier volet des enquêtes de Fredrika Bergman, son alter ego de fiction. Du même auteur : Tusenskönor = La fille au tatouage (2012) et Änglavakter = Les anges gardiens (2013).

« Tu n’aurais jamais dû voir le jour ! lui hurlait-elle au visage. Tu es l’incarnation du mal ! » (p. 12). Devenu adulte, « l’Homme » décide de « obtenir réparation » (p. 13) de tout le mal qu’il a subi et de se venger.

Suite à un concours de circonstances, une fillette de 6 ans, Lilian, se retrouve seule dans le train Göteborg-Stockholm entre Flemingsberg et Stockholm. Mais à l’arrivée, où sa mère, Sara Sebastiansson, espère la retrouver, « La petite fille endormie avait disparu. Il ne restait que ses sandales rouges. » (p. 18). La Brigade criminelle c’est-à-dire Alex Recht, policier depuis plus de 25 ans, et Peder Rydh, jeune papa de jumeaux, enquêtent avec leur nouvelle collègue, Fredrika Bergman, « criminologue spécialisée dans les crimes commis envers les femmes et les enfants » (p. 42) que ses collègues considèrent comme « une universitaire se fourvoyant dans un milieu qui n’était pas le sien » (p. 59). « Malgré le contexte difficile, j’ai bon espoir, conclut Alex en sortant de la salle. À mon avis, c’est juste une question de temps. La fillette finira par réapparaître. » (p. 54). Pour sûr, elle réapparaît… Et ce n’est pas fini…

J’aime bien Alex Recht, un idéaliste : « Il avait grandi avec certaines règles, et appris à les respecter […]. On ne frappait pas les femmes. On ne frappait pas les enfants. On ne mentait pas. Et on prenait soin des personnes âgées. […] Comment pouvait-on infliger ça à son prochain ? » (p. 77). Est-il représentatif de la société suédoise ? Je ne sais pas, je ne connais pas assez ! Mais, en tout cas, lorsque des affaires criminelles concernent des enfants, c’est toujours glauque… Ce roman parle des violences faites aux enfants (certains deviennent des criminels) et aux femmes, de la misogynie au travail, de la société suédoise et l’enquête menée soit dans la « Tanière du lion » soit à l’extérieur est bien menée, rythmée et passionnante. En plus, je n’ai pas eu de mal avec les noms suédois, j’ai l’impression qu’ils étaient plus simples que dans d’autres romans ! L’auteur distille des informations sur la vie des enquêteurs ce qui les rend attachants et donne envie de les suivre dans les tomes suivants.

Lu d’une traite, samedi, pour le premier weekend à 1000 de l’année, je mets ce roman dans les challenges Polar et Thriller – ainsi que dans le Mois du polar – et Voisins Voisines (Suède). C’est un premier roman mais j’ai l’impression que le Défi Premier roman de Fattorius ne revient pas cette année, dommage.

Hanada le garnement #1 de Makoto Isshiki

Hanada le garnement #1 de Makoto Isshiki.

Ki-oon, collection Kizuna, août 2017, 224 pages, 7,90 €, ISBN 979-10-327-0125-6. Hanada shônen-shi 花田少年史 (2015) est traduit du japonais par Sébastien Ludmann.

Genre : manga.

ISSHIKI Makoto 一色 まこと est mangaka depuis 1986, elle est connue en France pour Piano Forest (Piano no mori ピアノの森) adapté en film d’animation.

Ichiro Hanada, 9 ans, est un sacré garnement. Avec son copain de toujours, Sota, plus froussard, il en fait voir de toutes les couleurs à sa famille et aux habitants du village. Sa mère Hisae est une « vieille bique » qui lui crie tout le temps dessus, son père Daijirô est un « pochtron » à côté de la plaque, sa sœur aînée Tokuko et « grosse et moche » alors il l’a surnommée « la groche » et son grand-père Tokujirô est vieux (il a 78 ans). « Un pas de plus, et l’ancêtre y passe !! – Tu devrais avoir honte de traiter ton grand-père comme ça… Un jour, le ciel va finir par te punir ! » (p. 9). Aussitôt dit aussitôt fait… Alors qu’il fuit à vélo pour échapper à sa mère, le chenapan se fait renverser par une camionnette. Il en réchappe par miracle mais avec un pouvoir… Il voit des esprits qui viennent lui demander de l’aide.

Il est « amusant » de constater qu’au Japon, cette série est classée en seinen (manga pour les adultes) alors qu’en France, elle est classée en shônen et peut être lue par les plus jeunes. Au Japon, le manga a été pré-publié dans Mister Magazine entre novembre 1993 et octobre 1995 puis publié par Kôdansha en 5 tomes ; il a été adapté par le studio Madhouse en une série animée de 25 épisodes diffusés sur Nippon Television entre octobre 2002 et mars 2003, et en un film (de 123 minutes) réalisé par Nobuo Mizuda en 2006. Le site officiel de Hanada (en japonais).

Les personnages et les histoires sont traités à la fois avec humour et tendresse. La famille Hanada vit dans un village dans les années 50, un Japon dans lequel toutes les familles n’avaient pas la télévision couleur. Mais ce qui ne change pas, c’est l’irruption du fantastique dans le quotidien : Ichiro voit d’abord le fantôme de la chienne Chiro qui porte un chiot (il devient un membre de la famille, Jirô Hanada), puis le fantôme d’une jeune fille de 17 ans, Yuki, qui lui demande de contacter Seiji Aota, etc. C’est vraiment drôle, un peu coquin (non seulement avec Ichiro mais aussi avec le pépé pervers) et très turbulent ! De quoi mettre de bonne humeur.

Une lecture pour La BD de la semaine (promis, la prochaine participation sera une bande dessinée occidentale !) et les challenges BD, Un max de BD en 2018, Littérature de l’imaginaire et Raconte-moi l’Asie.

Mois du polar 2018 avec Sharon

Février est le Mois du polar avec Sharon ! C’est le 3e, il me semble. Du 1er au 28 février. Je suis donc un peu à la bourre pour publier ce billet mais j’ai commencé à lire du roman policier ce weekend dans le cadre du premier Weekend à 1000 de l’année. J’en ai lu deux, un samedi et un dimanche ,(très bien, bonnes pioches) et j’espère en lire encore un ou deux avant la fin du mois !

Mes lectures

1. Les enfants de cendres de Kristina Ohlsson (Suède)

2. L’élixir du diable de Raymond Khoury (États-Unis)

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